L'Ecole Normale d'Instituteurs de la Nièvre

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Fondation de l’École Normale.

  • L'article deux de la loi Guizot du 28 juin 1833 organise l'enseignement primaire en France. Elle prévoit que chaque département aura la possibilité, soit de créer et d'entretenir sa propre École Normale, soit de s'unir avec un ou plusieurs départements voisins, afin d'assurer la formation des futurs maîtres dans un établissement commun.
    Le département de la Nièvre n'a alors qu'une cinquantaine d'instituteurs publics en exercice et ne souhaite pas investir dans la construction d'une École Normale. Elle s'entend avec le département du Cher qui accepte d'accueillir à l'École Normale de Bourges les élèves-maîtres nivernais à titre de boursiers.
  • La loi Falloux de 1850 offre une troisième possibilité aux départements. L'article 35 de cette loi leur permet d'entretenir leurs élèves-maîtres en tant que stagiaires dans un établissement d’enseignement primaire désigné par le Conseil Académique. Le département de la Nièvre choisit cette option dès la rentrée de 1851. Ce choix lui permet d'économiser les frais de participation aux dépenses liées au rattachement à l'École Normale de Bourges. C’est ainsi que, successivement, douze, quinze et dix-huit élèves-maîtres sont placés à titre de stagiaires dans les écoles dirigées par les meilleurs instituteurs. Ces derniers dispensent, certes, un enseignement de qualité, mais certains sont parfois tentés de déléguer la surveillance matérielle de leur établissement aux élèves-maîtres, amputant ainsi l’obligation et le temps qu’ils doivent consacrer à leur instruction et à leur formation. Autre inconvénient non négligeable : les stagiaires apprennent sans intérêt ce qui leur est enseigné et se retrouvent isolés. Il a donc fallu trouver une solution pour remédier à ces inconvénients.
    Dans un premier temps et progressivement, ils sont réunis dans une école de grande réputation, le pensionnat Saint-Vincent-de-Paul situé à Corbigny et dirigé par les Frères de la Doctrine Chrétienne de Nancy(1). En 1850, ceux-ci prennent en location les bâtiments de l’ancienne abbaye de Saint-Léonard abandonnés par le Petit Séminaire que Mgr Dufêtre avait transféré à Pignelin près de Nevers.
    L’administration universitaire juge cette situation provisoire et espère bien, qu’un jour, la Nièvre aura sa propre École Normale. L’occasion se présente en août 1857. Une délibération du Conseil municipal de Varzy datée du 13 mai 1857 et transmise au ministre de l’Instruction Publique, propose d’affecter à la création d’une École Normale d’instituteurs une partie des bâtiments du Collège municipal. Fondé en 1834, cet établissement après avoir connu une relative prospérité, se trouvait en pleine décadence depuis une dizaine d’années. La municipalité, en ajoutant une École Normale à cet établissement, voyait là une opportunité de lui redonner vie. Elle posa des conditions à la création de cette école. La direction devait être confiée au principal du Collège et l’enseignement donné par les professeurs déjà en place. L’administration refusa net ces exigences par crainte de conflits d’ordre administratifs préjudiciables aux deux établissements. Le Conseil général, lui aussi hostile à ces conditions, avait pris les devants et obtenu du préfet et de l’administration académique que tous les élèves-maîtres soient confiés, dès la rentrée d’octobre, aux Frères de la Doctrine Chrétienne(1). Le ministre est informé tardivement de cette décision par le recteur de l’Académie de Dijon et par le préfet. Ce dernier argue qu’en quelque sorte, il existe une École Normale et qu’il y a, chaque année, une vacance sur 30 instituteurs et que le nombre de ceux-ci ne répond pas aux besoins de l’enseignement primaire dans le département. La durée de formation d’un instituteur étant de trois années il est impératif d’augmenter leur nombre.
  • Le ministre manifeste son mécontentement au recteur quant à la préférence donnée, demande des explications mais ne peut que s’incliner. Pour le recteur, le projet de Varzy n’était raisonnable qu’à la condition que la commune renonce à son collège et affecte l’ensemble de l’établissement à l’École Normale.
    Tous les acteurs du projet ont parfaitement conscience que l’installation d’un cours normal à Corbigny n’est qu’une solution provisoire d’autant qu’aucun d’entre eux ne souhaite vraiment confier la formation des élèves-maîtres à des religieux. Quoi qu’il en soit et en attendant de trouver une meilleure solution, un traité est conclu le 17 mai 1858 entre le préfet, l’évêque et l’inspecteur d’Académie. Ce traité souligne que le cours de Corbigny n’est pas une École Normale, n’est pas non plus une école de stagiaires, mais uniquement le seul moyen de recruter des instituteurs. Le cours devra être organisé conformément au règlement du 24 mars 1851 et l’enseignement dispensé suivant le programme du 31 juillet 1851. Le directeur et les deux maîtres adjoints devront appartenir à la Congrégation des Frères de la Doctrine Chrétienne de Nancy(1), l’aumônier sera un prêtre séculier. Ces quatre personnes seront nommées et révoquées, le cas échéant, par le ministre sur proposition du recteur. Les locaux destinés au cours normal devront être entièrement séparés de ceux qu’occupent l’établissement d’enseignement dirigé par les frères. Enfin, le nombre d’élèves-maîtres est fixé à 30, (22 bénéficiaires d’une bourse du département, 8 bénéficiaires d’une bourse de l’État) et ils devront s’engager à exercer pendant dix ans les fonctions d’instituteurs publics dans le département.
