Justice de paix à Decize de 1825 à 1838

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  • La ville de Decize a conservé jusqu'en 1946 une partie des instances judiciaires qui avaient été créées pendant la Révolution. Le Tribunal de District a disparu, lors du découpage du département en arrondissements ; Decize, n'étant plus désormais qu'un chef-lieu de canton, n'a été dotée que d'une Justice de Paix(1). Le premier juge exerçant dans ce tribunal a été Claude Robinot, l'oncle du conventionnel Saint-Just(2).
  • Il ne saurait être question de présenter toutes les affaires plaidées et jugées dans cette instance judiciaire ; deux périodes limitées et quelques exemples suffiront pour montrer le fonctionnement de la Justice de Paix de Decize. En 1825, le juge de paix est Louis Godard de La Motte(3). Son greffier a répertorié 272 affaires dans le courant de l'année (compte-tenu des nombreuses causes ajournées une ou plusieurs fois, seules 120 affaires ont été jugées).
  • En 1832, le juge se nomme Gabriel-James Huvelin de Bavelier(4)  ; son greffier est Jean-Jacques Evrat(5). Le registre de cette année permet de retracer l'activité des deux hommes de loi, de connaître les infractions et conflits qui étaient monnaie courante dans le canton, et de les comparer avec la petite délinquance constatée au siècle précédent(6).
  • Environ 140 cas ont été répertoriés et retranscrits par le greffier ; lors de 28 audiences, qui ont eu lieu généralement le lundi, le juge a eu à se prononcer sur 77 affaires ; certaines affaires, présentées une première fois, ont été ajournées (faute de plaignants, faute de preuves, ou parce que l'audience risquait de se prolonger outre mesure). Si les demandeurs sont presque toujours présents devant le juge, les défenseurs, pourtant convoqués par l'huissier Achet ou son collègue Déchelle, se font rares ; parfois, des témoins ont été cités et viennent donner leurs versions de faits contestés ; le juge doit aussi nommer des experts, ou se rendre lui-même en visite d'expertise, accompagné de son greffier.
  • Qui sont les demandeurs ? La plupart résident à Decize ; la commune de Saint-Léger-des-Vignes vient en second, avec un nombre de plaideurs disproportionné par rapport à sa population (s'agit-il d'un goût pour la chicane, ou de circonstances liées aux nombreuses transactions commerciales du port de la Charbonnière ?) ; Avril-sur-Loire et Fleury-sur-Loire sont également sur-représentées : mais la cause en est la présence dans ces deux villages de personnages turbulents. Les autres villages du canton sont plus rarement mentionnés.
  • Les plaintes correspondent à trois sortes de délits : différends commerciaux, conflits de voisinage et insultes ou voies de faits.


Les différends commerciaux : marchandises livrées et non payées, factures contestées, baux locatifs non respectés.

