Bloc maquis Decize

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Les accords d'Ouroux et l'unification des F.F.I. de la Nièvre

  • À partir de janvier 1944, les mouvements de Résistance départementaux commencent à se regrouper. L'unification du commandement militaire est alors une triple nécessité. D'abord pour mieux équiper les maquis en armes parachutées ou prises à l'ennemi et pour coordonner les opérations. Afin d'encadrer de façon plus professionnelle les groupes de maquisards, il est fait appel à des officiers de carrière, militaires ou gendarmes. Enfin, les maquis doivent faire face à un afflux de réfractaires au S.T.O., qu'il faut équiper et entraîner (d'importantes opérations de réquisition sont lancées fin janvier dans plusieurs communes). Le lieutenant-colonel Gaston Roche (dit "Derenne" ou "Moreau") est officiellement nommé chef militaire du département. Il entreprend des pourparlers avec les chefs des divers maquis.
  • En avril, les mouvements Libération-Nord, Vengeance, Organisation Civile et Militaire (O.C.M.), Armée Secrète (A.S.), Organisation de la Résistance dans l'Armée (O.R.A.) et Ceux de la Libération-Victoire (C.D.L.L). se regroupent pour former les Forces Françaises de l'Intérieur de la Nièvre (F.F.I.), réparties en 27 maquis. Les maquis du Front National et des Francs-Tireurs-Partisans Français (F.T.P.F.), où se retrouvent de nombreux militants du Parti Communiste clandestin, restent à l'écart ; leur chef est le commandant Roland Champenier ; il est secondé par le commandant Denys de Champeaux.
  • Le Q.G. des F.F.I. se trouve sur la commune d'Ouroux, dans le Morvan. Les accords d'Ouroux, qui scellent l'unification du commandement des maquis, divisent la Nièvre en secteurs. La répartition des maquis est inégale : selon le relief, l'étendue des forêts, la présence de hameaux isolés, selon l'influence de leaders locaux. Dans le Morvan, la Puisaye, le Bazois, les Amognes, de petits groupes de 30 à 50 combattants sont déjà installés depuis plusieurs mois. Il est plus difficile d'en implanter dans le Val de Loire ou à proximité des villes industrielles (pourtant, les résistants et réfractaires au S.T.O. y sont plus nombreux).
  • Dans un rapport établi le 24 juin 1944, le chef d'escadron de gendarmerie Meygret-Collet constate que les maquis regroupent "un nombre très important d'individus puissamment armés", qu'ils disposent d'environ 63 véhicules volés (en plus de véhicules donnés par des sympathisants), et que "toute action contre les maquis devient une opération de guerre". La gendarmerie de la Nièvre est alors impuissante face aux maquis, d'autant plus que plusieurs défections ou enlèvements de gendarmes se sont produits un peu partout (A.D.N., cote 137 W 152).

