De Nevers à Dachau

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Écrit en 1946 et vécu par Monsieur Jean DELANCE de Guérigny

De bon matin

  • Le 28 mars 1944, plusieurs agents de la Gestapo sont venus m'arrêter à mon domicile. Premier interrogatoire un mois après ; d'autres ont suivi. Mon séjour à la prison de Nevers se prolonge, les semaines s'écoulent, monotones...
  • Or il y a du nouveau ce matin 6 juin. Vers neuf heures, je suis tiré de ma cellule et je me trouve quelques minutes après dans une autre avec dix-sept détenus, parmi lesquels je remarque Buteau de Decize, Morillot de Nevers, Machecourt de Nolay, Gillot de Brassy, Nicolas de St-Benin-des-Bois. On parle de notre transfert probable pour Dijon. Il est environ 11 h 30. On m'appelle au bureau de la prison. Ces messieurs de la Gestapo sont au courant d'une conversation que j'ai eue avec un voisin de cellule qui m'a raconté les diverses péripéties de son arrestation. Instant difficile, car les propos du camarade me sont rapportés presque mot à mot ! Faut-il supposer que Marguerite Maurice qui se trouvait dans la cellule dudit copain et qui vient d'être interrogé lui-même a parlé ? C'est possible... Je m'en tire en prétextant avoir mal entendu et je rejoins mes camarades.
  • Midi ! On nous rassemble près du bureau de la prison et on nous rend les stylos et portefeuilles confisqués à notre arrivée. Puis nous sommes enchaînés deux à deux ; mon compagnon est Buteau Louis. Un gardien français trouve le moyen de nous annoncer, au moment où nous franchissons les sombres portes, que le "débarquement" tant attendu a commencé ce matin ! Cette nouvelle nous emplit d'une joie indicible. De plus nous éprouvons un véritable soulagement de quitter cette prison de Nevers où nos questionneurs habiles et tenaces devenaient de mieux en mieux informés sur notre activité de résistants. Nous descendons du camion qui nous a amené en gare, à proximité du train de Dijon. Sur le quai les gens sont calmes, indifférents même. Alors, ce débarquement, n'est-ce pas un bobard ? Un camarade d'Imphy, nommé Laporte, nous aperçoit, s'approche en nous faisant des signes discrets d'intelligences, mais les SS voient son jeu et l'écartent vivement. Nous voyageons dans de confortables wagons et nos gardiens sont convenables. À Dijon, toujours enchaînés, nous sommes transportés de la gare à la prison où nous descendons de notre véhicule tenus en joue par les soldats boches. Puis nous sommes jetés dans une grande écurie, au milieu d'une foule de "terroristes" comme nous, venus du Jura, du Doubs, de la Saône-et-Loire... Harassés, nous dormons sur un peu de paille. Le lendemain, départ de Dijon. Où allons-nous ? Nous approchons de Paris. Le soir nos wagons sont détachés du train et stationnent par une nuit d'encre à la gare de triage de Bercy. L'espoir est dans nos cœurs. Nous pensons à nous évader, mais certains camarades nous en dissuadent : pourquoi risquer nos vies ou faire fusiller des otages puisque nous serons bientôt délivrés, car, n'est-ce pas, ce débarquement, il est bien exact qu'il a eu lieu ; la guerre sera bientôt finie, dans quinze jours, un mois au maximum. Telles sont nos illusions ! Notre gardien de compartiment a eu ses trois frères tués, des parents ont péri dans un bombardement ; il peste contre la guerre, mange un peu, flanque son fusil dans le filet, puis s'endort. Au matin nous repartons par la Ceinture sur le pont de Flandre où nous stationnons au milieu des dégâts d'un bombardement sérieux. Là, des cheminots, au risque de leur vie, prennent des bouts de papier que nous avons griffonnés en hâte et qu'ils adresseront à nos familles ; ils nous donnent des journaux et glissent même des scies à métaux pour nos menottes. L'un d'eux est pris. Qu'est-il devenu ? Le train ne peut aller plus loin, les voies sont coupées et nous sommes menés à la gare du Nord où la Croix-Rouge nous donne un bouillon chaud. La foule parisienne s'amasse, on nous lance des paroles d'encouragement. Nos gardiens nous emmènent au plus vite et nous arrivons bientôt au camp de Compiègne.

Compiègne

  • Camp immense où je vais séjourner une dizaine de jours. Nous parvenons à nous retrouver avec des copains dans la même chambre. Je suis responsable dans la baraque A 6 de la chambrée N° 6 et là, nous pensons à nous organiser au mieux en attendant la délivrance !
  • Au sortir de nos sombres cellules, sous la menace perpétuelle de l'interrogatoire, c'est une vie nouvelle presque belle qui s'ouvre à nous. Nos mains sont libres. Notre nourriture -peu copieuse, il est vrai- est mangeable et nous avons des colis de vivres et des cigarettes de la Croix-Rouge. Sur la grande place du Camp, certains jouent au football ; un théâtre d'amateurs donne des représentations. Une annexe du camp est destinée à d'autres détenus dangereux, nous dit-on : c'est le camps d'Eysses transféré là en entier.
  • Et la guerre continue ; le vacarme des bombardements alliés dans les environs est pour nous une sorte de réconfort. Il circule dans le camp des bruits de notre déportation en Allemagne ; mais les Alliés pilonneront les gares importantes, nos camarades de la Résistance couperont les voies ferrées et... la fin des hostilités nous trouvera à Compiègne !
  • Un matin, nous apprenons qu'une dizaine de détenus dont le jeune Drouillet de Nevers, se sont enfuis : ils ont utilisé un tunnel patiemment et ingénieusement creusé sous le dispositif d'enceinte et près d'un mirador.
Et puis, le 18 juin, c'est le départ de Compiègne.

