La papeterie de Sembrèves au 18ème siècle

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Aubin Belin, meunier ci-devant papetier, décède à Oisy le 30 septembre 1699, de mort subite, âgé seulement de soixante-trois ans. La famille Belin a d'excellentes relations avec les seigneurs propriétaires de la papeterie. Les Gentil, à diverses reprises consentent à être parrains ou marraines des enfants et petits-enfants d'Aubin Belin et de Jeanne Pizy[not 1]. Jean Belin, maître papetier, époux d'Étiennette Boutheron décède à Sembrèves le 16 janvier 1715, muni de tous les sacrements et est inhumé le lendemain en présence de sa femme et de ses enfants. Sa veuve, toujours vivante en 1730, cède aux deux survivants de ses nombreux enfants, Jean Belin, papetier, demeurant à Beaugy, paroisse de Clamecy, et Claire, sa fille qui habite avec elle la cour des Graillots à Moulot, la maison où elles font leur résidence[not 2]. Le 25 juillet 1719, un bail à ferme est consenti pour neuf ans par devant Pourcher et Renard, notaires à Clamecy par Pierre Boulé écuyer, époux de Marie de Gentil, seigneur par son mariage du Boulay, Sembrèves et autres lieux demeurant ordinairement au Boulay, paroisse de Druyes[not 3], à Jacques Lécuyer et Barthélémy, papetiers demeurant à Lazenay-en-Berry, d'un corps de logis à Sembrèves où se trouve une papeterie, laquelle est décrite à l'accoutumée, avec jardin et petit verger, grange et le demi-arpent de terre y attenant et le pré qui s'étend derrière la papeterie. Le prix de l'accense est alors de 200 livres. Le 29 novembre 1719, procès-verbal est dressé contre Jacques Lécuyer, papetier, - il n'est plus question de Barthélemy - au moulin à papier de Sembrèves « sur ce qu'il faisait et façonnait journellement du papier en sa fabrique, sans en avoir préalablement fait la déclaration » par les commis des aides de l'élection de Clamecy, Dominique Bongard et Claude Duples[1]

Au hasard des recherches, on peut suivre l'exploitation de la manufacture par Jacques Lécuyer. En 1725, 1726, 1729, 1732 Pierre Boulé, seigneur de Sembrèves lui renouvelle par devant les notaires clamecycois Pourcher, Millelot ou Massé, le bail de la papeterie. Celle-ci a besoin de fréquentes réparations, elle est si vétuste. En 1732, la maître charpentier, Jean Lenoir, habitant d'Étais (Yonne) consent à effectuer des travaux aux roues et mécanismes du moulin de la papeterie de Sembrèves. Les dossiers Sonnié-Moret, conservés à Clamecy, le registre du Contrôle des actes de cette ville gardent le souvenir trop peu explicite d'un brevet d'apprentissage passé devant Béthenon, notaire à Clamecy entre Jacques Lécuyer, maître papetier à Sembrèves et Jean Béthenon, marchand au faubourg de Bethléem de Clamecy en faveur d'Edme, fils de ce dernier. Nous ne connaissons aucune des conditions de ce marché passé le 28 décembre 1733, ni sa durée, ni son prix. Toutefois, les registres du Contrôle des actes nous sont particulièrement précieux, car ils nous permettent de connaître sinon la quantité de papier fabriqué à Sembrèves et c'est bien regrettable, mais la région où il s'expédiait en grande partie. Plusieurs lettres de voiture contrôlées à Clamecy nous indiquent que le moulin de Sembrèves avait à Orléans un client fidèle en la personne du sieur Boitel. Le 7 juin 1729, Jacques Lécuyer envoie au marchand d'Orléans, plusieurs balles de papier. Ni la quantité de papier, ni le nom du convoyeur ne sont mentionnés. Le 29 novembre 1733, envoi au sieur Boitel d'Orléans sous la conduite de Pierre Roger, seize ballots de papier contenant deux cent une rames. C'est le notaire Berryat qui a dressé l'acte. Le 25 août 1734, suivant la minute du notaire Massé, Pierre Roger, conduit une quantité de papier non indiquée au sieur Boitel. Le 12 juin 1735, c'est le voiturier Boiseau qui effectue le transport à Orléans ; en septembre, de la même année, autre envoi sous la conduite du voiturier Roger de La Martinière ; en mai 1736, c'est Jean Gavard qui fait le voyage, mais le 22 novembre de la même année, Jean Renard, voiturier, emmène « cent cinquante livres pesant de papier à Orléans ». Cependant que, l'année suivante, la lettre de voiture datée du 13 novembre 1737 et contrôlée le même jour, nous enseigne qu'Arnoud, voiturier, emporte au marchand d'Orléans dix-neuf petits ballots de papier blanc et gris[not 4]

