Affaires au 20ème siècle

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1903 - Le crime de Sury

Le Petit Nivernais, journal de Nevers a relaté cette affaire particulièrement horrible qui s'est déroulée à la fin du mois de juillet 1903 à Sury, hameau limitrophe des communes de Saint Jean aux Amognes, Saint Sulpice et Saint Firmin.

Dimanche 2 août 1903 : Un crime horrible vient de plonger dans la désolation la commune de Saint Jean aux Amognes.

  • Une honorable femme du bourg de Sury, Madame Jacques Guyot, née Annette Blaise, âgée de 28 ans, a été assassinée la semaine dernière.
  • La victime revenait vendredi matin, 24 juillet, de conduire sa vache au pacage, lorsqu'elle fut assaillie, à douze cents mètres environ de son domicile, par un individu qui l'étrangla après lui avoir fait subir les derniers outrages.
    Les soupçons se portèrent immédiatement sur Jean Ancery, maçon, à Méard, commune de Saint Sulpice, qui en effet une fois arrêté a fait des aveux complets.
  • Le meurtrier avait déjà été condamné à trois années de prison pour un attentat à peu près identique sur une septuagénaire.
    Dimanche, la population de Saint Jean aux Amognes, assistait en entier aux obsèques de la victime,qui jouissait de la plus grande estime dans le pays.
  • L'autopsie de Mme Guyot a été faite par le docteur Marchais, médecin légiste à Nevers.

Dimanche 15 novembre 1903 : Condamnation à mort d'Ancery, l'auteur du crime de Saint Jean aux Amognes.

  • Mardi a comparu devant la cour le nommé Jean Ancery, maçon, domicilié au hameau de Méard, commune de Saint Sulpice, né à Nolay, le 5 avril 1883, prévenu de viol suivi d'assassinat.
  • Le 24 juillet dernier, Ancery se rendait à Cougny, commune de Saint Jean aux Amognes, où il travaillait de son métier. Il se trouvait au lieu dit la chaume des Champs Riaux, lorsqu'il rencontra Mme Jacques Guyot, née Annette Blaise, âgée de 29 ans, ménagère à Sury, commune de Saint Jean aux Amognes.
    Il était environ cinq heures du matin, Mme Guyot retournait à Sury après avoir conduit son bétail aux champs.
  • Ancery, d'après son propre récit, se précipita sur elle et lui fit brutalement des propositions déshonnêtes. Sur le refus de Mme Guyot, il la renversa et assouvit sa passion. La malheureuse de constitution délicate, fut absolument terrifiée et, si l'on en croit le criminel, n'opposa aucune résistance et ne poussa aucun cri.
    Quand elle eut repris ses sens, elle se releva et voulut continuer sa route, mais le monstre, craignant sans doute d'être dénoncé, s'élança de nouveau sur l'infortunée, la saisit à la gorge et la serra violemment, avec ses deux mains, jusqu'à ce qu'elle eut cessé de vivre.
  • Son horrible crime accompli, Ancery dissimula le cadavre sous des branchages et chercha à faire disparaître les traces de son forfait puis il prit la fuite à travers champs et se rendit à son travail. Rien dans son attitude de cette journée ne put déceler le crime abominable qu'il venait de commettre.
    Cependant quand le cadavre fut découvert, les soupçons se portèrent aussitôt sur Ancery qui fut arrêté le soir même.
  • Après avoir nié tout d'abord, le misérable se décida, le lendemain matin, à faire des aveux complets, sur lesquels il n'est jamais revenu.
    Soumis à un examen médical, sa responsabilité fut reconnue entière. Ancery a déjà deux condamnations pour attentats aux mœurs, la dernière lui valut trois ans de prison mais il bénéficia d'une réduction de peine et fut libéré peu de temps avant son dernier crime.
  • Devant la Cour, l'accusé a renouvelé ses aveux. M. Rigaud, procureur de la République, a prononcé un énergique réquisitoire, réclamant un verdict sévère.
    Me Hugon soutenait la défense ; il a plaidé l'irresponsabilité.
    Le jury ne s'est pas laissé attendrir par le défenseur et a rapporté un verdict impitoyable, muet sur les circonstances atténuantes.
    En conséquence, Ancery a été condamné à la peine de mort.
    L'arrêt porte que l'exécution aura lieu sur l'une des places publiques de Nevers.
    Sept jurés seulement ont consenti à signer un recours en grâce en faveur du condamné.
    Me Hugon va s'occuper du pourvoi en cassation de son client.
    L'accusé a entendu sa condamnation avec impassibilité mais à la prison il a été pris d'une crise de larmes.
    Rappelons en terminant que la cour d’assises de la Nièvre n'avait pas prononcé de condamnation à la peine capitale depuis 1862 ; l’exécution eut lieu à Château-Chinon.
    Les deux dernières exécutions à Nevers remontent au 31 décembre 1853 et au 12 octobre 1857.
    Vendredi matin, Jean Ancery a signé son pourvoi en cassation.

Dimanche 13 décembre 1903 : Rejet du pourvoi

  • La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Jean Ancery, maçon à Saint Sulpice, contre l’arrêt de la cour d’assises de la Nièvre, du 10 novembre dernier, le condamnant à mort.
  • L’assassin de Mme Guyot n’a donc plus à espérer que dans la clémence du chef de l'État ; on sait qu’à l’issue de l’audience, sept des membres du jury, répondant soit à des sollicitations, soit à un sentiment de pitié, ont signé un recours en grâce, qui a reçu un avis favorable du président des assises et du ministère public.
  • Les comités républicain et socialiste de la Nièvre, s’intéressant à des titres divers au sort de Jean Ancery, ont pris eux aussi une délibération pour appeler la bienveillance du président de la République sur le condamné.
    En attendant, Ancery, qui a pleine confiance dans la commutation de sa peine, passe le plus agréablement possible son temps à la maison d’arrêt ; il ne cause aucun ennui aux gardiens qui le veillent jour et nuit en se relayant.

Dimanche 30 janvier1904 : Travaux forcés à perpétuité

  • Par décret signé le 30 décembre, le président de la République a commué en travaux forcés à perpétuité la peine de mort prononcée, en novembre dernier, par la cour d'assises de la Nièvre, contre le nommé Jean Ancery, âgé de vingt ans, maçon à Saint Sulpice, pour assassinat de la femme Guyot, de Sury, commune de Saint Jean aux Amognes.
  • La gendarmerie de Nevers a transféré, hier, Jean Ancery à Bourges. Il attendra, à la prison cellulaire de cette ville, l'audience solennelle de la cour d'appel, fixée à lundi prochain, où il sera donné lecture du décret présidentiel commuant, en travaux forcés à perpétuité, la peine de mort prononcée contre lui par la cour d'assises de la Nièvre.
  • Après l'entérinement des lettres de grâce, Ancery sera réintégré à la maison d'arrêt, pour être conduit au dépôt des forçats de l'île de Saint Martin de Ré, d'où il sera transporté, soit à la Guyane, soit à la Nouvelle Calédonie.