  • Jean Gonindard, propriétaire et négociant résidant à Perreux (département de la Loire), a fourni du vin à plusieurs commerçants, parmi lesquels se trouvent le boucher Pagnard et le maçon Marien Aupetit, qui n'ont pas payé ; le juge constate le délit et condamne les deux mauvais payeurs à rembourser Gonindard, mais le montant des factures est revu à la baisse (40 francs au lieu de 90 francs, et 22,50 francs au lieu de 60 francs).
  • Une autre affaire de vin est encore plus dérisoire : le cabaretier Jean Mouzon, établi à Saint-Léger, réclame 26 francs à son client Jean Gouy. Ce dernier admet que 26 encoches ont été taillées par le commerçant sur la baguette représentant son crédit, au fur et à mesure que le commerçant lui donnait des bouteilles ; mais pour Gouy 26 encoches signifient 26 bouteilles, et non 26 francs ! Pour son adversaire, qui sait mieux compter, cela revient au même, car la bouteille se vend un franc. Le mauvais mathématicien paiera bien les 26 francs qu'il doit, et il devra ajouter des dépens de 8,60 francs...
  • Les cabaretiers, aubergistes, bouchers et boulangers font fréquemment appel au juge de paix ; leurs clients ne règlent les dettes que sous la menace(7). La location des maisons ou des jardins est également à l'origine de procès à répétitions : les locataires laissent passer les termes, oublient que leur bail va de la Saint-Martin à la Saint-Martin suivante. D'autres prétendent qu'une partie du loyer a été réglée par des travaux, dont le coût est difficilement évaluable.
  • Les compagnies d'assurances, dont l'activité se développe rapidement, veulent recouvrer les cotisations dues par leurs assurés : La Compagnie d'Assurance Mutuelle contre la Grêle, représentée par M. J.-B. Piquet, poursuit Jacques Michel, qui lui doit 15 francs. Or, celui-ci n'a pas contracté d'assurance avec cette compagnie, bien que son nom soit porté sur le registre des assurés... peut-être a-t-il espéré que la grêle ne tomberait pas chez lui...
  • Il n'y a pas d'assurance pour les transports fluviaux sur les courtes distances. Alexandre Schmid avait demandé au marinier Jacques Lamy de charger une bascule de poisson à Port-Tareau ; Schmid faisait pêcher des étangs du côté de Fours. La pêche étant plus difficile, Lamy n'a pu faire charger qu'avec 18 jours de retard ; le tribunal lui accorde 50 francs d'indemnité.
  • Les médecins doivent parfois venir au tribunal pour se faire payer leurs honoraires. Le docteur Doumic a soigné le sieur Noblat jusqu'à sa mort ; puis il présente une facture de 11,15 francs à l'héritier du défunt, le sieur Maréchal, blatier à Saint-Privé, qui refuse de s'acquitter de la dette, estimant sans doute que le médecin aurait pu guérir son patient. Maréchal est condamné à payer la dette, augmentée d'intérêts et de 3,60 francs de frais de justice. Une autre affaire illustre la lourde charge que constituait la maladie pour le budget de familles modestes. Le garde-champêtre Brenier doit 130 francs de visites et de médicaments au docteur Jean-Louis Terreux qui a soigné son épouse et ses enfants ; il a demandé au médecin un crédit de trois ans, car il ne peut payer. Le juge de paix l'engage à verser régulièrement ses traites.
  • Parmi les dettes, il y a les six mois de nourrice que le journalier Etienne Millot et son épouse réclament à Jean Renard, propriétaire à Dardeau (commune de Druy) ; il y a les salaires dus par plusieurs entrepreneurs à des tailleurs de pierres, à des manœuvres qu'ils ont embauchés ; il y a des gages de domestiques (Jeanne Champart, ancienne servante du sieur Deschaumes ; Joseph Jacob, au service de l'industriel Jean Billot, propriétaire de la tuilerie de Brain) ; il y a le recouvrement des billets à ordre souscrits en faveur de Jean-Baptiste Burin, l'ancien curé de Saint-Léger devenu usurier ; il y a enfin les honoraires des deux huissiers.

Les conflits de voisinage : mitoyenneté, pacages abusifs...

  • Alexandre Schmid, propriétaire à Rosière (commune de Sougy), et son épouse Louise Cognet accumulent ce type de plaintes ; tantôt c'est une charrette qui a traversé leurs tailles (ils réclament 100 francs de dommages et intérêts, que le juge réduit à... 1,50 franc) ; tantôt c'est une voisine qui a ébranché quatre saules d'une haie mitoyenne (la dame Schmid est déboutée). Les haies mitoyennes sont des sources de conflits inextricables. A Saint-Léger, une affaire légèrement différente éclate à l'occasion de travaux sur la route de La Machine : le cantonnier Jean Colas, chargé de refaire l'accotement, s'est permis de jeter plusieurs pelletées de terre dans un fossé et un pré qui appartiennent à la dame Louise-Adélaïde de Lorme, veuve du sieur Ange Bernard, une Parisienne occasionnellement châtelaine de Brain. Elle le traîne à la justice de paix.
  • Des vaches s'égarent chez un voisin et lui broutent quelques toises carrées d'herbe ; 80 moutons et deux porcs, appartenant à Jean Ménard, entrent sur une chaume appartenant à Jean Arbault ; des bœufs tirant des voitures longent un pré juste avant la fauchaison et ils piétinent quelques touffes d'herbe verte ; un chêne est ébranché parce que sa frondaison empêche le passage de charrettes ; un chêne abattu par un charpentier tombe du mauvais côté et fracasse les branches de deux frênes. A travers les notes du greffier transparaissent les jalousies, les mesquineries de la vie rurale, l'appât du gain chez ces petits propriétaires.