La constitution de maquis F.F.I. dans le sud du Nivernais

  • Le secteur 6 (Decize-La Machine-Dornes) est confié au commandant "Fleury" (Laurent de Soultrait) le 11 juillet. La direction civile et le recrutement sont assurés par Marcel Civade. Plusieurs maquis s'installent au nord et à l'est de Decize. Le 15 juillet, le sous-lieutenant Mercier (nom de maquis Blanc) et sa compagnie ouvrent leur camp dans la forêt de Vanzé, près de la ferme abandonnée de Beau-Déduit. Une autre compagnie, dirigée par le sous-lieutenant Dumeurger, s'établit à la ferme Dupré, près de Chassy, commune de Ville-Langy.
  • Une troisième compagnie est formée par le capitaine Emile Gribet, dit "Henri" et des résistants de Saint-Pierre-le-Moûtier et Dornes, le maquis est installé dans la forêt de Chabet, commune d'Azy-le-Vif, à partir du 1er août.
  • L'adjudant Ponge se charge de recruter plusieurs anciens officiers contactés à Nevers et dans les environs. Il se rend à Ouroux pour prendre livraison des premières armes (2 fusils-mitrailleurs, 8 mitraillettes Sten, 10 fusils, des explosifs).
  • Les trois noyaux du Bloc-Maquis de Decize s'étoffent progressivement pendant les mois de juillet et août. De tous côtés, des démarches sont effectuées pour récupérer de vieilles armes camouflées, des véhicules, des bicyclettes, des postes de radio... Le commandant "Fleury" est très actif : il s'entoure d'un état-major plus expérimenté, confie la création de plusieurs bataillons aux chef des premiers maquis, le capitaine Gribet, le capitaine Lacour ("Thomas"), les lieutenants Mercier, Guyot et Dumeurger ("Jones"), l'adjudant Ponge. Il prend contact avec des résistants de Moulins et du Nord de l'Allier et avec l'un de leurs chefs, Jean Mathonnière.
  • Tous ces déplacements sont extrêmement dangereux. Si les gendarmes français se montrent débonnaires, voire compréhensifs, il n'en est pas de même pour les troupes d'occupation. À Decize stationne alors une forte garnison. Parmi celle-ci, il y a le bataillon de réserve de parachutistes 49 925 A (Fallschirmpionierersatzbataillon : bataillon de réserve de pionniers parachutistes), spécialisé dans la lutte contre les patriotes et commandé par deux chefs impitoyables, le major Rosenbrück et l'oberleutnant Bersten (Ils figurent dans la liste des criminels de guerre établie le 3 juillet 1945 par le Comité Départemental de Libération, A.D.N., cote 999 W 2775). Un groupe de Russes blancs anti-communistes, appartenant à un régiment de l'armée du général Vlassov installé à Chalon-sur-Saône, est détaché à Château-Chinon (En réalité, ces Russes sont presque tous des Ukrainiens et des Baltes. Ils appartiennent au 654e Bataillon, commandé par le capitaine Mayor et le lieutenant Soild. Cf. Jacques Canaud, Les Maquis du Morvan, Château-Chinon, Académie du Morvan, 1995, p. 6.). De Chalon-sur-Saône, des unités du Sicherheitsdienst viennent faire des coups de main dans la Nièvre : ils sont commandés par le capitaine Krüger et guidés par deux miliciens d'Autun, Joseph Gressard et Grosjean, dit Tintin (Ce sont les principaux responsables des massacres de Dun-les-Places, Planchez, Montsauche et Lavault-de-Frétoy. Cf. Marcel Vigreux, Le Morvan pendant la Seconde Guerre Mondiale, témoignages et études, A.R.O.R.M., 1998). Il faut ajouter les petites unités de la milice qui patrouillent sur les routes de la Nièvre et qui se montrent d'autant plus agressives qu'elles veulent venger plusieurs de leurs membres exécutés par la Résistance.
