Alluy

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Description d'Alluye en 1827

Alluye sur la carte de Cassini
  • Alisincum, bourg du canton de Châtillon en Bazois, animé par une population de 1.169 habitants, y compris celle d'un hameau voisin nommé Villars. Ce pays est couvert de vestiges d'antiquités, attestant le séjour des Romains. La rivière d'Aron traverse le bourg d'Alluye, et le territoire de cette commune est très productif en grains de toute espèce. On y élève des animaux qui servent aussi à la nourriture de l'homme.
  • On a cru longtemps que le nom latin Alisincum, placé deux fois dans l'itinéraire d'Antonin, et aussi d'après le célèbre Danville, désignait Anizy. Un examen particulier du pays a fait changer de sentiment ; et M. Sallonnier, ancien officier du génie, est le premier qui ait douté qu'Anizy fut l'ancien Alisincum. En effet ce hameau composé d'un fort médiocre château et d'une église paroissiale seulement, situés sur la rive gauche de la rivière d'Aron, n'offre aucun vestige d'antiquité, et son sol, comme celui des environs, est à peu près vierge. Au contraire, le hameau de Villars, placé sur la rive droite de la même rivière, à près de deux lieues au-dessus d'Anizy, recelant des débris multipliés des travaux des Romains, fit conjecturer à M. Sallonnier, que cet endroit offrait la position de l'ancienne Alisincum. Pour s'en assurer, il examina le local avec l'attention dont ses lumières le rendent susceptible, et il engagea M. Gillet à s'en occuper particulièrement. L'avis de ce dernier est que le bourg d'Alluye, situé à une lieue au-dessus de Villars, est indubitablement la vraie position d'Alisincum ; que, quoique ce hameau de Villars soit très remarquable par les vestiges de monuments romains, épars sur son sol, il n'a pas, comme Alluye, le moindre rapport avec Alisincum. Ce bourg, plus important que Villars, offre, autant que celui-ci, des vestiges de constructions fort anciennes.
  • Dans le champ appelé de Rême, situé à 600 mètres N.E. de l'église d'Alluye, on a sorti de terre plus de vingt tombes de grès, dont le grain est très fin et dont il n'existe pas de carrière en ce lieu, ni dans les environs. Une pareille tombe existe à fleur de terre dans une des rues d'Alluye ; deux autres ont été trouvées dans le faubourg de Saint-Martin, et sont maintenant déposées dans un jardin appartenant à mademoiselle Gondier. Ce champ de Rême paraît avoir été le lieu le plus ordinaire des sépultures d'Alisincum. Dans une de ces tombes il y avait une médaille de bronze doré, du grand module, à l'effigie de Trajan, avec plusieurs petites boucles de fer ; et soit dans ces tombes, soit aux environs, on a rencontré quelques médailles. M. Bellon de Chassy père en avait recueilli quatorze : une de Nerva, une de Trajan, une de Lucille, fille de Marc-Aurèle ; deux de Maximien-Hercule, une d'Augustule, dernier empereur d'Occident ; deux de la ville de Rome : les autres n'ont pu être reconnues. Il s'en est trouvé beaucoup d'autres depuis ; mais, par cupidité, on les porte chez les brocanteurs, et le pays qui les recela pendant quinze siècles, non seulement en est privé, mais demeure ignoré lui-même.
  • On ne peut ouvrir la terre à Alluye et aux environs, qu'on ne rencontre des fondements de bâtiments, des voûtes, des chemins ferrés, des lames cassées, des espèces de boutons de cuivre dont l'une des faces est convexe, et porte une tête de jeune homme ; l'autre face concave porte un cheval qui franchit un objet ressemblant à un vase.
  • En 1805, en refaisant un ancien puits comblé depuis longtemps, sur le chemin de la maladrerie, situé à moins de 2 km d'Alluye, et conduisant à Châtillon en Bazois, on en tira beaucoup d'ossements, des fers ouverts de cheval et un vase antique. Si quelque riche amateur faisait faire des fouilles dans ce territoire, on est persuadé qu'elles ne seraient pas infructueuses. En tirant du sable sur la même chaume, on a découvert un aqueduc à vingt-cinq pieds de profondeur.