De Compiègne à Dachau

  • Ce matin du 18 juin, sur pied depuis 5 heures, nous sommes groupés en longues colonnes, comptés et recomptés. Vers 7 heures, sous une pluie battante et la menace des mitraillettes, nous nous dirigeons vers la gare, à travers les rues de Compiègne. Les gens de la ville nous regardent, silencieux et tristes : ils en ont tellement vu passer de ces lamentables cortèges !
  • Sur les quais de la Petite Vitesse, nous stationnons longuement, puis on tasse 125 par wagons à bestiaux. Il y a dans mon wagon deux bottes de paille et un bidon en métal (tinette). Nous avons reçu chacun une boule de pain et un morceau de saucisson ; pas de boisson. Un officier allemand nous harangue ; nous devons, prétend-il, nous réhabiliter par le travail dans le Grand Reich, du mal que nous avons fait ici en France. Après quoi, les portes des wagons sont solidement fermées. L'aération de chacun d'eux n'est assurée que par deux petits vasistas. Le train s'ébranle vers 10 heures. Quoique très serrés, nous n'en éprouvons pas tout d'abord une grande gêne. Je suis dans le fond de mon wagon, accroupi auprès de Nobillat, Marguerite, Buteau et d'un curé du Jura nommé Schumacher. Nous grignotons notre pain ; Nobillot chante la "chanson de St-Jean" et nous faisons des pronostics. Où allons-nous ? En Allemagne ? En Autriche ? Certains prétendent qu'on nous emmène en Alsace, à Schirmec.
  • Puis la nuit vient, le train s'immobilise en pleine campagne lorraine. Bientôt, dans le noir de cette nouvelle cellule, nous suffoquons et nous baignons dans la vapeur intense de nos respirations. Quelques-uns se mettent à déraisonner ; certains s'affolent, perdent leur place, se font houspiller et frapper. Nuit épouvantable. Nous pensons mourir de soif et d'asphyxie. Jacques, un médecin de Metz, essaie en vain, à tâtons dans les ténèbres, de venir en aide aux malades ; il nous donne des conseils : "Ne quittez pas vos vêtements, car vous vous déshydrateriez rapidement".
  • Au matin, nous repartons. Grâce à la vitesse du train, un peu d'air frais se glisse par les vasistas. La pluie tombe par intermittence et nous faisons des prodiges pour recueillir quelques gouttes ; quelques-uns nous secourent, même des soldats allemands. Mais que sont deux ou trois bouteilles d'eau pour les 25 hommes assoiffés ? Dans l'après-midi nous arrivons à Saverne. Là, les portes sont ouvertes et un officier entre dans le wagon derrière un SS -un "dompteur"-. Nous sommes comptés à grands coups de cravache, puis bouclés à nouveau. Et l'on repart... Nous franchissons le Rhin un peu au nord de Strasbourg pour atteindre Karlsruhe vers 22 heures. Nuit plus tragique encore que la précédente. La moitié des occupants du wagon sont littéralement fous. Les uns hurlent, les autres vous bousculent, vous saisissent à la gorge et se font assommer dans les ténèbres. Impossible de rétablir l'ordre. Dans la bagarre, la tinette est renversée et finit d'empester l'atmosphère déjà irrespirable. Cette nuit-là fut la plus mauvaise de toutes ma détention. Au petit jour, nous trouvons deux morts : Moreau de Montillot près de Vézelay et Nicolas de St-Benin-des-Bois. Comment et à quelle heure sont-ils morts ? Se sont-ils évanouis et les brutes affolées les ont-elles piétinés et achevés involontairement ? C'est possible. Nous sommes là quelques-uns à la fois attristés et indignés par la bestialité de certains de nos compagnons revenus pendant cette nuit tragique à l'état de la brute primitive.
  • Le train roule maintenant et vite. Nous traversons Ulm et franchissons le Danube. L'affolement a disparu en partie. Pourtant, un jeune énergumène boit son urine ; on essaie de le ramener à la raison en lui administrant une bonne paire de gifles. Vers midi nous sommes à Munich ; nous en repartons bientôt. À Dachau, arrêt. Nos portes sont ouvertes et on nous fait descendre sous la menace des mitraillettes et de chiens policiers. Nous tirons des wagons nos morts et nos malades qui sont disposés pêle-mêle sur le ballaste, deux camarades sont fous.
  • Quel spectacle ! Hâves, puants, hirsutes, nous sommes groupés, soutenant les malades que le grand air remet un peu. Puis le lamentable cortège s'ébranle à travers Dachau en direction du camp distant de 4 km. Nous traînons nos pauvres bagages ; nos gardiens ne nous bousculent pas. J'ai vu des femmes pleurer et se signer à notre passage. Certains d'entre nous boivent au ruisseau, mangent une poignée d'herbe arrachée au bord de la route. Clopin-clopant, nous arrivons à la porte du camp.

Arrivée à Dachau – La quarantaine

  • De grandes et solides grilles s'ouvrent pour nous livrer passage. Quelque peu ahuris, nous nous trouvons alors sur une place immense, très plate et très propre. À notre droite, de grands bâtiments de briques ; ce sont les magasins d'habillement, les salles de douches, les cuisines. Devant nous, au fond, nous apercevons un mirador garni de mitrailleuses et une partie du mur d'enceinte avec son réseau de fils de fer barbelés parcourus par un courant électrique. Au milieu du côté gauche de la place commence une large et longue avenue bordée de beaux peupliers d'Italie. De part et d'autre de celle-ci, et dans le sens de la largeur, s'alignent des baraquements de planches, les trente "blocks". Dans ceux de droite -numéros impairs- se trouve l'infirmerie (Revier) qui compte une huitaine de blocks ; les sept suivants, dit blocks fermés, sont réservés aux arrivants pour la mise en quarantaine. À gauche de l'avenue, il y a d'abord le Bureau du travail, puis la poste et enfin les blocks appelés libres, leurs occupants peuvent circuler dans le camp, à l'exception des blocks impairs, des magasins, cuisines...
  • Les grilles franchies, nous nous effondrons sur la place, sous le soleil radieux et peu à peu, nous commençons à réaliser notre infortune. Bientôt a lieu un appel des arrivants. Par groupes, nous sommes dirigés vers les grands bâtiments de droite. Nous avalons un bol de tisane chaude. Puis nous sommes dépouillés absolument de tout ; les vêtements sont mis dans de grands sacs de papier ; les bagues, montres, stylos... dans des sachets étiquetés à notre nom.
    Une autre cérémonie commence alors : nous sommes tondus à tous endroits velus, badigeonnés d'un désinfectant, puis nous passons sous la douche d'eau chaude. Nous revêtons alors une chemise, un caleçon et le pauvre costume rayé de bagnard, accompagné du béret en même tissu bleu et blanc ; aux pieds des claquettes de bois. Et je deviens le N° 72 485. Ainsi transformés, par petits groupes, nous sommes dirigés vers les blocks de quarantaine ; nous sommes entassés dans les baraques 17 et 19. J'échoue au block 17 avec mes fidèles camarades et ainsi tondus et déguisés, nous ne nous reconnaissons qu'à grand'peine. Nous recevons une gamelle, une cuillère de bois et une soupe qui, dans l'état où nous sommes, nous semble excellente, quoique insuffisante. Nous sommes ensuite allés dormir sur des paillasses disposées dans de sortes de châssis de bois accolés et à trois étages. On dirait des clapiers. Aucune couverture ; c'est l'été. Chacun roule ses pauvres vêtements en guise de traversin et se glisse en chemise et caleçon dans un sac de couchage en papier fort.
  • À 4 h 30, réveil ! Puis l'appel a lieu dans l'espace compris entre les deux blocks et de leur largeur environ. Le soleil se lève, mais plantés là des heures, nous avons froid sous nos maigres hardes. Peu à peu, nous trouvons le moyen, grâce à des miracles, de nous procurer des morceaux de papier d'enveloppe de couchage et nous en glissons entre chemise et veste et cela va un peu moins mal ! La "quarantaine" jusqu'aux environs du 14 juillet.
  • Deux grandes préoccupations : les nouvelles et les repas ! Les nouvelles filtrent on ne sait pas comment -des bobards pour la plupart, mais qui nous remplissent d'espoir- Quant à notre régime alimentaire, il n'est pas varié, ni substantiel. Le matin, une tasse de liquide chaud non sucré appelé "café" ; vers 11 heures, un litre de soupe au grain additionnée parfois d'un peu de viande de conserve ; à 17 heures, une autre soupe avec un petit morceau de pain, ou bien un morceau de pain plus épais accompagné de rondelles de saucisson.
  • Nous passons ces longues journées dans la "cour" comprise entre les deux blocks de quarantaine ou dans notre block. Celui-ci -comme les autres- se compose d'une baraque à doubles parois en carton comprimé et planches d'une centaine de mètres de large. Une cloison le sépare en son milieu en deux parties. Chacune d'elles s'ouvre par une double porte sur la cour et comprend une entrée, des lavabos, des WC (plusieurs sièges dans la même salle) et de chaque côté de cette partie centrale un réfectoire et un dortoir (la chambre avec les couchettes superposées). De sorte que chaque block compte quatre de ces chambrées où couchent normalement 1 200 détenus environ. La discipline du block est assurée par un "chef", prisonnier comme nous. Le nôtre est un journaliste polonais habitant en France et parlant couramment notre langue, mais il dénigre notre pays. Il règne sur les quatre chambrées du block où d'autres prisonniers "de confiance" l'aident à assurer la police.
  • Un jour, le 7 juillet, je crois, en allant aux douches, nous voyons la place couverte de nouveaux et, triste joie, nous reconnaissons des Français. Ils arrivent de Compiègne, mais leur sort fut plus cruel encore que le nôtre. Ils voyagèrent dans des conditions que nous avions connues, mais leur triste voyage eut lieu par des journées torrides et dura trois jours et trois nuits. Ce fut une catastrophe sans nom : 900 environ périrent sur les 2 000 partants. Des camarades désignés pour le nettoyage des wagons m'ont dit le spectacle atroce qui s'offrit à leurs yeux. Quant à l'odeur !

