La vente et le transport

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Le commerce du bois

  • Il ne suffit pas d'avoir des exploitations ou de faire des achats. Il faut encore amener ces bois jusqu'à Nevers. Le flottage, très répandu sur le versant de l'Yonne, est quelquefois pratiqué sur le versant de la Loire. Le 3 juin 1676, le couvent de la Fermeté sur l'Ixeure permet à un marchand de bois de St Christophe d'Azy, qui fait des coupes dans la forêt de Billy, de faire flotter tous ses bois sur la rivière d'Ixeure pendant toute la durée de ses entreprises, c'est-à-dire pendant 7 ans. Le flottage sera toléré toute l'année, sauf du mois d'avril au mois de juillet, à cause de l'herbe qui est dans les prés. Toutefois, quand il y aura de l'eau en abondance, le marchand continuera son travail, à condition de fournir au couvent et à ses métayers autant de foin que ses hommes en auront gâté. Il devra tenir en bon état les écluses et empalements des moulins et forges, qui dépendent du prieuré, tenir nets après chaque flotte les fossés et les biefs. Le couvent l'autorise à aménager un certain nombre de barrages nécessaires à son flottage, mais à condition de rétablir ensuite les lieux comme ils étaient auparavant. Il devra réparer les haies et bouchures que ses gens auront défaites au passage. Il indemnisera les meuniers et forgerons toutes les fois qu'il leur imposera du chômage et versera aux religieux une redevance fixe de 100 liards par an. Les procès, en cas de conflits, seront portés devant le bailli de la Fermeté ou le lieutenant général du bailliage de Nivernais, à l'exclusion de toute autre justice. Le flottage est donc pratiqué dans les vallées qui aboutissent à Imphy. Les marchands de Nevers en profitent à l'occasion.
  • A plus forte raison y a-t-il dans la région de Cercy et Decize, sur l'Aron et ses affluents, cours d'eau plus importants que l'Ixeure, le 25 janvier 1666, Jacques Marandat, marchand de bois à Nevers, conclut un accord analogue avec Jean Bazel, mousnier des moulins de Fougère, paroisse de Champvert. Bazel s'engage à ouvrir les pelles et barrages de ses moulins pour laisser passer les bois et même les toues, que Marandat lancera sur l'Aron. Le marchand de bois paiera 36 liards par an pendant les 4 années de son exploitation à partir du 1er mars prochain. Il donnera aussi mais pour cette fois seulement 4 barres de fer à prendre dans la forge de Briffault. Si le flottage occasionne des dégâts aux écluses des moulins, les réparations se feront à frais communs.
  • Ce flottage du versant de Loire rencontre beaucoup plus de difficultés que celui de l'Yonne, car il traverse un pays industriel, couvert non seulement de moulins, mais de forges et fourneaux. Il doit payer de véritables droits de péage et même se heurte à l'hostilité irréductible de certains maîtres de forges. Pour gagner la Loire et les principaux points d'embarquement, les marchands sont presque toujours obligés de recourir à des voituriers par terre.
  • Ce charroi à travers bois présente les mêmes difficultés que dans le commerce des fers. Les marchands s'efforcent de l'organiser de la même manière, c'est-à-dire à leur avantage. Ceux qui possèdent des terres s'entendent avec leurs propres paysans. Le 29 mai 166, François Callot et Claude Gaignat le jeune, prennent à leur service un certain Jacquemin et l'installent dans un domaine de Chevenon qu'ils tiennent d'accense. Ils lui fournissent 4 vaches et une cavale avec le fourrage et les semences. Jacquemin cultivera les terres du domaine et conduira avec 2 harnais de bœufs les bois, que les deux marchands ont coupés dans la forêt de Chevenon. Il recevra 9 liards par quinzaines. Il est donc à la fois métayer et voiturier.