    Le système fonctionna parfaitement jusqu’au jour où surgit une grosse difficulté. Le bail des bâtiments de l’abbaye prenait fin en octobre 1861 et, étant donné les relations assez difficiles qui existaient entre la municipalité et les frères, il était à prévoir que celle-ci userait du droit de régler par ses délibérations les conditions des baux à loyer de ses biens. Elle persista dans des exigences que les frères ne voulurent pas accepter.
    L'institution Saint-Léonard
    Trouver une solution au plus vite s’imposait. Le département ne possédait aucun local disponible pouvant être affecté à un cours ou à une École Normale, les fonds des budgets ordinaires et extraordinaires employés à d’autres destinations qui ne pouvaient être détournées. L’administration académique pensa tout bonnement à utiliser le collège de Varzy qui était alors en plein déclin. La municipalité se fut moins exigeante et accepta que le collège soit remplacé par une École Normale. Le Conseil demanda donc le transfert à Varzy du cours normal de Corbigny, qui serait, de ce fait, remplacé par une véritable École Normale d’instituteurs. Afin de permettre ce transfert, la municipalité offrait à l’administration universitaire les bâtiments du collège en promettant de les destiner à leur nouvel objet et de les entretenir en bon état. Elle fournirait le mobilier nécessaire aux élèves et aux fonctionnaires et mettrait à disposition un terrain de deux à trois hectares pour y pratiquer l’agriculture. En plus, elle offrait une allocation de 800 francs destinée à couvrir une partie du traitement du directeur de l’école annexe, laquelle école tiendrait lieu d’école communale avec la condition qu’elle ait le droit d’envoyer gratuitement à cette école 30 élèves choisis parmi les plus pauvres.
    Le 31 juillet 1860, l’inspecteur d’Académie, après avoir pris contact avec la municipalité de Varzy, transmet cette proposition au recteur en appuyant sur le fait qu’il fallait agir vite car le maire de Varzy avait écrit au directeur de l’école des frères de Corbigny pour lui faire part que la ville lui abandonnerait volontiers les bâtiments du collège avec une subvention, s’il consentait à transférer à Varzy son pensionnat ainsi que le cours normal. Cette proposition, peut-être dans le but de faire pression sur le préfet, ne devait pas être bien sérieuse car le Conseil municipal l’a rejetée à l’unanimité.
    Les différents échanges entre préfet, inspecteur d’Académie et ministre sont tous favorables à la création de l’École Normale à Varzy mais n’excluent pas que la ville de Corbigny s’accroche au maintien de ses trente élèves-maîtres. Le Conseil municipal de Varzy s’active de son côté et fait intervenir André-Marie Dupin auprès du ministre afin qu’il soutienne le projet. C’est ce qu’il fait dans sa lettre du 12 août 1860 appuyant sur le fait que l’établissement formant les instituteurs doit redevenir laïc. La réponse du ministre se fait néanmoins attendre et ce n’est que le 13 septembre 1860 qu’il écrit au préfet pour donner un accord de principe tout en lui demandant d’examiner attentivement l’affaire et de recueillir tous les éléments nécessaires lui permettant de prendre une décision définitive.
    Le préfet lui répond le 19 septembre 1860 en disant qu’il n’a pas cru utile d’entretenir le Conseil général sur la proposition, craignant que des questions embarrassantes surgissent au vu des intérêts en jeu entre les deux communes. En résumé, le ministre n’avait qu’à ordonner et le Conseil général serait obligé d’accepter. Nouvelle lettre du ministre qui ne partage pas du tout cette façon de faire car « la loi oblige tout département à pourvoir au recrutement des instituteurs en entretenant des élèves-maîtres soit dans des établissements d’enseignement désignés par le Conseil départemental, soit dans une École Normale créée à cet effet ». C’est aussi sans compter sur le financement des dépenses faites par le directeur de l’école et que le Conseil général doit inclure dans son budget. À Corbigny il n’y avait pas de maîtres à payer ; seulement les frais de pension des élèves-maîtres alors qu’une École Normale aurait besoin d’un personnel enseignant et administratif dépassant largement le budget prévu. Le déficit occasionné devrait être pris en charge par le Conseil général, l’État ne pouvant ni ne devant s’en charger. Il est donc impossible de passer outre l’avis du Conseil général.
