Jeanne d'Arc en Nivernais

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Jeanne d'Arc

La mission de Jeanne d’Arc est de délivrer Orléans et de faire sacrer le roi Charles VII à Reims. Immédiatement après ses premiers succès, son désir est d’emmener celui qu’elle appelle encore le gentil Dauphin, en Champagne. Les conseillers et les favoris de Charles VII en décident autrement trouvant une pareille expédition dangereuse car il faut traverser des contrées occupées par l'ennemi. Malgré l’opposition de Jeanne à ce sujet, le roi fini par prendre une décision et l’armée se met en marche. La Pucelle subit un retard à Gien. Les Anglais ou leurs alliés sont maîtres de trois places importantes, Bonny, Cosne et La Charité. Qu’elle était la meilleure décision à prendre ? Fallait-il laisser ces ennemis derrière soi ou bien fallait-il commencer par « nettoyer » les pays de Berry, d’Orléans et du fleuve de la Loire ? Jeanne d’Arc ne parvient pas à faire changer d’avis les conseillers du roi et, avant de continuer le voyage vers Reims, l’armée doit chasser les ennemis de ces trois villes. À plusieurs reprises, les Français ont songé à débarrasser les bords du fleuve ; en 1422, ils prennent La Charité et assiègent Cosne. En janvier 1428, le duc de Bedford, régent par le roi d’Angleterre, avertit Perrinet Gressart alors commandant à La Charité, que les Armagnacs, partisans de Charles VII, ont l’intention de venir mettre le siège devant cette ville. Des officiers sont envoyés aux capitaines de ces trois places, les mettant en demeure de se soumettre à l’obéissance du roi. Tous les trois refusent. L’amiral de France, Louis de Culant, est chargé de les soumettre. Il assiège tout d’abord Bonny avec « grand nombre de gens ». La ville se rend le 26 juin 1429. Restent Cosne et La Charité.

La tentative de prise de ces deux villes s’avère plus longue. On pense que l’armée française va entrer en Nivernais. Le bruit se répand qu’elle a commencé le siège de Cosne. Fin juin, les habitants de Decize envoient des délégués à Nevers pour savoir si le bruit qui court est exact.

Jeanne d’Arc voit s’éloigner avec peine l’expédition à laquelle elle tient. N’obtenant rien de ses instances, elle quitte Gien et va « se loger aux champs ». Le 29 juin, l’armée française se met en route et se dirige enfin vers Reims.

Au mois de septembre suivant, après le sacre et l’échec devant Paris, l’armée est de retour à Gien. Jeanne, le duc d’Alençon et d’autres guerriers désirent que la guerre contre les Anglais se poursuive soit dans l’Ile de France, soit en Normandie. Les conseillers du roi ne sont pas du tout de cet avis.
Charles VII entreprend une série de voyages en Touraine, en Berry et en Poitou. La Pucelle est le plus souvent à ses côtés mais il reste inactif. Les efforts de Jeanne d’Arc pour le faire sortir de cette inaction sont sans effet. Un conseil se tient enfin à Mehun-sur-Yèvre et revient sur le projet abandonné à Gien de chasser les ennemis des bords de la Loire.

La Charité occupe une position importante ; elle permet la communication des deux rives du fleuve. Les troupes du Dauphin s’en sont emparées le 25 juin 1422 mais la ville est demeurée peu de temps aux mains des Français. En décembre 1423, un aventurier du nom de Perrinet Gressart qui agit au nom de Philippe le Bon alors duc de Bourgogne, s’en est rendu maître par surprise. Il a construit un donjon, augmenté les fortifications et mis la place en état de résister à l’attaque d’une nombreuse armée. Il est à la tête d’une troupe qui lui est complètement dévouée et pille dans les contrées voisines du Berry et du Bourbonnais. Il rançonne les possessions de Charles VII et du duc de Bourbon.
Pour s’attaquer à un pareil adversaire il faut disposer de ressources considérables et celles du roi ne sont pas à la hauteur. Il devient nécessaire de penser à se faire aider par des villes restées fidèles.
Orléans ne peut se dispenser de répondre à la demande de Jeanne d’Arc à laquelle elle doit sa libération quelques mois auparavant. La ville fait alors l’acquisition de 18 muids, 11 septiers et 3 minots de sel que les habitants sont contraints de racheter immédiatement. L’opération produit 368 livres 8 sols parisis. On se met alors à l’œuvre et on fait conduire « à la rivière la grosse bombarde, pierres à canons et autres habillemens de guerre pour mener à La Charité » et on les fait charger sur des chalands.
Les armes ainsi prêtes à être acheminées, le siège de La Charité est décidé dès les premiers jours d’octobre 1429. Pourtant, le siège n’aura lieu qu’environ six mois et demi plus tard. Il est décidé d’envoyer la Pucelle d’abord à Saint-Pierre-le-Moûtier, ville dont il n’a, jusqu’à maintenant, jamais été question. Pourquoi cette décision ? Le motif n’est pas connu, seules des suppositions sont avancées. Ce que l’on sait c’est que cette ville est aux mains des Anglais mais on ignore depuis quand et de quelle manière ils s’en sont emparés.