  • D’ordinaire, les marchands de bois traitent avec des paysans étrangers, qu'ils essaient de lier à leur service, en leur faisant des avances de matériel et d'argent, que les voituriers restituent avec peine. Le 8 mai 1740, Jean Dubrout conclut un marché de voiture avec un vigneron de Béard, Sébastien Vernois. Celui-ci s'engage à conduire sur les ports d'Uxeloup et de Chevenon pendant 18 mois à dater de ce jour, les bois de moule et le charnier, que Dubrout fait préparer sur le territoire des paroisses d'Uxeloup, Chevenon et St Parize le Châtel. Le charnier sera payé 13 liards le cent et le bois de moule de 3 liards à 4 liards 10 sols le millier, suivant les distances. Le marchand de bois fournit au paysan une charrette et 3 chevaux avec les harnais, le tout estimé 440 liards. Vernois remboursera en 18 mois. Il ne pourra vendre ni engager la charrette et les chevaux sous aucun prétexte sans le consentement de Dubront, qui lui permet cependant de labourer et d'ensemencer ses terres avec ces attelages, et lui laisse un mois dans l'année pour faire ses labourages et ses emblavures. Le 16 janvier 1748, le même marchand s'entend avec un voiturier par terre de la paroisse de Feuilloux, François Millien, qui mènera sur le port d'Avril en lieu convenable à charger en bateau, 40 milliers de bois de moule à raison de 3 liards 5 sols le millier. Dubrout prête 70 liards au voiturier, qui emploiera cette somme à compléter ses attelages, et comme garantie engage tous ses biens, spécialement ses bœufs. Le contrat est exclusif. Millien s'oblige à ne pas travailler pour d'autres que Dubrout. Ces marchands retiennent à chaque quinzaine les avances qu'ils ont faites. C'est la même comptabilité qu'avec les marchands de fer, et les même ennuis pour les paysans. A la fin du siècle, le marchand de bois Charles Fayot embauche dans des conditions analogues divers habitants des environs de Nevers. Par exemple, en 1784, un paysan de Nevy le Barrois, Nicolas Gaumier, qui conduit sur le port d'Apremont diverses catégories de bois pour le compte de Fayot, reçoit de fortes avances d'argent.
  • Les véritables voituriers de Nevers ou des environs sont plus dépendants. Avec eux, les conditions sont plus simples. Le 22 avril 1680, 2 charretiers de Nevers, Jean Toutin et François Roussel, se mettent au service de Jean Pichenel. Ils iront chercher sur le territoire de Sauvigny les Chanoines 60 milliers de bois de moule que le marchand a fait couper et les conduiront sur le port de Thiol. Les charrois se poursuivront à partir du 1er juin tant que les chemins seront praticables. Les voituriers recevront 40 sols seulement du millier, mais Pichenet leur fournira le vin et leur donnera des abris pour eux et leurs chevaux.
  • Ensuite, les diverses catégories de bois sont acheminées par eau jusqu'à Nevers. C'est donc sur le port que se fait la répartition ou la vente. C'est là que se tiennent les marchés. Des montagnes de bois de moule encombrent souvent les quais et provoquent l'intervention des officiers de police. Les magistrats s'efforcent aussi d'empêcher les vols ou diverses pratiques malhonnêtes. En 1746, des plaintes nombreuses signalent certains abus, monopoles et malversations. Des individus peu recommandables et qui vivent d'expédients se tiennent en permanence sur le port. Quand les particuliers veulent emmener leurs achats, ces individus s'immiscent de vouloir charger de force les bois, et se paient en emportant quelques bûches des plus grosses, qu'ils revendent ensuite. Une ordonnance du 13 octobre interdit ce trafic. Les marchands et charretiers seront tenus de faire eux-m^mes les livraisons et d'assurer le chargement. Des abus analogues se produisent même pendant le transport. Les garçons voituriers par terre et par eau prélèvent aussi des bûches et finissent par être marchands de bois. Une ordonnance du 17 novembre les menace de 10 liards d'amende et de 24 heures de prison.