Allach

  • Aux appels, on commence à demander des volontaires : maçons, charpentiers, serruriers, électriciens. Un jour, Buteau s'en va à Allach, camp dépendant de celui de Dachau. Puis vers le 14 juillet, à mon tour, avec le reste du convoi d'arrivée, je suis dirigé à pied sur Allach à 8 km de là, en direction de Munich. Nouvelle "cérémonie" à l'arrivée : un coup de tondeuse du front à la nuque dessine sur notre tête une allée superbe, la strasse, disons-nous.
  • Allach est un vrai bagne, comparé à Dachau même. Là, pleuvent sans raison coups de pieds, coups de triques ; les chiens mordent sur un signe du SS et les pauvres détenus de toutes nations en voient de cruelles. Nous sommes plus mal logés qu'à Dachau. Les lavabos et les latrines ne sont pas à l'intérieur du block, mais dans un bâtiment voisin ; c'est à dire que la nuit, il ne fait pas toujours bon de s'y aventurer au cas où, par exemple la dysenterie vous tord les boyaux...
  • Deux ou trois jours après notre arrivée, nous sommes, Nobillot (l'ami Jojo) et moi affectés au kommando de Dickerhof. Il s'agit d'y effectuer de durs travaux de terrassement en vue d'agrandir les célèbres usines de B.M.W. On creuse des tranchées de canalisation, on manie le béton pour les constructions...
  • La journée commence par le réveil à 4 h 30. Nous buvons le "café" puis c'est l'appel dans l'avenue, par tous les temps, jusqu'au départ pour le travail que nous devons prendre à 6 heures, après avoir parcouru au pas de couse les 3 km du trajet. De 6 h à 9 h, travail à la pioche et à la pelle, puis casse-croûte de 10 minutes, le brotzeit composé de 100 gr de pain et d'une rondelle de saucisson, parfois un peu de margarine. Ensuite le travail reprend jusqu'à 11 h 30, heure de la soupe. Celle-ci est distribuée dans un bâtiment immense, sans fenêtre et à une seule porte. Chacun prend la gamelle suspendue à sa ceinture par un fil de fer, tire de sa poche une cuillère de bois et reçoit un litre de soupe au grain ou aux rutabagas, carottes, choux rouges. Quelquefois, trois ou quatre pommes de terre à l'eau l'accompagnent. C'est continuellement la bagarre entre détenus : pour être servis, pour manger debout et appuyer sa gamelle sur une des rares tables et, surtout..., pour sortir. À un signal donné, on évacue la baraque. C'est l'instant difficile. Ruée indescriptible. Des SS flanqués de leur chiens sont postés de chaque côté de la porte avec des "kapos". Ces derniers frappent à tour de bras avec de grands gourdins sur les sortants pendant que les boches font mordre les malheureux qui, bousculés, passent à proximité des chiens. Les allemands ont eu l'idée géniale de confier ce rôle odieux de surveillant tortionnaire à ceux que l'on nomme kapos. Parmi eux, des Polonais, des Allemands anti-nazis, quelques Tchèques ; je n'ai pas connu de kapos français. Ces véritables bandits ont droit à un régime spécial : ils sont mieux vêtus que nous, ont une meilleure soupe, ils choisissent leur "niche" dans le block et surtout, ils sont le marteau et non l'enclume. Nous reprenons le travail à 12 h 30 pour terminer notre journée à 18 heures. Et alors, harassés, nous revenons au camp (lager), trottant le long des 3 km.
  • Certains camarades travaillent aux machines, dans l'usine même. Ils côtoyaient souvent d'autres Français -des travailleurs libres- et cherchaient à en obtenir soit de la nourriture, soit la possibilité de faire savoir à leurs familles ce qu'ils étaient devenus. Hélas, je dois à la vérité de dire que ces S.T.O. n'ont pas été en général bienveillants envers leurs compatriotes bagnards. Par peur sans doute, par intérêt aussi ! Ils reprochaient aux détenus leur faible rendement qui faisait tomber les primes. Ne nous étendons pas sur ce pénible sujet...
  • L'appel du soir avait lieu à notre rentrée au camp et par tous les temps, nous restions plantés sur la place, attendant de la bonté des SS la permission de regagner notre block où l'on distribuait la soupe. Celle-ci, analogue à celle de midi, était vite expédiée. À 20 heures, nous devions nous coucher avec nos vêtements souvent trempés et qui n'étaient pas secs à notre réveil. Parfois, je trouvais le moyen de me faufiler dans d'autres blocks pour y voir des camarades. Mais c'est surtout le dimanche que nous pouvions bavarder. Pas de travail, ce jour-là. À part les appels aux heures habituelles, on nous laissait à peu près tranquilles.
  • De temps à autre, les Alliés bombardaient Munich et survolaient le camp. Ils nous apportaient l'espoir et nous exultions au bruit des moteurs et des explosions. La BMW où nous travaillons fut bombardée deux ou trois fois ; il ne semble pas d'ailleurs qu'on ait voulu l'endommager sérieusement. Néanmoins, une certaine fois, à la fin de la matinée, je me souviens d'avoir passé 1 h 1/2 au fond de la tranchée que je creusais à Dickerhof. On ne se voyait plus et les éclats de bombes sifflaient et cassaient les branches au milieu d'une fumée intense, car les Allemands avaient disposé autour de l'usine des appareils fumigènes qui fonctionnaient sitôt l'alerte donnée.
  • Condamné à ces durs travaux, je me suis bientôt mis à souffrir d'une hernie qui s'était déclarée et s'aggravait. Je me résignai alors à me faire porte malade. J'eus la chance car, à l'infirmerie, je trouvai un médecin français de Metz, Jacques, qui était dans mon wagon lors du voyage Compiègne-Dachau. Il dit que j'ai besoin d'être tenu en observation et propose au kapo du revier de me prendre comme infirmier-auxiliaire. Le lendemain même j'entre en fonction et me voilà à faire des pansements ! Je vois alors dans cette infirmerie toute la gamme de la souffrance humaine. Presque tous les consultants ont de l’œdème ; les pieds et les jambes enflés sont souvent couverts d'ulcères répugnants. Les abcès sont fréquents et les phlegmons monstrueux. Quand aux morsures au bas du ventre et aux cuisses surtout... Mais le SS qui surveille l'infirmerie me prend en grippe -je ne suis ni assez souple, ni assez prévenant- aussi, un jour, vers le 10 août, suis-je réexpédié comme invalide au camp principal de Dachau, en camion, avec vingt-quatre autres malades.