À la mort de Charles VI en 1422, le comté de Nevers, administré par Philippe le Bon pour ses cousins Charles et Jean de Bourgogne alors mineurs, adhère au parti anglais et reconnaît Henri VI comme roi.

Statue de Jeanne d’Arc à Saint-Pierre-le-Moûtier

Saint-Pierre-le-Moûtier est une ville royale en dehors du comté et ne suit pas ses destinées. Elle reconnaît pour roi Charles VII tout comme le Berry, le Bourbonnais et le comté de Château-Chinon qui ne fait pas, lui non plus, partie du comté de Nevers. Ce comté appartient au duc de Bourbon. Saint-Pierre-le-Moûtier est comprise dans le traité de guerre signé à Chambéry le 28 septembre 1424, entre Philippe le Bon et Charles VII et reste entre les mains des partisans du roi de France tout du moins jusqu’au 16 mai 1428.

Jeanne d’Arc est à Bourges et y séjourne environ trois semaines. Elle s’occupe de l’organisation de la troupe qu’elle doit conduire avec, à sa tête, Charles d’Albret. L’armée française quitte Bourges à la fin du mois d’octobre. La date exacte n’est pas connue ; seule une note du receveur des deniers de Decize révèle qu’il a été payé dix sols tournois pour le voyage du valet de Guyot de Vervien « du jour de la feste de Toussaint qu’il fut envoyé au lieu de Saint-Pierre-le-Moustier pour assentir et savoir nouvelles des gens de la Pucelle qui y tenoient ledit siège ». L’itinéraire suivi par les Français n’est pas connu. Le chemin le plus probable est le chemin qui servait de communication entre Bourges et Saint-Pierre-le-Moûtier et qui passait par Sancoins et Mornay-sur-Allier. Il empruntait, pendant une grande partie, l’ancienne voie romaine de Bordeaux à Autun. Arrivée à Sancoins, Jeanne d’Arc aurait abandonné la route ordinaire pour passer l’Allier au Veurdre. Cette hypothèse n’est pas confirmée.

Après quelques jours de siège, un assaut est tenté. Jean d’Aulon, écuyer et maître d’hôtel de Jeanne d’Arc, dira, lors du procès de réhabilitation, que, malgré la force de la Pucelle, le grand nombre de gens d’armes qui étaient dans la ville et face à leur résistance les Français durent battre en retraite. Voyant Jeanne d’Arc seule face à l’ennemi, il lui demande alors pourquoi elle ne se retire pas comme les autres l’ont fait. Ce à quoi elle répond : « qu’elle n’estoit pas seule et qu’elle avoit en sa compaignie cinquante mille de ses gens et que d’ilec ne se partiroit jusques à ce qu’elle eust prinse ladicte ville ». Pour d’Aulon, seuls quatre ou cinq hommes sont en sa compagnie. Jeanne donne l’ordre que tout le monde aille chercher des fagots et des claies pour dresser un pont sur les fossés. L’ordre est obéi, le pont dressé et la ville prise d’assaut sans trop de résistance. La date de cet événement n’est pas connue avec précision. Elle se situerait entre le 1er et le 9 novembre 1429, date à laquelle Jeanne d’Arc se trouve à Moulins. Les ennemis combattus étaient ils des « Anglais d’Angleterre » comme les appelait Perrinet Gressart ou étaient-ils, comme lui, des aventuriers qui se prétendaient à la solde du roi Henri ou du duc de Bourgogne ? Une chose est certaine : ils étaient les ennemis du roi de France.

