Histoires de loups

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L'almanach du Morvan 1983 a compilé un certain nombre de récits. Ceux qui concernent la Nièvre sont retranscrits ci dessous


M. M. d'Ouches (Saint André en Morvan) : «Louis Cointe, dit le Zocot, domestique à Chalvron, et mort en 1940 45 à 80 ans, me racontait que le piqueur des châteaux de Chalvron (près de Bazoches), nommé Monnetré avait capturé un louveteau qu'il avait élevé. Le loup le suivait partout dans ses promenades à cheval. Et les gens lui disaient qu'il se ferait dévorer par le loup. Alors, un jour devant plusieurs personnes, il défait son manteau alors qu'il était sur son cheval et il le jette au loup qui le met en pièce. Il tua ce loup en voyant ce danger. »


M. M. d'Ouches (Saint André en Morvan) : «En 1919, Jean Prégermain de Chitry Mont Sabot (Neuffontaines), était en cantonnement à Vault de Lugny dans l'Yonne. Il revenait chaque fin de semaine dans son pays à bicyclette. Un soir entre Pontaubert et Menades, un loup le suivit. Lorsqu'il traversa Menades, il ne le vit plus. Mais à la sortie du pays, le loup était là. Il en fut de même à Précy et dans tous les pays qu'il traversa. »


M. P. du Châtelet (Arleuf en Morvan), 16 ans, raconte une histoire semblable : «Mon grand père a connu un homme qui lui avait raconté une histoire de loup qui s'est passée dans la commune de Glux. Cet homme habitait aux Cléments. Il emmenait ses cochons à la foire avec son attelage de vaches et sa charrette. Ce voyage représentait une vingtaine de kilomètres, car il allait à Etang sur Arroux. Lorsqu'il eut vendu ses cochons, il est allé acheter un morceau de viande qu'il ramenait avec lui. En revenant dans la nuit avec son attelage, il vit dans les bois d'Etang des yeux qui brillaient à l'arrière de sa charrette et il continuait son voyage pour rentrer chez lui. Quand il passait dans un village, il ne voyait plus rien. Une fois le village passé, la bête se retrouvait à l'arrière de la charrette. Elle devait sentir la viande qu'il avait achetée. Une fois arrivé chez lui, il a demandé son fusil à sa femme et il a continué plus loin pour voir s'il voyait toujours la bête. Une fois sorti du village, la bête se retrouva derrière lui, à l'arrière de la charrette. Il mit l'animal en joue avec le fusil et il tira. L'animal tomba et c'était un loup. »


M. L., de Champagne (Metz le Comte), apprit à jouer du violon vers un musicien de [[Metz le Comte qui était également aubergiste : Victor Perreau. Celui ci lui racontait qu'en quittant une noce, un soir, on lui avait remis une brioche. En revenant à pied chez lui, il fut suivi par un loup, en Berchot, bois du côté de Vignol. Pour le tenir à distance, il eut l'idée de lui lancer des morceaux de sa brioche. Quand il n'en eut plus, il joua un air de violon qui fit sauver le loup.


M. R., né à Alligny en Morvan en 1885, raconte que « son père musicien pour les noces a, au cours du retour à son foyer, à pied comme cela se faisait à l'époque, rencontré un loup dans les conditions suivantes : il s'était assoupi dans le petit bois qui existe encore et qui relie Liernais au hameau de Pierre Ecrite quand un souffle près de son visage l'a réveillé. Naturellement, comme il ne possédait que son violon, il ne fut pas téméraire devant le loup, mais peut être pour dissiper son angoisse, il se mit à jouer de la musique. L'animal était il sensible à la musique, toujours est il qu'il disparut dans le bois. »


Henri Picard dans «Visage du Morvan» cite également une histoire semblable : «Un joueur de cornemuse, revenant d'une noce, une nuit d'hiver, s'était couché à la lisière d'un bois dans les parages de Gâcogne et s'y était endormi. Il fut brusquement tiré de son sommeil par la chaude haleine d'un loup qui le recouvrait de feuilles mortes en le croyant mort. L'homme se garda bien de faire le moindre geste. Puis le loup, s'étant écarté pour appeler ses congénères, il grimpa vite sur un arbre, avec son instrument de musique dont il joua pour éloigner ces bêtes qui grattaient le pied de son perchoir improvisé. Il put finalement rentrer chez lui à la pointe du jour.»