  • Le commandant "Fleury" et Marcel Civade, revenant d'Ouroux dans une voiture pilotée par Jean Clément, tombent dans une embuscade tendue par vingt Russes à Aunay-en-Bazois. Les résistants n'ont pas d'armes - heureusement - et, après de longs pourparlers et une nuit de garde à vue, ils sont libérés.
  • Le commandant "Fleury" explique d'autres contacts dans son Journal de Marche et Opérations :
"En outre, pendant toute la durée du mois d'août, des tentatives de liaison avec le camp F.T.P. du secteur ont été faites (lieutenant "Gérard", puis lieutenant "Yvon" dans la région de Saint-Benin, lieutenant "Marcel" dans la forêt du Perray, puis dans la forêt de Vincence). Ces tentatives ont pratiquement toujours échoué, de belles paroles sont dites mais, quand il s'agit de passer aux actes... plus rien... De même la liaison avec "Napo" à Sermoise le 23 août (Sur le rôle controversé de Courvoisier : A.D.N., cote 999 W 62, document n°80, annoté par le colonel Gaston Roche; Martinet, op. cit., p. 87-88 ; Robert Chantin, Des Temps difficiles pour des Résistants de Bourgogne, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 57-69). En-dehors de ces faits particuliers, le mois a été passé en liaisons, demandes et en inspections dans les camps (Extrait du rapport rédigé par le commandant "Fleury" (de Soultrait) pour le colonel Roche, délégué départemental pour la Nièvre de la commission d'Histoire de l'Occupation et de la Libération de la Nièvre. A.D.N., cote 999 W 62, liasse n°20)."
  • Un autre groupe de maquisards se constitue dans la forêt de Munet (entre Saint-Ennemond, Trévol et Moulins). Le 16 août, ils sont une quinzaine, des employés de la préfecture de l'Allier, un commissaire de police, les gendarmes Labaune, Pindon et Vial, le garde forestier Boulon, des médecins (le capitaine Souris). Ils seront une soixantaine au début de septembre.
  • Le capitaine Viard (Georges) , ancien aviateur et chef du maquis Munet, note, pendant une bonne partie du mois d'août, qu'il pleut et que les tentes sont inondées. Des caillebotis sont installés pour protéger de la boue. Les maquisards sont formés à la vie militaire. "24 août. Temps couvert. On commence à trouver des sentinelles casquées qui ont grande allure, mais la patrouille s'est perdue dans le bois."
  • Le maquis Munet effectue des patrouilles. Conscient de sa faiblesse, il évite d'attaquer les troupes allemandes, mais il doit éliminer plusieurs miliciens qui sévissent dans les parages. Il participe à la libération de Moulins le 6 septembre, à celle de Dornes, puis à la capture de plusieurs soldats allemands dans les journées qui précèdent la libération de Decize (Entretien avec M. Léon Renaud, 2 juillet 2003). Fin août, le lieutenant Pierre et un groupe d’un vingtaine d’hommes rejoignent le maquis de Chabet.