Dimanche 28 mai 1905 : Décès du condamné

  • On annonce que Jean Ancery, de Saint Sulpice, qui fut condamné à mort par la cour d’assises de la Nièvre pour assassinat et viol d’une femme à Saint Jean aux Amognes et dont la peine fut commuée en celle des travaux forcés à perpétuité, est mort le 4 novembre dernier (1904) à Cayenne, de la tuberculose.

m mirault 18 janvier 2013 à 09:16 (CET) Source : Le Petit Nivernais

1903 - Le crime d'Empury

  • Un crime a été commis dimanche soir. M. François Daviot, propriétaire et cultivateur à Breugny, commune d'Empury, a été assassiné.
    Le corps a été trouvé dans un ancien chemin menant au bourg ; il, était étendu sur le sol, la tête horriblement mutilée, la bouche pleine de terre, mais respirant encore ; une une balle lui avait en outre, traversé le corps.
    Le malheureux a été transporté à son domicile, et il a succombé peu de temps après.
    Avant de mourir, François Daviot à déclaré que c'était son parent, Jean-Marie Daviot, qui lui avait tiré deux coups de revolver.
    Le meurtrier a été arrêté et écroué à la maison d'arrêt de Clamecy.

m mirault 01 mai 2016 à 19:08 (CET) Source : Le Courrier de la Nièvre (19/06/1904)

  • Assises de la Nièvre :
    La troisième session des assises de la Nièvre s'est ouverte lundi à midi et demi sous la présidence de M. Isnard, conseiller à la cour d'appel de Bourges assisté de MM. Néraud, juge au tribunal de Nevers et Renard, juge suppléant au même siège. Une seule affaire était inscrite au rôle de cette session. Elle concernait le nommé Jean-Marie Daviot, dit Blot, âgé de 42 ans, cultivateur à Empury, canton de Lormes, inculpé d'assassinat sur la personne d'un de ses cousins, M. François Daviot...
    Le 12 juin dernier, vers huit heures du soir, M. François Daviot, âgé de 49 ans, fermier à Breugny, commune d'Empury, était trouvé par sa femme, grièvement blessé, non loin d'un pacage où il était allé visiter des bestiaux. Le malheureux avait été frappé d'une balle dans les reins et avait, en outre, reçu de nombreux coups à la tête. Ses vêtements étaient couverts de sang et de boue.
    Transporté aussitôt à son domicile, il reprit connaissance et accusa formellement son cousin, Jean-Marie Daviot. La victime de ce drame mourut le lendemain.
    Jean-Marie Daviot nia tout d'abord, mais en présence des charges relevées contre lui, il se décida à avouer son crime. Il déclara avoir voulu se venger de son cousin, qui, prétend-il, l'avait ensorcellé. Après avoir recouru sans succès aux pratiques les plus étranges pour conjurer les prétendus maléfices dont il se croyait victime, l'inculpé acheta un revolver et, le 12 juin, s'embusqua dans le chemin que suivait chaque soir François Daviot. Il lui tira dans le dos trois balles dont une seule l'atteignit mortellement. L'accusé s'acharna ensuite sur sa victime et lui piétina la tête.
    M. Rigaud, procureur de la République, a soutenu l'accusation...
    M. Girerd, du barreau de Nevers a présenté la défense de l'accusé.
    Reconnu coupable de meurtre avec préméditation, le jury ayant écarté le guet-apens et admis les circonstances atténuantes, Jean-Marie Daviot a été condamné à cinq ans de travaux forcés.

m mirault 01 mai 2016 à 19:10 (CET) Source : Le Courrier de la Nièvre (14/08/1904)

1904 - Le bal sanglant de la Franco-Russe

  • Depuis dix ans, la fête de Saint-Privé - ou Franco-Russe - attire les Decizois et les gens des villages voisins(1). Parmi les attractions, il y a un grand concours de tir. Le premier prix est un fusil à percussion centrale (gagné par Laurent Martial), le second prix une carabine Buffa-Lebel (gagnée par Jean-Marie Lemaître).
    Mais c'est un autre tireur qui s'est illustré... Cette année 1904, le 10 octobre, le bal se déroulait chez M. Simonnet. Des ouvriers du pont en construction étaient venus danser. Comme ils causaient du scandale, ils avaient été expulsés. Ils sont revenus en force. L'un d'entre eux a tiré deux coups de revolver au hasard dans la foule. Une balle a atteint à la tempe le jeune Morin, apprenti mécanicien de seize ans. Il est mort le lendemain.
    Le meurtrier s'appelle Albert Dubuisson, ou Debuisson selon le journal Le Réveil Républicain. Il a vingt ans, exerce la profession de charpentier. Il est originaire de l'Oise. Il a été immédiatement arrêté.
    Une confrontation émouvante a eu lieu entre l'assassin et sa victime : le jeune Morin et Dubuisson étaient amis !

Le Journal de la Nièvre, 16, 19 et 20 octobre 1904.
Pierre Volut, DVD-ROM Un Siècle à Decize et aux environs, année 1904, 2012.

(1) « Decize. Les habitants du faubourg Saint-Privé, tous animés du plus pur patriotisme, viennent de prendre l'initiative de l'organisation d'une fête qui se tiendra le dimanche 15 octobre prochain [1893], en l'honneur des marins russes dont l'arrivée est fixée au 13 de ce mois. Une commission a été nommée à l'effet d'ouvrir une souscription et de préparer le programme de la fête qui, nous assure-t-on, sera très brillante. Nous souhaitons bonne réussite aux organisateurs de cette fête, dont le but est essentiellement patriotique, et nous désirons que leur initiative soit couronnée de succès. Le programme sera publié dès que la souscription sera terminée ». La Tribune Républicaine, 26 septembre 1893)

1907 - Un meurtre incompréhensible

  • Le 27 novembre 1907, des ouvriers agricoles de Germancy font une macabre découverte. Dans le bois des Brosses, ils trouvent un corps décapité, déjà bien décomposé, emballé dans une chemise, un gilet de coton et un paletot, et partiellement recouvert de fougères. Cinquante mètres plus loin, ils ramassent la tête, qui porte des traces de fractures sur le côté du crâne.
  • Le docteur Régnier, médecin légiste, le juge de paix et le maréchal des logis Bonnard identifient le cadavre. C'est celui de Paul Didullieux, un adolescent de 15 ans originaire de La Machine, domestique à Dornes. Le jeune homme avait disparu du domicile de ses parents le dimanche 24 mars ; il n'avait pas gagné la ferme de ses employeurs ce jour-là.
  • Le corps semble avoir été découpé en tronçons. Des chiens errants l'ont peut-être déchiqueté. Après examen des plaies au crâne et aux jambes, la première hypothèse des enquêteurs est la suivante : Paul Didullieux aurait été renversé par une automobile ; les occupants du véhicule, affolés, auraient porté son cadavre dans le sous-bois afin d'éloigner les soupçons... Evidemment, il ne s'agit que d'une hypothèse...

