Loire-crues

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Les statistiques des inondations

Quelques niveaux témoins

Rien de plus parlant qu'un petit tableau.

  • 1907: crue centenale
  • 1968 et 2003: crues à période de retour supérieure à 50 ans
  • 1846, 1856 et 1866: grandes crues extraordinaires

Même si décembre 2003 a marqué nos esprits, le pire est passé et peut être à venir.

Témoignages à travers les siècles à Decize

Quelques témoignages relevés par des généalogistes. Je les ai piochés sur les pages d'anecdotes de Jacques MARCHAL

1789 Decize Saint Privé - Crue de la Loire
ce samedi 10 Octobre 1789 et le dimanche suivant le Loire était prodigieusement débordée. Les anciens disaient qu'il y avait bien une trentaine d'années qu'ils ne l'avaient vue si grande. Peu s'en fallait que l'eau ne bouchât l'écoulement des arcades du Pont de Loire, et celles du Pont d'Aron. La levée des Caillots était plus de la moitié toute couverte, et il fallait un bateau pour passer en delà de la St Thibaut. A peine la levée du pré Chalopin pouvait contenir la quantité énorme d'eau, puisqu'elle passait par dessus. La levée des Caillots était plus de la moitié toute couverte, et il fallait un bateau pour passer en delà de la St Thibaut. La nuit de samedi à dimanche on sonna le tocsin pour assembler du monde et empêcher que le faubourg ne fut inondé. Cette crue a été occasionnée par la fonte des neiges.

  • Texte extrait des registres BMS, déposé par Alberte Cochin.

Inondations à Decize en 1790
Le vendredi douze novembre 1790 entre dix et onze heures du soir, la rivière de Loire étoit tellemeent débordée qu'une brêche s'étant faite à la levée du pré Chalopin, les eaux s'écoulèrent aussitôt dans toute l'étendue de ce pré et de la vigne de la Garde, delà dans les maisons du pont d'Aron, d'ou les habitans furent obligés de déguerpir. Il y avait environ cinq pieds d'eau dans la cure, ma domestique et moi, nous ne pûmes monter au grenier d'autres meubles que mon lit, et quelque peu de linge.
Tout le reste demeura dans les chambres à la mercy des eaux qui renversèrent ma bibliothéque, dispersant Tous mes livres, papiers et registres, au point que le dimanche suivant quatorze, y ayant encore près de Trois pieds d'eau, je pris le parti de faire ramasser par Hugues Rat, mon marguillier, à travers les chambres Tout ce qu'on put. Mes livres et papiers ont été extrêmement endommagés par le limon. J'en ai même perdu, que la rivière a entraîné.
J'ai fait sécher comme j'ai pu, tant chez moi que chez les voisins ceux que j'ai échappé au naufrage.
Cette nuit désastreuse, je couchai au grenier transy de froid que j'étois, et le lendemain je fis une ouverture à la couverture par laquelle je descendis sans échelle dans un bateau pour me retirer dans la chambre de feue de Madame Martel dans laquelle je couchai sept ou huit jours.
Pendant cet intervalle , je me décidai d'occuper la maison à moi appartenante dans le faubourg auprès de celle de Etienne Roberdeau, cloutier. Par ce que j'appréhendais en la cure, je ne me trouvasse encore exposé au danger, et de perdre la vie et mes meubles.
Il y avait déjä une huitaine de jours que je demeurois au presbitere, qui me plaisait assez à cause du jardin, mais à cause de l'éloignement de l'église ne convient guère pour un curé.
Charpin

  • Texte extrait des registres BMS, déposé par Alberte Cochin.

1790 Decize Saint Privé - Conséquences de la crue
Note du 15.11.1790. "noter que la date du 15 est la véritable date, et qu'il n'a pu être inséré sur le présent registre plus tôt attendu que le baptême a été fait en la paroisse de Chassenay, à raison du débordement de Loire qui a été si considérable que l'eau est montée ) 17 pieds et demi au dessus du cour ordinaire, ce qui a occasionné la chute des quatre arches du pont de crotte" Ducray curé

  • Texte extrait des registres BMS, relevé par Alberte Cochin.