Les maquisards, de l’idéal au baptême du feu

  • Dans les divers maquis de la Nièvre, des chants et des poèmes ont été composés pour aider les jeunes recrues à garder le moral, pour exalter la mission que la Résistance s’est fixée, ou simplement pour se moquer des troupes d’occupation. On choisit des airs connus, sur lesquels on chante des paroles adaptées, des parodies. Camille Lux a écrit sur l’air de « Sous les ponts de Paris » :
« Lassés d’l’occupation / Avides de liberté,
Les jeunes de la Nation / Se sont engagés.
Quittant la vie pour le maquis / Ils sont venus dans nos grands bois.
Loin des parents, loin des amis / Ils y vivent depuis quelques mois… »
  • Mais le maquis n’est pas une colonie de vacances, ni même un camp de travail à la mode pétainiste. Le 14 août, le colonel Gaston Roche, responsable militaire du département, en accord avec les troupes alliées, donne les trois mots d’ordre suivants :
- intensifier les embuscades sur les principales routes de la Nièvre, dont la R.N. 7 et la route Nevers-Decize ;
- interdire toute circulation sur les voies ferrées, sur la ligne Paris-Nevers-Clermont-Ferrand et sur la ligne Nevers-Decize-Luzy ;
- les ponts, usines, bâtiments publics doivent être épargnés au maximum ; leur destruction ne peut s’effectuer qu’en cas d’urgence absolue.
  • Les résistants du Bloc-Maquis de Decize vont s’engager dans cet ultime combat de la Libération. Mais, ils manquent d’armes, la plupart sont loin d’avoir été préparés à la lutte armée, ils sont mal coordonnés. D’où un certain nombre d’opérations risquées, qui vont entraîner de sanglantes représailles.