    Malgré les remarques du ministre, l’inspecteur d’Académie revient à la charge le 11 décembre 1860 et maintient que si le Conseil général apprend que le transfert a été fait sans qu’il soit consulté il ne dira rien, le fait étant accompli. Lui aussi craint des divergences d’opinions très regrettables qui risqueraient de faire capoter le projet. Il fait une autre remarque à-propos. Il pense le moment opportun pour tenter de hâter la décision du ministre en argumentant sur le fait qu’il y a la vacance du siège épiscopal. Le nouvel évêque(2) pourrait être favorable au maintien de l’établissement normal dans le pensionnat des frères et le Conseil général s’empresserait d’accepter. Le préfet écrit au ministre dès le lendemain, 12 décembre 1860. Il se félicite de l’esprit qui anime les frères qui dirigent l’établissement de Corbigny mais il se dit qu’un jour ou l’autre, le personnel peut se modifier et que les idées qui prévalent aujourd’hui peuvent être remplacées par des principes contraires aux vues de l’administration. Lui aussi est hostile à la consultation du Conseil général et que la méthode autoritaire serait plus efficace.
    Le ministre, dans une lettre datée du 21 décembre 1860 et adressée à Dupin, maintient malgré tout son point de vue bien qu’il pense qu’il serait préférable d’avoir un établissement spécial pour former les futurs instituteurs et ainsi donner au gouvernement une plus grande sécurité pour l’avenir.
    Dans cette lettre, il explique pourquoi il lui est impossible de donner une suite favorable et qu’il ne peut se servir de sa position. Il se heurte et doit respecter la loi du 15 mars 1850 qui « a fait des Écoles Normales Primaires des établissements départementaux qui ne peuvent être créés sans l’intervention du Conseil général ».
    Suite à une conférence verbale avec le préfet qui a eu lieu à Paris en janvier 1861, il prend l’initiative de faire la proposition au Conseil général, espérant que ce dernier n’oserait pas s’élever contre la volonté gouvernementale. Mais avant cela, il lui fallait attendre la fin des pourparlers engagés entre les frères et la ville de Corbigny pour le renouvellement du bail des bâtiments de l’abbaye. Finalement, ceux-ci n’aboutissent pas favorablement et une rupture totale s’ensuit signifiée au préfet le 5 mars 1861 par le frère Marie-Victorin, directeur du cours normal. Il précise que le Conseil municipal de Moulins-Engilbert désire ardemment accueillir l’établissement de Corbigny tout entier et est prêt à faire les dépenses nécessaires. Suite à une entrevue entre lui, le préfet et l’inspecteur d’Académie il donne en quelque sorte sa démission. Dès la prochaine rentrée, il ne pourra plus diriger le cours normal car il n’aura pas de local à sa disposition et le Conseil municipal de Moulins-Engilbert ne peut prendre le risque de dépenses importantes, le cours normal ne devant être conservé que provisoirement.
    Le préfet s’empresse d’annoncer la nouvelle au ministre bien content que la situation se soit inversée ; ce n’est plus le département qui souhaite quitter les frères mais les frères qui l’abandonnent. La proposition de Varzy est donc relancée et le Conseil général convoqué le 10 avril 1861. Pour mettre toutes les chances de réussite du côté de l’Administration, l’inspecteur d’Académie, dans une lettre adressée au chef de division au ministère et datée du 27 mars 1861, suggère les réponses à faire à toutes les objections qui pourraient être mises en avant par les adversaires du projet. Il se rend également à Varzy et provoque une séance extraordinaire du Conseil municipal le 3 avril 1861 afin de porter la subvention annuelle de la ville à 1200 francs, celle-ci étant initialement prévue pour un montant de 800 francs. Il craint, en effet, que ce montant soit insuffisant au regard de l’assemblée du Conseil général. Il obtient également un jardin plus vaste pour l’enseignement de l’horticulture. Enfin, il donne tout pouvoir au maire « pour traiter avec l’autorité départementale et l’autorité académique et fixer la durée des engagements de la ville à trente ou quarante ans et même à perpétuité, si le département et même l’Université le désirent. »
    Riposte immédiate des adversaires ! Le 4 avril 1861 le préfet télégraphie au ministre pour l’informer que les négociations sont reprises entre les frères et la ville de Corbigny afin de renouveler le bail des bâtiments de l’abbaye. Ces négociations ne peuvent malgré tout aboutir favorablement qu’avec l’assentiment du Conseil général qui souhaiterait peut-être, maintenir le cours normal à Corbigny. Le préfet, inquiet, ne cache pas sa crainte de voir le parti clérical l’emporter. Du coup, se pose la question de maintenir ou non le transfert à Varzy.
    Le recteur écrit le même jour au ministre et se montre plus ferme. Le « raccommodage » entre les frères et le Conseil municipal n’est pas du tout à son goût. Il trouve un peu fort que le frère Marie-Victorin ait donné congé et qu’il revienne désormais sur sa décision. Il lui revient également aux oreilles que le président du Conseil général et deux autres membres évoquent, soit un problème de santé, soit un empêchement, pour ne pas assister à la session extraordinaire. De son côté, le préfet n’est pas très loin de la dérobade.
    Le 5 avril 1861, le ministre répond au télégramme du préfet et lui ordonne de demander au Conseil général la création d’une École Normale à Varzy sans tenir compte de ce qui pourrait intervenir entre les frères et la ville de Corbigny.
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Quelques vues de l’École Normale