  • À 200 mètres de l'église d'Alluye, il y a, sur le ruisseau qui descend de la fontaine de Saint-Martin, un petit pont auquel aboutissaient trois voies romaines, dont les vestiges sont très apparents en divers ‘endroits. L'une, à partir du pont, se dirige à l'est, entre les champs de Billy et Alluye, passe auprès du champ de Rême qu'elle laisse au N. ; ensuite, décrivant une courbe concave du côté d'Alluye, elle traverse les champs noirs, ceux du pont, et aboutit au gué du hameau de Pont. Là existait un pont dont on aperçoit encore les fondements en cinq piles quand les eaux sont basses. Elles sont construites en petits moëllons, appareillés et à parement piqué comme celui du manoir seigneurial de Château Chinon, du temple de Janus et de la pierre de Couard à Autun. À partir de là, la voie romaine est assez bien conservée dans une longueur d'environ 50 mètres, en remontant à l'E. au hameau de Pont. Elle passait ensuite entre Brinay et le hameau des Champslongs, au N. de Limanton, à Commagny, à Saint-Honoré, par Beuvray, et enfin se rendait à Autun.
  • Une autre voie, à partir du petit pont d'Alluye, traversait à l'O. les terres de Brieux, les champs Gobeau, Marizot et des Enfans, longeait sur la gauche la route actuelle de Châtillon à Nevers, passait à Bouteuille, au pré au Diable, au hameau de Prémoisson et au village de Sanizy. Cette direction indique qu'elle pouvait se rendre au camp romain qui est au-dessus de Saint-Sauge, et enfin se réunir, aux environs de Saint Révérien, à celle de Château Chinon à Entrains.
  • La troisième voie passe dans le bourg actuel d'Alluye, suit le chemin de Biches, dans lequel on en trouve des vestiges apparents, ainsi que dans la forêt de Vincence qu'elle traversait en suivant à peu près le chemin de Montigny sur Canne ; ce qui sert à indiquer suffisamment sa direction sur Decetia, Decise.
  • Les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur les voies romaines qui aboutissent à Alluye, persuadent que cet endroit est le reste d'une ville anciennement importante, et l'Alisincum de l'itinéraire d'Antonin. L'analogie de l'ancien nom avec le moderne, étant bien plus frappante qu'avec celui d'Anizy, où il ne se trouve aucune trace d'antiquité, confirme la vérité de cette conjecture ; car il faut peu s'en rapporter aux distances établies dans l'itinéraire d'Antonin, notre célèbre géographe d'Anville ayant souvent démontré dans sa notice de l'ancienne Gaule combien elles sont fautives.
  • La médaille d'Augustule, dernier empereur des Romains en Occident, démontre qu'Alluye jouissait encore de quelque splendeur à la fin du cinquième siècle, puisque ce lieu ne fut dépouillé des marques impériales qu'en l'année 476, par Odoacre, roi des Hérules. Sa décadence remonte à cette époque, et la conquête de la France, peut y avoir contribué. En outre, l'introduction du christianisme en France doit lui avoir porté un coup funeste, car on sait qu'il y avait un temple païen à Villars, et que plusieurs autres pouvaient exister à Alluye. Leur destruction a donc rendu ces deux endroits déserts, et les a fait oublier peu à peu. Cependant Alluye est encore de quelque importance, puisque la population de ce bourg s'élève à plus de 1.100 habitants. Il est placé à 2 km S. de Châtillon en Bazois ; à 3 lieues O. par N. de Moulins Engilbert, 3 lieues S.E. de Saint Saulge, 2 myriamètres 5 kilomètres ou 5 lieues O. de Château Chinon, 6 lieues N. par E. de Decize, et à 4 myriamètres 5 kilomètres E. de Nevers. Les habitants vont à la messe à Châtillon.
  • Un autre Alluye, dans le Perche Gouet, a eu le titre de baronnie et ensuite de marquisat.
(Source : Mémoires pour servir à l'histoire du département de la Nièvre par JF Née de la Rochelle – 1827)
Note : 1 myriamètre = 10 kilomètres