Les insultes, voies de faits et violences diverses.

  • Sans atteindre la violence des siècles précédents, la vie sociale est rude ; les rancœurs se sont exaspérées à l'occasion de bouleversements que les plus âgés ont vécus, à l'occasion d'enrichissements rapides ou de faillites. On s'insulte en public. Les ragots se propagent : quatre affaires concernent des personnes qui s'estiment diffamées, qui ont été accusées à tort de vols divers. Des maçons se disputent une montre : personne ne peut avouer au juge d'où elle provient.
  • La veuve Saintoyen est fâchée avec Pierre Poulinier et son épouse Anne Naudin. Le 29 avril 1833, le juge la condamne à 50 francs de dommages et intérêts pour « avoir traité la femme Poulinier de voleuse le 18 du mois. » Le 13 mai suivant, Constance Baudin, veuve Saintoyen, cite deux témoins (deux commères) : la femme Poulinier l'aurait à tort injuriée, « disant que son mari avait volé du bled et une citrouille » ; la partie adverse cite deux autres témoins qui ne savent rien, n'ont rien vu, ni entendu. Le juge en conclut sagement que les deux parties se sont respectivement injuriées et il partage équitablement les dépens.
  • Jean-Baptiste Dormont, propriétaire à Avril, n'aime pas son voisin Henry Vyau de Fontenay. Le 29 décembre 1832, il saisit sur ses terres des animaux qui divaguent ; ils appartiennent justement au voisin détesté ; Dormont les place en fourrière, il se rend à Decize et réclame au juge des dommages et intérêts. Henry de Fontenay surgit chez Dormont pendant ce temps-là, il trouve la dame Dormont seule et lui fait « une démonstration athlétique de mécontentement, avec injures multipliées et triviales, en la menaçant de voies de fait » (ce sont les termes exacts de la dame Dormont). Le tribunal ne condamne l'irascible de Fontenay qu'à 5 francs d'amende. Dormont, qui espérait des dommages et intérêts plus substantiels, revient à la charge un mois plus tard : de Fontenay lui doit 100 francs pour « être passé de fréquentes fois, soit à pied, soit à cheval, sur un chemin qui n'a été tracé que pour desservir des terres » à lui, Jean-Baptiste Dormont. Cette fois, le juge déboute le demandeur et le condamne aux dépens...
  • Les sanctions prises par le juge Huvelin de Bavelier ne sont la plupart du temps que l'obligation d'acquitter des dettes ; les dommages et intérêts dépassent rarement une dizaine de francs. Les condamnations les plus sévères sont des expulsions « par tous moyens nécessaires, y compris la force des armes », requises contre des locataires impécunieux ou malhonnêtes. Un seul individu reçoit une peine de prison, d'ailleurs bien légère puisque c'est pour une durée de 24 heures : c'est le sieur Bardot, journalier à La Machine, cité par Florent Sautereau pour loyer impayé. Pendant l'audience, Bardot est rappelé à plusieurs reprises par le juge « au respect et à la modération » ; ces avertissements n'ayant pas porté les fruits escomptés, ledit Bardot a donc été conduit dans le local exigu de la prison municipale, afin de méditer à son aise sur les égards que les justiciables du canton doivent à leur juge de paix.
  • Quelques mois plus tard, le cabaretier Michel Tabarant apprend à son tour qu'il ne fait pas bon contester les verdicts du juge. Il poursuit le journalier Pierre Brun pour une pioche empruntée et détériorée, une vétille. Le juge déboute Tabarant. Celui-ci, mécontent, « n'a cessé de nous interrompre, écrit le juge ; rappelé à l'ordre et au silence, [il] n'a tenu aucun compte de nos avertissements réitérés ; en conséquence, nous, juge de paix, l'avons condamné à 5 francs d'amende envers la commune. »

Quelques procès d'Assises.

