Carpentier de Marigny Jacques

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Son acte de baptême
  • Jacques Carpentier (Carpantier) est baptisé le 4 octobre 1615, paroisse Saint Jean à Nevers. Il est le fils de Jean Carpentier, marchand de fer à Nevers selon Gilles Ménage et d’Anne Roux, décédée le 23 mai 1623. La date exacte de sa mort reste inconnue. Nombre de ses biographes indiquent l’année 1670 mais le duc d’Aumale, dans son Histoire des Princes de Condé, écrit dans un premier temps qu’il est mort d’apoplexie en 1670 puis il rectifie cette date par celle de juin 1674 sans pour autant donner de référence. Il est tout à fait vraisemblable que Jacques Carpentier de Marigny ait été frappé d’apoplexie en 1672 et qu’il végéta jusqu’en 1673 ou 1674. Plusieurs lettres renforcent cette thèse : deux lettres écrites à François-Roger de Gaignières le 31 juillet et le 2 août 1671 et une lettre écrite à Roger de Bussy-Rabutin le 4 mars 1672.
    Une question se pose : est-il d’origine noble ou roturière ? De son vivant, ses ennemis lui contestent sa noblesse d’origine. Dans les Menagiana de Gilles Ménage ont lit : « M. de Marigny était de Nevers et fils d’un marchand de fer. Il s’appelait Jacques Carpentier. » Tant du côté paternel que du côté maternel, il appartient à cette bourgeoisie des villes qui s’est enrichie par le commerce et qui a pu, soit par des alliances, soit par des achats, acheter des terres seigneuriales avec droit de moyenne et basse justice, et prend, du fait même de la possession, le nom de ces seigneuries. C’est ainsi que la terre de Marigny, près de Jaugenay, lieu-dit de la commune de Chevenon est passée en tout ou en partie à plusieurs propriétaires qui, tous furent sieurs de Marigny. Il se pourrait que les alliances contractées par la famille des Carpentier les aient apparentées à des familles noble de France ou d’Angleterre. La question est tranchée en sa faveur par le Conseil d’État et il obtient sa « réhabilitation » le 7 mai 1669. Il était peut-être alors plus facile de légaliser que de légitimer.
    En tout état de cause, les Carpentier étaient des gens honorablement connus, qu’ils soient nobles ou non. L’arrière grand-père de Jacques, clerc du diocèse de Beauvais est venu se marier et s’établir à Decize en 1463. Dans différents actes il est qualifié de receveur des deniers communaux de Decize, bourgeois de Decize, procureur fabricien de l’église Saint-Aré de Decize et enfin notaire à Decize. Quant au père de Jacques il est qualifié de marchand en 1612, bourgeois de la ville de Nevers en 1620 et sieur de Marigny en 1623 après le décès de sa femme, Anne Roux, qui lui a apporté la seigneurie de Marigny en héritage.
    L’union avec cette dernière semble avoir été très profitable tant au point de vue matériel qu’au point de vue social. La famille Roux est implantée en Nivernais depuis de nombreuses années puisqu’on la retrouve fixée dans les paroisses de Saint-Parize-le-Châtel et de Magny dès 1460 et fort honorablement connue à Nevers. Le grand-père paternel d’Anne Roux, Erard était procureur à Nevers et Philbert (Philibert) son père, homme habile et très actif et aussi fort soucieux d’augmenter sa fortune par de nombreuses acquisitions successives, receveur du taillon en l’élection de Nevers, puis seigneur de Marigny par son union avec Anthoinette Guillaume, fille de Pierre, marchand à Nevers. La seigneurie de Marigny passe donc par Anne Roux pour entrer dans la famille des Carpentier.
  • L’éducation de Jacques Carpentier fut soignée et, étant le cadet de la famille, il était destiné à l’église. Il fit donc des études latines et grecques qu’il compléta par la connaissance de l’italien et de l’espagnol et, plus tard, par l’allemand et l’anglais. On retrouve peu de renseignements sur lui jusqu’en 1637. On sait seulement qu’il fut en relations avec la princesse Marie de Gonzague, Bussy-Rabutin et Me Adam Billaut. C’est à Bussy-Rabutin qu’il doit son prieuré de Cessy-les-Bois sans que l’on sache à quel moment précis il eu ce bénéfice, peut-être entre 1636 et 1640. Un état des lieux et une estimation des frais nécessaires à la remise en état du prieuré est établi par Me Jean Voullereau le 2 juillet 1651. Cet acte est établi lors de sa nomination en tant que nouveau prieur.
