Nevers rue La-Fayette

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RUE LA-FAYETTE à NEVERS (Devenue Rue Saint Martin(1))

La rue Lafayette
  • La rue de la Saulnerie (et non Sonnerie) commençait à celle de la Revenderie et, annexant une partie de celle appelée aujourd'hui rue La-Fayette, finissait à hauteur du débouché ouest de la rue des Merciers. Sa partie inférieure, devenue place par la démolition de la chapelle Saint-Sébastien (1759), prit ce dernier nom. La partie supérieure fut adjointe à la rue Saint-Martin. Cette dernière rue tirait son nom d'une abbaye qui s'étendait dans un sens depuis la rue La-Fayette jusqu'à celle du Rempart(2) et, dans l'autre sens, depuis les rues de Rome(3) et de la Banque(4) jusqu'à la place Carnot actuelle. C'est sur cet enclos que fut prélevé, au XVIIe siècle, celui de la Visitation.
    L'abbaye tint lieu d'hôtel de ville jusqu'à l'achat, au XVe siècle, d'une maison spéciale. Les échevins se réunissaient dans la salle du Chapitre(5), les assemblées de bourgeois dans le cimetière ; le trésor était gardé dans l'église, les archives dans une salle voûtée qui ne fut rendue à l'abbaye qu'en 1642 sous la condition qu'elle serait reprise au besoin.
    L'église, très vaste, avait son portail rue Hoche et son abside au delà de la rue Gambetta (Hôtel des Finances). Sur son emplacement et celui de son cimetière sont les maisons nos 16 à 20. Elle devint paroissiale de bonne heure, sous le titre de Saint-Blaise. Le curé était le prieur du couvent. Le clocher, très élevé et voyant la campagne par-dessus les maisons de la cité, servit de beffroi avant la construction de celui des halles Saint-Arigle ; la cloche sonnait l'ouverture et la fermeture des portes et aussi l'heure de minuit. Ce clocher servit encore plus longtemps de guette où veillait, dans les moments de trouble, un trompette pour donner l'alarme, avec un étendard pour faire des signaux. Il fut remplacé pour cet usage au milieu du XVIe siècle, par la tour de Saint-Cyr où, à différentes reprises, pendant les guerres de religion, on vit des prêtres en surveillance de jour et de nuit.
    La maison de l'Abbé, construite au XVIIe siècle (Banque de France) servit d'hôtel de ville à la fin de l'ancien régime.
    Le cimetière entourant l'église devint vite trop étroit. En 1269, les moines en établirent un supplémentaire au faubourg de Martelet. N'ayant pas pris l'agrément du comte, celui-ci, Jean-Tristan, fils de saint Louis, fit profaner et supprimer ce cimetière qui, après lui, fut rétabli. Sa chapelle (Saint-Sylvain) bâtie en 1318, servit souvent de reposoir aux corps des seigneurs décédés au dehors, avant leurs obsèques solennelles.
    L'abbaye existait déjà au milieu du VIIIe siècle ; L'évêque Rainfroi lui fit don, en 752, de biens situés à Bourdenay. L'évêque Saint-Jérôme (796-815) la répara, ainsi que l'église Saint-Genest ; il y fut enterré. Un de ses successeurs, Hériman (840-860) y établit 16 chanoines, dont un, Fromond, fut évêque de Nevers de 1125 à 1145. C'est ce dernier qui fit construire l'église. Les chanoines, d'abord séculiers, devinrent réguliers en 1143, s'agrégèrent en 1520 à la Congrégation de Saint-Victor (de Paris), et, vers 1640, à celle de Sainte-Geneviève (également de Paris). L'abbaye était encore occupée par les Génovéfains à sa suppression, en 1790. Elle était riche et possédait notamment le moulin du Pont-Cizeau, acquis par échange d'une rente de 100 sous donnée par la comtesse Mahaut, en 1257.