M. J., d'Athée (Saint André en Morvan), se souvient qu'« en 1907, entre le Pont du Montat et le Montat, ses parents ont vu un loup qui traversait un pré. Il paraît qu'on les reconnaissait bien à leur allure de marche. Son grand père, qui était sabotier à Verdot (même commune), vit, un jour, de sa boutique, les poules de chez eux descendre précipitamment le chemin. C'était un loup qui les suivait. Son grand père était né vers 1850 ».

M. B., de Fâchin, raconte qu'à la Louère, non loin de chez lui, «c'était des gars qui se retrouvaient là et qui s'habillaient de peaux de bêtes».


M. et Mme F., du Montat (Saint André en Morvan), se souviennent que Léon Rappeneau, dit le p'tit Léon, né vers 1850-60, avait vu une bande de loups au Pré Daimont, sous le Montat vers le Ru Saloué.


M"" T., de Serée (Saint André en Morvan), raconte que «son oncle Jean Leuthreau, né en 1828, et cultivateur au Vieux Dun (Dun les Places), en revenant d'une foire avec son cheval et sa voiture, se retourna à un moment et vit un loup qui le suivait».


M. N., des Lavaults (Quarré les Tombes), est un des derniers vieillards qui raconte une histoire de loups qu'il a personnellement vécue. Il avait une dizaine d'années (il a 97 ans) et il restait aux Gueniffets (Saint Agnan). Il vit un loup sur sa route. Il tapa dans ses mains et le loup se sauva. Il se rappelle également qu'aux Gueniffets, un loup fut tué dans une cour de ferme.


Mme G., de Villurbain (Saint André en Morvan), se souvient que son beau père avait trouvé 3 louveteaux, encore aveugles, dans les bois d'Usy. Il les mit dans son paletot, mais la mère le suivit. Il monta sur un arbre et elle commença à gratter au pied en grondant. Il lui lança des branches pour la faire partir et il put redescendre. Les louveteaux moururent chez lui.


Mme M., de Poiseux (Saint Léger de Fougeret), née en 1897, raconte que «son grand père, né en 1841, était garde chasse au château de Saint Léger chez le baron de Varey. A 20 ans, il tua un loup. Ma grand mère, qui avait le même âge et gardait le troupeau de moutons de ses parents, eut un jour une brebis dévorée par un loup. Les deux cas se situaient vers 1860 à quelques kilomètres d'intervalle, l'un aux Ichards, l'autre à Poiseux, sur la même commune».


«L'Yvonne» (de Poiseux) raconte également l'histouère du Dodi du loup : «Un souair qu'a revenot de la vouèllie de chez sai bounne aimie qu'ailot bentôt deveni sai fonne. Moîn me que sai future belle mère y aivot baillé eune brave galette de bié noir enroûtée dans un torchon ben blanc. A peurné le raicorsi pô entrer chez lû; a devot traivarser le bouais quand a feut ai peu près au mitan... A sinté quéque chose que tirot sai biaude por darré. Tot de suite a pensé au loup, justement on en aivot parlé ai lai vouèllie. Le sang du Dodi ne fié qu'un tor. A jeté lai galette darré lu peu ai se sauvé en courant. Le lendemain, au moment de minger lai soupe, a s'aiparcevé qu'al aivot pardu son coutiau ai peu a raiconté son histouère ai son vouaisin qu'y dié : «che le loup ai mingé lai galette, a n'ai pas mingé le coutiau. Ailons vouâ ». Dans le bouais, a trouèrent ben le coutiau peu lai galette tojors enroûtée et peu un bout de lai biaude aiccroché ai une grosse épeune! Voiqui qu'ment le Dodi ai gagné son titre de noblesse!»


M. P., de Larochemillay, souvent entendu raconter l'histoire suivante à sa grand mère maternelle. «Cette dernière était née Alexandrine Lemaître à Château Chinon, mais ses parents habitaient au hameau des Bougnons (commune de Fâchin), où ils avaient une petite place de quelques vaches et aussi des moutons. Alexandrine avait 16 ans lorsqu'elle se maria. Elle était née en décembre 1875. Son fiancé, Joseph Arcace, habitait Larochemillay. Il venait voir sa promise à Fâchin, mais plusieurs fois, ma grand mère alla voir Joseph à Laroche à pied. Elle passait par les Buteaux et grimpait la forêt de la Gravelle, où la route passe à plus de 800 mètres d'altitude. Après s'être désaltérée à la petite fontaine Maria, elle pénétrait dans la forêt qui était à l'époque plantée de sapins et de ce fait, très sombre même en pleine journée. Plusieurs fois, elle entendit les loups hurler à un certain endroit. Seule et jeune, elle était terrifiée et elle marchait sur les accotements d'herbe pour éviter de faire du bruit avec ses sabots. »


Mlle D., de Verdot (Saint André en Morvan), se rappelle que sa grand mère, née en 1850 environ, gardait ses vaches à «la Grande Embauche». Elle y avait vu «une bête toute noire». Les hommes lui dirent que c'était un loup.