  • A plus forte raison faut-il surveiller les accumulations de bois, qui s'entassent sur les quais. De jour et surtout de nuit, les voleurs viennent soustraire des bûches ou tout au moins enlever l'écorce, qu'ils vendent aux tanneurs. Une ordonnance, promulguée le 6 septembre 1787 à la requête des manufacturiers de faïence, fait très expresses inhibitions à toutes personnes d'écorcer le bois des manufacturiers et tout autre bois déposé sur les ports de la ville, d'en lever des éclats et d'en casser ou enlever des bûches sous peine de 100 liards d'amende et même de prison. Le 13 septembre de la même année, toujours à la requête des faïenciers, pour assurer l'application de cette ordonnance, les magistrats décident de nommer un gardien des quais. Ils choisissent un cavalier du Royal Piémont, qui porter pique ou hallebarde avec une bandoulière sur laquelle sera le sceau de la police de Nevers.
  • La police doit intervenir aussi dans la vente et protéger les acheteurs contre les filouteries des marchands. A certaines dates, elle taxe les prix du bois de chauffage et s'efforce de remplacer la vente au millier et à la coche par la vente à la corde. Aux 17e et 18e siècles, les magistrats combattent l’augmentation continue des prix et s'efforcent de contraindre les marchands à l'abandon de certaines mesures locales trop incommodes ou périmées.
  • L'ordonnance royale de 1669 recommandait de vendre le bois à brûler en cordes de 8 pieds de couche et 4 pieds de hauteur, les bûches ayant 3 pieds et demi de longueur. Cependant les négociants de Nevers s'obstinaient à le vendre au millier, à raison du nombre de coches dont chaque bûche doit être marquée suivant sa grosseur, les petites ne portant qu'une coche, les grosses trois et celles qui sont de moyenne grosseur deux. Le procédé était arbitraire, les marchands ayant intérêt à considérer tout leur bois comme étant composé de grosses bûches et à le marquer de trois coches. En 1742, les officiers de police essaient de mettre fin à cet abus. Ils ordonnent de vendre le bois à la corde. Pour établir des prix équitables et savoir exactement dans quelle proportion les mesures nouvelles correspondent aux anciennes, ils décident qu'il y aura expérience ou essai. Une ordonnance du 6 décembre 1742, désigne comme experts les sieurs Simonin, assesseur au bailliage, et Jaubert, premier échevin, qui procèdent à la vérification sur le port, en présence des marchands de bois de la ville. Afin de rendre l'expérience plus rationnelle et plus équitable, ils distinguent deux catégories d'arbres, bois blancs, bois durs, et deux catégories de cordes, l'une avec des bûches de 4 pieds et demi de longueur comme avec le bois de coche, et l'autre avec des bûches de 3 pieds et demi conformément à l'ordonnance. L’ordonnance du 20 décembre 1742, qui homologue ces résultats, interdit aux marchands de vendre leur bois plus cher sous peine de 10 liards d'amende.
  • Mais cette ordonnance est mal appliquée. En 1770, de nouvelles mesures sont nécessaires. Les négociants ne vendant que du bois de coche. Depuis quelque temps, dit alors le procureur du baillage, cet usage a donné lieu à un abus très préjudiciable au public, en ce que les bûches qui ne devraient être par leur grosseur que d'une coche, sont actuellement marquées de trois, ce qui occasionne une perte très considérable pour l'habitant, qui au lie de 3 milliers de bois qu'il croit acheter, n'en a réellement qu'un effectif. Le procureur demande des sanctions sévères. Il voudrait que dans un mois au plus il fût interdit de vendre sur les ports de Nevers aucun bois à brûler de quelque espèce que ce fût, sinon à la corde ou à la demi-corde, sous peine de confiscation des marchandises qui seront vendues autrement et de 500 liards d'amende contre les délinquants. De même il faudrait ordonner que dans deux ans les marchands ne puissent avoir dans leurs chantiers que des bûches sciées conformément à l'ordonnance de 1669, c'est-à-dire dont les plus petites auront au moins 5 pouces de grosseur par le petit bout sous les mêmes peines que dessus. Le procureur demande enfin que dans tous les chantiers les nouvelles mesures soient à la disposition du public.