Journal de Marches et d’Opérations du commandant "Fleury" du 29 août au 8 septembre

"Mardi 29 août. Rendez-vous à 10 heures sur le camp Blanc avec le commandant "Biard" [le marquis Denys de Champeaux], envoyé en inspection dans le Bloc Decize.
Visite du camp Blanc, visite du camp Bernard et du camp Napo. Revenu par Imphy et camp F.T.P. Marcel.
Couché au camp Blanc.
Mercredi 30 août. Départ à 7 h 30 pour rejoindre le commandant Biard au P.C. F.T.P. Celui-ci doit conduire le commandant "Fleury" à Ouroux où il expose la situation des trois bataillons Thomas, Bernard et Georges. Un lot d'armes (1 F.M., 10 carabines, 10 mitraillettes, 37 fusils) est attribué au Bloc Maquis Decize.
Jeudi 31 août. Retour dans la matinée d'Ouroux à Thianges, où est installé le P.C. du Bataillon Thomas, et où s'installe à ce jour le P.C. du Bloc Maquis.
Un détachement est envoyé à Ouroux pour en rapporter les armes affectées la veille.
Vendredi 1er septembre. Nouvelle inspection du commandant "Biard", accompagné du commandant "Grandjean" [Longhi], chef départemental des maquis, et du commandant "Simone", chef des Services de Santé Départemental (Le docteur Evrard), au maquis Blanc.
De gros passages de troupes allemandes étant signalés, l'inspection prévue chez "Georges" et chez "Bernard "ne peut avoir lieu.
Le lieutenant Ponge (promu récemment) prend le commandement de la 3e Compagnie du Bataillon Thomas formée ce jour à la ferme de la Mouille (Ouest de Ville-Langy).
Samedi 2 septembre. Rendez-vous avec M. Budon, envoyé par le colonel "Diagramme" [Viat]. M. Budon doit installer une chaîne de liaison avec la Saône-et-Loire et organiser la surveillance du passage du pont de Gannay.
Dimanche 3 septembre. R.A.S.
Lundi 4 septembre. Visite au camp Blanc dans la matinée. Déjeuner à Decize dont la traversée est difficile, vu l'affluence d'Allemands qui prennent les bicyclettes.
Le soir, inspection du maquis Georges, dont la 1ère Compagnie est sous le commandement du lieutenant Genty. Couché sur place.
Le capitaine Chevrier prend ses fonctions d'adjoint du commandant "Fleury".
Ce jour-là, les hommes du capitaine Viart abattent des arbres qui bloquent quelque temps la circulation sur la R.N. 7.
Mardi 5 septembre. Liaison à Moulins avec Maître Tinland, chef de l'organisation dont il a été parlé ci-dessus [maquis du nord de l'Allier], qui vient d'être libéré. Contact est pris avec "René", représentant du S.R.. Inspection d'après-midi du camp Bernard. Couché au camp Georges.
Mercredi 6 septembre. Liaison de "Georges" avec le capitaine "Bruno" et le capitaine Alvaron, venus tous deux de Moulins. "Bruno" doit prendre le commandement du Bataillon constitué par la Compagnie Genty et d'une Compagnie d'hommes armés habitant Moulins, et qu'il a été impossible jusqu'à présent de faire entrer au maquis. Des éléments de même ordre stationnés à Gannay, La Chapelle et Chevagnes doivent former la troisième Compagnie.
Le commandant "Bruno" s'engage à installer les deux dernières Compagnies au maquis avant 48 heures.
Départ vers 11 heures du camp Genty avec liaison au passage avec Budon qui est emmené déjeuner à Decize, puis à la Garenne (où vient de s'installer le P.C.). On y apprend que le parachutage tant attendu a eu lieu partiellement la nuit précédente.
Le commandant Adenot rejoint la Garenne, envoyé par le colonel "Moreau" [Roche] ; il accepte les fonctions d'officier de détail du Bataillon Thomas.
Jeudi 7 septembre. Arrivée à l'E.M. du Bloc Maquis du lieutenant Lienne, à la Garenne ; rapport du parachutage, inventaire des armes, répartition.
Le lieutenant Blanc va livrer au capitaine "Georges" le lot d'armes qui lui est destiné, ainsi qu'à "Bernard" et à "Napo" (A.D.N., cote 999 W 62. Certaines affirmations du commandant de Soultrait sont en contradiction avec les témoignages de ses maquisards."