Retour à Dachau

  • Désinfection, tonsure fraîche... Puis avec un seul camarade, je suis affecté au block libre N 30. Les vingt-deux autres de notre camion sont entrés directement à l'infirmerie. Je me trouve avec quelques Français et Belges, anciens au camp ; parmi eux , Edmond Delvaux de Liège, qui, par la suite, fut pour moi un excellent camarade. Les Belges recevaient quelques colis et souvent ils m'en ont fait profiter. Je leur en suis reconnaissant car j'étais, à l'époque, en fort mauvais état.
  • Et qu'allait-on faire de moi ? Un jour, je vais trouver le secrétaire du block -Le schreiber- qui parlait français. C'était un Autrichien d'origine, combattant des Brigades Internationales d'Espagne. Il ne me cache pas que je risque d'être affecté dans un autre kommando extérieur, du genre Allach ou pire ! Aller casser des cailloux ou construire des barrages dans les neiges du Tyrol ! Et cela au milieu des Russes ou des Polonais, sans un Français peut-être ! Il faut absolument trouver le moyen de me faire affecter dans un kommando, au camp même. Le schreiber me signale comme technicien pour une des petites usines attenant au camp, entre les premières et deuxième enceintes.
  • Les jours passent sans que des rafles soient faites comme à l'habitude pour réapprovisionner en hommes valides les kommandos du Tyrol. Heureusement ! Enfin, je suis averti que nous sommes convoqués une vingtaine d'ingénieurs de toutes nations pour un essai à l'usine voisine : la Fertigungwertätte qui fabrique des pièces détachées pour la BMW d'Allach. Nous sommes d'abord interrogés devant le colonel SS, directeur de la fabrique, puis nous exécutons l'essai. Il consiste à établir un projet succinct d'appareil à usiner certaine pièce. Je suis agréé avec un camarade Yougoslave, nommé Sila Frantz ; il parlait assez couramment le Français et nous fûmes bientôt une paire d'amis.
  • Le lendemain de l'essai, nous commençons de travailler à l'usine distante d'environ huit cents mètres. Le lever a lieu à 4 h1/2 comme d'habitude ; nous partons à la fabrique sous l'escorte de SS armés de fusil. Je travaille dans une baraque voisine de l'atelier et qui est le bureau de dessin. Nous sommes huit personnes sous les ordres d'un kapo allemand de 32 ans, Martin Englert, abruti par onze ans de déportation à Dachau. Il est ingénieur de son métier et donne ses directives sous le contrôle du SS de la baraque, un sergent nommé Kurt Hartig. Celui-ci se montre toujours à peu près convenable, nous défendant même auprès du colonel quand le kapo voulait nous faire punir. À l'usine nous étions environ 70 Français, y compris les Alsaciens-Lorrains, sur un effectif total de 300 ouvriers et employés, tous détenus, à l'exception toutefois de deux ou trois femmes dactylos, secrétaires intimes du directeur-colonel SS qui les avait embauchées à Munich probablement. Le travail n'est pas compliqué : petits montages d'usinage, architecture, un peu de tout ce qui concerne le dessin, même la confection de cartes postales peintes ! Par la suite le kapo nous fit établir les plans d'un nouveau genre de moteur à explosion. C'était une de ses élucubrations irréalisables dont le résultat positif fut de faire perdre des milliers d'heures de travail… Nous allions souvent à l'atelier sous prétexte d'y prendre des mesures, mais surtout pour bavarder avec les détenus-ouvriers. Ceux-ci exécutaient chaque jour leur nombre obligatoire de pièces, puis ils trouvaient le moyen de confectionner des fume-cigarettes, des briquets, des bagues... dont le commerce était fructueux, même avec les SS. Ces camarades travaillaient dans un superbe hall avec un bon chauffage central en hiver ; nous, dans notre baraque, nous n'avions qu'un poêle.
  • L'horaire du travail et le régime alimentaire sont les mêmes qu'à Allach. À midi, avant de reprendre le travail, je vais souvent à la salle des douches-lavabos pour m'épouiller, me laver, me raser avec un rasoir mécanique -le couteau est interdit-. C'est un grand plaisir pour moi d'essayer de me tenir propre et j'ai souvent admiré cette installation comme, hélas, en possèdent bien peu d'usines françaises de l'importance de celle-ci. À 18 heures une sonnerie annonce la fin du travail et, en rang, nous regagnons le camp.
  • C'est dans cette usine que j'ai passé le moins mauvais de ma détention à Dachau. À partir de la fin de décembre, des colis de la Croix-Rouge nous arrivèrent à peu près toutes les semaines ; ils étaient surtout destinés aux Français qui n'en avaient pas bénéficié jusqu'alors. Chaque colis de 5 kilos contenait des biscuits de guerre, des pâtes de fruits, du sucre, de la viande en conserve, des pâtes, du fromage, du tabac et des cigarettes ; parfois du café et du lait condensé et souvent du chocolat. Grâce à notre poêle de la baraque, nous pûmes faire un peu de "cuisine" ; des pâtes cuites à l'eau ou parfois au lait, du chocolat ou du cacao que nous buvons avec du pain... grillé. C'est un régal ! Et puis une partie de ces produits nous permit de corrompre nos gardiens de l'usine. Bientôt tous les SS font le trafic depuis le 2e classe jusqu'au colonel qui gâte sa dactylo préférée ! Un Belge, Mercier, pratique le troc à grande échelle. Nous échangeons une demi-livre de chocolat contre cinq pains de 1 kg et 250 gr de margarine. C'est le tarif. Le SS de notre baraque me mendie souvent des cigarettes que je lui troque contre des objets usuels de toilette ou des produits pharmaceutiques (aspirine, quinine, pommades diverses...). Le soir, nous rentrons sous nos vêtements toutes les choses précieuses que nous avons pu nous procurer, "acheter" ou "organiser" disons-nous. Mais attention à notre silhouette lorsque nous franchissons la grande porte sous l’œil vigilant et inquisiteur des gardes-chiourmes !
  • Longtemps, nous ne fûmes que 2 Français au bureau. Ensuite, prétextant l'abondance du travail, je parvins à y faire affecter d'autres compatriotes. Le kapo me demandait de lui désigner des techniciens que je connaissais au camp. Ainsi purent venir travailler dans notre baraque Baton Robert, Soulages Henri, Cocard, Pierre André. Hélas, les deux premiers moururent, l'un d'un érésipèle, l'autre du typhus.
  • C'est presque avec regret que nous quittons cette usine chaque soir. Nous redoutons l'interminable appel de tous les détenus sur la grande place, sous l’œil important des SS, surveillés eux-mêmes par l'infernal officier Rupert, l'homme à la cravache ! C'est toute une cérémonie qui se déroule au garde à vous, avec les chefs de chambres, de blocks, criant leurs ordres : mudssen ap ! (enlevez les coiffures), mudssen auf (remettez-les).
  • Vers décembre, je suis affecté au block 4 et dans celui-ci où il n'y a que des travailleurs, nous touchons ce que l'on appelons "de la cantine". Cela consiste chaque semaine en une distribution de boudin répugnant et de fromage blanc fort maigre. Y ont droit ceux qui ont reçu à leur kommando un ticket de marks-centimes par semaine. Je touche, comme beaucoup, trois marks par semaine. Dans ce block 4 sont répartis les trois cents travailleurs de la Fertignugwerstätte dont une centaine pour le travail de nuit, car il y a 2 équipes. Je suis dans la chambre 2 avec mes camarades Amblard, Pierre André, Peyroton, Peyreyron, Manuby, Crespin, Gilbert Cligny, Messe, etc. Le chef de chambre est un anti nazi, sans grande autorité, pas mauvais bougre, mais se méfiant des Français. Il a fort à faire avec nous autres qui formons un groupe au milieu des Polonais, Tchèques, Yougoslovaques, Espagnols, Russes... Quant au chef de block, un ancien communiste repenti qui veut faire oublier son passé, c'est une brute parfaite. Malheur au pauvre détenu coupable d'une peccadille !