Parmi les minutes des notaires clamecycois, nous rencontrons fréquemment des procès-verbaux constatant la négligence des maîtres papetiers et de leur propriétaire à entretenir en état les rives du Sauzay. Ils sont dûment avertis qu'il leur incombe de veiller au cours d'eau, de lever les pelles pour laisser passer les flots de bois, mais tout comme leurs voisins meuniers à blé ou à foulon, nos papetiers négligent cette obligation.

Qui succéda immédiatement à Jacques Lécuyer et à quelle date ? On l'ignore actuellement. Il meurt à Clamecy, toujours qualifié de papetier, à l'âge de soixante-cinq ans et il est inhumé dans le nouveau cimetière en présence de Jeanne Sallion, sa femme et de Jeanne Lécuyer, sa fille, le 15 juin 1742. Dès le 5 juillet 1742, la veuve s'adressant au notaire Tapin, le prie de dresser l'inventaire des biens de leur communauté. Le ménage avait cinq enfants et leur curateur Henri Billaut est présent. La famille Lécuyer résidait au faubourg de Beuvron et exploitait un petit commerce où les chalands pouvaient se procurer lacets, épingles, rubans, fils, fromage, poteries, chapelets... Dans la boutique on trouva une rame et demie de papier estimée 50 sols, ce qui n'étonne pas dans un commerce de ce genre, mais aussi deux milliers de mauvais linge ou guenillons propres à faire du papier, estimés 5 francs la livre. Plus, dans la chambre du haut, un outillage très rudimentaire de papetier : trois paquets de formes, c'est-à-dire de châssis pour faire le papier à la main, évalués 50 livres et une grosse et demie de « toilettes pour faire du papier » valant 11 livres ; sans doute, le papetier - dont la situation est modeste : l'actif s'élève à 561 livres. Fabriquait-il lui-même le papier qu'il vendait ?

En feuilletant les livres de catholicité de la paroisse d'Oisy - ceux de 1716 à 1737 manquent - nous remarquons le nom d'un maître papetier de Sembrèves. Le 29 juillet 1740, est baptisé Jean, fils de Claude Lidois, pauvre journalier, et d'Anne Bonnotte, habitant cette paroisse depuis quelques jours. La marraine est Jeanne Léquier, fille de Jacques Léquier, papetier, son compère est Jean Girault, facteur de trains. Le 22 août 1740, Pierre Léquier, fils du papetier, tient sur les fonts baptismaux, en compagnie de la fille du meunier de Sembrèves, Anne Canniat, Symphorien, fils d'Agathe Beaufils, originaire de Moulot, paroisse de Clamecy. Ces Léquier sont pitoyables et toujours prêts à secourir les malheureux.

On ne voit désormais le nom d'un maître papetier qu'en 1751. Les archives de la Société de Clamecy, gardent le souvenir d'un acte passé devant les notaires Boucheron et Massé, par lequel le curé d'Oisy, afferme son dîme de grain de Paroy moyennant 370 livres tournois, 25 faix de paille, une quarte de pois et une quarte de lentilles à Edme Béthenon, maître papetier à la papeterie de Sembrèves et à Jacques Chappe, meunier du moulin du même lieu. Ni l'un ni l'autre ne savent signer. Edme Béthenon est l'apprenti de Jacques Lécuyer.