  • Les affaires qui suivent sont beaucoup plus graves. Elles ont été jugées par la Cour d'Assises de Nevers, où siégeaient régulièrement quelques jurés issus de « la plus saine partie des électeurs [sic] » du canton de Decize(8).

Un infanticide.

  • Louise Bonnefoi est servante au domaine des Fontaines à Saint Hilaire. Elle accouche dans les bois. On trouve le cadavre. Selon le médecin, le bébé aurait vécu et il a été étranglé. Louise Bonnefoi est condamnée à 6 mois de prison et 16 F d’amende(9). Les affaires d'infanticide reviennent régulièrement dans la presse départementale. Dans la plupart des cas, il s'agit de jeunes filles placées dans les fermes ou les auberges ; elles accouchent seules et jettent leurs bébés dans les lieux d'aisance ou dans les cours d'eau(10).

À cause d'une chanson.

  • «  Dans la nuit du 27 au 28 avril [1834], le sieur Pierre Rizot, laboureur, âgé de 25 ans, a été assassiné à Verneuil ; l'auteur de ce crime est le nommé André Dumas, pionnier, âgé de 26 ans, lequel a été immédiatement arrêté et mis à la disposition de M. le Procureur du Roi à Nevers. On donne sur ce malheureux événement les détails suivants.
  • Le 27, à dix heures du soir, Rizot, Dumas et deux autres pionniers travaillant au canal du Nivernais et revenant de Decize, arrivèrent à Verneuil, où ils s'arrêtèrent pour dîner, dans l'auberge du sieur Rista. Après le repas, et à la suite d'une discussion qu'avait provoquée une chanson, Rizot donna un coup de poing à Dumas qui, de suite, éteignant la chandelle, saisit un couteau, en porta plusieurs coups à Rizot et s'élança hors de la maison. Le cabaretier ayant rallumé la chandelle, on vit le malheureux Rizot étendu mort et baigné dans son sang, qui coulait à grands flots de trois blessures affreuses, dont deux au menton et une à la gorge. Les témoins de cette horrible scène se sont rendus sur-le-champ chez le maire qui, aidé de la garde nationale, est parvenu à s'emparer du meurtrier. Interrogé s'il était l'auteur du crime qui venait d'être commis, il a répondu affirmativement, en ajoutant qu'il avait agi sans savoir ce qu'il faisait, et en se rejetant sur son état d'ivresse. Les personnes qui connaissent parfaitement Dumas ont déclaré qu'il est d'un caractère violent, emporté, très méchant, et redouté de tous les habitants(11). »
  • Le 5 août suivant, Dumas est jugé par la Cour d'Assises de Nevers. Déclaré coupable d'un meurtre involontaire, il est condamné à six mois de prison.

En prison pour le vol d'un pain.

  • Lors de la même audience du 5 août 1834, la Cour d'Assises a jugé un certain Pierre Papon. Il était accusé d'avoir soustrait frauduleusement au préjudice d'Antoine Minois, charbonnier à Azy-le-Vif, dans la nuit du 21 mars, un pain de six kilos et d'avoir incendié la loge du charbonnier. Comme rien ne pouvait prouver qu'il était l'auteur de l'incendie, seul le premier chef d'accusation a été retenu : Pierre Papon a été condamné à trois mois de prison(12).

Vol de farine à Decize(13).

  • Le voiturier Dumont rentre en pleine nuit à Decize ; devant la boutique du boulanger Souillard, il est surpris de découvrir un sac de farine crevé ; des traces de farine conduisent au magasin, dont l'une des portes est entr'ouverte. Dumont alerte le boulanger, qui se rend au domicile de deux porte-faix. Les deux hommes ont transporté pour lui plusieurs sacs de farine le jour précédent.
  • Claude Charton et Claude Thévenot, les deux porte-faix, sont couchés dans le même lit, et ils sont plongés dans un profond sommeil. Leurs vêtements sont encore blancs de farine. Ils avouent leur forfait.
  • La Cour d'Assises ne punit que Claude Charton ; c'est un récidiviste ; il est condamné à quatre ans d'emprisonnement. Claude Thévenot, plus jeune, n'a agi que sous l'influence de son ami : il est acquitté.