M. Rault d'Onlay, raconte l'anecdote suivante dans «La page du Morvan» (Journal du Centre, 25 07 1974.) «L'histoire que j'ai à narrer se situe autour de 1865, dans la région d'Onlay (...). Les loups qui avaient proliféré jusqu'alors en meutes redoutables accusaient une baisse sensible des effectifs, par suite de la chasse sans merci qui leur était faite. Il y en avait un certain nombre toutefois, et des témoins dont j'ai recueilli les récits, n'affirmaient ils pas avoir vu et compté entre autres une bande de dix sept loups traversant« le pré lai Vouâve », finage de Niault, dans une vallée entre deux forêts. (...) A une certaine époque, à l'automne, je crois, le chien, vers 11 heures du soir, s'aventurait au delà des bâtiments, en jappant et hurlant en direction du bois, puis il battait progressivement en retraite jusqu'à donner à la fin de violents coups de derrière dans la porte. Il était grand temps, à ce moment extrême, de se lever, d'ouvrir et de recueillir le chien. Car il s'agissait de deux loups qui, avec obstination, avaient entrepris de le dévorer. La brave bête, de son flair subtil, détectait les fauves et prévenait ses maîtres. Les loups ne manquaient pas d'audace, et à peu près chaque nuit, à pareille heure, acculaient leur proie convoitée jusque devant la porte. Le manège durait depuis un long temps déjà et comment y mettre fin? Car si le chien avait bon odorat, ses ennemis n'en manquaient pas non plus! Une nouvelle tactique, qui peut confondre l'homme, fut mise en action par les loups : une nuit que le chien signalait comme d'habitude le danger venant des bois et rétrogradait petit à petit dans la cour, un cri de détresse désespéré retentit à la porte. Le deuxième loup avait emprunté une direction opposée sans attirer l'attention et avait coupé la retraite au chien. Les deux brigands, dès lors, avaient bondi ensemble et tenaient à un mètre près leur proie si mon grand père, armé de son fusil, n'avait ouvert la porte et fait entrer le chien. Poursuivant les loups jusqu'au chemin venant du bourg, il vit briller dans la nuit les prunelles rouges de l'un d'eux, arrêté à une vingtaine de mètres. Il tira (balle en plomb) sur l'objectif et ne vit plus rien. Avait il blessé le loup, gravement même? En tout cas, ce fut la fin et les mauvaises bêtes ne reparurent plus. »


Mme T. F., de Montsauche, se souvient que «son arrière grand père, Maître Digoy, notaire, voyait les yeux des loups lorsqu'il voyageait la nuit avec sa voiture à cheval. Ces loups venaient parfois jusqu'à la porte de l'église».


D. G. a entendu dire que« vers 1870, les loups avaient fait leur apparition dans la région de Fours. Ils vivaient dans les forêts en venant chercher leur nourriture aux alentours des fermes. Ils se regroupaient à plusieurs pour attaquer les poulains, les moutons, mais ils ne s'attaquaient pas aux veaux qui étaient défendus par leur mère. Les châtelains en avaient apprivoisé un. Celui là, on n'avait pas le droit de le tuer, car il était la propriété des bourgeois. Pour le différencier des autres, on lui avait coupé la queue. Certains loups affamés venaient jusque dans les cours de ferme pour se battre avec les chiens».


M. D., né à Saint Parize le Châtel, en 1919, a été élevé à Sougy sur Loire. Son grand père, qui était forestier, lui parlait souvent des loups «dans son temps», ceci à la fin du siècle dernier. «Ceux ci fréquentaient une forêt se trouvant entre Sougy et La Machine. Quand la chienne était en chaleur, ils venaient hurler devant la maison située à l'orée du bois et grattaient à la porte. Il y avait une clairière au milieu de la forêt où ils se rassemblaient. Cet endroit avait un nom dont je ne me souviens plus. »


--Patrick Raynal 20 juillet 2014 à 08:12 (CEST)

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