En 1753, le vingt-septième jour de mai, en l'église d'Oisy, on baptise Nicolas Béthenon, fils d'Edme, papetier, et de Marie Guérard ou Guéron, « mariés ensemble » et habitant cette paroisse. Le parrain de l'enfant est messire Nicolas de Villenaut, écuyer, seigneur du Colombier, de la paroisse d'Étais, et la marraine Catherine de La Bussière, fille de Nicolas, seigneur de Sembrèves, y demeurant. Le 10 août 1754, Edme Béthenon a un fils, François, qui décède le 24 novembre 1757 ; le père avait précédé l'enfant dans la tombe. L'inhumation de l'enfant se fit dans l'église. Y assistaient Claude Guai ou Leguay, papetier, François Siméon, bourgeois, et autres parents et amis. Le 12 janvier 1758, Claude Léguai, garçon papetier et Jeanne Bige tiennent sur les fonts baptismaux, Jeanne, fille de Jacques Chappe, meunier, demeurant à Sembrèves, et d'Anne Guillemot, née de la veille.

Le 29 septembre 1758 - il est possible qu'elle ait continué à diriger quelque temps la papeterie - la dame veuve Béthenon est avertie par le sieur Valarcher, marchand, demeurant à Lormes, pour lequel instrumente le notaire Millelot, de Clamecy, qu'il a fait assigner aux consuls de Saulieu, le feu sieur Edme Béthenon, pour être condamné à lui payer 66 livres pour fourniture de drapeaux. Valarcher a obtenu sentence des consuls, dont le papetier avait, à une date laissée en blanc dans l'acte, appelé au Parlement de Dijon, où l'instance est encore pendante. Les parties acceptent de transiger et madame Béthenon s'oblige tant en son nom qu'en celui de ses enfants mineurs de payer à Jean Valarcher, la somme de 66 livres pour le principal, et celle de 184 livres 8 sols 3 deniers pour dépense faite pour ladite affaire, suivant le mémoire que le procureur du marchand lormois a produit, le tout atteignant la somme respectable de 250 livres, 8 sols, 3 deniers, qui sera payée en deux termes, savoir : la moitié dans six semaines, et l'autre dans le mois suivant. Néanmoins, maître Valarcher, pris de scrupule - les frais sont vraiment énormes - convient que puisqu'il est possible que les frais soient moindres après vérification, il en sera fait compte à la veuve.

La dame Béthenon, qui est une femme de tête et habite toujours Sembrèves signe en l'étude de maître Millelot, notaire à Clamecy, un bail à moitié avec Claude Delaporte, laboureur, résidant à Moulot « de toutes les terres labourables et chenevières dépendant du domaine situé dans le finage de Sembrèves qu'elle tient d'accense de Jean Girault, dit la Bonté ». Elle a dû abandonner la direction de la papeterie, car les registres paroissiaux nous font dès lors connaître le nom de François Louvier, alias Louvière, maître papetier. Le 28 mars 1760 a lieu en présence de dame Marie-Louise Fildier, épouse de François Louvière, maître papetier, de Claude Guay, Jean-Joseph Bouille, Thomas Ouvrel, garçons papetiers, l'inhumation de Jacques Cognard, lui aussi ouvrier à la papeterie et y demeurant, âgé de vingt-trois ans, originaire du Poitou ; seule sait signer Marie-Louise Fildier. Le 25 avril 1766 décède presque subitement en la papeterie Claude Brade, papetier, époux d'Anne Timblod, demeurant à Avallon, âgée de quarante-six ans. Assistent le lendemain, à l'inhumation dans le cimetière, madame Louvière et les trois garçons papetiers Jean Joulard, André Allais, Antoine Chauveau, Jean Vilde, Jacques Chappe et plusieurs habitants de cette paroisse, tous manœuvres. Le 3 avril 1768, on enterre Jean Joulard, demeurant à la papeterie de Sembrèves, dépendant de cette paroisse, décédé subitement la veille à l'âge de vingt-neuf ans. À ses obsèques sont présents Edmée Varnat, sa mère, Anne Joulard, sa sœur, Claude Crotté, son cousin, Geneviève Crotté, sa cousine, François Louvière, maître papetier, et plusieurs autres personnes tant habitant la paroisse d'Oizy que celle de Trucy l'Orgueilleux. Le 20 décembre 1772 meurt en pleine jeunesse, à vingt ans, François Louvière, garçon papetier, fils du défunts Claude et Marie Besin « muni des sacrements de pénitence, d'extrême onction et du saint viatique ». Il est le lendemain inhumé dans l'église en présence du maître papetier François Louvière, de sa tante et d'une nombreuse assistance composée d'habitants d'Oisy et de Trucy-l'Orgueilleux. François Louvière, le papetier qui, durant une trentaine d'années, présida aux destinées de la petite manufacture, trépassa le 30 décembre 1788 et fut inhumé dans le cimetière en présence de Jacques Dorlet, maître d'école. Il n'était âgé que de soixante et un ans. Il fut rapidement remplacé à la tête de la papeterie par le papetier André Androt.