1908 - Assassinat de Lazare Leuthereau

  • Le 8 octobre 1908, dans un train de nuit qui vient d'arriver de Paris en gare d'Autun, on trouve le cadavre d'un homme enveloppé dans une couverture. Il est couvert de sang, l'assassin lui ayant porté maints coups au crâne. L'homme est vite identifié : il s'agit de monsieur Leuthreau, négociant en bestiaux à Dun les Places, dont il a été maire. Il venait de traiter d'importantes affaires commerciales à Paris et devait porter sur lui dans les 6000 Francs, ce qui est énorme. L'homme qui a partagé le compartiment avec la victime pendant le voyage nocturne est un coupable possible.
  • Rapidement, les soupçons se portent sur un dénommé Abel Leblanc, 26 ans, originaire de Donzy ; un gars qui vit de divers boulots et souvent d'emprunts qu'il peine à rembourser. Au début, il nie, puis il finit par avouer. Il s'est donc, tandis qu'il roulait vers Clamecy pourra aller voir sa mère avec à peine entre 50 et 60 F sur lui, trouvé dans le compartiment d'un wagon de deuxième classe avec Leuthreau (le riche négociant répugnait donc à voyager en première). Il a remarqué l'épaisseur du portefeuille. "Mon but n'était pas de tuer, mais seulement de voler. Je voulais juste m'emparer du portefeuille pendant qu'il dormirait". Or, le dit portefeuille s'est avéré attaché : il ne pouvait s'en emparer sans réveiller sa victime. Alors, lorsque le négociant a paru bien profondément endormi, du côté de Laroche-Migennes, il a tenté de l'assommer d'un coup de marteau (il en avait bizarrement un dans ses poches). Seulement, dans son élan, paniquant peut-être devant l'horreur de son propre geste, il a multiplié les coups et Leuthreau a péri sans s'être réveillé. Leblanc a recouvert le corps de la couverture puis est descendu à la gare d'Auxerre. De là, en automobile, il est allé à Troyes confier les 6000 F à un ami, puis a regagné Paris pour mener sa vie habituelle comme si de rien n'était.
  • Il est jugé aux assises de la Seine en décembre : l'accusation soutient qu'il y a eu préméditation, ce qu'il conteste (si les jurés suivent l'avis du procureur, il risque la peine de mort). On a retrouvé sur lui un marteau semblable à celui qui a servi à accomplir le crime, au manche scié, donc un manche préparé pour une action étrange. On ne voit pas pourquoi Leblanc, qui n'est pas spécialement menuisier ni membre d'une profession utilisant cet outil, portait un marteau dans ses poches.
  • La cour retient des "circonstances atténuantes" qui lui évitent la guillotine. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité et à rembourser 7000 F à la famille Leuthreau. Le 15 avril 1911, La Tribune annonce sa mort au bagne de Guyane.

Tiré de "Délits et forfaits en Nivernais. 1870-1914", de et avec l'aimable autorisation de Philippe LANDRY
Fourni par Bernard Leuthereau, descendant de Lazare Leuthereau, adhérent et bénévole de GenNièvre

1912 - Une Decizoise dans la Bande à Bonnot

  • Rivalisant de vitesse avec les aviateurs, il y a les automobilistes. Et certains sont obligés d'aller très vite : ce sont les bandits en auto, les dangereux anarchistes Jules Bonnot, Raymond Callemin, Garnier, Dieudonné, Valet et leurs comparses, ceux que la grande presse a nommés la Bande à Bonnot. La police parisienne tue Bonnot le 28 avril 1912 à Choisy-le-Roi, après un assaut très dur. Valet et Garnier sont tués le 14 mai. Quatre complices sont condamnés à mort. D'autres reçoivent des peines de prison et de travaux forcés(1).
  • Des femmes ont été liées à ces anarchistes : Rirette Maîtrejean, directrice de la revue L'Anarchie, Marie Vuillemin, Barbe Leclech. Le tribunal les a acquittées. Une jeune fille née à Decize, Anna Dondon, « petite brunette aux cheveux de jais plaqués sur un front sévère, au regard hardi, à l'allure décidée » était la maîtresse de Valet. Après l'extermination de la bande, elle a disparu.
  • Ses parents n'habitaient plus Decize depuis plusieurs années. Le père Dondon était vannier à Clermont-Ferrand. Anna est montée à Paris, elle est revenue à Clermont-Ferrand en 1910 avec un ouvrier typographe, puis elle est repartie dans la capitale l'année suivante, où elle a été repérée plusieurs fois par la police. Libertaire militante, elle a certainement fréquenté le phalanstère anarchiste de Romainville et le journal L'Anarchie. Elle a suivi Valet et Bonnot quelque temps avant de les abandonner au moment où ils étaient traqués.

Le Nivernais, 19 mai 1912

  • Les gendarmes nivernais mettent fin à la cavale d'un autre bandit nommé Léon Valet, né à Verdun en 1890 ; il n'était pas, semble-t-il, membre de la fameuse bande à Bonnot, comme son homonyme et Anna Dondon. (La Croix du Nivernais, 2 juin 1912)

1912 - A la hache

  • A Paris, le dénommé Elie Coneuf, originaire de Lucenay-les-Aix, assassine d'un coup de hachette son patron, M. Querfeldt, marchand de filtres, rue de Rivoli ; puis il se suicide.