Les inondations contrarient également le baptême à Decize
[en marge du registre] Le dix neuf novembre mil sept cent quatre vingt dix a ete baptisé sur les fonds baptismaux de St loup a cause du debordement des eaux, et de la chute du pont de crottes, Magdeleine fille legitime de toussaint char

[en marge de la note] nota que Mr le curé de St loup ne nous a fait parvenir le present acte le 20 ... 1790

  • Decize Saint-Aré et Saint-Maurice BMS (1781 - 1792) - 4 E 95 art. 9 - vue 293 / 333


--Patrick Raynal 29 octobre 2013 à 19:26 (CET)

Épisode d'une inondation de la Loire à Cosne en 1790

  • Cosne est une des villes du Nivernais qui ont eu le plus à souffrir des inondations. Non seulement la Loire y a causé à différentes reprises les plus grands ravages, mais le Nohain lui-même est parfois sorti de son lit, infligeant aux riverains des pertes considérables.
    C'est ainsi que le 23 février 1658, une crue subite de cette petite rivière, emporta le pont qui unissait les deux paroisses de Saint-Jacques et de Saint-Aignan, détruisit la chapelle Saint-Firmin, la moitié de l'hôtel-Dieu et un certain nombre de maisons voisines, avec tous les meubles qu'elles renfermaient.
    Parmi les inondations de la Loire, et sans parler de celles de 1615 et de 1733, ou de celles qui ont eu lieu de nos jours, et sont encore présentes à la mémoire de tous, la crue du 13 novembre 1790, qui renversa plusieurs arches du pont de Nevers, se fit remarquer par sa violence et la rapidité avec laquelle elle se produisit, surprenant les habitants dans leurs maisons et nécessitant les sauvetages émouvants, dont le souvenir nous a été conservé par la délibération suivante des administrateurs du district de Cosne
« Ce jourd'huy, samedi treize novembre mil sept cent quatre-vingt-dix, heure de midy, nous, administrateurs composant le Directoire du district de Cosne, et officiers municipaux de la même ville, soussignés, sur l'avis que nous avons eu par la voix publique, et sur ce que nous avons reconnu nous-mêmes, que la rivière de Loire avait crû prodigieusement, depuis la nuit dernière, que les eaux s'avançaient jusqu'au pied de la maison du sieur Pierre Frossard fils, dans la rue Dauphine (8), que le quai était couvert d'environ six pieds; que l'île était également couverte en totalité, et que les deux bras qui séparent la rivière vis-à-vis de Cosne étaient entièrement réunis que la rivière était couverte de débris de bateaux et marchandises emportées par le courant, qui, quoiqu'il ne fit point de vent, coulait avec une rapidité effrayante que la maison appartenant à M. de Langeron, construite sur l'île de Cosne, était dans le plus grand danger que les habitants de cette maison étaient montés dans les greniers, et qu'il était intéressant et pressant d'aller leur porter du secours nous avons crû devoir nous hâter de chercher des mariniers assez adroits et assez courageux pour faire le voyage alors se sont présentés devant nous, les nommés François Quillier, René Quillier, Claude Chereau, Louis Perroy, Laurent Bertrand, et Louis Thevin, tous garçons mariniers, demeurant en cette ville de Cosne, sauf ledit Thevin qui demeure à Tracy lesquels nous ont offert de s'embarquer sur le champ, et d'aller chercher les habitants de l'île, nous leur avons, à cet effet, procuré des barques et agrès nécessaires, et leurs avons aussi fait remettre des vivres tant pour leur besoin que pour celui desdits habitants de l'île »
« Les six mariniers sont partis aussitôt après être remontés en suivant le bord de la rivière jusques et près le Chantier Blanc, et redescendant ensuite en traversant obliquement la rivière, tantôt avec l'aviron, tantôt avec la bourde, ils sont arrivés près de la maison de l'île, et à l'aide d'échelles, quatre femmes et un enfant sont descendus dans la barque; et ils les ont ramenés dans la rue de la Croix-de-Saint-Nicolas où ils ont heureusement débarqué qu'ils ont aussi amenés deux porcs et ont sauvé onze brebis qu'ils ont montés dans le grenier de la maison, quant aux effets, ils ont été mis dans une barque qui était attachée à ladite maison. »
« A une heure après-midi, les officiers municipaux de la paroisse de La Celle, distante de Cosne de deux lieues, nous ayant écrit par un exprès, qu'ils étaient dans le plus grand danger, et qu'ils nous priaient de leur envoyer promptement du secours, pour sauver deux maisons qui étaient placées sur le bord de la Loire, nous avons été chercher à l'auberge du sieur Pinseau, les six mariniers qui avaient fait le voyage de l'île, et que nous avons trouvés dînant ; ces particuliers ont aussitôt quitté leur dîner et se sont embarqués sur le champ pour se rendre à La Celle, nous, Goy, vice-président, Bourgoin, maire, accompagnés du sieur Charles Beaubois, capitaine en second de grenadiers de la garde nationale de Cosne, nous sommes aussi rendus audit lieu de La Celle, en voiture ; les mariniers sont arrivés presqu'aussitôt que nous et après beaucoup de peines et de difficultés, et même de danger pour aborder, nous les avons vus recevoir dans leur bateau, deux hommes, deux femmes et six enfants, sept porcs et deux vaches, et nous avons reconnu qu'en effet les deux maisons avaient beaucoup de risque et que sans des secours aussi prompts les habitants étaient exposés à périr. »