  • Après la soupe du soir, c'est le moment où circulent les fameux bobards et où se pratiquent les marchandages. Car, dans le camp même existe le trafic le plus intense. C'est la cigarette qui nous sert d'étalon monétaire. Un pull-over, volé par un Polonais dans les magasins, coûtant 20 cigarettes, c'est aussi le prix d'une paire de chaussures cuir à semelle de bois. Il est étonnant de constater que n'ayant touché ni pull-over, ni chaussettes, ni casquettes, presque tous en avaient pourtant. Or pendant les trafiquants mais pour un de pris, mille échappaient à la corde et les SS étaient impuissants... En vue de l'hiver proche et rigoureux sur ce plateau bavarois, je me suis fait confectionner de bons chaussons de drap pour mettre dans mes chaussures. Je porte deux pull-over sur ma chemise, je me suis procuré un cache-col et une belle casquette de drap bleu foncé. Un pardessus qui nous a été donné par les SS nous protégera par les grands froids. Les mouchoirs qui valent quatre cigarettes chacun sont fabriqués en fraude par les tailleurs. Les moufles sont payées jusqu'à vingt cigarettes et les Russes en font de superbes ! On nous a distribué deux couvertures par détenu, ce qui est peu, mais comme nous sommes très nombreux et serrés -souvent trois hommes sur deux paillasses juxtaposées- nous n'avons pas froid à la chambrée. Nos paillasses n'étant jamais changées, nous avons de nombreux poux et nous savons que ce sont eux qui propagent le terrible typhus ! Dans le block 4, je couche entre mon ami Amblard et un colonel de l'armée républicaine espagnole, nommé Zanoni.
  • Le dimanche, nous nous levons à l'heure ordinaire ; après l'appel sur la grande place, au lieu de nous grouper en colonnes de travail, nous revenons dans nos blocks où nous pouvons nous laver à grande eau. De temps à autre nous recevons pour notre toilette deux minuscules pains de savon argileux. Quant à nos chemises et caleçons on nous les change environ tous les mois. Toutefois, la plupart des détenus se sont "débrouillés". À l'atelier, nous faisons souvent bouillir nos hardes remplies de poux dans l'eau saturée de soude que nous arrivons à nous procurer également avec des cigarettes, et autres denrées... La toilette du dimanche terminée, chacun peut aller voir les camarades dans les autres blocks ; les nouvelles les plus invraisemblables circulent ce jour-là : c'est le "bouteillon du dimanche" ! Vers la fin de la matinée, visite générale des poux (le laüs-control). C'est le défilé des détenus torse nu et chemise déployée à la main, devant deux ou trois "spécialistes" qui examinent minutieusement torse et chemise. Celui qui a des poux doit passer la nuit suivante dans une salle de douches pour... désinfection. C'est souvent que le coiffeur du block tond à ras les cheveux qui commencent à repousser. Deux blocks semi-fermés, les N° 26 et 28 sont affectés aux prêtres catholiques des diverses nationalités. Une chapelle vraiment bien installée leur est réservée : c'est là qu'une fois par semaine la messe est célébrée. L'évêque de Clermont se trouvait parmi tous ces prêtres dont beaucoup se conduisirent admirablement en secourant les malades, notamment au revier où, vers la fin, on les toléraient auprès des mourants. À midi, la soupe est mangée au block et elle est meilleure qu'en semaine ; il y a des nouilles ou autres pâtes dans le bouillon et un peu de viande de conserves. Le "repas" fini nous allons voir une partie de football sur la place. Nous avons aussi la possibilité de lire, car il y a au camp une bibliothèque qui possède des ouvrages assez nombreux et variés en diverses langues. C'est ainsi que j'ai pu lire Les Conquérants de Malraux, Arènes Sanglantes de Blasco Ibanez, etc. Vers la fin de notre détention il y eut même le cinéma au camp de Dachau. De temps à autre, dans une grande baraque, les détenus peuvent aller voir un film muet. Je n'y suis allé qu'une seule fois. Pour nous, bagnards, quelle impression pénible de voir sur un écran des gens... libres ! Il y a même ici une baraque réservée ; c'est, si l'on veut, une maison publique. Les SS ont pensé à tout ! Il y a là-dedans de pauvres femmes, des détenues amenées d'autres camps, à qui parait-il on a promis la liberté au bout de quelques mois de "travail". Les SS, kapos, chefs de blocks, chefs de chambre sont, je crois, les seuls clients de cet étrange établissement.
  • Noël fut le point culminant de notre détresse. Nous nous sentions complètement démoralisés au milieu de l'enthousiasme délirant de nos geôliers. C'est la période de l'attaque allemande en Belgique et en Alsace. L'avance de Von Runschtedt a été foudroyante. On parle de Liège, de Namur, bientôt de Paris... Les SS arrosent la victoire avec de la bière, et du schnapps. Quant à nous, notre menu de Noël fut soigné. On nous servit une sorte de soupe au macaroni, de pommes de terre avec de la viande conservée, le tout assaisonné de paprika, et de la bière ! Ce fut pour nous un jour de repos. Dans l'après-midi nous pûmes rejoindre d'autres Français dans des chambres. Des artistes improvisés chantèrent des airs de chez nous, mais nous n'avions pas le cœur à la gaieté !
  • Pendant les premiers mois d'hiver, de nombreux détenus périrent de misère et de maladie. C'est ainsi que j'appris fin décembre que Machecourt de Nolay était entré à l'infirmerie et y était mort quelques jours, après. Les Français étaient très déprimés, ignorés longtemps par le gouvernement de Vichy et de la Croix-Rouge française, ils n'avaient reçu aucun colis alors que les Croix-Rouge belge, hollandaise, polonaise faisaient le nécessaire pour les leurs. Ce n'est qu'après la libération du territoire qu'un gouvernement français pensera à nous -j'ai dit que des colis nous arrivèrent régulièrement à partir de la fin de l'année 1944-. On amène à l'infirmerie les malades et les blessés du camp et ceux des kommandos extérieurs. Les salles d'opération, celle du dentiste, le laboratoire sont fort bien installés. Mais malheur à celui qui entre au "Revier". Les docteurs SS et mêmes polonais s'y font la main, assistés par des détenus médecins. Celui qui est conduit à cette infirmerie est présumé perdu. "Ils passera par la cheminée" disions-nous tristement à la pensée du grand four crématoire. On faisait des expériences. J'ai vu quelques rescapés de ceux à qui on avait inoculé la malaria. Pauvres gens, ils faisaient pitié ! Il est à présumer qu'on expérimente aussi des vaccins antityphiques : une vingtaine de détenus, notamment le docteur Piton de Jouet-sur l'Aubois (Cher) se firent piquer, croyant de bonne foi se prémunir contre le typhus particulièrement virulent à ce moment là ! Ils moururent quelques jours après. Les invalides, les vieillards sont parqués aussi à cette époque au block 30, le block d'extermination. Ils n'ont pas droit au casse-croûte du matin, leur soupe est plus claire, ils n'ont qu'une couverture et ils sont serrés sur leurs paillasses autant qu'il est possible. Défense leur est faite de sortir du block, d'ailleurs cadenassé. Aussi les poux, propagateurs du typhus, la dysenterie, le désespoir font-ils des ravages effroyables parmi "ces inutiles pour le Reich". Pour achever cet odieux travail d'extermination, on les amène sur la place sans pardessus, pour des appels sans fin. Là, ils s'écroulent dans la neige ou la boue. Les autres sont conduits aux douches ; on déverse sur eux une eau alternativement chaude et glacée ; le pauvre cœur cède souvent et les conducteurs des grandes plates-formes à quatre roues n'ont plus qu'à ramasser les corps encore frémissants et les conduire au four voisin qui fume sans arrêt entre les deux enceintes du camp et qui empeste. Pourtant, nos gardiens savaient faire montre d'une sensibilité bien touchante. L'âme nazie nous semblait vraiment fort complexe et difficile à comprendre.