La Croix du Nivernais, 12 mai 1912

1913 - Un ancien militaire spécialiste du rasoir

  • Un nouveau meurtre à Decize. Marie-Louise Vincent, épouse Samsoen, a eu la gorge tranchée au rasoir par son mari, Paul-Guillaume Samsoen, 33 ans, ancien militaire.
  • Samsoen a été caporal clairon au 13e R.I., puis au 85e R.I. Il a longtemps servi aux colonies, où il a pris des habitudes d'intempérance et de violence. De retour en métropole, il a quitté l'armée ; dernièrement, il était journalier à Decize. C'est la jalousie qui lui inspiré ce crime horrible. Il soupçonnait (à tort) sa femme d'entretenir des relations avec deux hommes. Les enquêteurs ont retrouvé un calepin dans lequel il a écrit sa volonté de se venger de sa femme et du restaurateur Palisson.
  • Le drame a eu lieu alors que Mme Samsoen tenait son enfant dans ses bras ; celui-ci a été éclaboussé du sang de la malheureuse victime. Le père l'a toutefois épargné. Comprenant la gravité de ses actes, il s'est enfui, a jeté le rasoir dans la Loire depuis le pont neuf. Il a été arrêté à Saint-Léger.
    (L'Observateur du Centre, 21 mars et La Croix du Nivernais, 23 mars 1913).
  • Aux assises de la Nièvre, l'assassin a été condamné aux travaux forcés à perpétuité pour homicide volontaire commis avec préméditation.

L'Observateur du Centre', 8 août 1913).

1913 - Grossesse non désirée

  • Eugénie Noël, originaire de Millay, une jeune servante de 19 ans, était domiciliée chez Mme Laurent, négociante en grains à Saint-Privé. « Elle s'était trouvée enceinte et subitement sa grossesse avait disparu d'une façon anormale ». Elle avait accouché seule d'un enfant viable le 9 août et l'avait jeté dans la fosse d'aisance. Un mois et demi plus tard, les gendarmes ont fait vider cette fosse et ils ont découvert des fragments du petit crâne et une épaule. La fille Noël a été arrêtée (L'Observateur du Centre, 3 octobre 1913). Elle a été condamnée en police correctionnelle à un an de prison, « n'ayant pas la misère pour excuse ».

Le Journal de Decize', 2 novembre 1913).

1913 - Mineurs violeurs de mineure

  • Deux jeunes gens de Saint-Léger, Louis Charbonnier, 17 ans, et Jean Lazare, 18 ans, travaillant tous les deux à la Verrerie, ont avoué un horrible viol commis sur la personne d'une enfant de 12 ans, Philomène G... Ils ont été conduits à la prison de Nevers.

La Croix du Nivernais, 13 avril 1913).

1919 - Le Double crime de Fâches, un crime horrible

  • Au hameau de Fâches, petite agglomération faisant partie de la commune d'Anlezy, vivait dans une maison isolée une femme assez âgée nommée Pion.
    Séparée de son mari depuis quatorze ans, la vieille femme avait d'assez rares relations avec les habitants du pays ; par contre, sa maison était assez hospitalière pour cette catégorie de nomades connus dans nos campagnes sous le nom de bohémiens.
    Vendredi soir, les voisins de Mme Pion, qui ne l'avaient pas vue depuis le 28 avril, pénétrèrent chez elle ; ils furent saisis d'horreur à la vue d'un cadavre auquel il manquait la tête ; le corps était étendu dans la cuisine ; une large flaque de sang coagulé s'était échappée de l'affreuse blessure.
    Un médecin a déclaré que la mort remontait à trois jours.
    On suppose que le vol a été le mobile du crime, car les meubles ont été fouillés.
    Le 28 avril, à quatre heures du soir, on vit un nomade sortir de la maison de Mme Pion, un paquet assez volumineux sous le bras.
    Toutes les recherches faites pour retrouver la tête de la victime ont été vaines.
    Le parquet de Nevers s'est rendu vendredi à Anlezy.
    La maison du crime est gardée par les habitants du pays requis par la mairie.

Paris-Centre, dimanche 4 mai 1919. Relevé de Pierre Volut.

  • La justice poursuit activement son enquête en vue de découvrir l'assassin présumé de Mme Pion, qui a été vu le jour même, rôdant autour du lieu du crime et qui a été dans plusieurs fermes situées non loin du domicile de la victime, demander à manger et dit n'avoir aucune ressource pécuniaire.
    Espérons que le coupable d'un crime aussi horrible sera retrouvé d'ici peu.

Paris-Centre, mardi 6 mai 1919. Relevé de Pierre Volut.

1919 - Le second crime de Fâches

  • Avant-hier, 20 mai, nous annoncions qu'une jeune fille venait d'être assassinée à Fâches, commune d'Anlezy, lieu même où, il y a quelque temps, a été assassinée la dame Pion.
    Voici les détails complémentaires que l'on nous a transmis au sujet de ce nouveau crime.
    Les habitants du hameau de Fâches étaient à peine remis de l'émotion que leur avait causée le crime du 28 avril, qu'un épouvantable assassinat était commis lundi dernier sur la personne d'une jeune fille de quinze ans à peine, à moins de 500 mètres du lieu du premier crime.
    La victime, Emeline Bossu, conduisant ses vaches au pré à 8 heures un quart, était frappée à la tête comme le fut la dame Pion, au moyen d'un pieu servant à clôturer les haies. La tête qui avait été défigurée par les coups perdait une grande quantité de sang.
    Mme Bossu, mère de la victime, ne la voyant pas revenir, mue par un pressentiment, alla à sa rencontre et découvrit le corps de sa fille. La malheureuse se précipitant alors sur son enfant, recueillit son dernier soupir.
    Presque au même instant, un jeune homme de 17 ans, se rendant au bois, s'avançait dans le pré, quand un homme, blotti à soixante mètres de là, franchissait la haie et fuyait ; il avait les mains et le visage couverts de sang.
    L'alarme était donnée immédiatement et, aussitôt, M. l'adjoint de la commune d'Anlezy organisait une battue, à laquelle prenaient part les hommes du pays et les bûcherons des environs et des communes voisines ; la gendarmerie était prévenue.
    Malgré toutes les recherches qui furent faites, la journée se passa sans résultat.
    Mardi matin, la gendarmerie de Nevers et M. Le Procureur de la République, accompagnés de M. le Juge d'instruction, se sont rendus sur les lieux.
    Depuis, l'assassin n'a pas été arrêté.

Paris-Centre, jeudi 22 mai 1919. Relevé de Pierre Volut.

Les crimes de Fâches. Arrestation de l'assassin.