  • Le jour décisif du 10 avril 1861 arrive enfin. 22 conseillers sont présents, 3 sont excusés.
    Tous ont reçu au préalable le rapport détaillé de l’opération en cours argumenté de manière très positive afin de convaincre l’assemblée que la solution proposée par Varzy est la meilleure des solutions tant sur le plan financier que sur le plan géographique grâce à la création prochaine de la lige de chemin de fer Auxerre-Nevers(3).
    Nouvelle ombre au tableau ; le président de la Commission de surveillance du cours normal de Corbigny, le comte Lepeletier d’Aunay(4), s’est présenté à la préfecture la veille au soir avec, en poche, un bail renouvelé entre les frères et la ville de Corbigny pour une durée de 18 ans. Il l’oppose à l’assemblée. Le clash est prévisible car le marquis d'Espeuilles s’est prononcé très ouvertement contre le projet. C’est lui qui préside l’assemblée en l’absence du baron Dupin et la voix du président est prépondérante. Nouveaux échanges entre le préfet, le chef de division au ministère et le ministre. Ce dernier adresse deux dépêches successives au préfet. Il écrit de manière très énergique qu’il n’acceptera pas une décision qui menace le projet et que le traité signé avec les frères est rompu « et que personne n’aurait le droit de lier de nouveau l’Université avec Corbigny. » Le préfet adresse ces dépêches au Conseil et adopte une attitude plus ferme que celle qu’il a eue jusqu’à maintenant. Il ajoute au rapport qu’il a écrit et déjà imprimé un supplément prouvant au Conseil que l’accord intervenu à la dernière minute entre les frères et la ville de Corbigny ne modifierait en rien la proposition faite par l’administration de créer une École Normale à Varzy. Le désistement des frères était un fait accompli et les parties se trouvaient placées dans la situation où elles se trouvaient avant la signature du traité du 17 mai 1858.
  • La commission chargée d’étudier les propositions de l’administration délibère. Deux membres sur cinq sont d’avis de sortir du provisoire et d’accepter les offres de la ville de Varzy, les trois autres membres sont d’avis de faire une nouvelle demande au ministre pour rester dans le provisoire. S’il refuse les élèves-maîtres seront envoyés dans un autre département. Contrairement à ce qui était prévu au tout début, ce n’est plus le département du Cher qui les accueillerait mais le département de la Côte-d’Or ou celui de l’Allier. Les opposants justifient leur décision par des considérations financières. L’École Normale ne comprendrait que 30 élèves répartis sur trois promotions et exigerait un personnel enseignant de sept professeurs. S’associer à un autre département serait moins coûteux. Un autre argument de poids est évoqué. Accepter les propositions de la ville de Varzy serait peut-être se lier les mains pour l’avenir et, au cas où le Conseil général ou le ministre useraient de leur droit de supprimer l’École Normale, le département devrait payer une forte indemnité à la ville pour compenser les dépenses importantes qu’elle serait amenée à engager.
    Le préfet répond, « la Nièvre doit tenir à l’honneur de rester chez elle ; elle ne voudra pas abandonner le droit de direction sur son École Normale. » Après une discussion longue et animée l’assemblée se rallie enfin à la position du préfet et c’est par 16 voix contre 6 que la décision de créer une École Normale à Varzy est adoptée. Le transfert du cours normal pourra donc avoir lieu.
    Après cette bataille de longue haleine, il fallait réaliser le plus vite possible les travaux dans les bâtiments du collège pour qu’ils correspondent à leur nouvelle destination. Le Conseil municipal vote un crédit de 42.000 francs, dont 28.350 francs pour les travaux d’appropriation qui s’élèveront en réalité à 33.106 francs, et 13.650 francs pour l’achat de mobilier et de matériel. Pour financer ces dépenses, il fut décidé de mettre en vente les coupes affouagères prévues pour les années 1862 et 1863 et, pour ne pas léser les affouagistes, il fut entendu que l’on couperait dorénavant les bois à 22 ans au lieu de 25. Le produit de la vente de ces coupes était estimé à 46.550 francs mais la ville ne pouvait en percevoir le montant qu’à partir du 31 mars 1862 et par paiements échelonnés de trois mois en trois mois. Les artisans ne pouvant attendre un temps aussi long pour être payés la ville obtient l’autorisation d’emprunter à un particulier une somme de 42.000 francs à un taux ne devant pas excéder 4,50 %. Le prêteur fut M. Rambourg(5), conseiller général du canon de Varzy habitant Châteauvert dans la commune de Ouagne, qui avança 15.000 francs en août 1861, 12.000 francs en novembre et 6.000 francs en février 1862. Cet apport fut suffisant pour attendre le produit de la vente des coupes de bois.
  • C’est donc par décret impérial du 21 mai 1861 que l’École Normale voit enfin le jour remplissant ainsi l’obligation légale qui veut que chaque département possède une École Normale.

