Rigole d'Aron

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Présentation

Il s’agit d’une ancienne rigole construite pour compléter l’alimentation en eau du canal du Nivernais, essentiellement en période de sécheresse. Elle se déroulait sur un parcours de près de 25 km, se branchant sur l'Aron près de la sortie du moulin du même nom pour déboucher dans les étangs de Vaux et Baye après avoir serpenté à travers bois et prés en suivant les courbes de niveaux.

Plan de la section
Plan du barrage

La rigole d'Aron, en chiffres, c’est, dans une note administrative du 15 mars 1943 : environ 100 ponceaux [1] , 32 reversoirs [2] , 24 déversoirs [3], 11 épanchoirs [4], 4 souterrains.

Pourquoi avoir construit cette rigole qui aura peu fonctionné ?

Quand le canal du Nivernais a été inauguré le 1er mars 1841, son alimentation a été immédiatement assurée par la Rigole d'Yonne issue du barrage de Pannecière, passant sur l'aqueduc de Montreuillon et arrivant à Port Brulé au point haut des 16 écluses. On a craint sous le Second Empire que l'alimentation en eau du canal par la seule rigole d'Yonne fut insuffisant, d'où l'idée de la compléter par des eaux venant du versant Loire en se branchant sur l'Aron.

Il faut, au passage, éliminer une confusion avec une autre rigole qui coulait sur les communes de Crux la Ville et Saint Révérien : la Vaucreuse. Autant la Vaucreuse était faite pour le flottage du bois, autant la rigole d'Aron n'a pas été conçue pour ça.

Son histoire

Un décret impérial de Napoléon III  du 10 décembre 1868 signé au palais de Compiègne déclare d'utilité publique la construction de la rigole d'Aron, pour une dépense évaluée à 500 000 francs-or, prise sur le budget des canaux. L'enquête publique avait eu lieu du 10 février au 12 mars 1861, suite aux expertises et relevés pratiqués sur le terrain l’année précédente. Le projet a été approuvé le 23 décembre 1868.

On trouve aux Archives Départementales dans la série 3S "rivières et canaux" [5] toute une série de documents sur les expropriations et indemnisations. Les expropriations ont eu lieu en 1872 sur les communes concernées : Crux la Ville, Vitry Laché qui s'appelait encore Laché Assarts [6], et Bazolles. Les adjudications se sont faites le 18 août 1874 en trois lots : Assarts, Vorroux, Jailly. Au moment des travaux le maire de Crux demande que la longueur du ponceau de Vorroux sur la rigole pour le passage du chemin vicinal numéro 15 soit porté de 4 à 6 mètres. La mise en eau s’est faite en 1878.

Mais, en raison du faible débit à la prise d'eau à moins de deux kilomètres de la source de l'Aron, la rigole n'a jamais rendu les services qu'on en attendait. Ce manque de débit a résulté aussi de la nature géologique des terrains traversés, de sa construction en déblai sur les 8/10ème de son parcours et de son faible dénivelé. De ce fait l’utilisation de cette rigole qui serpentait en ondulant paresseusement a été abandonnée depuis 1910. Et pourtant, elle fut entretenue constamment à la faux sur une bande de quinze mètres de large jusque dans les années 1925, aussi propre et nette que les allées d’un parc. L'entretien a cessé complètement depuis 1936, date de la mise en retraite du dernier cantonnier en fonction sur la Rigole.

Le 15 mars 1943 l'Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées de Corbigny rédige une note de 9 pages concluant à l'inutilité de la Rigole et sa remise aux Domaines, le remplissage de l'étang de Vaux étant jugé suffisant à l'apport d'alimentation du Canal au niveau de Baye.

Cependant une restauration sommaire commencée en 1948 sur les 6 derniers kilomètres a démontré que l'eau récupérée constituait un appoint appréciable pour l'Étang de Vaux. C'est à cette époque qu'il fut décidé que l'État conserve les 6 derniers kilomètres qui se trouvent sur le territoire de la commune de Bazolles et que soient remis aux Domaines la maison cantonnière et les 18 premiers kilomètres de la rigole

Que reste t-il de la Rigole ?