  • On avait dit qu'au moment où Mme Bossu découvrit le corps de sa malheureuse fille, un jeune homme de dix-sept ans, se rendant au bois, s'avança dans le pré, quand un homme caché à soixante mètres de là, prenait la fuite, ayant les mains et le visage couverts de sang.
    On est certain que seul, le jeune homme en question, Hubert Martin, avait vu l'homme en fuite, à la poursuite duquel la police et les habitants du village se mirent, d'après les indications de ce témoin, ces jours derniers.
    Or, aujourd'hui, grâce à l'habile interrogatoire qu'a fait subir à Martin l'inspecteur de police mobile d'Orléans, on sait qu'Hubert Martin est l'assassin.
    Hubert Martin, qui, au moment de la découverte du second crime, saisi de frayeur, était resté privé de parole pendant un certain temps, qui ensuite avait guidé la police sur la piste du prétendu chemineau assassin de la dame Pion et de Melle Bossu, parut bientôt suspect à l'inspecteur de police mobile.
    Celui-ci parvenait avant-hier soir à lui faire avouer qu'il était l'auteur de l'assassinat de la dame Pion et de l'assassinat de Melle Bossu.
    On n'a pu, jusqu'ici, savoir quels étaient les mobiles de ces deux crimes.
    Hubert Martin, ouvrier agricole, travaillait dans une ferme du pays d'Anlezy, où ses parents habitent.
    Il sera interrogé aujourd'hui lundi. Hier il a subi simplement un interrogatoire d'identité.
    Il a fait choix, pour avocat de Me Tricot.
    [...] M. le juge d'instruction lui demandera sans doute s'il a lu les journaux relatant les crimes de Landru, tueur de femmes, puis quels spectacles il a vus au cinéma.
    Les gens du pays disent que l'assassin a une tête de Boche. Ils ont bien raison de manifester ainsi leur horreur pour les assassins et les incendiaires de la Belgique et de nos provinces du Nord.
    L'horrible guerre que les Boches nous ont faite n'est pas sans effet sur l'accroissement des crimes de tous nos barbares.

Paris-Centre, lundi 26 mai 1919. Relevé de Pierre Volut.

Le double crime d'Anlezy.

  • L'instruction de cette affaire se poursuit. Le criminel, Martin Hubert, a subi plusieurs interrogatoires en présence de son avocat. Des témoins ont été interrogés. L'accusé a fait des aveux. Un médecin aliéniste a été commis pour examiner le jeune criminel.

Paris-Centre, vendredi 13 juin 1919. Relevé de Pierre Volut.

Epilogue en novembre 1919 à la Cour d'Assises de la Nièvre, le double meurtre de Fâches.

  • Martin Hubert est condamné à vingt ans de travaux forcés avec dispense d'interdiction de séjour.
    Devant le tribunal, il explique qu'il a tué Mme Pion parce qu'elle l'avait injurié et la jeune Emilie Bossu parce qu'elle n'avait pas accepté d'assouvir ses désirs. Plusieurs témoins ont donné des renseignements très défavorables sur ce jeune homme au caractère violent, congédié des mines de La Machine à la suite d'une querelle.

Paris-Centre, jeudi 13 novembre 1919. Relevé de Pierre Volut.

1920 - Le crime de Saint Léger de Fougeret - Arrestation de la sœur de la victime

Nous avons relaté dans notre N° du 18 septembre, la découverte du cadavre du nommé François Lemaître, cultivateur aux Michots, trouvé étendu de sa maison, la tête ouverte d’un coup de hache.
Pour aider à la découverte de l’assassin, M. Midy, Juge d’Instruction, fit appel à un inspecteur de la police mobile d’Orléans. En 48 heures, cet agent éclaircissait l’affaire.
A cours de ses 1ères investigations, une somme de 800 francs environ fut retrouvée cachée dans le vieux poêle de la victime. Il apprit que la sœur, Madame Joséphine Lemaitre, veuve Morlaix, âgée de 66 ans, habitant proche des Michots, connue pour son avarice sordide et qui vivait depuis de longues années en mauvaise intelligence avec son frère, s’était montrée surexcitée quand elle avait appris que ce dernier avait cédé sa maison et son terrain en rentes viagères. Pour une raison quelconque l’acte fut annulé et certainement, à ce moment, la veuve Morlaix prémédita le crime qui devait la rendre héritière.
Habilement cuisinée par l’inspecteur de la brigade mobile, la veuve Morlaix avoua son crime. Elle reconnut qu’à la suite d’une discussion avec son frère, elle avait profité du moment où ce dernier lui tournait le dos pour lui asséner un coup de hache qui lui fendit le crâne.
Le soir même, elle était incarcérée à la Maison d’Arrêt de Château Chinon non après avoir subi à Saint Léger de Fougeret une conduite de Grenoble où les gendarmes durent la protéger contre la foule qui voulait l’écharper.
Comme pour le crime de Biches où l’assassin s’est fait justice, mardi, le crime de Saint Léger de Fougeret n’avait d’autres mobiles que la cupidité.
Quand donc les jurés appliqueront ils la peine du talion à ces misérables qui tuent froidement une sœur ou un frère pour avoir une maison ou un petit bout de terrain de plus ! Un peu moins « d’encouragement » aux assassins et les crimes seraient moins nombreux.

  • Source : AD – Le Journal du Morvan 1920, page 82
  • Transcripteur : Marie Anne Balivet janvier 2019

