Janvier 1916

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Les informations dans la presse départementale :

  • Les journaux utilisés pour l'année 1916 sont : La Tribune, Paris-Centre, Le Nivernais, La Semaine Religieuse. Des citations attribuées à certains soldats originaires du canton ont été retranscrites dans les journaux nivernais. D'autres ont été relevées en effectuant le dépouillement des fiches matricules (site Internet des Archives Départementales de la Nièvre).
    Comme l'information strictement locale est très réduite – faute de correspondants permanents à Decize et à La Machine – trois hebdomadaires nationaux, L'Illustration, Le Pays de France et Le Miroir, et L'Album de la Guerre édité par L'Illustration en 1929 nous fournissent des compléments sur la situation militaire.
  • Dimanche 2 janvier : L'Allemagne enrégimente des malfaiteurs.
  • Mercredi 5 janvier : La maladie du Kaiser. Il paraît très abattu depuis plusieurs semaines. Ce n'est pas un simple furoncle, mais un retour de son ancienne affection à la gorge. On parle de lui refaire le palais avec une plaque d'argent(1).
  • Vendredi 7 janvier : Les Œuvres de Guerre ont permis de collecter dans le département de la Nièvre 247000 francs en deux ans.
    À Decize, la boulangerie coopérative vend le pain 2,30 F les 6 kilos à ses actionnaires ; les autres boulangers le vendent 2,40 F à leurs clients.
  • Samedi 8 janvier : La Loterie de la Presse va distribuer des lots entre 10 et 50 F, pour un montant total de 3500 F.
    L'Œuvre du Tricot a permis de collecter des lainages, des chemises, 600 couvre-nuques, 1200 mouchoirs, des serviettes, des savons, qui seront distribués aux soldats des régiments nivernais.
    L'Œuvre des Mutilés de Guerre a permis l'ouverture d'une école de rééducation professionnelle à Nevers, dirigée par le commandant Andin. Sa devise : « Toujours penser à ceux qui ont souffert et qui souffrent encore. »
  • Mardi 11 janvier : Le Kaiser serait gravement malade et l'empereur d'Autriche François-Joseph souffrirait de bronchite chronique.
    Réclame pour la Source Saint-Aré, le Karlsbad français. Le sous-sol formé de dyke basaltique permet d'obtenir des eaux comparables à celles de Karlsbad et Marienbad en Bohême.
  • Mercredi 12 janvier : À La Machine, la recette de la Journée du Poilu s'élève 365 F, somme à laquelle il convient d'ajouter la vente de cartes encore en cours. À Decize, le montant de la quête réalisée les 25 et 26 décembre dernier est de 950 F.
    Les Alliés s'apprêtent à évacuer la presqu'île de Gallipoli.
Dessin paru dans le journal Paris-Centre en 1916.
  • Dimanche 16 janvier : Le sergent Henry de Pracomtal, pilote aviateur, vient de s'évader d'Allemagne. Au cours d'un vol de reconnaissance, son avion est tombé dans les lignes ennemies ; blessé et fait prisonnier, il avait déjà tenté une première évasion. Repris et enfermé dans la forteresse de Hohen Asperg, il a parcouru 280 kilomètres avant d'entrer en Suisse. Il avait déjà obtenu deux citations.
    L'évêque de Nevers demande aux curés de lui signaler les militaires sans familles et sans ressources, de façon à ce que le produit des quêtes pour les soldats mobilisés leur soit attribué en priorité.
  • Mercredi 19 janvier : René Desvignes, un soldat originaire de Lucenay-les-Aix, avait été porté disparu en Champagne. Il a été localisé à Sedan, où il est prisonnier et blessé. Ses parents ont reçu simultanément une fiche de la Croix-Rouge et un colis contenant sa Croix de Guerre.
  • Vendredi 21 janvier : Le ministre Thomas a adressé une lettre au député Jean Locquin où il précise dans quelles conditions les ouvriers mobilisés dans les usines ne seront pas appelés à des unités combattantes. La loi Dalbiez du 17 août 1915 avait pour but de récupérer pour le combat des jeunes hommes placés dans les administrations ou ajournés, mais les nécessités de la production industrielle restent primordiales.
  • Samedi 22 janvier : L'Église réprouve les « modes païennes, aussi disgracieuses qu'inconvenantes, lancées par la franc-maçonnerie [sic] pour corrompre la femme et corrompre par les femmes... Elles habillent leurs fillettes en danseuses... » Les prêtres doivent veiller à ce que les vêtements nuptiaux des femmes restent modestes. La Semaine Religieuse propose à ses lecteurs et lectrices d'acquérir le livre Les Hardiesses de la mode, 225 pages, vendu au prix de 1,60 F en librairie et 1,80 F par la poste.
  • Mercredi 26 janvier : On apprend le décès du baron Pierre de Bourgoing, officier d'État-Major de cavalerie, à la suite d'une opération chirurgicale. Il était le fils d'un ancien député de la Nièvre.
  • Vendredi 28 janvier : Le 2e canonnier conducteur Louis Robert Bureau de la 24e Section du 37e Régiment d'Artillerie, originaire de Decize, vient d'obtenir une citation : « a fait preuve depuis le commencement de la campagne de qualités, de courage, de dévouement pendant les services de ravitaillement périlleux et difficiles auxquels il a pris part. Dans la journée du 1er janvier 1916 a donné à ses camarades un admirable exemple de sang-froid et de calme, sous un feu très violent. »
    Coups de couteau à Charrin : Paul Germain, un enfant assisté de la Seine âgé de 15 ans, domestique chez Mme Blond, lassé d'être en butte aux railleries d'autres adolescents, a donné trois coups de couteau à Émile Boutonnet, apprenti maréchal. L'agresseur a été conduit en prison à Nevers, le blessé à l'hôpital de Decize.
  • Dimanche 30 janvier : Casimir Paget, de La Machine, soldat au 134e R.I., a obtenu la citation suivante : « Voyant l'élan de notre attaque brisé par le feu des mitrailleuses ennemies, a sonné la charge debout sur le parapet, bravant les rafales de balles, pour essayer d'entraîner de nouveau les assaillants. »
  • Lundi 31 janvier : Les brancardiers risquent leur vie pour sauver leurs camarades, comme en témoigne la citation attribuée à Jean-Albert Martin, de La Machine, brancardier au 56e R.I., mort de ses blessures le 16 octobre 1915 : « grièvement blessé le 6 octobre 1915 en avant des tranchées en allant relever des blessés sous un feu intense de mousqueterie et d'artillerie. »