  • Une ordonnance du 15 mars 1770 décide que les marchands de bois ne vendront désormais qu'à la corde ou à la demi-corde, sauf bien entendu les fagots, bois de souche et de recépage, sous peine de confiscation et de 50 liards d'amende pour le premier délit, avec interdiction d'exercer le métier en cas de récidive. Ils devront avoir dans leurs chantiers avant trois semaines sur le modèle de celles que l'on emploie à Paris. Ces mesures seront vérifiées et marquées en présence du procureur général du bailliage par le juré étalonneur, qui exigera un droit de 12 sols. Les particuliers qui achèteront du bois auront le droit de venir dans les chantiers prendre les mesures en question et composer eux-mêmes leurs cordes, sans que les marchands puissent s'y opposer, sous peine encore de 50 liards d'amende. Le 26 avril, toujours à la requête du procureur, une autre ordonnance après un nouvel essai de bois taxe à 18 liards jusqu'à la Toussaint prochaine la corde de 4 pieds et demi.
  • Aussitôt, les marchands de bois décident de faire grève et ferment leurs chantiers. Dans une requête adressée aux pouvoirs publics, ils prétendent que le nouveau tarif les oblige à vendre à perte. Ils font entendre toutes sortes de lamentations au sujet de leur négoce, exposé à divers accidents, crues de la Loire, banqueroutes et mauvais crédits, vols sur les quais.
  • Les marchands de Nevers ont sur place des clients nombreux. D'abord ils fournissent aux particuliers le bois à brûler. A cette époque, l'usage du bois est absolument général. De même les hospices mettent tous les ans en adjudication la livraison d'une certaine quantité de bois de chauffage. Le 16 août 1744, il est question de 80 milliers de bois de moule et de 7 milliers de bon bois. Jean Dubront est adjudicataire au prix de 11 liards 14 sols 6 deniers le millier, pour l'ensemble de la fourniture et les deux catégories de bois, l'une portant l'autre. Il faut encore alimenter les boulangers et surtout certaines industries, qui dévorent tous les ans des milliers de cordes de bois : verreries et faïenceries. Le bois de moule est le principal article de ce commerce nivernais, mais les marchands traitent aussi avec les différents ouvrier du bois.
  • Leur action s'étend aux 17s et 18e siècles bien au delà des marchés de Nevers. De même que leurs collègues de Clamecy et de la vallée de l'Yonne, ils vont jusqu'à Paris. Certains semblent se spécialiser dans ce genre de commerce et s'intitulent marchands pour la provision de Paris. Ils expédient de grandes quantités de bois de mole. Toutes les villes de la Loire, Orléans, Blois, Châteauneuf ou Meung sont également tributaires du Nivernais et du Morvan. Si elles trouvent le bois de moule, qui leur est nécessaire, dans les grandes forêts qui les séparent de la Beauce, elles manquent souvent de bois de fente ou de bois de sciage et doivent négocier avec les marchands de Nevers à des prix assez élevés.
- Le 16 avril 1676, Claude Gaignat et Claude Godin vendent à des voituriers d'Orléans 4 milliers de traversin ordinaire à raison de 60 liards le millier, et 4 cents de charnier, moitié futaie moitié taillis, à raison de 40 liards pour chacun cent l'un portant l'autre.
- Le 29 décembre 1686, Louis Millien promet à un marchands d'Orléans 2 000 javelles de charnier livrables sur le port d'Uxeloup à 44 liards le cent.