Le 5 avril 1790, en l'étude de maître Millelot-Delisme, notaire royal aux bailliages et sièges présidiaux des villes de Saint Pierre le Moûtier et d'Auxerre, résidant à Clamecy, messire Henri de La Bussière, chevalier, seigneur de Sembrèves, paroisse d'Oisy et du lieu de la Motte, demeurant à Clamecy, afferme et amodie pour neuf années continuelles et consécutives ayant commencé le 1er mars 1789 - l'essai a duré un an et a été concluant - à André Androt, maître papetier demeurant en la papeterie de Sembrèves et à dame Anne Rodier, son épouse, la susdite papeterie, consistant en deux moulins sur un même toit, faisant ensemble sept piles, avec le logement, les étendoirs, une grange et une écurie, deux petits jardins, aisances et dépendances, plus douze pieds de large sur la turcie le long du coulis dudit moulin, derrière les bâtiments de ladite papeterie depuis le pont qui sort de l'endroit où sont les cuves jusqu'au pont du vannage... Plus les billets d'eau dudit atelier donnés par le commerce et autres.

En outre, tous les ustensiles consistant : en deux bassins de cuivre rouge, neuf livres de fer à la queue du maillet du petit moulin, vingt-cinq éperons dans le devant des maillets des deux moulins, un mouloir en cuivre et son trépied en fer, trois couchoirs, douze planches, les sellettes nécessaires, deux tourtières pour ferrer les maillets, une cuve et un cuvier, une grosse table dans la salle, une paire de ciseaux et son plot, une chaudière à col, un chenet dans le fourneau sous la chaudière, deux selles à battre les flans, trois bancs pour les étendoirs, un pistolet en cuivre, une grille et des chenêts de fer, quatre presses garnies de leurs liens et boutons, une cheville de fer pour lever les vannes et deux étendoirs garnis de corde utile et nécessaire, tous lesdits maillets bien garnis de leurs dents en fer et des liens qui y sont nécessaires, tous lesquels ustensiles les preneurs ont reconnu avoir en leur possession depuis leur entrée en ladite papeterie et être alors en bon état et lesdits lieux aussi en bon état de réparations locatives à leur sortie. Ne pourront les preneurs céder tout ou partie du bail, ni s'associer à qui que ce soit sans le consentement écrit du bailleur, à peine de résiliation des présentes et de tous dommages et intérêts.

Les papetiers sont tenus de toutes les réparations locatives et des menues réparations aux moulins, ustensiles et bâtiments, lorsque le prix n'excédera pas vingt livres. Lorsque le montant de ces réparations s'élèvera à une somme supérieure, elles seront à la charge de l'accenseur.