    L’article 1 du décret stipule :
« Il est créé une École Normale à Varzy (Nièvre). »

Quant à l’article 2, il stipule :

« Cette disposition recevra son exécution après approbation régulière des délibérations du conseil municipal de Varzy, et lorsqu’il aura été reconnu contradictoirement par le préfet, le délégué de l’autorité municipale et le délégué de l’administration de l’instruction publique que toutes les conventions arrêtées pour la création du nouvel établissement sont remplies. »
  • Cette réserve supposait la conclusion d’un traité en bonne et due forme entre l’administration et la ville de Varzy Celui-ci le fut le 9 juin 1861 à Nevers.
    La municipalité devait mettre à disposition les locaux restaurés et agrandis ainsi que les terrains destinés à la pratique de l’agriculture et de l’horticulture, le mobilier, le matériel et les livres le 15 septembre. Elle devait être capable de recevoir 40 élèves-maîtres et de loger 7 fonctionnaires y compris le directeur. La salle de classe destinée à l’école annexe devait pouvoir accueillir 150 élèves. Si le besoin s’en faisait sentir, la ville serait tenue d’acquérir la maison Dourneau et ses dépendances pour l’ajouter aux locaux existants et de supprimer la rue du Boulevard dont le terrain serait abandonné à l’École Normale. Le traité prévoyait également qu’en cas de suppression de cette école la ville ne pourrait réclamer aucun dédommagement. Un complément daté du 8 aôut 1861 prévoit que l’école annexe recevra gratuitement les élèves indigents sans limitation de nombre et qu’une seconde salle d’école sera construite lorsque l’administration le jugera nécessaire.
    Le 17 mai, le ministre annonce officiellement au frère Marie-Victorin directeur du cours normal de Corbigny, que « suivant son désir » il mettait fin aux fonctions dont il avait été investi et le félicite pour le dévouement et le zèle dont il a fait preuve dans l’accomplissement de sa mission. Le même jour il informe Mgr Forcade de la rupture du contrat entre le département et les frères et lui demande de bien vouloir favoriser le nouvel établissement de son bienveillant intérêt et de proposer à sa nomination un aumônier rattaché au cours normal. L’évêque s’incline mais il met une condition à la nomination d’un aumônier. La chapelle du collège devra être restaurée et pourvue de vases sacrés et de tous les éléments nécessaires au service du culte. C'est l’abbé Michaud, aumônier du cours normal de Corbigny qui fut transféré à Varzy.
    Le premier directeur de l’école fut M. Joseph Célestin Pin qui dirigeait auparavant l’école de Grenoble.
    L’inauguration de l’École Normale a lieu le 1er octobre 1861. Il fallait maintenant lui donner un nom. Le Conseil municipal de Varzy propose de l’appeler « École Normale Napoléon III ». Le ministre refuse arguant d’une part, que le nombre d’élèves-maîtres est inférieur à d’autres écoles plus importantes et d’autre part, qu’en principe, l’école prend le nom de la ville dans laquelle elle est créée.
  • L’école fonctionnera jusqu’en 1941. Dès 1880, des demandes pressantes et maintes fois renouvelées voient le jour en vue de son transfert à Nevers.