  • On le sait à Mantoue, vraisemblablement en 1636, puis il fait un passage à Rome en 1638. On pense qu’il a quitté Mantoue à la mort du duc Charles de Gonzague, père de sa protectrice, survenue le 21 septembre 1637. Se trouvant désormais sans appui il va chercher fortune à Rome. C’est de ce voyage en Italie que datent ses toutes premières relations avec Jean-François Paul de Gondi devenu le cardinal de Retz. À Rome, Jacques Carpentier rencontre des problèmes relationnels avec un cardinal de la famille des Barberini et doit rentrer en France ; il est à Nevers en 1641.
    De 1642 à 1644 il tente la fortune littéraire à Paris, se lie avec Conrart et Ménage, fréquente Saint-Amant, Saint-Pavin, Scarron, Chevreau, Sarasin tous satiriques et burlesques. La satire lui plaît de manière prononcée, il s’assure de puissants protecteurs mais comprend très vite qu’il n’en vivra pas. Il se tourne de nouveau vers Marie de Gonzague dont il ne cesse de chanter ses louanges afin d’obtenir une place à la Cour ou dans la maison d’un prince ce qui lui permettrait certainement de vivre mieux. Dans l’Elégie à Me Adam parue en 1644 dans l’Approbation du Parnasse il est très flatteur à son égard. C’est sans doute en partie grâce à elle qu’il obtient, au début de 1644, un poste de secrétaire auprès de M. Servien nommé plénipotentiaire pour l’Assemblée de Munster. Suite à quelques démêlés, il quitte ce poste et revient en France.
  • En 1645 Marie de Gonzague épouse Wladislas, roi de Pologne. Jacques Carpentier se rend alors auprès de la reine Christine de Suède mise à la tête des affaires en 1644. Elle côtoie de nombreux gens de lettres, surtout des poètes. Carpentier fut son chambellan mais il nourrit de nouvelles inimitiés et, frondeur, bien que soutenu par la reine, il lui est conseillé de partir.
    Il revient en France fin 1647, début 1648 et c’est à ce moment-là qu’il s’attache à Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de l’archevêque de Paris, hostile au cardinal Mazarin et qui allait fomenter les troubles de la Fronde. Jacques Carpentier de Marigny jouera un rôle important dans la Fronde car, plus que tous les autres satires de l’époque, il en est le chansonnier. À la fin de 1648 et durant toute l’année 1649 il déverse, par ses ballades, ses triolets, ses couplets le ridicule sur Mazarin et ses partisans. Il participe à la Journée des barricades le 27 août 1648 et, le 14 février 1649, il gifle un dénommé Boislève, conseiller au Parlement de Paris « pour avoir parlé de paix ». L’affaire sera jugée mais se terminera sans trop de honte pour l’offenseur qui perdra les bonnes grâces du coadjuteur mais conservera avec lui des relations discrètes. À partir de ce moment, de Marigny se dévoue à Condé tout en continuant ses ballades contre Mazarin.
    En décembre 1649 de Marigny est à Nevers et y reste, semble-t-il un temps, attendant sans doute une occasion de se mettre au service des ennemis de Mazarin. L’occasion arrive sans trop tarder. Condé, mécontent du parlement, de la Cour et de Paris prend la résolution de soulever la Guyenne et traite avec l’Espagne. Avant son départ en septembre 1651 il laisse en Berry une partie de sa famille dont son frère, le prince de Conti qu’il met à la tête des affaires de la Guyenne tout en étant aidé par un conseil composé de membres qui lui sont dévoués. De Marigny devient sans doute à ce moment-là le pensionnaire du prince de Conti. En tout cas il le suit à Bordeaux vers la fin de l’année 1651 et il y restera jusqu’au 16 juin 1652. Bien qu’éloigné de Paris il se tient informé de la Fronde parisienne.
    À Bordeaux, de Marigny connaît toutes les opérations de Condé en Guyenne, des plus brillantes jusqu’aux revers, vit au milieu des membres du conseil, côtoie de près toutes les intrigues de la Cour bordelaise et les divisions politiques qui agitent la ville. Une querelle avec Sarasin, secrétaire des commandements du prince et protégé de Mme de Longueville, l’oblige à quitter la place et à regagner Paris. Il est accusé d’imposture sans que l’on sache vraiment de quelle imposture il s’agit, mais on sait que le prince de Conti et Mme de Longueville sont au cœur de la querelle.
    De juin 1652 à début 1653 de Marigny reprend de plus belle le rôle satirique joué en 1649 contre Mazarin durant la première Fronde. Il cultive secrètement l’ambition d’être l’historien de la Fronde. Il entretient une correspondance avec Lenet, homme d’affaires de Condé, ancien conseiller au Parlement de Dijon puis conseiller d’État, lui demandant de conserver cette correspondance aux fins de servir ses écrits futurs.