  • Il ne nous fut jamais possible à nous autres, arrivés à Dachau après le débarquement allié de juin 1944 de donner signe de vie à nos familles. Il est vrai qu'à deux ou trois reprises, on nous distribua -quelle hypocrisie- des cartes de correspondance où nous écrivîmes quelques mots, mais elles n'arrivèrent jamais à destination et nous n'eûmes évidemment pas de nouvelles des nôtres pendant ces longs mois d'attente.
  • Désespérant d'être délivrés, certains essayèrent de s'évader. De l'intérieur du camp, c'était chose absolument impossible mais des kommandos extérieurs, si cela restait très difficile, quelques rares détenus tentèrent pourtant la périlleuse aventure. Hélas, avec leurs vêtements rayés, leurs cheveux ras, leur manque d'argent, leur connaissance souvent imparfaite de l'allemand, les malheureux furent presque toujours repris. On les exposait alors sur la place, près de la grille d'entrée avec une grande pancarte sur la poitrine : "Ich bin wieder da" (je suis de retour ici). Puis ils étaient enfermés dans des cellules en béton (la prison) et enfin pendus.
  • Nous pouvions être alors de 4 000 à 4 500 Français au camp. Le tiers de ces hommes étaient, peut être, d'authentiques "Résistants". Parmi les autres se trouvaient des otages, des travailleurs de STO envoyés à Dachau pour des raisons diverses : vol, pratique de marché noir, affaires de mœurs (certaines amies allemandes fidèles leur envoyaient des colis !). Quelles observations intéressantes et aussi attristantes pouvait-on faire alors ! C'est dans des circonstances exceptionnelles que les hommes se montrent vraiment ce qu'ils sont. Souvent, ceux qui appartiennent à la moyenne humanité font preuve de plus de courage et de dignité que certains de... l'élite ! Dans ces jours d'épreuve où la faim tenaillait, où les forces physiques déclinaient, il ne fut pas rare de voir les gens les plus haut placés, les plus respectables dans la vie normale, sombrer dans les pires bassesses : tel ce colonel cherchant à obtenir un peu de pain en s'essayant au "marché noir" avec de jeunes voyous ; tel important personnage se découvrant alors parfait salaud avec les camarades ! Nous autres Français, nous sympathisions avec les Yougoslaves -surtout les Slovènes dont beaucoup parlent notre langue- avec les Belges, les Hollandais... mais nous haïssions les Polonais qui furent utilisés par les SS et firent la plupart offices de bourreaux des autres détenus.
  • Notre sort s'améliore donc au début de 1945 grâce aux précieux colis de la Croix-Rouge qui nous arrivent par la Suisse proche. Et fait paradoxal, il n'y a bientôt que les Français qui en reçoivent. Nous devenons alors des rois. Pour une cigarette, voir un mégot, nous faisons laver notre gamelle, notre linge aux Polonais, Tchèques, etc. Dans le block, au milieu du réfectoire, se trouve un grand poêle en faïence. Nous avons un récipient de métal confectionné à l'usine ; nous apportons aussi en fraude des débris de caisses pour faire du feu. Tout cela nous permet de faire de la "cuisine", au camp même. Mon ami Amblard y excelle.
  • Les colis qui nous sont distribués n'ont pas été ouverts par les SS ; mais nous les remettaient-ils tous, voilà qui est incontrôlable. Parfois le bruit court qu'une délégation de la Croix-Rouge internationale venait visiter le camp. Nous ne vîmes jamais personne. Nous conservions les colis au réfectoire dans des cartons et nous les surveillions jalousement car les voleurs étaient nombreux et la nuit, avec l'autorisation du chef de chambre, nous montions la garde par roulement. Dans un bloc voisin de celui que j'occupais, un Français fut tué à coups de couteau par des pillards russes. Avec ces provisions qui nous furent d'un si grand secours, nous aidons dans la mesure du possibles nos camarades Alsaciens-Lorrains considérés par les SS comme ressortissants allemands. Nous aidons aussi les Espagnols républicains. N'ont-ils pas été pris pour la plupart sur le sol français dans des camps où les avait jetés Daladier ou dans nos maquis, combattant avec des Français ! Nous partageons aussi parfois avec des Belges, des Hollandais... Il est à remarquer que les communistes français sont fortement solidaires.
  • En février, l'espoir commence à renaître avec les nouvelles, vraies ou fausses, qui se répandent dans les blocks avec une rapidité incroyable. Les Allemands ont la manie de la T.S.F. et possèdent de nombreux postes. Ce sont des détenus électriciens qui les réparent et bien entendu, dès que les SS ont tourné le dos, ils écoutent avidement les communiqués. Tous les jours un camarade Tchèque me donne, à mon bureau, un résumé de la situation ; je déplie une carte que je me suis procurée et nous nous perdons en commentaires... optimistes. Les raids aériens sont de plus en plus nombreux et violents sur Munich distant à vol d'oiseau d'une quinzaine de kilomètres ; en général 700 à 800 avions viennent chaque jour, vers la fin de la matinée bombarder la ville et les environs. La sirène hurle dès qu'ils sont signalés et nous rentrons au camp à toute vitesse ; nous ne repartons qu'à la fin du "flieg-alarm". Parfois, à notre grande joie, cela se produit plusieurs fois par jour. La nuit, l'effet est vraiment impressionnant : la lueur des incendies éclaire nos couchettes et tout tremble dans les baraques.
  • Le temps passe et le beau temps arrive. Vers la fin mars, les Norvégiens furent revêtus de superbes costumes neufs de montagnards. La Croix-Rouge suédoise avait parait-il a les prendre en charge. De grands cars les emmenèrent alors... On disait que les Français seraient aussi emmenés et internés en Suisse. Il n'en fut rien... Les Alliés avancent, moins vite toutefois qu'on le dit ici. Nous nous sommes beaucoup irrités de fausses nouvelles, mais en général elles ont devancé la vérité d'une semaine environ. Reconnaissons qu'elles nous ont fait prendre patience. Même lorsque nous étions sceptiques, nous ne pouvions nous empêcher d'espérer : "Si c'était vrai quand même !" J'apprends un jour que les Russes sont à Stettin et les Américains sur le Danube. C'est vers cette époque que les détenus allemands, encore mobilisables, furent incorporé dans les SS. Nous, prisonniers, les vîmes partir en tenue et nous sentions alors avec joie indicible crouler le régime allemand !