A la première réquisition de messire Henri de La Bussière, les papetiers devront ouvrir les vannes de leur moulin afin de donner les eaux nécessaires pour baigner ses prés et autant de fois qu'il le jugera bon, sans aucune rétribution, et aussi, lorsqu'il désirera pêcher dans la rivière, de lever leurs vannes et la pêche finie les fermer, notant bien que les locataires de la papeterie ne pourront ni pêcher, ni faire pêcher dans la rivière, ni chasser, ni faire chasser dans la terre de Sembrèves pendant toute la durée de leur bail, à peine de tous dépens, dommages et intérêts.

Plus les preneurs « toutes fois et quantes » besoin sera, sont tenus de faire curer à leurs frais le bief de la papeterie, notamment après la fauchaison et, autant que faire se pourra, ils feront jeter les ébarbures des traces[not 5] du côté des prés du sieur bailleur. L'amodiation est faite pour le prix annuel de 225 livres, une rame de grand papier à la cloche de bonne qualité et une rame de bon papier à lettres. Le premier payement et la livraison se feront au domicile de M. de La Bussière à Clamecy ou à Sembrèves « du premier mars dernier en un an ».

Les Androt, qui ne savent signer, reconnaissent devoir au propriétaire la somme de 1800 livres « qu'il leur a prêtée en argent et monnaie au cours de ce jour, avant ces présentes, pour les faciliter à se pourvoir des marchandises nécessaires ».

La Révolution est là ; le seigneur, qui est fort dur, ne paraît pas s'apercevoir qu'un monde nouveau est en marche : le contrat est draconien. Durant la Révolution, la petite manufacture avec de nombreuses difficultés continue à vivre. Le papetier André Androt exploite la papeterie au nom de la Nation, car les biens des La Bussière sont sous séquestre. Henri de La Bussière La Motte, qui a conspiré contre la République, est guillotiné en l'an II, sa femme et cousine, réelle propriétaire de la papeterie - c'est une descendante des Gentil - Catherine de La Bussière est incarcérée à Clamecy. Le pays a besoin que toutes ses usines tournent et les ministres de la République s'efforcent d'encourager leur activité. Le 1er floréal de l'an II, les administrateurs du district de Clamecy écrivent à la Commission des subsistances et des approvisionnements de la République. En réponse à la lettre du 21 germinal :

La seule papeterie qui existe dans l'étendue de notre district appartient à la famille de La Bussière, qui a été au nombre des quinze contre-révolutionnaires de Clamecy, qui ont été guillotinés dernièrement. Elle ne fait pas de beau papier, parce qu'elle est située sur une rivière où il coule souvent du bois, ce qui corrompt l'eau et empêche conséquemment de fournir un beau papier ; elle est susceptible néanmoins d'augmentation et d'accroissement, lorsqu'elle appartiendra définitivement à la République. On pourra y faire des épurations.

A cette missive est jointe la liste des papetiers et ouvriers de la papeterie :

primo : le fermier de la papeterie André Androt, natif d'Annonay (Ardèche) âgé de cinquante et un ans ; il est apte à toutes les places ;
secondo : Anne Rodier, épouse d'André Androt, native de Chatel, district de Montargis, âgée de trente-neuf ans ; elle lève le papier et l'apprête pour la vente ;
tertio : Michel Cornu, natif de Moulot, âgé de dix-sept ans, apprenti pour deux ans, travaille depuis deux ans, propre à toutes les places ;
quarto : Edme Vilde, natif de Moulot, âgé de seize ans, apprenti pour deux ans, travaille depuis six mois, n'a pas encore de place ;
quinto : André Fage ou Sage, âgé de vingt-huit ans, natif de Thiers Puy-de-Dôme, est propre à remplir toutes les places[2]

La papeterie emploie donc deux papetiers qualifiés, un petit ouvrier en fin d'apprentissage, un apprenti, une ouvrière. Et nous savons maintenant que la durée de l'apprentissage est de deux années.