« A cinq heures après midi, les six particuliers se sont présentés, pour recevoir la récompense que nous jugerions à propos de leur donner, nous leur avons répondu, que nous ne pouvions de nous-mêmes, sans en avoir référé à l'autorité supérieure, fixer leur récompense, que nous allions en écrire à l'assemblée du département. »
« Mais provisoirement nous leur avons donné une somme de vingt-quatre livres, nous leur avons promis de payer la dépense qu'ils avoient faite dans la journée, et d'écrire incessamment à MM. les administrateurs du département, pour qu'ils veuillent bien fixer leur récompense. »
« Quant à nous, nous estimons que, vu les peines considérables que ces particuliers ont eu, et les dangers qu'ils ont couru, pour aller délivrer tant les habitants de l'île de Cosne, que ceux de La Celle, il est juste de leur allouer à chacun vingt-quatre livres tous frais faits. »
« Nous prions en conséquence MM. les administrateurs de prendre cet objet en considération, et d'accorder aux particuliers dont il s'agit ladite somme pour chacun, elle nous parait bien méritée, et d'ailleurs nécessaire pour encourager en pareille circonstance les citoyens capables d'être utiles. »
  • L'expédition de cette délibération fut adressée le 19 novembre suivant à l'administration départementale avec une lettre insistant sur la nécessité d'encourager par une récompense immédiate de semblables dévouements mais il ne paraît pas que cette démarche ait eu aucun résultat, puisque le 23 décembre 1791, plus d'un an après, le district de Cosne, dans une nouvelle lettre, réclame le règlement de cette affaire. Dans l'intervalle, l'Assemblée nationale avait voté le 19 novembre 1790, une loi accordant une somme de 30.000 livres à chacun des départements de la Nièvre, du Loiret et de l'Allier, à titre de secours provisoire, et sur cette somme, la part du district de Cosne avait été fixée à 10.396 livres, mais la répartition n'en était toujours pas effectuée.
  • Aussi le 20 janvier 1792, les mariniers, las d'attendre leur récompense, se décidèrent-ils à aller à Nevers la réclamer eux-mêmes la lettre d'introduction qu'on leur remit a cette occasion est à citer en entier comme exemple du style ampoulé dont on se servait à cette époque. De nos jours, de pareilles expressions sembleraient un peu dépasser la mesure, mais il faut tenir compte du milieu exagéré qu'était la Révolution.
  • Malheureusement, les hommes d'alors ne s'en tinrent pas à l'exagération de leur langage et, parmi ceux dont il est question dans la délibération précédente, il en est un, Étienne Goy, vice-président du district de Cosne et commandant de la garde nationale, qui paya de sa tête, avec quelques-uns de ses compatriotes, une complicité imaginaire dans une prétendue conspiration fédéraliste.
« Lors du débordement de la Loire, Messieurs, de décembre 1790, les nommés, mariniers, eurent le courage de braver la fureur des flots pour voler au secours des malheureux prêts à y périr nous vous avons aussitôt donné connaissance du dévouement héroïque de ces braves et généreux citoyens, pour leur faire accorder la récompense due à leur noble et salutaire entreprise mais depuis ce temps, ces hommes intrépides, qui, s'ils se fussent présentés devant leurs concitoyens au moment où ils ont ramené parmi eux les infortunés que l'onde menaçante allait engloutir, auraient trouvé dans les cœurs tout pleins alors de ce spectacle touchant, une abondante récompense, n'ont encore rien obtenu et cependant, des citoyens recommandables, il est vrai, par des actions non moins vertueuses, ont déjà su mériter auprès de vous, et l'honneur d'une marque distinctive, et l'assurance d'un prix à leur valeur civique.
Aujourd'hui, ces hommes précieux à la société, veulent se présenter devant vous. Ils veulent vous faire voir les hommes, qui, dans le danger, savent le braver pour secourir leurs frères, persuadés qu'une telle présence influera favorablement sur ceux qui, sentant tout le prix d'une action aussi généreuse, savent l'admirer et lui donner sa récompense. » Pleins de la même confiance, nous cédons à leurs désirs et nous nous empressons de vous les présenter. »

