Désertion

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En 1806, au début du Premier Empire

Les déserteurs

Les désertions se multiplient au fur et à mesure que les guerres se prolongent et éloignent encore plus loin les jeunes conscrits de leurs foyers. Les exhortations du préfet n'ont guère d'effet, comme le montrent les exemples suivants. Les mariniers, population instable et indisciplinée, rejoignent rarement les ports de mer où ils sont réclamés comme inscrits maritimes ; mais ils ne sont pas les seuls à fuir les convois.

En janvier et février 1807, l'hôpital militaire de Bourges reçoit plusieurs Decizois que les gendarmes ont retrouvés dans les bois. Auparavant, ils ont déserté, ils se sont cachés, ils ont été dénoncés puis repris et, sans doute, sévèrement battus. Noël Joly, "conscrit réfractaire", décède à Bourges. Denis Gueneau, conscrit des fusiliers-marins, s'évade du dépôt de Port-Louis ; repris, il est interné à l'hospice des maisons d'arrêt et de justice de Nantes, où il meurt le 23 mars 1809. Étienne Tessier, marin de la levée de l'an 12, déclaré déserteur pour n'avoir pas rejoint Brest, meurt à La Flèche le 10 mars 1807. Paul Moutet, originaire de La Machine, ne rejoint pas son corps ; ce déserteur est repris par les gendarmes et il meurt à l'hôpital de Nemours.

Jacques Augendre fait partie de la classe 1806 ; affecté au 66e de Ligne, il a faussé compagnie au convoi qui se rendait à La Rochelle. Avec lui, un compatriote, Louis Thévenin. Ils ont été repris et meurent à Bourges. Le déserteur Thévenin a été dénoncé par Comaille, de Saint Léger des Vignes : ce dernier change de conduite trois ans plus tard, lorsque c'est son tour de partir ; il fait partie du convoi qui quitte Nevers le 6 novembre 1809 pour le 58e de Ligne ; après une longue fugue, il est arrêté le 6 juin 1810 ; il bénéficie d'une amnistie conditionnelle et on l'incorpore dans une Compagnie de Réserve.

La classe 1806 est particulièrement indisciplinée : on compte huit autres déserteurs parmi les conscrits du canton de Decize (Jean Breton, Buguet, Croizet, Verrat, Renault, Busson, Jeunet et Ponceau). Ils fuient pour échapper au 23e de Ligne, qui est alors en campagne entre Aoste et Venise, ou au 66e, qui est basé à La Rochelle. Dans la mémoire collective, le déserteur n'est pas forcément perçu comme un délinquant ; on a plutôt pitié de lui, comme en témoigne cette chanson nivernaise recueillie par Achille Millien : "C'est l'amour et la boisson M'ont fait faire une folie : J'ai quitté ma garnison, Pour l'amour(e) d'une fille."


Sources

  • Pierre Volut, Histoire de Decize, XIXe siècle, 1999, ch. I-4, ou CD-R ch. XIX-121.
  • Chanson Le Déserteur par amour, recueillie par Achille Millien, Chants et chansons du Nivernais, Paris,Leroux, 1906, 2 volumes.