Pierre Dumeurger, chef du Camp Dunkerque (juillet-septembre 1944)

  • L'ingénieur des mines Pierre Dumeurger a effectué la campagne de 1940 dans le 104e Régiment d'Artillerie. Après avoir perdu beaucoup de soldats en Belgique, le régiment se replie sur Dunkerque. Le sous-lieutenant Dumeurger est embarqué pour l'Angleterre le 2 juin 1940. Il revient en France et reprend son emploi aux mines de La Machine. Il dirige toutes les installations de surface.
  • Pierre Dumeurger doit réparer les premiers sabotages : le câble de traînage des bennes sur le plan incliné (puits Henri-Paul), le compresseur du puits des Minimes. Il n'est pas d'accord avec les auteurs de ces sabotages, qui prennent des risques inutiles. Il leur conseille des actions plus spectaculaires mais des destructions faciles à réparer, sans mettre en jeu la vie des mineurs.
  • C'est le commandant de Soultrait, officier d'active, qui vient directement le recruter à son domicile au début du mois de juin 1944. La première entrevue n'est pas concluante, d'autant plus que Dumeurger hésite à partir au maquis, il a trois enfants en bas âge. Le lendemain, seconde entrevue. Dumeurger accepte d'encadrer un groupe dans les bois d'Anlezy. Il pense que c'est le lieutenant Guyot, instituteur à Ville-Langy, qui l'a recommandé au commandant de Soultrait.
  • Pierre Dumeurger rejoint d'abord le maquis Blanc. Puis il se réfugie dans la ferme Dupré et près de celle de Longboue. Avec lui, il y a une dizaine d'hommes, parmi lesquels le sergent Charles Binon (boucher à La Machine, ancien P.G. libéré, qui exerce les fonctions de lieutenant-louvetier dans le département), le pharmacien Jouannin et, de temps à autre, le docteur Tardy.
  • Le petit groupe de maquisards prend le nom de Camp Dunkerque (référence à la campagne de 1940). Les maquisards manquent cruellement d'armes et de véhicules. Le seul parachutage qui leur était destiné n'a pas lieu ; l'équipe chargée d'éclairer le terrain doit se cacher pour éviter la rencontre avec une patrouille allemande. L'adjoint du lieutenant Dumeurger, le sergent Binon, vole aux Allemands une voiture 202 dans la cour du château de Brain.
  • Pour s'équiper, les hommes du Camp Dunkerque sont réduits à mener des raids contre des groupes d'Allemands et de saisir leurs armes. D'autres raids permettent d'obtenir des réserves d'argent et de tickets de rationnement. Dans la nuit du 16 au 17 août, une petite équipe se rend à Nevers pour prendre les pensions des retraités de la mine, en accord avec le percepteur de La Machine ; une distribution commence ; des résistants F.T.P. souhaitent aussi recevoir une part de ces fonds ; le lieutenant Dumeurger doit faire garder la perception ; la nuit suivante, un convoi allemand traverse La Machine ; alors que certains maquisards sont prêts à déclencher le tir, l'ordre d'éviter tout incident est respecté.
  • Parmi les opérations les plus concluantes, il y a l’attaque d’un détachement allemand quittant le château des Ecots (5 septembre) ; le château est alors occupé par des jeunes filles de la Légion d'Honneur. Elles préviennent les maquisards que depuis deux jours un groupe de cyclistes allemands s'est installé dans les dépendances du château. Après un bref engagement, trois Allemands sont tués, 13 sont faits prisonniers, les autres s'enfuient en abandonnant armes et bicyclettes.
  • Une autre attaque audacieuse est menée par une petite équipe de maquisards, dans une zone assez éloignée, le 8 septembre. Le château de Saulières (commune de Saint-Péreuse, entre Châtillon-en-Bazois et Château-Chinon) héberge alors une forte unité allemande, dont les chefs semblent désemparés. Le maquisard Miguet, ayant appris cela, se rend seul, à bicyclette, jusqu'au château ; il se présente au commandant allemand, parlemente avec lui et revient au camp Dunkerque, persuadé que les Allemands vont se rendre. Pierre Dumeurger obtient du maquis Julien un automitrailleuse et deux hommes. À bord d'un autre véhicule, il part avec cinq hommes, dont un adjudant-chef allemand, prisonnier depuis quelques jours, qui servira d'interprète. Des négociations entre le lieutenant Dumeurger et les ennemis permettent de faire 96 prisonniers, qui sont conduits au maquis Julien à Saint-Franchy, puis à Ouroux. Le matériel récupéré est le suivant : 76 fusils, un F.-M., deux mitraillettes, des revolvers, des munitions, huit chevaux, huit voitures à chevaux et deux remorques.
  • Une opération mal organisée coûte au camp Dunkerque l'un de ses véhicules, un camion Delahaye à gazogène, réquisitionné parmi le matériel de la mine. Ce camion transporte en direction de Saint-Benin d'Azy un groupe de résistants, guidé par deux gendarmes qui se sont ralliés au maquis. Ils tombent nez à nez avec des Allemands au carrefour de Lugue. Un Allemand est touché par le maquisard Louis Guyot, les autres tirent sur le camion qu'ils incendient. Les deux gendarmes abandonnent les maquisards...
  • Au début des combats de Druy-Parigny, le lieutenant Dumeurger et l'un de ses hommes sont présents près du village, en observation. Ils cherchent alors à établir un nouveau maquis aux alentours de Sougy. Ils ne participent pas au combat contre les Allemands et décrochent.
  • Juste après la libération de Decize, le lieutenant Dumeurger et ses hommes sont chargés du maintien de l'ordre à Brain, puis au Faubourg d'Allier. Ils sont logés à la caserne de gendarmerie mobile. Puis vient la démobilisation de la plupart des maquisards. Pierre Dumeurger, en tant qu'officier de réserve, se présente au colonel Roche, à Nevers, à l'Hôtel de France. Il lui est proposé un poste de directeur technique du département de la Nièvre. L'une de ses tâches consiste à vérifier les bons de réquisition que présentent les agriculteurs et les commerçants, pour obtenir le remboursement des produits qu'ils ont livrés aux maquis. Il est aussi responsable du parc automobile militaire dans le faubourg Saint-Antoine et ne peut empêcher certains pillages. Il est démobilisé en février 1945 et reprend ses fonctions aux mines de La Machine.
  • Après la guerre, Pierre Dumeurger suit des stages à l'Ecole des Officiers de Réserve. Il atteint le grade de colonel (Entretiens avec M. Pierre Dumeurger, 3 mai et 20 août 2003, et avec M. René Leick, 14 et 28 mai 2003. Et lettres de M. Dumeurger).