Henri Sarriau pour le Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts - 1883
--m mirault 20 juin 2014 à 13:58 (CEST)

Nevers, le 26 décembre 1923

François Oswald, chroniqueur à Paris-Centre, raconte.

"Il y a une quinzaine de jours, je constatais que la Loire, d’humeur badine avait léché quelques jardinets. Mais aujourd’hui, la Loire se fâche. Depuis de longs mois, elle somnolait dans son lit, elle vient de se réveiller.

Fort heureusement, ce n’est point un réveil furieux. Ce n’est qu’un réveil agressif. Étant réveillée, la Loire fait comme les hommes, elle quitte son lit.

Curieuse, elle est allée rendre visite à toutes les terres qui la bordent. Et elle en a pris possession avec désinvolture. Ce n’est point une surprise. Le service des crues nous avait aimablement prévenus que la Loire allait atteindre 3,70 m. Elle n’y a point failli et a eu la pudeur de ne point dépasser la limite qui lui avait été signée. Distribution du courrier les pieds dans l'eau.

Le quai, après le pont de Loire

Elle a atteint ses 3,70 m dans la matinée d’hier. À l’heure où ces lignes paraissent, elle est étale et des prévisions optimistes, en dépit de la pluie qui persiste et de l’Allier qui grimpe, laissant espérer une décrue sensible pour aujourd’hui.

Quai Amiral Jacquinot, vers 10 h, le facteur a fait sa distribution les pieds dans la Loire. Le fait est rigoureusement exact. De leurs fenêtres, les riverains regardaient tristement l’eau du fleuve qui en petites vagues ourlées d’écume, venait mourir sur le seuil de leur porte.

Majestueuse et fière, la Loire a pris possession des treize arches du pont. Elle coule consciente de sa force, de son importance et du respect un peu terrifié qu’elle inspire.

Elle parle haut et ferme et, contre les piliers, elle chante, d’une voix de basse sa chanson monotone sur deux ou trois notes en mineur.

Elle a revêtu sa vilaine robe teinte de boue, striée de longues virgules blanches. Le petit chalet vert, face à l’abattoir est menacé. Les bateaux-lavoirs chôment et près du pont du chemin de fer, un réverbère envahit par une attaque brusquée, regarde l’eau de sa petite clarté indigente et jaunâtre.

Le fleuve bouillonne, il joue à l’océan. Il a ses remous et ses vagues. Les pêcheurs ne pêchent plus et les laveuses ne lavent point. Des arbres envahis jusqu’à mi-tronc, dressent désespérément leurs branches noires. Dans les profondeurs des terres, des étangs et des lacs se sont formés. Le stand de tir est submergé. Prisonniers, quelques militaires ont été délivrés par une carriole. Le cheval savait nager.

Un grand vent fouette l’espace et les mains s’agrippent aux coiffures menacées. Des nuées lourdes, d’un gris de plomb, se hâtent dans une direction opposée à celle du fleuve. Et la pluie tombe par bourrasques. Les caves du quartier de Mouësse envahies

Des curieux, de ci, de là, des commentaires, on évoque les grandes crues de naguère et de jadis et la Nièvre jalouse est en crue aussi.

Elle a envahi des caves du quartier de Mouësse. Et ce matin, les locataires ont tenté de sauver leurs fûts, leur charbon, et leur bois des flots. Le lavoir du pont de la rue de Nièvre est devenu une île étrange. […] En somme, il ne s’agit encore que d’une fausse alerte. Point de dégâts sérieux.

En grande fille calmée, assagie, fatiguée par ses efforts, la Loire va regagner son lit. Et si nous lui souhaitions un très long sommeil?"

  • Praynal (discussion) 12 janvier 2019 à 17:48 (CET)
  • Source: Journal du Centre 28 décembre 2018