Comme toujours, la papeterie - elle est si antique - a besoin de réparations. En l'an 1793, deuxième de la République, le district de Clamecy enregistre une supplique d'André Androt demandant qu'il soit dans le plus bref délai procédé à des réfections à Sembrèves[3]. L'arrêté préparatif daté du 5 brumaire est adressé au directeur de la Régie nationale. Celle-ci probablement donne son accord, car en sa séance du 24 messidor an II l'assemblée du district de Clamecy présidée par le citoyen Charbonneau et à laquelle participent les citoyens Brotier, Gilois, Tenaille, Lamours, Front et Desnoyers, administrateurs, et l'agent national, Parent l'aîné, prend l'arrêté suivant :
Vu la pétition présentée par les citoyens Cliquet, serrurier, Lenoir, charpentier, et Monsinjon, serrurier[not 6], par laquelle ils demandent qu'il soit fait visite et estimation des ouvrages par eux faits à la papeterie de Sembrèves, ci-devant appartenant à La Bussière, pour ensuite être payés du montant desdites réparations;

L'état des réparations faites à la papeterie dépendant des propriétés de La Bussière, condamné à la peine de mort par jugement du Tribunal révolutionnaire ;

L'arrêté du district de Clamecy du huit de ce mois qui nomme les citoyens Paillard, entrepreneur de bâtiment, Rousset charpentier et Boudard, serrurier pour faire la visite et estimation dudit ouvrage ; Les administrateurs du district de Clamecy, considérant que le mauvais état de la papeterie de Sembrèves la rendait depuis longtemps inutile à ce genre de travail, que La Bussière lui-même l'avait si bien reconnu qu'il avait chargé les citoyens Lenoir, Monsinjon et Cliquet de confectionner les ouvrages propres à la mettre en activité, que dans le temps où l'administration fut instruite de sa condamnation, ces travaux étaient déjà avancés et qu'il n'était plus possible de les faire faire par adjudication...

Vu l'estimation des experts qui ont estimé les ouvrages, savoir : ceux exécutés par le charpentier Lenoir à la somme de 1 708 livres, 15 sols, ceux exécutés par le menuisier Monsinjon à 364 livres, 5 sols et ceux effectués par le citoyen serrurier Cliquet à 1 405 livres : « dont il est juste qu'ils soient payés sur le produit des biens de La Bussière, acquis par la Nation », le payement des ouvrages est accordé.

Mais les travaux, quoique fort onéreux, n'ont point rénové la vieille manufacture, si vieille, si usée, que, le 8 thermidor an II, il faut encore songer à réparer. Ce jour, les commissaires Paillard et Rousset présentent aux administrateurs du district un rapport par lequel il appert « qu'une des piles de la papeterie de Sans Brèves laisse échapper la pâte sous le pilon », que les bâtiments et atelier sont dans un état de délabrement qui exige une prompte réparation et que le chapeau et la pelle du moulin sont de nouveau mal en point, que la pile doit être remplacée par une neuve, ce qui coûtera environ 100 livres, que le coût de la réparation du pont est estimé à 45 livres et que la réfection du chapeau et de la pelle du moulin pourra coûter 150 livres. Ce qui, au total, atteindra la somme de 295 livres[4]

Comme la papeterie sous réquisition est absolument nécessaire au service public, qu'elle entretient plusieurs presses du district et des départements voisins, les administrateurs du district de Clamecy autorisent le citoyen Loyré, receveur de l'Enregistrement, à donner les réparations en adjudication.

Une réparation n'attend point l'autre. Quelque trois mois après, André Androt présente une nouvelle pétition au district – 1er brumaire an III - où il insiste, exposant que l'écrou de la presse et la vis de la papeterie de Sembrèves sont cassés : « que cet accident occasionné par la vétusté de ces objets entrave ses travaux et lui laisse neuf ouvriers à sa charge dans un moment où ce travail est si précieux ». Et pourtant que de réparations ont été effectuées ces dernières années : aux croisées, aux cuves et autres accessoires, presses, vis maillets !...