La lingère indélicate(14).

  • Le sieur Durand, aubergiste à Decize, a embauché une lingère-blanchisseuse, la veuve Ducarroy. Celle-ci vient prendre livraison du linge, et effectue chez elle un travail soigné, elle est irréprochable, jusqu'au jour où...
  • L'aubergiste aperçoit dans la rue une certaine fille Jolly, ouvrière en journée chez la veuve Ducarroy, qui porte ce jour-là un tablier que Durand reconnaît. Il se rend chez la veuve Ducarroy et, seconde surprise, il voit aux fenêtres des rideaux qui lui appartiennent...
  • Une perquisition est menée par les gendarmes, et l'aubergiste trouve une quantité de linges, serviettes et draps qui lui ont été dérobés. La veuve Ducarroy, avec l'aide de sa mère, la femme Lorot, et de plusieurs comparses, s'est servie également chez d'autres clients : chez M. Belthé, hôtelier à Decize, chez la dame Godard, propriétaire à Saint-Léger.
  • La Cour d'Assises, loin de blanchir la blanchisseuse, la condamne à cinq ans de prison ; sa mère, Mme Lorot, reçoit une peine de trois ans de prison.

L'étrangleur et la marchande(15).

  • La veuve Potdevin est presque octogénaire. Elle tient le magasin que lui a laissé son défunt mari, sellier-bourrelier à Saint-Privé.
  • Survient un client, Pierre Lardereau, qui vient acheter une bride. Lorsqu'il a la bride en mains, il la passe autour du cou de la marchande et tente de l'étrangler. Puis, la croyant morte, il fouille les tiroirs, s'empare d'environ 420 francs, et s'enfuit.
  • Pierre Lardereau est dénoncé, arrêté et jugé ; il est condamné à cinq années de prison.

Agression dans une péniche(16).

  • Le 12 décembre 1844, Antoine Gaillot, surnommé Ducarrouge, dort dans la cabine de sa péniche. Depuis quelques jours, le canal latéral à la Loire est pris par les glaces, et Gaillot est chargé de la surveillance d'un train de bateaux stationné près de Lamenay. Soudain, trois individus entrent dans la cabine, ils le frappent, lui coupent sa ceinture qui contient 30 francs et s'enfuient.
  • Gaillot porte plainte à la gendarmerie. Le jour-même, les trois individus sont arrêtés dans l'auberge du sieur Tixier, où ils font bombance. Ce sont : Etienne Fricot et Claude Thévenet, préposés à la garde d'un bateau voisin de ceux que surveille Gaillot, et un certain Auboyer, qui les a rencontrés dans un cabaret de Decize. Ils sont conduits à la prison de Nevers.
  • Le procès se déroule le 19 mai 1845. Fricot et Thévenet ont donné un faux alibi pour se disculper ; les patrons des cabarets où ils auraient dû se trouver nient les avoir reçus le 12 décembre ; ils sont condamnés tous les deux à deux ans de prison. Quant à Auboyer, il est mis hors de cause ; seul son goût pour le vin l'a rapproché des deux voleurs.

L'assassinat d'un marchand de cochons.

  • « Vendredi [ 30 octobre 1846 ], sur les huit heures du soir, un sieur Claude Daudeloup, marchand de cochons, demeurant à Alluy, homme aisé et considéré dans notre pays, a été trouvé assassiné aux portes de Decize à coups de pierre et de couteau ; près de lui se trouvait sa valise dans laquelle il restait encore une centaine de francs(17). »

Suicidé malgré lui ?