Une garnison est laissée à Saint-Pierre-le-Moutier sous les ordres d’Antoine de Chabannes, l’armée française se dirige vers Moulins.
C’est de cette ville que Jeanne d’Arc écrit une lettre aux habitants de Riom datée du 9 novembre 1429. Cette lettre sera suivie d’une lettre écrite par Charles d’Albret pour faire la même demande que celle de Jeanne d’Arc. Deux jours auparavant, elle et Charles d’Albret ont écrit une lettre aux habitants de Clermont-Ferrand pour demander que cette ville veuille bien les aider à l’occasion du siège qu’ils ont l’intention de mettre devant La Charité-sur-Loire. Peut-être se trouvaient-ils déjà à Moulins le 7 novembre.
Jeanne d’Arc restera vraisemblablement quelques jours à Moulins pour attendre une réponse à ses demandes.
Clermont-Ferrand enverra deux quintaux de salpêtre, un quintal de soufre, deux caisses contenant un millier de traits. Pour Jeanne, une épée, deux dagues et une hache d’armes. Orléans enverra bombardes et habillements de guerre, deux « joueurs de couleuvrines », quatre vingt neuf compagnons et un cordelier. Quant à la ville de Riom, elle prit l’engagement de payer 60 écus d’or.

Plaque commémorative du passage de Jeanne d’Arc à Villequiers (Cher)

L’itinéraire emprunté par la Pucelle n’est pas plus connu que celui qui l’a conduite à Saint-Pierre-le-Moûtier. Il semble probable qu’elle retourne à Bourges, soit pour réorganiser son armée avec des ressources procurées par des villes fidèles au roi, soit pour obtenir un financement de la Cour. On sait qu’elle s’est rendue à Montfaucon (aujourd’hui Villequiers, département du Cher). Cette petite ville est située à peu près à mi-chemin entre Bourges et La Charité. On peut penser que Jeanne d’Arc, au départ de Moulins, s’est dirigée par Sancoins sur Bourges où elle est restée quelques jours. De là, elle a rejoint La Charité via Baugy, Montfaucon et Sancergues.

Cette expédition n’était pas approuvée par Jeanne d’Arc. Elle dira à son procès qu’elle voulait venir en France [not 1] « mais que les gens d’armes lui dirent que cestait mieux d’aller devant La Charité premièrement ».
Les ressources dont dispose l’armée, tant en hommes qu’en autres moyens, sont disproportionnées à l’entreprise. Il s’agit d’attaquer un habile et vaillant homme de guerre, Perrinet Gressart, dans une ville extrêmement forte et en plein hiver. À quelle date Jeanne d’Arc arrive-t-elle à La Charité ? Mystère ! On sait, par une note du procureur des habitants de Bourges que le 24 novembre 1429 le siège était commencé. Cette note dit qu’il faut envoyer rapidement la somme de « treize cens escus d’or » pour entretenir leurs gens (ceux de Charles d’Albret et de Jehanne la Pucelle) faute de quoi ils devraient lever le siège et que ce serait le « plus grand dommage pour ladicte ville et tout le pays de Berry». Pour réunir cette somme, les habitants de Bourges mettent en adjudication la ferme du treizième du vin vendu dans la ville et imposent à l’adjudicataire l’obligation de payer treize cents écus d’or immédiatement. Un bourgeois du nom de Jean de Laloé remporte l’adjudication et verse la somme demandée. La Cour, quant à elle n’a rien fait pour soutenir l’armée. Il est donc difficile pour les Français de tenir le coup.

Après être resté environ un mois devant la ville, un assaut est tenté ; il échoue totalement. Sans secours, les Français abandonnent l’entreprise et perdent bombardes et artillerie. Le siège est levé mi-décembre ; Jeanne d’Arc et son armée repartent en Berry. Se termine ainsi l’expédition de la Loire. Elle devait chasser l’ennemi de cette partie du royaume ; Cosne-sur-Loire et La Charité restent en son pouvoir.

Jeanne d’Arc a été canonisée le 16 mai 1920, soit près de 500 ans après sa mort, par le pape Benoît XV. 2020 en fait l’année du centième anniversaire.

Source

  • Gallica, Jeanne d’Arc en Nivernais par d’Edmond Duminy
  • Images : Site de la mairie de Villequiers, site Jeanne-d’Arc.info, site e-monumen.net, Archéothéma

  • Martine NOËL (discussion) 12 avril 2020 à 15:37 (CEST)

Notes et références

Notes

  1. Portion du royaume qui formait le domaine immédiat de la couronne, c’est-à-dire la Picardie, l’Ile de France, l’Orléanais, le Berry et la Touraine.

References