Situation matérielle.

L’hôpital temporaire n° 51 installé dans les locaux de l’École Normale
  • L’école est trop petite et en mauvais état pour accueillir un plus grand nombre d’élèves-maîtres et ainsi répondre aux besoins du département. Le Conseil général vote des crédits et en octobre 1899 d’énormes travaux d’agrandissement et de reconstruction démarrent. Ils n’avancent pas assez rapidement vu leur ampleur, et rien n’est prêt pour la rentrée d’octobre. Les Normaliens doivent rester un mois de plus dans leur famille, la rentrée ne se fera donc qu’en novembre. Le cours normal se tient malgré tous les désagréments liés aux travaux. Les élèves dorment dans les salles de l’école annexe et dans des salles trouvées dans la ville par les soins de la municipalité.
    La restauration se termine aux vacances de Pâques 1901 et l’école restaurée est inaugurée le 29 septembre 1901. L’électricité est installée en 1902, l'effectif est alors de 13 élèves en 1ère et 2ième année et de 12 élèves en 3ième année. En 1904 la cour est embellie de deux rangées de tilleuls rendant ainsi l’école agréable.
    Malheureusement, le sort s’acharne et une série d’épidémies graves s’abat en 1909 et 1910. La cause en est le manque d’eau potable. Une grippe infectieuse traitée avec du lait et des infusions frappe la moitié de l’effectif, puis c’est la scarlatine, une épidémie d’embarras gastrique du type typhoïde, les oreillons. Le taux de mortalité est celui des villes dont l’eau d’alimentation laisse à désirer. De plus, à la moindre averse, le sous-sol est envahi par les eaux qui laissent une humidité malsaine. Les pluies abondantes de 1909 inondent ateliers, salles-de-bain, cordonnerie et magasin de l’économat. En 1910 les eaux y atteignent 30 cm de hauteur.
    Au constat de tous ces aléas, l’idée du transfert à Nevers est relancée en 1910 et se poursuivra plus farouche que jamais en 1911 et 1912. Partisans et adversaires s’affrontent à nouveau. À la session du 23 août 1910 et par 13 voix contre 6, le Conseil général vote le principe du transfert et « invite le préfet à ouvrir des pourparlers avec l’État et la ville de Nevers pour s’assurer leur concours financier au cas où l’École Normale pourrait être transférée à Nevers. » En juillet 1910 un architecte départemental établi un avant-projet sur demande du Conseil général. La construction se ferait sur le terrain du « Clos Saint-Joseph » et coûterait 302.965,63 francs financés par moitié par l’État et pour l’autre moitié par le département et la ville de Nevers. Le Conseil municipal de Nevers peu favorable à la construction de cette école n’offre que 30.000 francs et se refuse à tout effort supplémentaire d’autant que le Conseil général lui demande une somme de 50.000 francs pour la construction d’une école annexe qui servirait en même temps d’une école communale de quartier.
    Les principaux adversaires au transfert du cours normal de Varzy à Nevers s’affrontent avec violence et passion. L’un d’entre eux n’hésite pas à accuser le directeur du cours normal d’avoir exagéré la situation par des rapports malveillants au vu d’accélérer sa fermeture et va même jusqu’à remettre en cause l’existence des épidémies.
    De son côté, le Conseil municipal de Varzy entraîne les municipalités de la région et le Conseil d’arrondissement de Clamecy à s’opposer énergiquement au transfert, préservant ainsi les intérêts de Varzy et du département tout entier. Huit communes apportent leur soutien y voyant un intérêt personnel.
    La ténacité d’un des conseillers du Conseil général de Varzy, par des arguments percutants, inverse la situation. Le 24 août 1912, par 14 voix contre 9, le rapport favorable au transfert est rejeté par le Conseil général prenant en compte l’un des arguments choc ; « avec une dépense de seulement 20.000 francs, offerte pour partie par la ville de Varzy, il est possible d’avoir une école propre et saine. » Montant bien faible par rapport au coût annoncé pour la construction d’une nouvelle école à Nevers.
  • La guerre éclate en août 1914. Le 6 août, le Service de Santé militaire prend possession de l’École Normale. L‘hôpital auxiliaire n° 51 occupe tout l’établissement y compris l’annexe. Seuls les logements du directeur et de l’économe, la bibliothèque et la salle des collections feront exception. L’École Normale ne sera rendue à l’enseignement que le 12 décembre 1918 bien que l’hôpital n’ait reçu aucun blessé depuis la rentrée d’octobre 1916 et seulement 100 blessés légers ou convalescents pendant six mois en 1917. Elle devra, de nouveau, être remise en état, le mobilier et le matériel remplacés.
    De 1918 à 1921 la situation matérielle est très défectueuse. Elle s’améliore dès 1922 et jusqu’en 1939 à la demande des inspecteurs d’Académie qui ne cessent de demander au Conseil général des réfections et des aménagements en mettant en exergue les besoins indispensables de l’école et y apporter ainsi un certain confort.