  • « On vient de trouver au village de Saint-Georges, commune d'Anlezy, un homme pendu dans son grenier. Ses pieds touchaient une planche ; il était presque assis sur une des bottes de paille, et il n'avait qu'à lever le bras pour saisir la poutre de la toiture. On a tout lieu de craindre que cette mort ne soit pas le résultat d'un suicide. La justice informe(18). »

Bouilleurs de cru et coups de bâton.

  • « Étienne Bréfort et Germain Lavalette, son beau-fils, tous deux charrons à Rouy, comparaissent sous l'accusation d'un crime fort rare dans ce pays. On sait que la cherté excessive du vin a donné l'idée à beaucoup de personnes de profiter de l'abondance des fruits pour les convertir en boisson(19). »
  • À Rouy, les agents des contributions ont remarqué qu'une grande quantité de cidre avait été fabriquée. Ils décidèrent de tendre un piège à Bréfort et Lavalette, les deux principaux vendeurs de cidre. « Ils s'embusquèrent dans la nuit du 24 au 25 septembre, et ne tardèrent pas à voir deux hommes s'avancer, roulant une feuillette(20) devant eux. »
  • Un agent, le sieur Troncin, interpelle Bréfort. « Au lieu de lui répondre, Bréfort s'arma d'un bâton pour l'en frapper. Au même instant, Lavalette lui lançait une pierre qui l'atteignait à la tête, perçait son chapeau et lui faisait une assez grave blessure. Bréfort, de son côté, lui portait un coup de bâton sur le côté de la tête. »
  • Les deux délinquants sont arrêtés peu après. La cour d'assises les condamne à six mois d'emprisonnement (Bréfort) et à un an (Lavalette, coupable de coups ayant entraîné une blessure grave).

« On est bien en prison, on y mange de la soupe grasse !(21) »

  • Michel Simon, 23 ans, natif d'Avril-sur-Loire, est attablé au cabaret de Chevenon, le 30 septembre 1865 ; en compagnie de Pierre Coulon, 19 ans, il boit bouteille après bouteille. Vient un moment où la cabaretière, la dame Rignault, refuse de leur servir toute autre boisson, car les deux hommes paraissent ivres. Ils sortent en maugréant. Quelques mètres plus loin, ils ont trouvé une nouvelle occupation : ils mettent le feu à une grange qui appartient au fermier Seguin.
  • Quand on les arrête, Simon proclame : « On est bien en prison, on y mange de la soupe grasse ! » La cour d'assises le condamne à dix ans de travaux forcés, et il aura la perspective d'être conduit en Guyane, où la soupe est moins grasse...
  • La prison est l'ultime refuge des vagabonds. Longtemps après Michel Simon, un certain Robert Foyer, « désespérant d'être admis dans un hospice pour y finir ses jours, avait mis le feu afin d'aller en prison, où il serait au moins à l'abri du besoin. » Au hameau des Loges, sur la commune de Luthenay-Uxeloup, plusieurs bergeries ont brûlé, jusqu'au jour où les gendarmes ont arrêté Robert Foyer, 77 ans, indigent et infirme, incendiaire par misère et par désespoir...(22)

Tentative d'assassinat contre le curé de Toury-Lurcy.

  • Le 22 janvier 1862, à neuf heures et demie du soir, plusieurs individus escaladent, à l'aide d'une corde, le mur du presbytère de Toury-Lurcy. Parvenus à l'étage, ils entrent dans une pièce qui sert de débarras. Les cambrioleurs ne sont pas discrets et le curé, qui les a entendus, survient, un bougeoir à la main. Se voyant trahis, les malfaiteurs se jettent sur le curé et le rouent de coups de bâton. Mais ce dernier profite de l'obscurité pour s'échapper ; il se réfugie chez un voisin et donne l'alarme. Les paroissiens se précipitent ; cependant les agresseurs du curé ont disparu dans les bois.

Arrestation d'un multi-récidiviste.