1923 - Crime ou enlèvement à Villapourçon

Il n'est que bruit dans tout le Morvan de la disparition d'une jeune enfant de trois ans, le petite Jeanne Marceau, demeurant chez chez parents au hameau des Marceaux, commune de Villapourçon.
Voici comment les faits se sont produits :
M. Marceau, âgé d'une trentaine d'années, demeurant au hameau des Vaillants, commune de Glux en Glenne changeait de domicile samedi dernier et allait habiter le hameau des Marceaux, coquet petit village d'une centaine d'habitants, flanqué sur le versant de La Gravelle qui regarde Villapourçon.
Mme Marceau était occupée, vers onze heurs du matin à mettre un peu d'ordre dans sa nouvelle demeure et préparait aussi le déjeuner pour son mari et le domestique qui amenaient sur des chariots leur mobilier.
La petite Jeanne était un peu dépaysée dans les nouveaux locaux qu'elle n'avait jamais vus, aussi sa mère, la laissa sortir un instant dehors dans la cour pour s'amuser, sans toutefois la perdre de vue. Il s'était à peine écoulé un quart d'heure depuis la sortie de l'enfant que la mère s'enquit de ce qu'elle devenait. Mme Marceau sortit dans l cour, appela la fillette, mais celle-ci ne répondit pas. Elle sera, sans doute, chez une voisine, se dit-elle et elle alla frapper aux portes des maisons d'à côté. Mais, pour toutes réponses, on lui répondit que l'on n'avait pas vu l'enfant. Affolée, Mme Marceau courut de tous côtés, fouilla les dépendances de la maison, les jardins et les environs du village et appela la petite mais rien ne lui répondit.
Peu après, M. Marceau arriva avec son domestique ; sa femme, en quelques mots le mit au courant de ce qui venait d'arriver. Avant de manger quoi que ce soit, le père de l'enfant se mit à la recherche de sa fillette. En compagnie de plusieurs hommes, on battit la campagne, on fouilla les coins et recoins mais toutes leurs recherches restèrent sans résultat.
Comme il avait plu et que la boue des chemins était assez molle, on releva la trace de pas de l'enfant qui était chaussé de sabots. On suivit ces pas pendant une cinquantaine de mètres le long d'un chemin et, subitement les traces se perdirent. A l'endroit où l'on releva la dernière empreinte des petits sabots, on ne trouva aucune trace de pas d'homme ni d'animal quelconque. l'enfant avait disparu mystérieusement enlevée par une force aérienne.
Pendant toute la journée de dimanche, de concert avec les gendarmes de Villapourçon, tous les hommes des hameaux environnant organisèrent des battues dans les bois alentour ; mais toutes ces recherches n'aboutirent à rien. Que s'était-il passé, nul ne le sait. Les jours ont succédé aux nuits et les nuits aux jours et pas le plus petit indice n'est venu jeter la lumière sur la disparition de cette enfant.
Jeudi, nous nous sommes entretenu de cette disparition avec M. Marceau, père de la fillette. Le malheureux est dns un état d'affaiblissement moral et physique qui fait peine à voir. quant à ,la mère, elle ne vit plus depuis ce jour malheureux où la gaieté est partie de ce foyer, pour peut-être ne plus revenir.
Une plainte a été déposée au Parquet de Château Chinon qui, nous l'espérons, déploiera tous les moyens pour retrouver l'enfant morte ou vivante.

Le crime
La petite Jeanne Marceau a été étranglée après avoir subi les derniers outrages. L'assassin arrêté, avoue avoir brûlé le petit cadavre dans sa marmite à cochons pour le faire disparaître.
Dans le courant de l'année, les époux Marceau, cultivateurs au hameau des Vaillants, commune de Glux en Glenne, affermaient une maison avec quelques dépendances, aux Marceaux. Cette maison avait été affermée par Mme Joyeux dont le premier mari, M. Jean Laudet, frère de l'assassin, avait été tué à la guerre. Dans le partge, la maison avait été attribuée à Mme Joyeux.
Son ex beau-frère, François Laudet, âgé de 50 ans, qui espérait que la maison lui reviendrait en conçut un vif dépit et plus d'une fois, il se serait laissé aller à des menaces. D'un caractère violent, sournois, d'une avarice sordide, il était redouté dans le pays.

L'arrivée de la brigade mobile
Le Parquet saisi de l'affaire faisait appel à la brigade mobile d'Orléans et samedi matin, M. Mutel, commissaire spécial, assisté de M. Nocquet, inspecteur, se rendaient à Villapourçon et commençaient leur enquête. les parents furent longuement entendus, on perquisitionna chez eux. les époux Marceau, arrivés depuis trois jours, déclarèrent qu'ils ne se connaissaient pas d'ennemis. Le crime par vengeance devait être écarté..

Les enfants Laudet parlent
M; Mutel apprenait que François Laudet nourrissait une haine féroce contre son ex belle-soeur, qui, disait-il, l'avait dépouillé de la maison paternelle. Il se rendit au domicile de Laudet. A vingt mètres de son habitation, il trouva le petit Louis Laudet, âgé de quatre ans jouant avec son frère Maurice, âgé de neuf ans.
Le commissaire parla au plus jeune, lui offrit des bonbons en lui demandant sur un ton paternel, s'il ne saurait pas ce qu'était devenue la petite Marceau. " Mouai, y s'sait ran, y n'é ran vu" répondit l'enfant en cherchant à se dissimuler. Le commissaire, certain qu'il tenait la bonne piste, insista, l'enfant répéta la même phrase comme une leçon apprise. L'aîné, Maurice, prit part et savamment cuisiné, répondit enfin " Y vas bin vous y dire mais preumettez mouai que mon pa n'iré pas en priyong ". Le commissaire promit et Maurice parla.
Il raconta dans le patois du pays que le 17 novembre, la petite Marceau était entrée chez eux en mangeant son pain ; son pa, en apprenant que c'était la fille des gens qui " étint dans la mayong de son grand pé " l'avait prise et l'avait étranglée en la serrant contre le lit.
Le commissaire entra aussitôt chez Laudet, et sans plus d'explications, il l'invita à l'accompagner à ,la gendarmerie de Villapourçon pour donner quelques renseignements. Interrogé aussitôt sur les propos tenus par ses enfants, il nia avec énergie.
Pendant qu'on le gardait à vue à la chambre de la caserne, les agents remontèrent aux Marceaux et interrogèrent Mme Laudet qui nia avec autant d'énergie que son mari.

Madame Laudet fait le récit du crime
M. Mutel se rendait de nouveau aux Marceaux et reprenait l'interrogatoire de la femme Laudet.
Entre temps, les langues s'étaient déliées, il avait appris que l'assassin était une brute, doublée d'un satyre, terrorisant sa femme de douze ans plus jeune que lui, maltraitant ses enfants. L'idée du crime abominable avait germé dans l'esprit du commissaire.
Accablée, d'une voix entrecoupée par les sanglots, Mme Laudet parla :
Le 17 novembre, vers midi, je rentrais du lavoir avec mes deux enfants quand Mme Marceau vint me demander si je n'avais pas vu sa petite Jeanne. Je répondis que non et, entendant marcher dans le grenier, je dis à mon petit Maurice d'appeler son père pour déjeuner. Mon mari descendit et je remarquai qu'il semblait préoccupé ; mais comme il était brutal avec moi et mes enfants, je ne lui demandai aucune explication. Il mangea rapidement et remonta sur le grenier. Cinq minutes après, il redescendait traînant la petite Marceau qui ne donnait plus signe de vie. Je pris l'enfant dans mes bras et essayai de lui faire avaler un peu de rhum avec un morceau de sucre ; la pauvre petite, les yeux fermés se tordait dans les spasmes de l'agonie. C'est alors que mon mari me l'arracha brutalement des bras et la pressant sur le lit, il l'étrangla. Il prit ensuite le cadavre sous son bras et sortit. je ne sais ce qu'il en a fait et n'ai pas osé le lui demander. si je n'ai pas parlé plus tôt, c'est que je craignais, ainsi que mon mari m'en avait menacé, qu'il me tuerait, moi et mes enfants.
De nouveau, les agents remontaient au grenier et bouleversèrent tout, sans résultat. Cependant, un bourgeron blanc pendu à un clou présentait au col des traces de sang coagulé très visibles.