En 2014, dans les parcelles cultivées, on n'arrive plus à retrouver de traces de la Rigole (par exemple entre Mourry et Le Clou où elle a été comblée au bulldozer à la suite du remembrement), alors que dans les parcelles vouées à l'élevage, des ponceaux ainsi que des entrées et des sorties de souterrains ont subsisté comme entre Mourry et le Bois Malade. C'est dans les bois communaux que la Rigole est la plus accessible et visible et où les ouvrages d'art sont les mieux préservés.

Ces ouvrages et constructions sont les suivants

Souterrain dans le domaine des Perrières en mai 1998
Un ponceau typique de la Rigole avec ses 4 bornes à chaque extrémité du tablier
  • la maison de la Rigole propriété privée mais que l’on voit très bien à droite de la route de Crux-Saint Révérien après le croisement "Moulin d’Aron"; 
  • le tunnel des Perrières, en courbe et peu enterré, dont on aperçoit, depuis le chemin conduisant au domaine du même nom, une cheminée d’aération de 2 mètres de haut coiffée d’une belle margelle composée de 4 pierres en quart de cercle, d’un diamètre de 1m50 ;
  • la sortie du souterrain  au bord de la route après la dernière maison d’Assarts en allant sur Vitry, derrière une haie ;
Le pont dit « Les trois gueules » en mai 1998
  • les ponceaux dans le bois du Tremblot et près de la fontaine des Courgiens au bord du chemin allant vers Le Clou ;
  • les ponceaux et cheminées d’aération dans les bois communaux de Vorroux ;
  • les cheminées d’aération de Jailly visibles depuis la route ;
  • le pont monumental, dit des "Trois Gueules", accessible depuis Baye en prenant un chemin allant dans le bois en direction de Jailly ;
  • le ponceau sur le chemin de randonnée entre la digue de Vaux et le camping de Baye
  • l’arrivée de la rigole dans l’étang de Vaux et la vanne descendant dans l’étang de  Baye.

Perspectives

Il reste encore de nos jours beaucoup de ces ouvrages d'art mais souvent délabrés par les années, étouffés par la végétation. Cette observation est le fruit d’une exploration effectuée à pied par quelques habitants de la commune de Crux au cours de l’année 2014, exploration pour le moins difficile dans certains cas du fait de la jungle forestière ponctuée de ronciers. A certains endroits l'ancienne rigole n'est plus visible, notamment dans les champs où elle a été comblée après le remembrement à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Le désintérêt quasi-général qui se manifeste à l’égard de cette quantité d’ouvrages d’art qui menace de s’écrouler, alors qu’ils appartiennent à notre patrimoine, est malheureusement une situation que l’on rencontre trop souvent en bien d’autres lieux. Certes il n’est pas facile d’intervenir sur des terrains privés, les communes ne peuvent se charger financièrement en réhabilitant un patrimoine perdu dans les bois, quant à VNF, sa priorité est avant tout de maintenir la navigabilité des voies d’eaux en activité.

Toutefois un attrait touristique se dessine au niveau supra-communal, car cette rigole a déjà fait l’objet de sorties et randonnées ; des projets de ce type sont en vue. Il peut être envisagé d’élaguer autour d’un ouvrage remarquable  après les autorisations nécessaires, opération qui pourrait se mettre en œuvre sous la forme d’un chantier de jeunes. Après tout, le Canal de  Berry à l’abandon depuis des années, avec même des sections asséchées, revit à certains endroits de son parcours grâce à des actions touristiques.

En savoir plus

Cet article est très largement inspiré de l'article du même nom publié sur le site de la commune de Crux http://www.crux-la-ville.fr/fr/information/42454/la-rigole-aron

Il a été rédigé par Michel GEOFFROY le 14 février 2015 et publié sur Wiki58 le 5 avril 2021

Sur le site de la commune, vous trouverez plus de détails, plus d'images, plus de précisions sur les transactions, les engagements et désengagements des collectivités, la situation cadastrale, etc



  1. Pour une très petite portée, le ponceau est un pont à une arche voûté, massif, et en plein cintre. C'est un ouvrage plutôt rustique, qui constitue une solution simple et robuste
  2. Barrage par-dessus lequel l'eau s'écoule en nappe.(Larousse)
  3. Ouvrage au-dessus duquel s'écoulent les eaux d'un canal, d'un cours d'eau, d'un barrage, etc. (Larousse)
  4. Ouvrage d'art par lequel peut se déverser le trop-plein d'un étang.
  5. cotes 3S 4872, 4873, etc
  6. du nom des deux anciennes paroisses avant la Révolution