La libération

  • À des signes certains, nous devinons que notre libération est proche. Vers mi-avril, les Allemands amènent à Dachau des détenus de tous les kommandos en dépendant et même ceux d'autres camps menacés par l'avance alliée. Les colonnes arrivent à pied, et dans quel état épouvantable ! Nous voyons entrer par la grande porte de véritables fantômes, aux yeux hallucinés qui viennent s'effondrer sur la place, arrivés aux dernières limites de la fatigue et de la résistance humaine. Malheur à celui qui n'a pas pu suivre les interminables colonnes. Un coup de pistolet, un cadavre abandonné au bord de la route ; ceux qui assistent, muets, au drame rapide se raidissent pour ne pas faiblir, pour arriver au terme du terrible exode. D'autres sont transportés par chemin de fer. Un train entier de Juifs avait été abandonné par les Allemands à proximité du camp. Les wagons furent ouverts à l'arrivée des Américains, tous les malheureux occupants étaient morts. Un jour je vis mon ami Geo Girard arrivant avec d'autres rescapés de Buchenwald. Qu'elle joie de lui serrer la main, d'essayer de lui venir en aide ! L'effectif du camp s'enfle rapidement : de 25 000 il monta à 30 000, à 40 000, à plus peut-être le 20 avril. La mortalité prit rapidement des proportions catastrophiques. Personne ne s'occupait des morts qui gisaient dans les cours des blocks, squelettiques, dans des poses affreuses. Les survivants sont entassés dans les baraques ; beaucoup ont la dysenterie et sont si faibles qu'ils ne peuvent quitter leur paillasse, même pour leurs besoins ; l'air est empesté ! Bientôt nous ne sortons plus du camp pour aller au travail. Fini le kommando ! Le sergent Hartig de l'usine est parti tristement sur le front il y a trois semaines. Les réfugiés allemands, fuyant devant l'avance des Alliés, logent dans le camp des SS et, de là ils vont chercher à gagner les montagnes du Tyrol. Au camp, notre fièvre grandit de jour en jour. Beaucoup de nos gardiens SS sont partis pour une ultime levée en masse. Des vieux, des invalides les remplacent ; c'est le "volksturm". Ils n'ont pas d'uniforme et sont moins redoutables que leur prédécesseurs. Brusquement, il est question d'évacuer le camp vers le Tyrol. Cela ne nous dit rien qui vaille et notre inquiétude est extrême. Le bruit se confirme. Le 26 avril au matin, les détenus sont réunis sur la place, en tenue de route c'est à dire avec un petit paquet et une couverture roulée. On nous groupe par nationalités. Beaucoup de détenus allemands se glissent parmi nous. Les Russes et les Allemands anti nazis partent les premiers. On a dit qu'en traversant le champ d'aviation de Munich (Schlessen), ils ont été mitraillés. Il paraît que les Russes, malgré de terribles pertes, se sont jetés sur les SS et qu'ils en ont eu raison. Les survivants auraient pris le maquis en attendant les Américains qui sont alors à proximité... Le lendemain, d'autres détenus devaient partir. De quelle nationalité seraient-il ? L'angoisse est à son paroxysme. Nous nous consultons, nous créons un désordre sans nom. Nous sommes prêts à toute éventualité. Sous la direction de camarades influents, notamment Emmanuel Bloc, nous prévoyons des blocs de choc. Quelques jours plus tard, nous apprenons que des Espagnols avaient caché une mitraillette et quatre pistolets sous le plancher d'un block. Les SS n'étant plus assez nombreux, ne veulent on ne peuvent employer la manière forte ; ils craignent la révolte et comprennent que des milliers de prisonniers, prêts à tout, peuvent être redoutables.
  • Nous arrivons au soir du 28 au milieu d'un énervement inqualifiable. Il n'y a pas eu d'autres départs. On entend le canon au loin, souvent, la mitrailleuse crépite. Nous allons nous coucher. Brusquement, vers 21 heures, les sirènes hurlent sans arrêt pendant plusieurs minutes. Nous nous dressons sur nos paillasses, le cœur serré, fous d'espoir, nous embrassant, car depuis huit jours, nous avons eu connaissance d'une décision allemande : si l'arrivée des tanks ou blindés américains est imminente, les sirènes des usines donneront l'alarme pendant 5 minutes. Ainsi, ils sont là ! La nuit se passe, coupée par intermittence de rafales de mitrailleuse. Avec quelle impatience nous attendons le jour suivant. Au matin, pas d'appel. Ce dimanche 29 avril devait être pour nous le grand jour, celui de la libération, si longuement attendue ! Vers 11 heures, des détenus qui sont grimpés sur les toits déclarent voir des tanks au loin dans la campagne. Depuis quelques jours, déjà des drapeaux blancs flottent partout au camp et dans les environs. Midi arrive ! Les heures passent, mortellement lentes. Nous étouffons. Aux environs, c'est un calme à peu près complet. Que se passe-t-il ? Pourquoi n'arrivent-ils pas ? Nous nous perdons en suppositions plus absurdes et invraisemblables les unes que les autres. Puis, tout à coup, c'est un bruit infernal : sifflement des balles, crépitement des mitrailleuses, vrombissement de moteurs. À 17 heures précises, des cris, des hurlements plutôt, montent vers le ciel. Les voilà ! Nous nous précipitons sur la place, vers les grilles, dans une ruée immense et irrésistible. C'est bien vrai. Derrière ces grilles massives, je vois des soldats en train de la faire ouvrir ; d'autres grimpent au sommet de l'édifice surmontant la porte d'entrée et y mettent un drapeau américain pendant que deux officiers nous regardent avec une sorte d'intense étonnement. Derrière les barbelés, de l'autre côté du fossé, des soldats courbés courent les armes à la main contre des bâtiments d'où partent encore quelques coups de mitraillette. Des blindés arrivent et les portes s'ouvrent pendant qu'explose notre joie. Des camarades pleurent, s'embrassent ; certains sont là, immobiles, le regard lointain. D'autres marchent en automates, comme hébétés. Il est difficile d'exprimer ce qu'on ressent dans un tel moment. L'émotion étouffe. Ne rêvons-nous pas ? L'abominable cauchemar a donc pris fin ! Les espoirs fous qui nous ont soutenus sont donc enfin réalisés ! Mais combien d'entre nous sont morts comme des chiens sans avoir eu le bonheur de vivre cet instant unique, de revoir leur patrie, leur famille.
  • On ne sait d'où ils sortent, mais dix minutes après l'arrivée des troupes de choc américaines des drapeaux de diverses nations sont hissés aux endroits les plus favorables. Quelques soldats entrent sur la place, bientôt entourés d'un singulier cortège d'hommes en vêtements rayés. Un étonnement douloureux se lit sur le visage de ces Américains. Une journaliste se trouve parmi ces troupes de choc, elle nous interroge pendant que nous ne pouvons cacher notre admiration devant son courage. Au loin, ça tire toujours. Au pied d'un mirador, sept ou huit SS sont étendus. Ils venaient d'être arrêtés, mais avaient cherché à tuer leurs vainqueurs, par traîtrise. Une rafale les a couchés sur le côté du fossé et il y étaient encore une huitaine de jours après... Dire que nous avons bien dormi la nuit suivante serait exagéré. Le bruit ne court-il pas que les Allemands préparent une contre-attaque, car quelques coups de feu claquent encore au loin. Le matin suivant, nous prenons vraiment conscience de notre bonheur. Dans l'enthousiasme, un comité international des détenus est formé. Chez nous, au block 4, je suis le délégué des Français. Pollet, Linet, Marchadier, Neveu, Le docteur Roche, etc. sont aussi mandatés. Michelet est notre président. Notre plus sérieux désir vient d'être satisfait. Pour la première fois depuis mon arrestation, je puis écrire à ma famille. Avec quel énervement, quelle émotion, nous faisons cette lettre ! À notre joie se mêle une inquiétude. Que sont devenus les nôtres ? Ne sont-ils pas malades, n'ont-ils pas eu à souffrir pendant la libération du sol français ?
  • Et quand pourrons nous partir d'ici ? Les Américains sont arrivés à flots et nous interdisent de sortir du camp. Évidemment, nous ne craignons plus de recevoir une balle, comme au temps tout proche de nos gardiens SS, mais les mitraillettes à la grille nous agacent. C'est qu'il y a, paraît-il, le typhus à Dachau. Mais il existe à l'état endémique depuis le début du camp et il est maintenant moins virulent qu'au cœur de ce dernier hiver. Ce n'est pas tellement de typhus que meurent maintenant les gens, mais de misère, de dysenterie. Nos libérateurs ne semblent guère se rendre compte des réalités et notre impatience grandit avec nos premières déceptions. Dans notre logique, nous pensions que les autorité américaines pourraient, après examen, envoyer les détenus bien portants dans le camp voisin des SS convenablement aménagé, et les autres seraient gardés, dans de meilleures conditions, dans le camp ainsi décongestionné. Il n'en fut rien. Au contraire, les risques de contagions augmentaient car les malades, couverts de poux, circulaient désormais librement, même dans les blocks non atteints. Nous étions donc là, par milliers, vivant dans le plus grand désordre, sans la moindre discipline. Les radios alliées, pendant l'occupation de la France, avaient proclamé que dès la libération, des vivres, des médicaments seraient donnés aux populations et aux prisonniers. Nous ne reçûmes rien des Américains, pas même un biscuit ou une cigarette. Mais comme nous avions pillé les stocks des SS, nous eûmes davantage de pain et de nombreuses boîtes de conserves de viande. Malheureusement, cette alimentation trop substantielle ne convenait pas à des hommes qui depuis des mois et des mois souffraient de la faim. Des dysenteries violentes s'en suivirent et la mortalité devint plus grande qu'avant le 29 avril. Les Français de l'armée Delattre de Tassigny, à 30 km de là, envoyèrent vers le 7 mai des camions chargés de vivres à leurs compatriotes. Ah ! qu'il était bon le pain blanc, le vin rouge, et les biscuits, et les confitures ! Délicieuses les cigarette et les cigares !
  • Afin de les filmer, on avait laissé les tas de cadavres devant le crématoire, mais quelle puanteur ! Malgré les protestations indignées du Comité International des détenus, ces derniers -morts ou vivants- ont trop servi pendant les jours qui suivirent la "libération" de figurants tragiques pour le cinéma...