- Le 10 août 1681, Gervais Andrinet expédie à Orléans 200 paquets d'hestelles, bonnes, recevables, assorties depuis 3 pieds moins 2 pouces jusqu'à 3 pieds et demi à 20 sols le paquet.
- Le 6 juin 1684, Jean Rastu et Charles Durin, marchands associés à Nevers, s'engagent envers un voiturier de Meung à livrer sur le port de Thiol tous les cercles qu'ils feront façonner dans un bois sis en la paroisse de Sauvigny les Chanoines, à raison de 12 liards le millier.
  • Tous ces prix sont avantageux et donnent au commerce nivernais de sérieux bénéfices.
    Il y a même expédition de bois de marine à Nantes. Il s'agit d'ordinaire de grosses pièces destinées à faire des mâts ou des membrures de navires, et qui vont aux chantiers de Nantes ou d'Indret. Les envois restent considérables jusqu'à le fin de l'ancien régime. En janvier 1789 partent du Veurdre 821 pièces de bois cubant 12 937 pieds.


  • Dans le transport des bois à Nevers ou dans les villes du dehors, les voituriers par eau jouent un rôle prépondérant. Sur la Loire et l'Allier, le bois de moule est chargé en bateaux ainsi que les menus bois de sciage. Les pièces de bois plus volumineuses sont conduites en trains flottants. Les bateliers embauchés par les marchands doivent écizeler le bois, le mettre en éciseaux ou éclusées, c'est-à-dire en trains. Ils jettent eux-mêmes à l'eau les pièces les moins lourdes; ils tirent avec des chevaux les pièces les plus pesantes. L'ensemble est solidement attaché avec des roittes et des liens. Quand le parcours est un peu long, comme le bois pourrait s'imprégner d'eau et couler à fond, les bateliers appuient l'ensemble sur des tonneaux ou même sur des toues. Ils s'installent sur le train avec leurs provisions de route et même chargent des marchandises sur leurs radeaux.
  • Tantôt il s'agit seulement de conduire les bois à Nevers. Le 23 avril 1734, un marché de ce genre est conclu entre un voiturier de Nevers, Jean Charité, et le négociant Pierre Seguin. Jean Charité prendra dans ses bateaux sur le port d'Avril 200 milliers de bois de moule, qu'ils déposera au guichet de Loire, moyennant 40 sols du milliers. Tantôt les parcours sont plus considérables et les prix plus élevés. Le 16 juin 1727, un autre marchand de Nevers, Jean Bouguin, s'entend avec un voiturier du Bec d'Allier. Jean Dareau, qui embarquera dans trois bateaux sur le port de Fleury des charniers, traversins et cercles à destination d'Orléans. Le marinier recevra 6 liards par millier de cercles et 26 liards par cent de charnier ou par millier de traversin.
  • Les bateliers concluent aussi des marchés d'écizelage. Le 2 avril 1669, le voiturier Charles Lhermitte s'engage envers un marchand de Nevers, Jacques Coquille, à prendre des bois de sciage à Mornay, le port étant lieu écizelable. Lhermitte organisera à ses frais les éclusées à raison de 14 ou 15 cents de planches, sur 13 toises et demi de longueur et 13 pieds de large. Il débarquera à Paris au port de la Tournelle ou au port au plâtre. C'est là d'ordinaire que s'arrêtent les équipages nivernais. Lhermitte touchera 150 liards par éclusée. Le 24 mars 1688, un marché analogue est conclu entre 2 autres nivernais, le marchand François Callot et le voiturier Jean Morin. Ce dernier doit éciseler 8 éclusées sur les ports d'Uxeloup, d'Imphy, de Thiol et des Pâtureaux. Il conduira le bois à Paris et à Sèvres, 'port de Versailles', à raison de 140 liards l'éclusée. Il sera payé par tiers, d'abord à Nevers, puis à Montargis et enfin à l'arrivée. Morin devra tenir planche à Paris et à Sèvres aussi longtemps qu'il faudra pour tirer à terre tous les bois. Il se nourrira à ses frais. Il fournira une toue, les valets et les outils nécessaires à la manœuvre. Conformément à la coutume, il paiera tous les droits de péage à l'exclusion des droits du canal de Briare qui seront à la charge de Callot. Sur Nantes, les bois de marine ont du moins l'avantage de passer partout en franchise, ce qui facilite le charroi. Aux 17e et 18e siècles, certains voituriers par eau se spécialisent en quelque sorte dans ce genre de transport, s'initient à tous les secrets du commerce des bois et deviennent marchands à leur tour.