  • Jean Coulon est un voleur invétéré. Déjà, à l'âge de 17 ans, il a été arrêté pour vols multiples. A sa sortie de prison, il se marie ; sa femme lui donne un enfant. À 23 ans, Jean Coulon semble s'être ‘’rangé’’. C'est plus fort que lui. Il reprend ses larcins, et il commet l'imprudence d'entasser chez lui des objets dérobés à Devay, à Diennes, à Charrin et à Cercy-la-Tour : un fusil, des habits, des linges de maison, de l'argent. Les gendarmes le prennent la main dans le sac. Le naïf voleur avoue tous ses forfaits. La Cour d'Assises, touchée par sa franchise, lui accorde des circonstances atténuantes : il n'est condamné qu'à cinq ans d'emprisonnement(23).

Sauvagerie.

  • « Un acte de méchanceté sauvage, heureusement rare dans nos contrées, a été commis dans la matinée d'hier dans la commune [sic] de Saint-Maurice, canton de Decize. Un individu a, dans un but de vengeance inexplicable, blessé grièvement de deux coups de couteau une vache paissant tranquillement sur les bords du canal et qui appartient au sieur Bonneau, cabaretier à Saint-Maurice. L'un des deux coups a pénétré profondément dans le pis, l'autre n'a fait qu'entamer légèrement le cuir. Un procès-verbal a été dressé de cet acte de cruauté, dont l'auteur aura à rendre compte à la justice(24). »

Des imprudences.

  • La presse nivernaise multiplie les faits divers. Des accidents qui sont souvent provoqués par l'inconscience, la vantardise, la superstition.
  • Un incendie ravage 55 arpents d'un bois dépendant de la terre de Villecourt, commune de Decize. « Les gardes avaient chassé le matin et l’on suppose que la bourre de leurs fusils, tombant enflammée sur la feuille morte et très sèche en ce moment, aura pu être la cause de cet incendie(25). »
  • Les habitants de Cercy-la-Tour sont les héros – parfois volontaires – de trois aventures risquées, allant du tragique au comique.
  • « Un événement malheureux, déplorable fruit des préjugés qui désolent nos campagnes, vient d'affliger la commune de Cercy.
  • Le 17 de ce mois [juin 1834], le domestique de M. de Contenson, fut engagé par la femme de chambre, à tuer une pie qui venait souvent voltiger autour du château et que, suivant une antique superstition encore en vogue dans nos villages, elle considérait comme un oiseau de mauvais augure.
  • La pie ne tarda pas à venir, selon son habitude, se poser sur un néflier; le jeune homme aux aguets l'ajuste, tire et abat l'oiseau sinistre. Mais tout à coup il entend des cris plaintifs, il se précipite du côté de l'arbre et aperçoit le garde qui, caché par le branchage, avait reçu, à plus de 80 pas, un seul grain de plomb qui lui avait traversé les poumons. Cet infortuné a expiré à l'instant, malgré les soins qui lui ont été prodigués. Il était l'ami intime du domestique dont le désespoir a égaré la raison. Son état donne les plus vives inquiétudes(26). »

Il y a un dieu pour les ivrognes.

  • « Bonnet fils, après maintes libations dans les cabarets de Cercy-la-Tour, eut l'idée de monter au haut du toit de la maison Chevrier et là, debout, il s'amusait à battre la mesure aux accords tant soit peu discordants d'une vielle que faisait résonner notre célèbre virtuose Lardereau. Tout à coup, notre danseur perd l'équilibre et tombe sur les tuiles et, roulant de bâtiment en bâtiment, vient tomber sur le pavé, enseveli sous les débris de quatre à cinq cents tuiles que dans sa chute il a entraînées. On le releva, le croyant mort ; on se trompait. Bientôt, Bonnet, se dégageant des bras des gens qui lui prodiguaient des soins, s'enfuit à toutes jambes. Et, le lendemain, il était à son ouvrage, riant de son aventure de la veille(27). »

On ne plaisante pas avec la crue.