En vendémiaire an VI, les administrateurs du district de Clamecy, répondant à un questionnaire des Ponts et chaussées, bureau de la navigation intérieure, usines et moulins, écrivent : « Cette papeterie est située au bas d'une montagne et touche à une petite rivière. La situation de cette papeterie est on ne peut plus avantageuse. Elle est continuellement en activité par les eaux qui la font mouvoir et ne manquent pas. La vente du papier se fait à Auxerre, où il y a une grande route et à Orléans, mais il faut faire près de dix lieues pour atteindre la grand-route »[5]

En l'an IX, après maintes difficultés, Mme Catherine de La Bussière, qui fut libérée après thermidor, et qui a deux fils émigrés, reprend possession de ses biens - Sembrèves est une possession personnelle - tout d'abord comme fermière de la Nation, puis en toute propriété. Pendant une certain temps, on n'entend plus parler de la papeterie de Sembrèves que, sans doute lassée par les frais incessants causés par les réparations, Mme de La Bussière a fait transformer - sans autorisation, dira-t-on plus tard - en moulin à fouler les draps. Les registres d'état-civil d'Oisy conservent le souvenir de Jacques Boutheron, foulonnier, demeurant à la papeterie de Sembrèves qui, le sixième jour de messidor de l'an XII, déclare la naissance de sa fille Françoise, née à la papeterie.


Source

  • Gallica : Vie et mort d'une industrie nivernaise : la papeterie de Sembrèves (avant 1661-1835) par Madeleine Saint-Éloy.


Notes et références

Notes

  1. Le 10 avril 1712, baptême en l'église d'Oisy de Pierre, fils de Nicolas Girault, lieutenant de Moulot et Sembrèves, et d'Anne Belin, demeurant à Moulot, paroisse de Clamecy ; parrain : Pierre Boulé, capitaine au régiment de Béarn ; marraine : damoiselle Marie de Gentil, dame du Boulay. Le 4 février 1707, messire Jean de Gentil, écuyer, seigneur de Sembrèves, assiste au mariage de maître Nicolas Girault, lieutenant de Sembrèves et d'Anne Belin, fille de Jean, papetier, et d'Étiennette Boutheron.
  2. Claire était née à Sembrèves le 23 mai 1703 et avait eu pour parrain François Portrait, fils d'honorable homme François Portrait, chirurgien et apothicaire et pour marraine demoiselle Claire Grasset tous de Clamecy.
  3. Le 22 août 1712, avait eu lieu en l'église d'Oisy l'inhumation de Jean de Gentil du Boulay, écuyer, seigneur de Sembrèves, demeurant audit Sembrèves, âgé de cinquante-sept ans, en présence de demoiselles Marie et Élisabeth de Gentil, ses nièces, de Louis d'Assigny, écuyer, seigneur de Las, de Pierre Boule, écuyer, seigneur de Varigny. Pierre Boule, écuyer, épousa en 1713, Marie de Gentil, fille d'Edme, seigneur de Sembrèves. Leur fille Edmée épousa en 1747 Nicolas François de La Bussière.
  4. Contrôle des actes 20, 2090, 2091, etc. Les minutes des notaires Berryat et Massé ne gardent pas trace des lettres de voiture.
  5. Trace : nom que les papetiers donnent à une sorte de papier gris qui s'appelle aussi main-brune ; c'était un papier grossier servant à emballer les rames de papier.
  6. Monsinjon n'est pas serrurier, mais menuisier.

References

  1. Dossiers Sonnié-Moret, p. 219.
  2. Arch. nat., F14 1484.
  3. Arch. dép. Nièvre, série 4 S 761. p. 61, district de Clamecy.
  4. Arch. départ. Nièvre, série Q, émigrés : dossier de La Bussière, I.
  5. Arch. dép. Nièvre, sous-série 4 S.