La situation militaire.

  • Les comptes rendus militaires, diffusés dans la grande presse, alignent des faits d'armes presque toujours victorieux. C'est la vérité officielle qui doit permettre aux civils de conserver le moral. Pour avoir une autre vision de ce qui s'est réellement passé, il faut consulter les Journaux des Marches et Opérations des régiments, les cartes des zones de combat et les souvenirs rédigés par les soldats.
    « Au début de la nouvelle année le général Joffre a adressé aux troupes un bel ordre du jour rappelant les exploits accomplis au cours de l'année qui vient de finir en leur disant « Soyons fiers de notre force et de notre droit... pendant que nos ennemis parlent de paix, ne pensons qu'à la guerre et à la victoire ! » Ces nobles paroles ont été comprises de nos soldats qui, malgré le froid, la pluie, la boue, ne tendent de toute leur volonté qu'à un seul but, la victoire finale. »
(Le Pays de France, n°65, 13 janvier 1916).
  • Voici un résumé des communiqués de la première semaine de janvier 1916.
    De violents combats d'artillerie ont eu lieu en Belgique, entre Ypres et Dixmude. Les 1er et 2 janvier, un audacieux coup de main a permis à un détachement anglais de pénétrer dans une tranchée allemande, près d'Armentières, de cribler de grenades les défenseurs et de se retirer avec des pertes insignifiantes. En Artois, nos batteries ont fait sauter un dépôt de munitions ennemi, près de Beaurains. En Picardie, l'action de l'artillerie paraît s'étendre chaque jour. En Champagne, l'ennemi échoua par deux reprises à prendre un poste d'écoute vers la cote 193 et la butte de Tahure. En Argonne, notre artillerie a si violemment bombardé les positions ennemies que les Allemands ont dû fuir leurs abris. Le 1er janvier, une pièce allemande à longue portée a lancé dix obus sur Nancy ; une petite fille et un habitant furent tués. Prise à partie par nos canons, la grosse pièce de 380 a été dissimulée dans un tunnel près de Château-Salins. En Alsace, nous sommes devenus définitivement maîtres de la position de l'Hartmannswillerkopf, malgré les contre-attaques de l'ennemi. Les sous-marins allemands ont continué leur œuvre de piraterie ; après la Ville-de-La-Ciotat, c'est le paquebot anglais Persia qui a été coulé ; 335 personnes ont péri dont 119 passagers qui allaient aux Indes. Le croiseur anglais Natal et le sous-marin français Monge ont également subi de graves dégâts en heurtant des mines, mais leurs équipages ont pu être sauvés.
    Sur les théâtres extérieurs, après avoir évacué en bon ordre les Dardanelles, nos troupes combattent aux côtés des Serbes, en Macédoine, sur la rive gauche du Vardar. Notre marine protège Cattaro dans l'Adriatique et vient de couler un croiseur autrichien.
    Nos avions multiplient les sorties, les bombardements et gagnent des duels aériens en Belgique et dans les environs de Laon. Un de nos dirigeables a lancé 38 obus sur la gare et les établissements militaires de Fribourg-en-Brisgau dans la nuit du 27 au 28 janvier. Mais l'ennemi a lancé immédiatement deux zeppelins sur Paris : leurs bombes ont tué vingt-six personnes, dont quatorze femmes et cinq enfants dans un quartier populeux de la capitale.

(1) Nouvel exemple de bobard...

Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par --Mnoel 16 janvier 2016 à 15:21 (CET)