Commagny prieuré

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Le logis du prieur

Le logis du prieur de Commagny avait de vastes chambres au rez-de-chaussée et au premier étage. Il tenait d'un côté à l'église, à la hauteur du transept, et était flanqué d'une belle tour d'angle. De trois côtés il était fermé jadis de murailles crénelées. Ce qui reste aujourd'hui semble indiquer le XVème siècle.

Les caves, les vinées et les celliers laissent la douce impression que le vignoble et les dîmes fournissaient au prieur du vin en abondance. Le cloître, situé au sud de l'église avec laquelle il communiquait par une porte depuis longtemps bouchée, n'est représenté aujourd'hui que par un petit bâtiment renfermant un four.

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D'après les visites faites par les envoyés de l'abbé de Saint-Martin d'Autun, le logis du prieur et celui du sacristain étaient en mauvais état en 1622. Seize ans plus tard, la demeure du prieur fut trouvée médiocrement entretenue; il manquait des vitres, et une écurie répandait de mauvaises odeurs, non seulement dans la maison mais aussi dans l'église. En 1676 elle était en assez bon état.

Le prieuré fut vendu nationalement en 1790 à M. Jacques Massin, fermier à Marry, et revendu par lui trois ans plus tard, moyennant 6,000 francs, à M. Hugues Besson.

Il est inscrit aux Monuments Historiques par arrêté du 15 mai 1927. C'est maintenant une propriété privée.

Le rôle du prieur

Le prieur de Commagny était seigneur et haut justicier dans l'étendue de son prieuré. Sa justice était limitée par le Pont-Cottion, le ruisseau, en remontant la vallée, jusqu'au bois du Tronsoy , par le chemin réal de Marry à Commagny, par un autre chemin qui traversait les Usages de Commagny et de Moulins Engilbert, dits la Queue de Noury , justice du comte de Nevers, qui passait ensuite par le cloiseau de Champgossieu, entre les prés Moreau et de la Vesvre, puis traversait le Guignon ; par un troisième chemin pavé fait par la royne Brunehilde au temps qu'elle vivoit royne de France et de Bourgongne[1], et divisant les bois du prieuré et de la baronnie d'Anizy, jusqu'aux Usages du Grand Anizy; et enfin par un quatrième chemin allant de la Charmée à Limanton... pour revenir au point de départ .

A cause de sa haute justice, le prieur avait prison et pilori, mais quand un accusé était condamné à mort, il était conduit, la corde au cou, jusqu'au Pont-Cottion où il était livré aux officiers du comte de Nevers chargés de le faire mourir. Naturellement les biens des condamnés étaient confisqués au profit du prieur, la confiscation étant un des fruits de sa juridiction de seigneur haut justicier.

Le prieur était aussi collateur de la cure de Moulins Engilbert ainsi que des églises de James, de Saint Péreuse et de Sainte Marie, près d'Achun.[2]

Comme représentant des fondateurs primitifs, le prieur avait non seulement le droit précieux d'instituer l'écolatre ou maître d'école de Moulins Engilbert, mais encore la faculté de choisir cinq enfants qui pouvaient fréquenter l'école sans acquitter aucune rétribution. Ce droit et ces prérogatives sont spécifiés en ces termes au folio 345 d'un terrier de Commagny de l'an 1451;

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Et premièrement est chose notoire que ledit monsieur le prieur, au nom et à cause de son prioré a droict de mettre et instituer en icelle ville de Molins-les-Engibers, pour le bien et profit du païs, maistre d'écolle pour régir et gouverner les escholles d'icelle ville et entretenir les enffens tant d'icelle ville que de ceulx du dehors ; et de ce ledit monsieur le prieur a joy et usé tant par lui que ses prédécesseurs par si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire, etmesmement au veu et seu du curé de la ville de Molins, de honorables hommes et sages maistre Erart Tartarin, maistre Pierre Lamiche, licencié-es-loix, de Jehan Boutillat, Jehan Vernillat, Jehan de Biches, messire Pierre Pinot, maistre Herart Alexandre et Henry Alexandre, frères, messire Philippe Benoît, messire Guillaume Alexandre, messire Regnaud Durand, prebstres, et de tous généralement les manans et habitans d'icelle ville, et de moy notaire cy dessoubz escript. Item, plus ledit Monsieur le prieur ha droict de retenir sur lesdites escholles cinq enffens, desquels cinq enffens le maistre ne doibt rien prandre ny exiger droict d'eschollage sur eulx, et de ce ledit monsieur le prieur a joy et mesmement a retenu à luy les deux enffens de maistre Erart Alexandre, le fils de Guillaume Richard, ung des enffens de Jehan Boutillat et ung des enffens de feu Droin Cotignon, comme apparoit par les tesmoings cy après escriptz. Item, ledit maistre desdites escholles, quand ledit prieur l'a institué, peult régenter et lever les proffictz desdites escholles sans nul contredit en toute la prévosté de Molins, en telle manière que s'il y a aucun curé ou clerc, qui tienne en ladicte prévosté escolles sans le congé du maistre, ledict maistre de Molins le peult contraindre de les en désister et prendre le gain qu'il y auroit s'ils venoyent en sa « dicte escolle...

Mais si le prieur avait des droits très beaux et très étendus, il avait des devoirs à remplir vis-à-vis de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun dont il relevait. Outre l'obligation d'assister au grand chapitre de l'abbaye chaque fois qu'il y était appelé, il devait, à son avènement, une chape pour l'église de Saint-Martin, et, annuellement, 30 livres de pension pour l'abbé, 4 livres pour le patronage de son couvent, et 6 livres de cire pour le sacristain de l'abbaye.



  1. En l'an 600, Brunehilde (ou Brunehaut),reine d'Austrasie, installe des moines en l'abbaye de Saint-Martin d'Autun. Elle va également les doter de terres dans le Nivernais. Commagny en fait partie et c'est là qu'un monastère est fondé, probablement dès le VIlle siècle, dédié à Saint Laurent. Il faudra attendre le XIIe siècle pour voir s'ériger l'église prieurale et paroissiale , un cloître aujourd'hui disparu, un four banal, un bâtiment à usage de grenier. http://www.ventsdumorvan.org/pdfs/pdfs/vdm-0487.pdf
  2. selon M. l'abbé Baudiau dans son Morvand, t. I,. p. 542.