Souvenirs d'un maquisard du Camp Dunkerque

(Entretien avec M. André Rozier, 25 avril 2003 et 11 août 2004)

  • En 1938, André Rozier est mécanicien au garage Morette de La Machine. Il passe avec succès un concours de l'aviation, reçoit une formation de mécanicien navigant à l'école de l'Aéronavale de Rochefort, puis il est affecté à la B.A. 108 près de Montpellier. Il est démobilisé en août 1940 et rejoint La Machine, où il retrouve un emploi dans un garage.
  • Ses premiers contacts avec la Résistance se font en 1942, par l'intermédiaire de M. Gautheron, agent d'assurances à Saint-Saulge, et surtout de M. Couture, fermier à Fond-Judas (commune de Champvert). André Rozier sert d'agent de liaison, il répare plusieurs fois les véhicules utilisés par des clandestins, apporte du ravitaillement au maquis Socrate.
  • Après la destruction de la ferme Couture (30 avril 1944), André Rozier se sent en danger : il rejoint le maquis le plus proche de La Machine, le Camp Dunkerque, organisé par le capitaine Lacour (ancien instituteur), le lieutenant Pierre Dumeurger et le lieutenant Guyot. Ce groupe est alors composé d'une vingtaine d'hommes, il en comptera 120 en septembre ; parmi ces Résistants, il y a le Russe Boubkine, l'Italien Mario Valmossoï (tué le 14 avril 1945 en Alsace) et le Grec Gheorgiou. Les maquisards ont creusé près de la ferme de Longboue de longues tranchées, camouflées par des toits de branchages ; c'est leur "caserne". L'approvisionnement est assuré par M. Perruchot, fermier de Longboue, et plusieurs agriculteurs des environs. L'armement est très limité : plusieurs fusils fabriqués par un armurier de La Machine, M. Brisbard, à partir de canons de Mauser et de pièces ajustées sur mesure, du matériel allemand récupéré, deux mitrailleuses et des grenades à manche.
  • Les maquisards du Groupe Dunkerque se déplacent à bord d'une 202 et d'une 402 Peugeot, d'une Traction Citroën et d'un camion (détruit par une grenade incendiaire lors de l'accrochage de Saint-Benin). Ce groupe de F.F.I. n'a eu aucun tué, ni aucun blessé ; il a mis hors de combat 117 soldats allemands. Ses principaux combats sont les engagements de Saint-Benin et la prise du château des Écots (5 septembre).
  • Après la Libération, André Rozier est à nouveau mobilisé dans l'aviation. Il passe deux ans à la B.A. 102 de Dijon, puis il quitte l'armée pour se marier.

Le maquis Chabet

(Témoignages de MM. Pierre Maître et Jean-Louis Gonin, lundi 19 janvier 2004, de M. Roger Vallet, le 5 juillet 2004. Article de Marcel Brasquies sur M. Vallet , Le Journal du Centre. Certains documents d’archives nomment ce maquis Camp Jeanne d’Arc)