  • En août, septembre et octobre 1652, la cause de Condé et des Frondeurs perd du terrain. L’alliance avec l’Espagne, les désordres de l’Hôtel de Ville, les impositions, les deux Parlements, l’un à Pontoise, l’autre à Paris, la famine, amènent une lassitude générale et un besoin de la paix. Après négociations, l’amnistie proposée par le Roi le 26 août sur les conseils de Mazarin, aboutit à un enregistrement solennel le 21 octobre 1652. Condé qui n’accepte pas cette amnistie s’éloigne de Paris avec le duc de Lorraine tout en gardant ses propres régiments et les officiers qui lui sont dévoués. De Marigny échappe de peu à une arrestation. La guerre de la Fronde terminée, l’irréductible Condé retiré en Flandres guerroie avec l’Espagne contre la France de 1653 à 1659. Son dévoué de Marigny le suit, gagne Bruxelles, et reprend son métier de voyageur, consacrant son temps libre à l’éducation littéraire du duc d’Anguien.
  • Le 2 octobre 1654 il vend sa terre de Marigny en la paroisse de Jaugenay et deux chevaux de service. Il est fort probable que les revenus du prieuré de Cessy, qu’il possède encore en 1663 et 1670, ne lui soient plus payés régulièrement. En 1663, il est appelé messire Jacques Carpentier de Marigny, conseiller du roi en ses conseils, seigneur prieur spirituel de Cessy, Saint-Malo, Coches et Vieilmanay. Pendant son séjour en Flandres il fait la connaissance de gentilshommes portant le même nom que lui, des Carpentier d’Huntington. Il se fait reconnaître pour être de leur famille et obtient, grâce à eux de Charles II le titre de baronet. Ce titre lui servira à préparer sa réhabilitation dès son retour en France.
  • Il continue à jouer un rôle politique, poursuit Mazarin de ses sarcasmes et de sa haine. De son côté, Mazarin ne le perd pas de vue et par tous les moyens possibles, en 1656, 1657, 1658 et 1659 il le dénonce comme un agent du prince de Condé et un ennemi du Roi. De toute évidence de Marigny remplit plusieurs missions secrètes.
Le 3 novembre 1654 il est à Rome pour négocier le rapprochement du cardinal de Retz avec M. le Prince,
En juillet 1655 il passe en Angleterre malgré l’interdiction de Condé, qui finit par consentir de lui donner un passeport. Il y est encore en août et en octobre,
En 1656 il est en Italie,
En 1657, après la mort de l’Empereur Ferdinand, s’ouvre à Francfort la Diète pour l’élection du successeur. De Marigny y est envoyé et y reste au moins jusqu’en juillet 1658.
  • Il travaille à la fois pour le Prince de Condé et pour lui-même car, pour lui, l’homme de lettres et le pamphlétaire ne sont pas dissociables de l’agent secret. La période qui s’étend de 1654 à 1658 est la plus active et la plus littéraire de sa vie. Un ouvrage qui lui est attribué, intitulé Traicté politique composé par William Allen, Anglois, et traduit nouvellement en françois, où il est prouvé par l’exemple de Moyse et par d’autres, tirés hors de l’escriture, que Tuer un tyran, titulo vel exercitio, n’est pas un meurtre paraît en 1658. Mazarin voit rouge et veut se saisir à tout prix de de Marigny pour le faire emprisonner.
    Il rentre en France sans doute au traité des Pyrénées le 7 novembre 1659, lorsque son maître le Prince de Condé est reçu en grâce et rétabli dans ses principales charges. Ensuite, il se retire auprès du cardinal de Retz qui n’a plus aucun rôle politique et qui a dû renoncer à l’archevêché de Paris.
    La dernière période de sa vie (1661-1673) le montre assagi au point de vue politique. Il se rapproche de la Cour et s’emploie à gagner les bonnes grâces du Roi et ainsi obtenir l’enregistrement de ses lettres de noblesse. Ce fut la grande ambition de sa vie même si, semble t-il, il a aussi nourri l’espoir de devenir le cardinal.
    À partir de 1661, l’homme change du tout au tout. Autant il s’est acharné contre Mazarin, autant il devient, à l’égard du Roi et de la Cour, un courtisan empressé. De 1661 à 1665 il est mêlé à tous les événements de la Cour et y prend intérêt. Il est devenu prudent et évite de s’attirer de méchantes affaires.
    C’est en 1663 que Jacques Carpentier de Marigny fait des démarches pour l’enregistrement de ses lettres de noblesse.

Source : Gallica. Mémoire de la Société Académique du Nivernais, 1920. Biographie par Marius Gérin.
Cahiers du Val de Bargis.

Martine NOËL (discussion) 9 janvier 2019 à 18:41 (CET)