    L'Abbé ne céda qu'en 1388 au comte son privilège fructueux du droit exclusif de pesage dans la ville. Le poids du comte, plus tard poids de la ville, fut alors installé aux « Vieilles halles Saint-Arigle », sous le bailliage, rue des Boucheries.
    Quand les revenus des établissements religieux devinrent pour le roi un moyen de faire des largesses à ses favoris, l'abbaye n'eut plus à sa tête qu'un prieur ; l'abbé nominal commendataire n'y résida plus. L'un d'eux, Casimir, ex-roi de Pologne, veuf de Marie de Gonzague, retiré en France et doté de plusieurs abbayes, dont celles de Saint-Martin de Nevers et de Saint-Germain-des-Prés de Paris, mourut à l'abbaye étant de passage à Nevers, en 1672. Son cœur fut transporté à Saint-Germain-des-Prés et mis dans un tombeau ; le corps fut envoyé à Cracovie.
    Les Génovéfains étant une congrégation savante, leur bibliothèque était importante. Le premier grand séminaire, créé par l'évêque de Chéry, leur fut longtemps confié.
    La paroisse de Saint-Martin fut supprimée en 1790 et l'abbaye devint propriété nationale. Les bâtiments furent mutilés, le clocher abattu, l'église utilisée quelques mois (1809-1810) comme marché à la viande, puis comme écurie pour les chevaux de la gendarmerie qu'on y installa sous l'Empire, les hommes occupant l'ancienne habitation des moines. L'enclos avait déjà été entamé par la vente de la maison abbatiale, au commencement de la Révolution ; il le fut encore par l'ouverture de la rue Neuve-Saint-Martin. Les restes du couvent et de l'église furent rasés en 1900, le terrain vendu par lots et les rues Hoche (prolongement) et de la Liberté ouvertes.
    On a trouvé dans ces terrains, outre de nombreux cercueils recouvrant des décombres gallo-romains, une plaque de cuivre commémorant la première pierre de la reconstruction en 1755, un grand bronze de Néron, un double tournois du roi Philippe IV (1285-1314), un douzain de Louis XIII.
    Il était d'usage jadis que l'évêque nouvellement nommé passât la nuit dans l'abbaye, la veille de son entrée dans sa ville épiscopale, et fût ensuite porté par les quatre premiers barons du Nivernais (ceux de Druy, Cours-les-Barres, Givry et Poiseux) d'abord à l'entrée de la cité où il prêtait serment à la ville et aux bourgeois de les aimer, de les défendre selon leurs anciennes libertés et coutumes approuvées, puis à la cathédrale Saint-Cyr.
    N° 1 : Maison Bouquillard. Portes, fenêtres, balcons et boiseries Louis XV. C'est l'ancien Hôtel Flamen d'Assigny.
    N° 4 : Agence du Comptoir d'Escompte.
    N° 5 : Ancienne maison du prieur de Saint-Martin qui était en même temps curé de la paroisse Saint-Blaise établie dans l'église abbatiale (comme Saint-Jean à la cathédrale, Saint-Siméon à Saint-Victor, etc.). Elle est percée de fenêtres gothiques à meneaux en croix et ornée de frises finement sculptées du XVe siècle. Au rez-de-chaussée, deux intéressants corbeaux représentent des personnages en costume de l'époque. Dans la tourelle d'escalier se voient de jolies sculptures. Cette maison fut vendue par l'abbaye vers 1745 et, depuis cette époque, le curé résida au monastère.
    N° 12 : Maison Prévost-Maréchal, fourreur. Pendant la Terreur, elle a servi au Comité de surveillance. Sur la porte d'entrée de la salle des séances, il y avait un écriteau portant en gros caractères :

