Notes de l'abbé Étienne Girard

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  • L'abbé Étienne Girard a été curé de la paroisse Saint-Aré entre 1911 et 1930. Dans le registre où il notait tous les événements importants de sa paroisse, une dizaine de pages sont consacrées à la Première Guerre Mondiale. Son témoignage, rédigé au jour le jour, est irremplaçable ; il permet de compléter le point de vue des journalistes ; de plus, l'abbé Girard nous révèle certaines des préoccupations de la hiérarchie catholique et son interprétation des causes de ce mal absolu, la guerre(1).

« Année 1915. La guerre. Les soldats à Decize.

  • L'histoire de la guerre de 1914-1915 gardera, en le précisant, le souvenir des longues semaines d'angoisses patriotiques vécues durant l'hiver et au commencement du printemps de 1915, dans la disette des nouvelles, dans l'attente des événements et dans l'espèce d'atonie produite par la durée extraordinaire d'une guerre dont les péripéties déconcertaient toutes les prévisions.
  • À Decize, il faut l'avouer sans fierté, la présence du 37e et le voisinage du 156e cantonné à Saint-Léger et dans les environs, en apportant un afflux extraordinaire au mouvement des affaires et du commerce, ravale un trop grand nombre de gens, des pensées et des sentiments élevés où ils étaient montés sous l'excitation des débuts de la guerre, à un niveau de préoccupations qui menacent de leur faire perdre le fruit de la rude et salutaire éducation à laquelle Dieu soumet la France. Cinq à six mille soldats fournissent chaque jour, de 5 heures à 9 heures du soir, sans compter les dimanches, l'appoint d'une clientèle inespérée, laquelle épuise, à deniers comptants, les réserves sans cesse renouvelées de provisions de bouche et de linge chez l'épicier, le boulanger, le pâtissier, le marchand de vin et de vêtements, etc... C'est une fortune pour la bourse des commerçants mais qui ne va pas sans bien des déficits sur d'autres terrains. Qu'il suffise de marquer ici que - indépendamment du désarroi moral, dans bien des milieux, l'ensemble du commerce a trop habituellement oublié le chemin de l'église, aux heures où l'intérêt le retenait derrière les comptoirs. Nos prières du soir, nos Messes du jeudi pour les soldats ont complètement perdu, au courant des mois de novembre, décembre, etc..., le caractère de manifestations publiques qui les rendaient si édifiantes au début de la guerre.
  • Seules, les Messes militaires du dimanche ont gardé tout leur religieux attrait. Nos deux commandants de place, MM. Millet et Lyonne, n'ont pas cessé d'y donner, avec l'édification de leur présence, l'autorité de l'exemple à laquelle les soldats et les officiers ne manquent jamais d'obéir dans une large mesure. Cela a été le fait d'à peu près tous les dimanches de voir toute la grande nef remplie, depuis la crypte jusqu'à la tribune, d'une assistance qui débordait, parfois, jusque dans les chapelles ou les nefs latérales.
  • À la fin de février, les démarches faites par les politiciens de l'Aube, réussissaient à obtenir de l'Autorité militaire le retour à Troyes du 37e. Le départ définitif s'est accompli dans la semaine du 15 au 21 mars. Le dernier dimanche, à la demande instante des deux commandants, la Messe militaire a revêtu un éclat particulier. L'assistance y était encore plus nombreuse que d'habitude, les chants exécutés avec un entrain magnifique. Le curé a dit, en chaire, les sentiments inspirés par la circonstance. Le surlendemain, les deux commandants faisaient, au presbytère, une visite d'adieu où les sympathies réciproques se traduisirent, de part et d'autre, dans des termes venus tout droit du cœur...
  • Dès ce moment, on nous annonçait la venue du 79e, cantonné à Nevers ; cette nouvelle, en ravissant les commerçants, nous laissait, pour divers motifs, beaucoup plus froids... »

(1) Registre aimablement communiqué par M. l'abbé Vivier, période 1914-1918, p. 318 à 347.

Textes de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par --Mnoel 8 mars 2015 à 09:56 (CET)