  • Roger Vallet s’engage au début de 1942 dans l’armée d’armistice. En juin, il est affecté à la batterie de l’air n°13 à Avignon. Son unité s’apprête à partir pour l’Afrique du Nord lorsque les Allemands envahissent la zone sud. Roger Vallet rentre à Saint-Germain-Chassenay. Le 23 mai 1943, il est arrêté ; embarqué pour l’Allemagne, il saute du train à Saint-Léger-des-Vignes. Il se cache dans une ferme, puis trouve du travail à l’usine Goodrich. Pris dans la rafle du 5 février 1944, il s’échappe à Nevers. En août, il rejoint le capitaine Gribet dans la forêt de Chabet.
  • Pendant près d’un an, Pierre Maître, réfractaire au S.T.O. se cache avec un copain dans une maison forestière, à l’Étang du Fourneau, près de Fleury-sur-Loire. Il est ravitaillé par des fermiers, qu’il aide dans leurs travaux, et par sa famille. Il rejoint en août 1944 le maquis Chabet.
  • Jean-Louis Gonin appartient depuis 1942 au groupe Libération-Nord. Il est en liaison avec Jean Lhospied et les rédacteurs de la Nièvre-Libre. Un de ses rôles consiste à collecter des informations autour de Dornes. Recruté par le commandant de Soultrait, il gagne la forêt de Chabet. Au début, le maquis ne regroupe qu’une dizaine d’hommes ; les armes manquent. Puis les résistants sont équipés grâce à des parachutages. Mais un stock d’armes est saisi par les Allemands, à la suite d’une trahison.
  • Le maquis Chabet compte plus de trois cents hommes au début de septembre.
  • « La ferme de Chabet servait de quartier général, de réserve de nourriture, de cuisine et de boulangerie. On a même entendu dire qu’il y avait une cave avec quelques bouteilles confisquées à des collabos.
  • Du point de vue confort, la vie au camp n’avait rien de réjouissant. Les tentes étaient implantées dans le sous-bois et abritaient plusieurs groupes de garçons. Chaque groupe s’ingéniait à rendre son abri le plus confortable possible. Il faut dire que la pluie tombait tous les jours et que le sol était gorgé d’eau et bientôt transformé en bourbier impraticable, des caillebotis ont enfin été réalisés avec des rondins de bois. Il fallait aussi creuser des rigoles autour des tentes et assurer l’écoulement de l’eau. Une autre préoccupation, et non des moindres, était de colmater les fuites sous les toiles. Il fallait s’abriter du froid, surtout la nuit. Pour dormir, il y avait de la paille, mais le sol était dur et les couvertures rares. Il fallait se serrer les uns contre les autres pour conserver un peu de chaleur. Et puis, il y avait la garde. Jour et nuit, des hommes se relayaient pour surveiller les alentours du camp. D’autres points plus éloignés, en lisière de la forêt, étaient gardés par des hommes armés de mitraillettes. La relève se faisait toutes les deux heures. Il faisait froid, les chaussures et les vêtements étaient détrempés, et la peur était quelquefois au rendez-vous.
  • Un opérateur radio était en permanence à l’écoute de Radio-Londres. L’appareil utilisé était un des matériels parachutés par les Alliés. « La Pie », nom de guerre de cet opérateur, avait une mémoire extraordinaire. Il était capable, après chaque émission, de répéter sans se tromper, tous les messages, tous les communiqués, sans avoir pris une note écrite. Ce garçon était un élément extrêmement précieux pour notre service de renseignement et notre organisation.
  • […] Les liaisons avec les autres maquis se faisaient par la route. Plusieurs voitures, et en particulier des tractions, étaient utilisées pour surveiller les déplacements des troupes ennemies et pour se rendre à Munet, à la Machine ou à Luzy, là où des maquis importants opéraient en liaison constante avec Chabet. Les déplacements les plus risqués étaient ceux qui permettaient le transport d’armes. D’autres déplacements avaient un but bien particulier. Il s’agissait de se rendre sur une route fréquentée par les convois allemands et de la barrer, en abattant les gros arbres de bordure.
  • […] Les maquisards savaient qu’une embuscade se produirait, tôt ou tard, mais à un endroit où l’ennemi ne l’attendait pas.
  • […] Plusieurs fois, des accrochages se sont produits. Il faut dire qu’avant l’attaque, le rapport des forces était toujours évalué, dans la mesure du possible, et la décision prise d’ouvrir le feu, ou de se replier discrètement dans les profondeurs de la forêt (Jean-Louis Gonin, Amicale du Maquis de la Forêt de Chabet, historique du maquis). »
  • Parmi les armes dont dispose le maquis Chabet, il y a les 8 mitraillettes Sten récupérées par l’adjudant Dubuis, 3 F.M. et 50 fusils parachutés à la Colonne (commune de Saint-Léger) récupérées et apportées par M. Rissient.
  • Les attaques menées par le maquis Chabet contre des colonnes cyclistes allemandes se sont déroulées le 10 août au lieu-dit Le Bretet (sur la R.N. 478), le 14 à Beaumont (sur la R.N. 7), le 31 août et le 8 septembre au lieu-dit Le Patouillat ; le maquis a contribué, en harcelant l’avant-garde, à la reddition de la colonne Elster ; il a été chargé de la poursuite d’ennemis isolés pendant les journées qui ont suivi. Le maquis a eu trois blessés parmi ses combattants ; il a tué une dizaine d’Allemands, en a blessé autant, et fait 14 prisonniers (sans compter les 1800 qui se sont rendus à Saint-Pierre).


  • Le Bloc-Maquis de Decize a compté 650 combattants homologués à la Libération, dont 15 officiers et 29 sous-officiers. D’autres jeunes gens de Decize et des communes du canton se sont engagés dans les maquis Louis, Julien, Mariaux...



Texte et images proposés par Pierre Volut et mis en page par Michel Mirault le 11 janvier 2017.