Situation intellectuelle et morale.

La cour de l’Ecole Normale pendant une récréation
Un groupe d’élèves-maîtres en uniforme
  • L’École Normale de Varzy jouit d’une réputation de sérieux. Elle forme de « bons maîtres. » Les élèves sont appliqués, persévérants dans l’effort, étudient avec ardeur et curiosité. Leur tenue est irréprochable tant à l’intérieur de l’établissement que dans la ville.
    Entre 1881 et 1889 la tenue obligatoire est la redingote de drap noir, « la racane » confectionnée par un tailleur local. Elle est complétée par la casquette aux galons d’argent et macarons violets. Elle est remplacée par le veston croisé en 1911. Puis arrive le complet veston gris choisi par le directeur comme costume d’été.
    La journée de travail commence tôt ; « lever à 5h30 l’été, 6 h en hiver. Étude de 6h à 7h, puis petit déjeuner et corvées de nettoyage. De 8h à midi, puis de 13h à 19h, cours ou étude se succèdent. Le goûter est à 16h, composé d’un morceau de pain sec et suivi d’une courte récréation. L’étude reprend jusqu’à 19h qui est l’heure du souper. De 20h à 21h une denière étude clôture la journée de travail. »
    Une partie des récréations est employée à des travaux attrayants et instructifs telle la confection de solides en carton bristol, en fil de fer ainsi que des modèles de dessin en plâtre. En 1881, tous les élèves-maîtres ont fait la carte en relief de leur commune respective. Des promenades effectuées dans un but scientifique fournissent un champ d’observation nouveau. Les élèves de 3ième année vont à Auxerre et au Creusot.
    En 1882, l’école inaugure le régime des sorties libres par année séparées et à tour de rôle. Auparavant, elles avaient lieu un après-midi par semaine sous la conduite d’un surveillant.
    L’aumônerie est supprimée sans que les parents protestent. Des excursions sont organisées. En 1883, l’emploi de maître-surveillant est supprimé dans toutes les Écoles Normales et les élèves-maîtres sont, tour à tour, préposés à la surveillance. En 1885-1887 une part importante est consacrée à l’éducation physique afin de réduire la fatigue imposée à l’esprit par des programmes très chargés.
    Les travaux manuels faits en 1888 sont, pour bon nombre, admis à figurer à l’Exposition Universelle. En 1903 le directeur introduit des cours de violon fort bien accueillis par les élèves et une excursion en Suisse est organisée. En 1914 la rentrée a lieu le 22 octobre avec un effectif réduit à 28 élèves logés dans une dizaine de familles. En 1916, 1917 et 1918 l’effectif remonte à 42 élèves.
    En 1921 est introduite la préparation militaire supérieure qui ne sera pas sans poser un cas de conscience à certains élèves. De 1925 à 1930 tous les Normaliens accomplissent leur stage à l’école annexe, s’initiant ainsi aux futures tâches de la fonction qu’ils occuperont dans l’avenir. D’abord comme témoins la 1ère année, puis ils entrent en scène la 2ième année et la 3ième année ils prennent en main la conduite d’une classe, en règlent le travail et exercent leur autorité sur les élèves. En 1937 est organisée, à titre d’essai, un cours sur le secrétariat de mairie. C’est souvent l’instituteur qui exerce la tâche de secrétaire de mairie dans les petites communes.

Ecole Normale de Varzy emploi du temps1 année scolaire 1905-1906.jpg
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Emploi du temps à l'Ecole pendant l'année scolaire 1905-1906



L’École Normale mixte : 1939-1941.