    Ici on se tutoie ou sinon point d'audience

    C'est dans cette salle que se serait passée une petite scène souvent racontée : le citoyen Bussière, ancien menuisier coiffé du bonnet phrygien, préside le Comité, assisté de Gaillard dit Brutus, faïencier, et de Richard, menuisier. Le citoyen Bouchardon, ébéniste, se lève et dit : « Citoyen président, je te demande la parole pour un rappel au règlement ». Bussière, président : « Tu lazas, et si t'en mésuses, je te la rôte ».
    N° 21 : Hôtel de Vertpré. M. Denis Durosier de Magnien, baron de Vertpré (1776-1853) a donné à la ville cette maison, ainsi que la Porte du Croux. L'emplacement était, en 1622, occupé par la demeure de Nicolas Bourgoin.
    N° 24 : Agence de la Société générale.
    N° 26 : Hôtel Leblanc-Bellevaux.
    N° 33 : Hôtel de Moncorps.
    N° 36 : Les Sainte-Marie, anciennement les Visitandines. En 1620, M. de Chateau-Renault, baron de Lange, et Vincent Bouzitat, marchand à Nevers, projettent d'établir en cette ville une maison de l'ordre nouvellement créé de la Visitation. Le 19 mai, ils obtiennent des échevins que des religieuses du couvent de Moulins pourront venir s'installer sur l'emplacement de trois maisons assises en la rue Saint-Martin et sur un grand terrain adjacent, alors en désert de vigne, à condition de laisser trois toises de distance entre leur clôture et les murs de la ville. Saint François de Sales, supérieur de l'ordre, permet cet établissement et, malgré l'opposition du peuple et des autorités du Bourbonnais, les religieuses, après une évasion romanesque, arrivent le 22 juillet 1620. Bientôt elles sont l'objet de critiques ; peu s'en faut qu'elles ne soient renvoyées comme inutiles. En 1629, comme les Ursulines, elles achètent des maisons pour s'agrandir, dépeuplant ainsi la rue. Les échevins leur font défense de démolir les maisons acquises et d'en acquérir de nouvelles. Elles ne tiennent aucun compte de cet ordre qui leur est renouvelé, avec menaces, en 1638. La chapelle actuelle, commencée en 1639, fut bénite en 1641. Sa façade est un peu chargée d'ornements dans le goût italien ; l'entablement, soutenu par des colonnes cannelées composites encadrant la porte, est lourd ; sainte Jeanne de Chantal, fondatrice de l'ordre, inspectant le couvent, trouva, dit-on, ce portail trop riche et demanda la suppression d'une partie de son ornementation, ce qui ne fut pas fait. Il a été remis à neuf en 1820. Deux Visitandines de Nevers moururent en odeur de sainteté : Mme de Bréchard, en 1631, et Marie-Joséphine Dollet de Sollières, en 1711. Le couvent est le théâtre principal du poème de Gresset, Ver-Vert :
Libre, il pouvait et tout dire et tout faire ;
Il était sûr de charmer et de plaire.
Des bonnes Sœurs égayant les travaux,
Il becquetait et guimpes et bandeaux.
  • Devenu à la Révolution propriété nationale, le couvent servit de manutention militaire dans les premières années de l'Empire. Il fut, en 1806, concédé à la congrégation de la Charité et Instruction chrétienne, dont l'impératrice-mère, Laetitia, avait été déclarée protectrice. Ces religieuses, entrées en possession le 4 juin 1807, y établirent leur maison-mère et des écoles, et furent reconnues par décret du 29 janvier 1811, confirmé par ordonnance royale du 19 novembre 1817. Le gouvernement de 1830 leur disputa en vain ce qu'elles croyaient être leur propriété. Bien que l'inspecteur primaire se vît longtemps refuser l'accès de leurs écoles et qu'en 1841 elles n'eussent pas encore l'autorisation du recteur, elles recevaient cependant 251 élèves, dont 60 gratuitement et, en 1846, on leur donna la direction de l'école normale d'institutrices qu'elles conservèrent jusqu'en 1883. Le gouvernement de la 2e République leur intenta un procès dans le but de les amener à reconnaître l'État comme véritable propriétaire. A son passage à Nevers, le 15 septembre 1872, Louis Bonaparte, président de la République, fut saisi de la question par l'évêque Dufêtre. Une loi, rapportée par Octave Le Peletier d'Aunay, fut votée le 12 juin 1853. Son article 4 est ainsi conçu : « Dans le cas où, par suite de l'extinction de la congrégation, de la révocation de l'autorisation qui lui a été accordée, ou de toute autre cause, les biens affectés rentreraient en la possession de l'État, ils seront repris francs et quittes de toutes charges provenant du chef de la congrégation ».
    Au milieu du XIXe siècle, les Sœurs ont fait construire un grand couvent dans l'enclos de Saint-Gildard et y ont installé le siège de leur communauté.
    En 1903, on commença la démolition, après acquisition par la ville, des vieilles maisons qui entouraient le couvent, depuis la place Carnot jusqu'au n° 28, ce qui a permis d'élargir la rue et de dégager la chapelle, mais on a laissé rebâtir (Caisse d'épargne) au coin de la rue et de la place, en masquant la vue de la façade de cette chapelle classée comme monument historique.
    N° 45 : Bazar de la Nièvre, maison ayant appartenu à Henri de la Grange d'Arquian, dont la seconde fille, Marie, épousa Jean Sobieski qui fut plus tard roi de Pologne. Henri de la Grange d'Arquian avait été colonel du régiment de cavalerie du duc d'Orléans, capitaine de la garde suisse et, enfin, par l'intervention de son gendre, cardinal, en 1695.
    En l'an II, la rue Saint-Martin s'appela pendant quelque temps rue Voltaire.
    En l'an VI, elle est de nouveau désignée sous le nom de rue Saint-Martin.
    En l'an VII, on dit rue Martin.
    Le 10 novembre 1918, en témoignage de reconnaissance pour le secours apporté par les États-Unis, elle prit le nom de rue La-Fayette, en même temps que celui du président Wilson était donné à son prolongement (place Saint-Sébastien).


Note : La rue Saint Martin est citée en 1436.


(1) La rue Gambetta fut nommée rue La-Fayette en 1848.
(2) Actuelle rue Pierre Bérégovoy.
(3) Actuelle rue Hippolyte Taine.
(4) Actuelle Rue Jean Desveaux.
(5) Le compte du receveur de l'an 1399-1400 indique le paiement de cent sols tournois au prieur pour la messe par lui célébrée pendant un an, tous les mardis, dans la chapelle fondée dans le Chapitre « où la ville a accoustumé de s'assembler pour fère ses besognes et négoces » (Archives communales, CC, 7)
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Victor GUENEAU dans Mémoires de la Société académique du Nivernais – 1926/T28