  • Mais tous ce trafic n'est pas accaparé par les marchands. Certains habitants se passent de leur intermédiaire et négocient eux-mêmes leurs achats. Faïenciers, verriers, boulangers s'entendent avec les propriétaires, achètent le bois coupé ou même font des coupes de bois, comme ce boulanger Pierre Jaillard, qui achète une coupe à Montigny aux Amognes le 8 août 1673. Les gens de métier se procurent aussi en dehors des marchands les bois ouvrés ou à mettre en œuvre. Des charrons achètent eux-mêmes le bois nécessaire à la fabrication de leurs roues. Le 26 août 1687, un seigneur de Beaumont la Ferrière promet de livrer sur le port du guichet de Loire à André Teste, François Levêque, Jean et Thomas Perrot, tous charrons à Nevers et qui font leurs achats en commun, toutes et une chacune les chantres qu'il pourra faire faire en l'espace d'une année à raison de 18 liards par chacun cent garni et outre ce une paire de moyeux aussi par chacun cent, les dites chantres de la longueur de 2 pieds et demi 3 pouces, de 6 pouces de large et 4 pouces d'épaisseur, le tout bon et recevable et de bon bois'.
  • Certains tonneliers ne procèdent pas autrement. Le 29 juillet 1665, Claude Bourdillon achète à Jacques Legard, charbonnier et cerclier à Frasnay les Chanoines, 2 milliers de cercles de poinçons à raison de 10 liards le millier. Le 25 octobre 1675, le tonnelier Joachim Chapus conclut un marché analogue avec Robert Girard, fendeur de bois à Chevannes. Le fendeur s'engage à livrer dans le jour de Carnaval prochain un millier de bois façonné, propre à faire poinçons. Il comptera par millier 24 cents. Ils livrera le bois dans la boutique de Chapus, et s'il prépare une plus grande quantité de doilles et de fonds, il donnera ce supplément au tonnelier sans pouvoir le livrer à d'autres.


  • Certains artisans de Nevers n'hésitent pas à négocier en pays lointain par exemple en Auvergne. Le souffletier Jean Miette achète lui-même ses planches de sapin. D'après un marché du 23 septembre 1702, il doit recevoir d'Auvergne dans un délai de 2 mois sur le port de Nevers 6 douzaines de planches de sapin de 2 pouces et une ligne d'épaisseur sur 12, 10 ou 9 pieds de longueur, 15 pouces, 13 pouces ou 1 pied de largeur, le prix moyen étant de 15 liards la douzaine. Tous ces artisans font des marchés plus avantageux que s'ils prenaient leurs bois sur les quais.
  • De toutes les villes étrangères, surtout des villes de la Loire, arrivent aussi des marchands qui font leurs achats sans recourir davantage à l'intermédiaire des négociants de Nevers. La plupart de ceux qui s'occupent de l’approvisionnement de Paris sont des Parisiens et non pas des Nivernais. En somme, les marchands de bois de Nevers sont loin de jouer dans l'histoire économique locale et à plus forte raison dans l'histoire générale le rôle considérable des marchands de fer, dont ils n'ont pas non plus la richesse et l'opulence. Il semble aussi qu'au 18e siècle, l'importance de Nevers décline au profit de Decize et surtout des régions morvandelles du versant de la Seine.