  • La rentrée d’octobre 1939 apporte un changement profond dans l’organisation de l’établissement. Les Normaliennes ont dû quitter Nevers pour s’installer à Varzy suite à la mobilisation de septembre 1939. La ville de Nevers étant jugée trop exposée.
    Les cours sont dispensés de manière commune et il faut se tasser un peu dans les trois salles un peu trop exiguës pour de tels effectifs. Avec ce changement la plupart des vieilles traditions de l’école tombent dans l’oubli.
    En octobre 1941, les Normaliens s’installent « Aux Grands Jardins », une belle maison en bordure de la route de Clamecy l’École Normale étant occupées par les troupes de la Wehrmacht.

De la veille de la guerre à la suppression des Écoles Normales 1938-1941.

  • À la mobilisation de septembre 1939, l’école exécute le plan d’organisation en temps de guerre. Les Normaliennes ayant quitté Nevers s’installent dans l’internat des garçons à la rentrée d’octobre 1939. Ces derniers doivent s’organiser tant bien que mal dans l’école annexe.
    La première partie de l’année scolaire se déroule sans encombre mais l’invasion de mai 1940 trouble rapidement les études. L’école commence d’héberger des gens de l’exode, puis, l’ennemi approchant les élèves sont licenciés et l’école évacuée. Le 16 juin les premières troupes allemandes traversent Varzy. Puis d’autres Allemands arrivent, tendent des drapeaux, mettent des sentinelles à la grille et retiennent le directeur dans son appartement. Pendant quasiment plus d’an an l’école sert de caserne. La rentrée d’octobre 1940 a lieu malgré tout mais les Normaliens ne reviennent pas à Varzy, les Allemands refusent de rendre les bâtiments. Les élèves sont installés au Grand Jardin qui sert pour les études, les repas et les récréations.
    Des règlements de juillet 1940 prescrivent que cette année serait la dernière pour les Écoles Normales. Seuls les élèves de 2ième et 3ième année sont reçus à l’école à la rentrée de 1940 pour une année scolaire raccourcie. En juillet 1941 les 18 derniers élèves quittent Varzy pourvus du Brevet Supérieur. En septembre 1941 le personnel de l’école est sur le point de se disperser, les biens répartis entre les divers établissements désignés, les bâtiments remis à la commune qui en est propriétaire.
  • Le 30 septembre 1941 l’École Normale de Varzy rend ses comptes pour la dernière fois et fait constater par procès-verbal de liquidation qu’elle cesse d’exister.

Le centre d'apprentissage
Plaque rappelant l’existence de l’Ecole Nomale
  • L’École Normale de Varzy est transformée en Centre d’Apprentissage le 1er octobre 1947 pour évoluer ensuite en lycée d’apprentissage professionnel. Avec la construction d’un nouveau bâtiment en 1998 il est devenu le Lycée Professionnel – Collège Le Mont Châtelet. On y propose les enseignements suivants :
CAP - ferronnier,
CAP - serrurier métallier,
CAP - réalisation en chaudronnerie industrielle,
Bac Pro – Technicien constructeur bois.



  • Dans son édition du 31 mai 2015, le Journal du Centre publie un article qui dit que la cloche installée sur l'aile gauche de la toiture, dans une cage métallique recouverte d'un dôme en zinc surmonté d'une girouette rejoint les collections du musée Grasset à Varzy.

(1) Créé en 1817 et disparu en 1940. Institut fondé à Colroy-la-Roche, Bas-Rhin, par dom Joseph Fréchard. Transféré en 1821 à Vézelise. Fusionné avec la Congrégation des frères de Sion-Vaudémont créée par les frères Baillard. - Absorbé en 1912 par les Frères maristes des écoles. (source bnf).
(2) Mgr Dufêtre est mort le 11 novembre 1860 et son successeur, Mgr Forcade nommé le mois suivant, entre à Nevers le 1er mai 1861.
(3) Cette ligne ne sera mise en service qu’en 1877 et seulement pour la partie entre Nevers et Clamecy.
(4) Il s’agit de Octave Lepeltier d’Aunay qui, en plus de sa fonction de Président de la Commission de surveillance du cours normal de Corbigny, était député au corps législatif et secrétaire du Conseil général.
(5) Il faisait partie de la commission chargée d’étudier les propositions de l’administration.


  • Sources : Brochure écrite par Romain Baron École Normale d’instituteurs de la Nièvre -1961-
    Site persee
  • Images : Delcampe, norminstit.over-blog.com, guidigo.com, wikipédia
  • L'emploi du temps a été communiqué par Sylviane Guérémy.

Martine NOËL août 2017