L'action directe et les sabotages

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À La Machine

  • L'action directe vient ensuite. Par exemple, plusieurs actes de sabotage se produisent aux mines de La Machine :
- destruction d'un poteau électrique le 10 septembre 1943,
- sciage d'un câble de traction au Puits Henri-Paul le 20 janvier 1944,
- dégradations au Triage du Pré Charpin les 7 et 8 février 1944,
- plusieurs sabotages par explosifs le 10 juillet 1944,
- sabotage du bâtiment du compresseur du puits des Minimes le 19 juillet.
  • Pourtant, des précautions ont été prises. Des équipes de garde ont été constituées avec des volontaires (rétribués 40 francs par jour de travail). À La Machine, les services de sécurité ont recensé quatre dépôts d'explosifs qui sont sévèrement gardés : le dépôt du puits des Minimes contient près de 8000 kilos d'explosifs et plusieurs détonateurs, les dépôts des puits Henri-Paul, Marguerite et des Zagots sont de moindre importance. Une dizaine de gardes auxiliaires, plusieurs sapeurs-pompiers et gendarmes et des ouvriers des houillères assurent la surveillance de ces dépôts : cela n'empêche pas les maquisards de se fournir... Et le 15 février 1944, M. Nault, surveillant des houillères, est agressé.

Contre les lignes électriques et téléphoniques

  • Les réseaux électriques et téléphoniques constituent des cibles idéales. Pour paralyser les transmissions et les déplacements de l'ennemi, il est relativement facile de couper des câbles, de faire sauter des pylônes. Plusieurs sabotages ont lieu à la Centrale Electrique de Champvert (Témoignage rédigé par le responsable de la centrale, M. Rey, pour le colonel Roche, A.D.N. cote 999 W 62, document n°70). Le personnel de la Centrale dissimule plusieurs tonnes de cuivre et un fusil-mitrailleur et ses chargeurs (cette arme a été abandonnée par un soldat français en juin 1940).
  • Des centraux téléphoniques sont mis momentanément hors d'usage, des câbles téléphoniques sont sectionnés le long de routes peu fréquentées, des pylônes électriques détruits par explosifs (des lignes à haute tension à Saint-Éloi et à Sauvigny-les-Bois, un pylône à Saint-Ouen le 4 novembre 1943). Le contrôle des communications est un enjeu important pour aider les maquisards. Le réseau téléphonique à haute fréquence de la Centrale de Champvert sera mis à la disposition des résistants en août et septembre 1944.

Le Réseau-Fer

  • Les cheminots sont en première ligne. Avant guerre, ils étaient syndiqués en grand nombre, et leur profession possède une cohésion, un esprit de corps qui sera très utile pour la Résistance, surtout au moment de la reconquête du pays. En effet, ils peuvent retarder, désorganiser, paralyser les convois allemands.
  • Les premiers sabotages sont des déboulonnages de rails, qui n'ont guère d'effets. Les trains vacillent, les boggies et les roues sont abîmées mais les convois déraillent rarement. La plupart des sabotages des voies échouent. Lorsque les maquis sont approvisionnés en explosifs, lorsque les troupes d'occupation ne peuvent plus surveiller les passages stratégiques ou lorsqu'elles délèguent ce travail à des gendarmes débonnaires ou complices des résistants, les résultats sont meilleurs.

Sur la voie ferrée Nevers-Chagny (secteur Nevers-Decize-Luzy)

  • La ligne de chemin de fer Nevers-Chagny est plusieurs fois coupée entre octobre 1942 et septembre 1944. La section Rémilly-Luzy est fréquemment attaquée par les maquis du Sud-Morvan. Quant à la section Nevers-Decize, elle fait l'objet de sabotages répétés et souvent réussis (d’après la liste rédigée par M. Robelin, employé de la gare de Decize) (A.D.N., cote 999 W62, document n°73, et 137 W 132-134) :
- Le 14 octobre 1942, le train T.C.O. n° 7800 déraille dans la tranchée de Maison-Rouge (commune de Saint-Éloi). La machine et quatre voitures sont couchées, trois autres voitures inclinées. Sept passagers sont blessés. Le trafic est interrompu pendant trois jours. Mais cet attentat est suivi de représailles : les fermiers de Maison-Rouge et le cantonnier Malter sont arrêtés ; heureusement, ils sont relâchés rapidement.
- Des pièces de métal ou de bois (crocodiles) sont accrochées aux rails, de façon à faire sauter les roues et à provoquer un déraillement (le 28 novembre 1942 à Saint-Éloi, P.K. 11.318 ; le 12 décembre 1942 sur la commune de Sauvigny-les-Bois). Les trains passent en vibrant, mais ils ne quittent pas la voie.
- Le 2 février 1943, le train de permissionnaires allemands S.F. 831 déraille dans la tranchée du Port-des-Bois. La machine et cinq voitures sont couchées. Il n'y a aucune victime. Le trafic est coupé jusqu'au 6 février.
- Le 22 février 1943, le train de permissionnaires S.F. 831 déraille en-dessous de la ferme de Mont, près de Béard. Le mécanicien et le chauffeur sont légèrement blessés. La locomotive, le tender et une voiture sont couchés. Les gendarmes français avaient sans doute été avertis, mais ils n'ont pas transmis leurs soupçons aux Allemands et le sabotage a pu réussir. La circulation a repris le 24 février. "Le rail est déboulonné sur la moitié de sa longueur, puis ramené vers l'autre rail de façon à former un système d'aiguillage", explique le préfet Milliat.
- Le 14 juillet 1943, le train mixte 6214 déraille dans la tranchée de Maison-Rouge. La machine, le fourgon, trois voitures de voyageurs et trois wagons de marchandises se couchent. Il y a un mort et huit blessés parmi les passagers, tous français. Interruption du trafic jusqu'au 16 juillet.
- Dans ce secteur, les maquisards sont très actifs. Le 17 juillet, des gardes des communications sont mitraillés à Maison-Rouge. Leurs agresseurs s'enfuient. Trois jours plus tard, un train reçoit des rafales de pistolet-mitrailleur. Un nouvel engin explosif est découvert sur la voie le même jour.
- Le 14 août 1943, en plein bourg d'Imphy, la locomotive du train S.F. 931 se renverse. La circulation est interrompue trois jours.
- Le 19 août, le train S.F. 831 déraille au Grand-Vernay (commune d'Imphy). Il y a 25 blessés, dont cinq grièvement. En se renversant, le convoi pulvérise un abri de cantonnier. Interruption de la circulation jusqu'au 23 août.
- Le 11 septembre 1943, nouveau déraillement du train S.F. 831 au lieu-dit Apilly (commune de Druy-Parigny). Le relevage se fait dans la journée.
- Le 2 octobre, un train de permissionnaires allemands déraille près de Luzy : dix wagons quittent la voie, mais ne se couchent pas.

En juillet et août 1944

  • L'été suivant, juste avant la Libération, les sabotages se multiplient. Mais les maquisards prennent des risques, car la ligne est mieux surveillée par des gardes des communications et par la Wehrmacht.
  • Les sabotages les plus légers provoquent aussi des perturbations, surtout lorsqu'ils arrivent en séries. Le 11 juillet 1944, un rail est endommagé sur la commune de Verneuil : l'interruption dure trois heures. La semaine suivante, les maquisards des environs de Luzy déboulonnent ou sectionnent des rails, détruisent des ponts ; à Rémilly, la pompe du château d'eau est hors d'usage ; à Béard, c'est la prise d'eau qui est détruite (dans ces deux gares, les locomotives à vapeur ne peuvent plus faire le plein)...
  • Le bombardement de Nevers (16 juillet 1944) rend la gare et la plupart des voies inutilisables, le trafic est perturbé jusqu'au 4 août.
  • Après le 17 août 1944, il n'y a presque plus de trains. La ligne est coupée le 20 août à Béard. Elle n'est rétablie qu'après le départ des Allemands (Reprise des trains le 16 septembre sur les lignes Nevers-Cercy, Nevers-Pougues et Saincaize-Moulins. Nouveaux horaires dans La Nièvre Libre, n° 3, samedi 16 septembre. Le pont du chemin de fer de Nevers ayant été détruit par les Allemands le 6 septembre, il faudra attendre encore pour rétablir la ligne Nevers-Saincaize). Des actions identiques ont lieu sur la ligne Paris-Nevers-Clermont. Un train de charbon déraille à Meauce (5 août 1944), plusieurs sabotages sont effectués par les hommes du capitaine "Georges" entre Saint-Pierre-le-Moûtier et Chantenay-Saint-Imbert.
  • Le Réseau Fer a payé durement ses actions de sabotages (18 machines au dépôt de Vauzelles, des dizaines de wagons, plusieurs transformateurs, aiguillages, équipements techniques) : 7 résistants de ce réseau ont été fusillés, 4 déportés en Allemagne, plusieurs conducteurs de trains ont été tués lors de déraillements ou bombardements (Bilan fourni par le journal La Nièvre Libre, jeudi 21 septembre 1944. Parmi les victimes il y a Jean Duprilot, fusillé le 19 janvier 1944 (ses funérailles ont été célébrées le 13 janvier 1945 au cimetière de Decize). Son épouse Marie est morte en déportation au camp de Ravensbrück).



Texte et images proposés par Pierre Volut et mis en page par Michel Mirault le 28 décembre 2016