Le retour

  • Nous attendions donc avec une impatience grandissante notre rapatriement sans cesse remis... En présence de cette situation, il fut décidé que les hommes bien portants qui pourraient s'évader, ne devaient pas avoir scrupule à le faire. Le vendredi matin 11 mai, avec un ordre écrit de travaux à faire exécuter entre les deux enceintes, ayant revêtu des habits civils, je partais avec Nobillot, Amblard et sept autres de ce camp maudit où nous étions bien décidés à ne pas rentrer ce soir là. Nous marchions d'un bon pas sur la route qui nous menait à Munich, distant d'une vingtaine de kilomètres. Là, nous avons trouvé une mission française de rapatriement des prisonniers de guerre. On nous reçut chaleureusement. Une femme-lieutenant de centre d'accueil de Metz, madame Aubrée, qui faisait partie de la mission, nous procura, comment ? un solide camion diesel de cinq tonnes. Des ex-prisonniers français nous trouvèrent gas-oil et huile et le 13 mai au matin, avec un "chargement" complet de vingt-cinq hommes, nous faisions route vers la France. Nous avons roulé jour et nuit, croisant de nombreux convois américains. À 30 ou 40 km de Munich, nous montons le camarade Isidore de Marseille-les-Aubigny (Cher) qui venait à pied avec un autre du Jura. Le volant en main, relayé parfois par un camarade, je traverse des villes anéanties qui furent Augsbourg, Ulm, Stuttgart, Karlsruhe. À Spire, nous franchissons le Rhin sur un pont de bateaux. Voici Sarrebruck, Deux-Ponts. À trois heures du matin, le 15, nous arrivons exténués au centre d'accueil de Metz. Un bon repas chaud, quelques heures de sommeil de plomb dans un vrai lit et nous voilà prêts pour la visite médicale. Ensuite, nous allons en ville dans nos tenues baroques. Comme c'est bon de s'entendre questionner par des civils français, de voir des inscriptions en français. Nous venons de recevoir la somme de mille francs chacun, nous allons prendre l'apéro ! Que c'est cher !...
  • Le 16, nous sommes à la gare régulatrice de Revigny. Là, nous sommes dispersés ; je suis dirigé sur Paris où m'attendent des amis prévenus par télégramme. Le 18 à midi, je me trouve enfin sur le quai de Nevers au milieu de ma famille et de bons camarades. Une vie normale va recommencer pour nous !

Texte communiqué par Michel Lévêque et mis en page par Martine NOËL (discussion) 29 mai 2019 à 10:02 (CEST)