La pierre de St Martin

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  • Il s'agit d'un rocher situé à l'ouest de Montigny sur Canne, commune du canton de Châtillon en Bazois et de l'arrondissement de Château-Chinon.
  • En 1858 dans son « Hagiologie nivernaise », Mgr Crosnier en ayant entendu parler par l'un de ses collègues, l'abbé MILLET, y voit une pierre druidique christianisée par saint Martin.
  • En 1892, BULLIOT dans « La mission de Saint Martin », nous apporte quelques compléments :
« La Pierre de Saint Martin est un bloc de silex. Isolée au milieu d'une terre autrefois en pré, elle offre à la surface quatre creux figurant les sabots et les genoux de la monture de saint Martin, qui s'y abattit. L'eau pluviale remplit ordinairement la principale cuvette, et les villageois prétendent qu'elle n'y fait jamais défaut, mais lorsque, par exception, elle vient à manquer, on en verse d'autre que l'on puise dans une mare voisine avec une cuillère. Une vieille femme est la prêtresse du lieu ; elle accompagne les pèlerins avec une gravité de magicienne, récite dans un jargon inconnu dont elle refuse de révéler les termes, des formules pour obtenir la guérison de certaines maladies et reçoit, pour sa peine, les offrandes des visiteurs ainsi que faisait le druide il y a dix mille ans.»
  • En 1903, Lucien Guéneau nous apprend que le culte continue en secret, mais « la prêtresse » a disparu. Sophie, son informatrice, cuisinière dans une maison bourgeoise de Châtillon-en-Bazois déclare :
«Il y a, près de la commune de Montigny sur Canne, un gros chaillou (un gros roc) sur lequel saint Martin est venu s'échouer après une grande bataille. En tombant, il y a laissé la marque des quatre pieds de son cheval. Une de ces marques est plus creuse que les autres. On y va en dévotion pour toutes sortes de maladies. Un ancien curé de Montigny, pas content de voir qu'on allait plutôt là qu'à la pierre de son église, envoya une équipe de carriers pour arracher le chaillou du milieu du champ où il se trouvait mais «a z'ions travaillé, y ne sait pendant comben de temps, et a n'y ont rein pu ; plus à creusaint, plus la piarre étot grosse. Le curé fut ben forcé de renoncer à la piarre et à l'argent qu'al pensot ben en retirer la »

Il n'osa pas la faire casser, tout le monde se serait ameuté contre lui et ça lui aurait porté malheur.
De tout le pays voisin on continue donc à aller en dévotion au Chaillou.
Sophie y est allée elle-même et voici textuellement le récit de son pèlerinage :

« Ma voisine m'étant venue demander pour aller chercher la guérison de son garçon qu'étot fort malade, je sommes parties du matin, devant le soleil levé. J'avions pris dans not' poche une petite bouteille pour y mettre en chemin de l'eau d'un petit ruisseau que j'avions à passer.»
« Quand je sons eues vers la piarre, j'avons mis not'eau dans le pied du chevau que j'avons ben lavé j'ons jeté çatte premiare eau, j'en ons remettu de l'autre, puis je l'avons ben raugée, ben raugée (remuée), et je l'avons remettue dans la bouteille pour la faire boire au Pierre.»
« Je nous sons ensuite mettues à genoux pour faire une prière au bon saint Martin. Pendant que je faisions cette prière, tout d'en un coup, j'avons entendu tousser trois fois heu heu heu. La Louise qu'était avec moi me dit comme ça
- C'est-y toi qu'ai toussé, Sophie ?
- Non, que je l'y dis, c'est pas moi je croyons que s'étot toi.
Pendant que je causions, j'ons encore entendu tousser creux, comme si ça sortait de dessous la piarre.»
« Alors la Louise s'est foutue à crier
– Allons-nous en vite, Sophie, y ai pu rein à faire, mon gars ava mouri, all'est poitrinaire.»
La-dessus, j'avons mis des sous dans le pied du chevau et je nous en sons revenues de not'pied. Le gars Pierre est mouru quèque temps après.»

Source : Récit de Lucien Gueneau : Montigny sur Canne et l' Abbé Baudiau
dans le Bulletin de la Société Académique du Nivernais. (1905), T XIV, numérisé par Gallica.
--m mirault 29 avril 2009 à 21:05 (UTC)