  • En janvier 1839, les rivières qui traversent Cercy sont en crue. La nouvelle route construite par l'administration des canaux est recouverte par un pied d'eau. Le jeune Frisat, enhardi par les plaisanteries de ses camarades, décide de traverser la zone inondée, monté sur un âne. Mais il vient à peine de commencer son trajet quand le courant renverse le cavalier et sa monture. C'est un certain Varga qui parvient à sauver Frisat de la noyade et, au terme de longs efforts, le ramène évanoui sur le rivage.
  • Frisat est sauvé, mais un témoin de l'aventure, le charpentier Copin, est tellement ému par le spectacle qu'il tombe à son tour dans la rivière. Lui aussi, il est sauvé de justesse de la noyade.

    (1) Tribunal chargé de régler les différends les moins importants. En 1946, cette Justice de Paix a été supprimée, remplacée par le Tribunal de Première Instance siégeant à Nevers.
    (2) Claude Robinot, fils du notaire Léonard Robinot l'Aîné, est mort en 1823 à l'âge de 84 ans ; il n'a pas laissé de descendance.
    (3) Fils de Guillaume Godard, Louis Godard de La Motte est né en 1770. Officier et chevalier de Saint-Louis, il a émigré en 1791. Il est revenu en France en Pluviose an XI (janvier 1802). Il a été élu conseiller municipal en 1837.
    (4) En 1838, il est remplacé par Jean-Marie-Emmanuel Comoy, ancien maire de Decize ; l'huissier se nomme Galopin et le juge suppléant Prosper Lolliot.
    (5) Jean-Jacques Evrat, né en 1795, a prêté serment le 10 janvier 1825 ; conseiller municipal en 1846, il est devenu juge suppléant.
    (6) Registre coté n° 15, allant du 31 décembre 1832 au 10 juin 1833, document aimablement communiqué par M. Emmanuel Lorient. Minutes civiles de la Justice de Paix de Decize, A.D.N., cotes 4 U2-1 et 2 ; Jugements civils sur registres, cotes 4 U2-93 (1825-1831) et 4 U2-94 (1833-1838).
    (7) Une situation identique pouvait se vérifier pendant la Révolution, quand les fournisseurs ont assiégé les autorités municipales responsables des séquestres des biens des émigrés. Cf. Decize, le Rocher et la Révolution, chapitre VIII.
    (8) Chaque année, au début de la session d'assises, les journaux donnent la liste des jurés (proposés par les maires des communes et tirés au sort après vérification de leurs qualités).
    (9) L'Écho de la Nièvre, 19 mai 1835.
    (10) Les naissances hors mariage sont nombreuses : les statistiques pour l'année 1837 indiquent 574 enfants naturels sur 9898 naissances.
    (11) L'Écho de la Nièvre, 4 mai 1834.
    (12) L'Écho de la Nièvre, 14 août 1834. « Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l'église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu'il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d'un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l'emporta. Isabeau sortit en hâte ; le voleur s'enfuyait à toutes jambes : Isabeau courut après lui et l'arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C'était Jean Valjean. » (Victor Hugo, Les Misérables). La sanction est plus lourde dans le roman que dans la réalité, Jean Valjean va passer cinq ans au bagne.
    (13) Journal L'Association, 23 mai 1842.
    (14) L’ Écho de la Nièvre, 28 novembre 1843, affaire jugée le 23 novembre.
    (15) L'Écho de la Nièvre, 2 mars 1844 ; affaire jugée à l'audience du 28 février.
    (16) L’Écho de la Nièvre, 14 décembre 1844 et 19 mai 1845.
    (17) L'Écho de la Nièvre, 3 novembre 1846.
    (18) Le Journal de la Nièvre, 22 octobre 1853.
    (19)Le Journal de la Nièvre, 24 novembre 1853.
    (20) La feuillette est un tonneau d’une contenance d’environ 120 litres.
    (21) Le Journal de la Nièvre, 13 novembre 1865.
    (22) Le Journal de la Nièvre, 20 février 1890.
    (23) Le Journal de la Nièvre, 20 février 1862.
    (24) Le Journal de la Nièvre, 21 octobre 1869.
    (25) L'Écho de la Nièvre, 23 mars 1834.
    (26) L'Écho de la Nièvre, 26 juin 1834.
    (27) L'Écho de la Nièvre, 24 janvier 1839.


Textes communiqués par Pierre Volut. http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm