Coteaux charitois

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La naissance et l'expansion

Les vignobles nivernais ont acquis, pour certains d’entre eux, leurs lettres de noblesse au Moyen-Âge: les vins charitois rivalisent à cette époque avec ceux de l’Auxerrois, de l’Orléanais ou d’Ile de France.
Le climat de la vallée ligérienne et l’exposition intéressante des hauteurs qui dominent la Loire ont permis le développement d’un vignoble important, préoccupation des moines du prieuré bénédictin et de l'Abbaye de Bourras. Ils encouragèrent la plantation des vignes, en firent l’acquisition ou en reçurent en donation.

Vue du vignoble

Au 14ème siècle, le vignoble se développe, chaque domaine possède sa vigne, et les « vins parfumés des coteaux nivernais » reçoivent le meilleur accueil sur les tables des comtes de Nevers et des ducs de Bourgogne.

Tous les vignobles nivernais enregistrent une expansion et leur apogée au 19ème siècle. Ainsi, les communes inscrites autour de La Charité sur Loire couvrent 693 ha en 1788, 1384 ha en 1874 et 1643 ha en 1886; cette extension est liée à la plantation massive de Gamay, qui favorise des rendements importants, mais peu qualitatifs.

Le déclin

A la fin du 19ème siècle, le phylloxéra fait disparaître les vignobles de plusieurs arrondissements dont celui de La Charité.
En réaction, un syndicat de défense des vignerons est créé à La Charité, où des ceps sont replantés. En 1912, 892 ha couvrent de nouveau les coteaux charitois. La première guerre mondiale stoppe cet élan, retarde d’autant la replantation et prolonge le déclin des vignes nivernaises.

Sur le vignoble de La Charité, durant l’entre-deux-guerres, les hybrides remplacent les cépages greffés et accélèrent le déclin de l’activité viticole. Ainsi, le vignoble charitois enregistre une baisse constante entre 1918 et 1939: 445 ha en 1929, 384 ha en 1939. Le choix des hybrides ne pardonne pas lors des difficultés économiques enregistrées au cours des années 1950 dans le monde viticole. En effet, la forte concurrence émanant des vins du Midi sur le marché des vins de consommation courante, adjointe à l’amélioration qualitative des vins commercialisés, provoque la dépréciation gustative des vins issus des hybrides et la baisse inéluctable de leur consommation.
La prime à l’arrachage précipite la disparition d’une partie des vignes. Dans le contexte de l’agriculture productiviste, les vignerons se convertissent à l’élevage ou à la céréaliculture.

Les vignes ont été arrachées durant les années 1960-1970, quand les communes ont été remembrées. À la même époque, nos aïeux, trop âgés, ne pouvant plus subvenir à leur entretien, ont laissé faire la jeune génération, poussée par la recherche de la productivité, pour étendre prairies ou terres labourables. La vigne, grande mangeuse de temps et non rentable, ne peut entrer dans le schéma de l’agriculture moderne. Les vignobles nivernais poursuivent leur inexorable déclin. Ainsi, en 1980, le vignoble charitois, quasiment moribond, couvre 20 ha.
Les épisodes climatiques froids des hivers 1984-85, 1985-86 (–25 à –35°C) marquent l’arrêt de mort de ces vignes.

Le renouveau

Nouveau cépage

Il faut attendre les années 1980-90 pour voir des vignes remplacer les friches. Quatre aires viticoles renaissent dont celle du centre-Ouest dans les environs de La Charité sur Loire.
En janvier 1980, l’Union viticole de La Charité est créée à l’initiative de quelques vignerons bien déterminés dans leur démarche. Ils ont soigneusement conservé un encépagement de qualité sur les coteaux bien exposés et préparé un dossier afin d’accéder à la dénomination en vin de pays de zone.
La reconnaissance parvient par le décret du 22 janvier 1986. Celui-ci délimite une aire de dénomination, circonscrite à La Charité et à cinq communes limitrophes - Chasnay, Nannay, La Celle sur Nièvre, Raveau et Parigny les Vaux - et donne vie aux vins de pays des Coteaux Charitois. Une nouvelle aventure commence. Chardonnay et Pinot noir remplacent le Sauvignon et le Gamay trop productif.

Territoire du vignoble

Le succès, enregistré par les vignerons, attire les investisseurs. Les vignerons de Pouilly sur Loire trouvent dans le vignoble de La Charité des terres en friches, certes, mais à des tarifs défiant toute concurrence. De surcroît, le terroir présente de belles qualités. Serge Dagueneau de Saint Andelain fait arracher des bois et planter des vignes sur les hauteurs de Chasnay. La cave des Hauts de Seyr est créée à son initiative, sous forme d’un groupement foncier agricole (GFA) et capte une centaine de personnes. Les vignerons adhérents vendent directement leur récolte à la cave sans avoir à se préoccuper de la vinification, de l’élevage, de la comptabilité. La maîtrise technique de la vinification, d’abord confiée à S. Dagueneau, permet à la cave des Hauts de Seyr de commercialiser dès 1995 des vins blancs de bonne qualité et des rouges honorables. Ensuite, la cave engage un œnologue.

Actuellement, les domaines présentent des tailles diverses, de quelques ares à plus de 10 ha. Les vins produits sont eux aussi fort disparates en terme de qualité. Parmi les exploitations, le domaine du Puits de Compostelle (cette appellation a été choisie, car un puits se trouve sur le domaine ; au Moyen-âge, ce puits permettait aux pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle de se désaltérer). se détache nettement du lot. Imaginée en 1998 par un œnologue et deux de ses amis, cette exploitation prend vie en 1999. Emmanuel Rouquette achète une parcelle dénommée La Belle Catherine sur la commune de Nannay. Les premières vendanges ont lieu dès 1999. Le vigneron s’installe à Mauvrain sur la commune de La Celle sur Nièvre. En mars 2000, il crée une société civile d’exploitation agricole (SCEA).

L’aire des Coteaux Charitois couvre désormais plus de 40 ha et compte 16 producteurs en plus de la Cave des Hauts de Seyr. Parmi ces exploitations, nous dénombrons 3 GAEC, 2 SCEA et 11 vignerons indépendants. En 2004, les communes de La Charité, Chasnay, Nannay et La Celle sur Nièvre fournissent 90% de la production. Cette dernière est ventilée entre les Chardonnay (48%), les Pinot noir (25%), le Sauvignon (15%) et le Gamay (12%).

La proximité de Pouilly sur Loire et de Sancerre, l’inscription de l’aire de dénomination en vins de pays des Coteaux Charitois dans une région très touristique (La Charité devient patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 1999) dynamisent le vignoble des Coteaux Charitois. Les caves ouvertes par les vignerons à La Charité et dans les communes environnantes donnent à connaître cette aire viticole.

L'offre de vins

Vue du vignoble
  • Les vins rouges sont quant à eux produits essentiellement à partir du Pinot noir en mono cépage. Ils atteignent leur pleine maturité qualitative après un vieillissement de trois à quatre ans.
  • Les vins gris ou rosés sont obtenus à partir de Pinot noir et de Pinot gris. Ils se distinguent par une attaque franche, alliant rondeur, fraîcheur et longueur en bouche.
  • Enfin, les vins mousseux sont élaborés avec la méthode traditionnelle à partir du Pinot noir, du Chardonnay, du Pinot gris et du Pinot blanc selon les assemblages qui varient d'un viticulteur à l'autre.

L'avenir

Questions à Emmanuel Rouquette, président du syndicat des vignerons (décembre 2014)

  • Comment se vendent les Côtes de La Charité ?

Il n'existe pas de cave coopérative et nous ne projetons pas d'en créer une. Les petites structures ont des débouchés locaux. Certains vendent plus loin.

  • La production augmente-t-elle ?

Non, elle stagne. Deux nouveaux hectares ont été plantés ces cinq dernières années.

  • Vos objectifs ?

Accueillir de nouveaux vignerons, mais vu la conjoncture, les volontaires sont rares. Beaucoup de parcelles sont revenues à l'état de friches. Il faudra investir... Pour engager une démarche d'appellation d'origine protégée (AOP), il faudrait qu'on soit plus nombreux.

Sources

  • Revue géographique de l'Est - rge.revues.org
  • Site officiel de la commune lacharitesurloire-tourisme.com
  • Site de la communauté de communes cc-pays-charitois.fr
  • Journal du Centre


--Patrick Raynal 6 décembre 2014 à 17:15 (CET)