8 000 francs ont disparu
Autre détail qui indique que Laudet se sentait soupçonné : depuis samedi, une somme de 8 000 francs, appartenant en propre à sa femme, avait disparu de l'armoire. l'assassin qui pensait probablement utiliser cette somme pour prendre la fuite, refuse de dire où il l'a cachée.
Jeudi matin, Laudet était transféré à Château Chinon. A son départ de Villapourçon, il dut être protégé par les gendarmes et les agents contre la population qui voulait l'écharper.

Le cadavre a été brûlé dans une marmite à cochons
A son arrivée au Palais de Justice, sur une nouvelle demande de M. Mutel de lui dire ce qu'il avait fait du cadavre de sa victime, il répondit : Je l'ai brûlé. Où ? dans votre four ou dans une marmite dans ma marmite à cochons. Alors, vous l'avez découpé en morceaux ? qu'avez-vous fait des ossements ? Je ne me rappelle plus.
M. Desjardins, juge d'instruction, chargé de cette affaire, saura obtenir des aveux plus complets de l'assassin.
Pour les habitants de Villapourçon et peut-être aussi pour la justice, Laudet, après avoir odieusement abusé de cette pauvre petite fille de trois ans, la rapporta à sa femme, pensant qu'elle n'était qu'évanouie. Après l'avoir étranglée, alors qu'agonisante, il dissimula le cadavre, puis, la nuit venue, il a probablement découpé la pauvre petite et jeté les morceaux dans la marmite servant comme pâtée des cochons.
Des voisins affirment, aujourd'hui, avoir vu, le 18 novembre, une vive lumière dans le fournil de Laudet, vers 4 heures du matin.

Le cadavre de la petite Marceau est retrouvé
Jeudi matin, à 9 heures, un marchand de bois d'Autun qui fait exploiter une coupe dans la Forêt de la Gravelle, découvrait, à environ 1500 mètres du village des Buteaux, le cadavre d'un enfant couché sur la feuillée. Soupçonnant avec raison, qu'il se trouvait en face du cadavre de la petite Jeanne Marceau, il pria ses bûcherons de veiller sur le cadavre, sans le déranger, en attendant qu'il aille prévenir la justice.
Le même jour, à une heure, M. Denier, Procureur de la République, M. Desjardins, juge d'instruction, M. Renaud, greffier, Maître Fouillet, avocat de Laudet, se rendaient en auto à la Gravelle. Une deuxième voiture, dans laquelle se trouvaient Laudet et quatre gendarmes, suivait à peu de distance. Le docteur Peyronie avait été commis pour assister la justice.
A leur arrivée dans la forêt de la Gravelle, les magistrats procédèrent aux premières constatations. Le cadavre de la petite Marceau, reconnu par son père qui avait été prévenu par dépêche, était étendu sur le vente ; les bras allongés le long du corps ; les rats avaient mangé une partie du menton ; les genoux de la pauvre petite avaient manqué leurs places de 34 centimètres de la feuillée.
Interrogé par le juge d'instruction, Laudet déclara ne pas connaître cette enfant, et tout ignorer du crime, persistant dans son système de défense qu'il a adopté depuis quelques jours : tout nier.
L'assassin, en effet, se déclare plus innocent que la petite victime ! Il n'a rien avoué aux agents de la police mobile, il n'a rien dit aux gendarmes, il ignore tout du crime !
Quelques minutes plus tard, la femme de Laudet arriva. Ce sont bien là les vêtements de Jeanne Marceau ?. Baissant la tête, serrant dans sa main le bras de son aîné Maurice, elle répondit : Oui, je les reconnais.
L'autopsie révéla que la pauvre petite avait subi les derniers outrages et qu'elle avait été étranglée. les traces des mains de l'assassin étaient encore très visibles. Le juge d'instruction fit avancer Laudet et lui demanda de mettre sa main sur le cou de l'enfant, il hésita d'abord, puis il y consentait ; les doigts du misérable s'adaptaient exactement aux traces de strangulation. L'assassin, à chaque question, se contentait de répondre : Je n'en sais rien ; N'avez-vous pas vu, le soir du crime, un chasseur qui vous demanda son chemin ? Ce chasseur affirme qu'il a rencontré un homme répondant à votre signalement et qui portait un sac sur le dos.
Le juge d'instruction n'insista pas. La misérable brute reprit le chemin de Château Chinon , il réintégrait la prison.

  • Source : AD 58 - Le Journal du Morvan
  • Transcripteur : Mabalivet (discussion) 24 mars 2019 à 19:28 (CET)

1936 - Western à Diennes-Aubigny

  • Diennes-Aubigny est un village paisible. Pourtant, le 2 mai 1936, les villageois ne comprennent pas. Pourquoi M. Dauteloup a-t-il été tué à bout portant de trois balles de fusil de chasse par le bûcheron Étienne Chandelier, que certains voisins présentent comme un brave gars et d'autres comme une sorte d'ours mal léché ? S'agit-il d'une vengeance? Chandelier, qui braconnait de temps à autre, était-il menacé d'une dénonciation par M. Dauteloup ?
  • Ces questions restent sans réponse car Chandelier, cerné par les gendarmes de Saint-Benin-d'Azy quelque temps après son crime, a engagé une fusillade avec eux. Le gendarme Sigorel a été atteint par une balle, mais il a eu le réflexe de tirer à son tour et Chandelier s'est écroulé, une balle dans la tête ; le meurtrier ne pourra pas expliquer les mobiles de son acte.

Pierre Volut, DVD-ROM Un Siècle à Decize, année 1936-A.

1936 - Moulins Engilbert

La 1ère affaire inscrite à la session de Novembre des Assises de la Nièvre évoque l'infanticide perpétré dans des conditions pitoyables.
Une petite bonne, Suzanne MONERA, 23 ans, élevée par l'Assistance Publique, employée chez d'honorables commerçants de Moulins Engilbert alors que ses patrons s'étaient absentés, un voisin, le boucher Laudet, un sexagénaire apoplectique, aurait, sans plus de façons, abusé de la jeune inexpérience.
Quelques mois plus tard, deux médecins consultés n'ont pas reconnu la grossesse et le 24 mai 1936, au petit jour, dans d'atroces souffrances elle accouchait dans les fosses d'aisance. Le nouveau-né, malgré les soins qui lui furent prodigués, décédait 6 heures plus tard.
A 13 heures, l'audience est ouverte par le président Moreau de la Cour de Bourges. Il est assisté par MM. Bordier et Gaschet, Juges au Tribunal de Nevers. Le Substitut Sacaze occupe le siège du Ministère Public et Maître Paclon est à la barre de la défense.
Suzanne Monera est une frêle jeune fille qui a parfois des allures d'adolescente. elle parle d'une voix blanche qui révèle cependant beaucoup d'émotion maîtrisée.
Née à Paris, le 10 décembre 1913 de père inconnu, confiée par sa mère à l'Assistance Publique, elle se plaça à 16 ans comme domestique à Moulins Engilbert. Elle est très sobre, de bonne conduite et ses patrons sont très satisfaits des ses services.
Le 12 août 1935, le nommé Laudet, un familier de la maison où elle travaillait, l'entraîne, alors que ses maîtres étaient à la foire de Fours, dans un bureau, la presse, finit par abuser d'elle et s'enfuit. Soit pudeur, soit crainte, Suzanne Monera n'en dit rien à à personne, même lorsque, interrogée par sa patronne Mme Caillot, sur son brusque et suspect embonpoint, il lui est suggéré qu'elle pourrait bien être enceinte. Ce qu'il de plus curieux, c'est que les 2 médecins consultés ne reconnurent pas l'état de grossesse. Toutefois, un mois 1/2 avant l'accident, il est établi qu'elle alla voir secrètement à Villapourçon le docteur Marcovic, qui, lui, ne s'y trompa point et lui annonça des couches prochaines. Le 14 mai 1936, elle est prise soudain par d'affreuses douleurs. Elle se rend au lieu d'aisances et accouche d'un bébé parfaitement viable. Affolée, elle sortit couverte de sang et rencontre dans les escaliers sa jeune camarade, Andrée Bordet, employée chez M. Caillot mais elle refusa de lui dire ce qui vient d'arriver. On ne découvre l'enfant que quelques heures plus tard.

LES TEMOINS : Le docteur Charles Horay, de Moulins Engilbert avait été aussitôt appelé par M. Caillot. Aidé par ce dernier, il retira le nouveau-né de la fosse, pratiqua pendant 20 minutes des exercices de respiration artificielle et parvient à le rappeler à la vie. On rapporta l'enfant à la mère. Il était froid, blanc et anémié par une forte hémorragie, puisque le cordon n'avait pas était lié.
Sur cette question de la défense, le docteur Horay admet volontiers que le choc produit par l'accouchement a pu atténuer la responsabilité de l'accusée.
M. Henri Caillot, le patron de Suzanne Monira raconte comment il trouva le nouveau-né. Il ajoute qu'il ne pouvait pas soupçonner l'état de grossesse car la conduite de sa bonne était irréprochable : Je suis prêt à la reprendre à mon service dès qu'elle sera libre ajouta t'il en conclusion.
Andrée Bordet, 20 ans, employée chez les époux Caillot, est dit-elle, la petite copine de Suzanne Monera : Elle ne m'a pourtant jamais avoué qu'elle était enceinte, mais Laudet la poursuivait de ses assiduités. J'ai moi-même été sollicitée. Il nous offrait de l'argent.'
Voici Laudet, boucher à Moulins Engilbert.
Il a 59 ans. Il nie en bloc, puis, il se met à ergoter sur les dates. Enfin, il s'indigne. Par contre, Suzanne Monera est très nette. Elle maintient ses accusations.
Dernier témoin, Mme Bourgeois, commerçante à Moulins Engilbert, est la précédente maîtresse de l'accusée. Elle apporte avec beaucoup de conviction, l'hommage de son estime pour la malheureuse fille, victime de sa bonne foi et d'une invincible timidité.

REQUISITOIRE ET PLAIDOIRIE : Alors un sévère réquisitoire de M. le substitut Sacaze et une émouvante plaidoirie de Maître Paclon, le jury se retire et revient avec un verdict d'acquittement.
Le public éclate en applaudissement.

  • Source : AD 58 - L'Avenir du Morvan 1936, page 417
  • Transcripteur : Mabalivet (discussion) 4 mars 2019 à 11:47 (CET)

1937 - Nistar qui étrangla la veuve Couraud est condamné à 15 ans de travaux forcés

La deuxième session de 1937 des Assises de la Nièvre est tenue sous la Présidence de M. Moreau, Conseiller à la Cour d’Appel de Bourges. Les Assesseurs étant M. M. Berton et Lafaure, Juges au siège. C’est M. le Substitut Martin qui occupe le siège du Ministère public. Maître Delorme est au banc de la défense.

Les faits
Dans la nuit du 4 au 5 juin 1935 le nommé Théodore Nistar, 36 ans, né à Paris le 15 juin 1900, sans domicile fixe, se rendait au domicile de la veuve Couraud, à Champcheur, commune de Château Chinon.
Là, au cours d’une discussion, Nistar saisit la femme Couraud au cou et l’étrangla. Il s’enfuit après avoir pris 20 francs dans une armoire. Il devait être arrêté un mois plus tard.

L'interrogatoire
Le Président procède alors à l’interrogation de Nistar. Ce dernier a été abandonné à l’âge de 2 ans par ses parents qui ne l’ont reconnu que lorsqu’il a eu 20 ans. Il fut placé à l’Assistance Publique de la Seine chez différents cultivateurs de la Nièvre. Il ressort des renseignements sur son sujet que Nistar était peu courageux au travail. Par ailleurs, Nistar est une vieille connaissance des Tribunaux car il a déjà été condamné plus de huit fois et en 15 ans. Nistar a été également relégué à deux reprises. Il est marié et sur quatre enfants qu’il a eu, deux sont encore vivants.
Le Président demande à l’accusé pour quelles raisons il a tué la femme Couraud.
Nistar répond d’une voix basse et par phrases hachées. « Ma femme, dit-il, n’a pas voulu que je couche chez moi, après je suis allé chez la femme Couraud. On a bu le reste d’une bouteille de rhum « Et il explique qu’il informa la femme Couraud que sa femme venait d’avoir un enfant. A ce moment-là, la femme Couraud lui aurait dit des injures sur sa femme.
« Elle m’a dit que mon dernier enfant était un bâtard. Elle m’a même frappé avec un morceau de bois. Alors la colère m’a pris, je l’ai saisie au cou et elle est morte.
Nistar, après le meurtre, se livre à des recherches et s’empare …d’une pièce de 20 francs. Il s’en va et rentre chez lui où il prononce des paroles de menaces contre la femme qu’il vient de tuer, puis il se rend dans un débit de boissons.

Les témoins
Le défilé des témoins commence, le docteur Peyronnie qui avait été requis pour examiner le cadavre de la femme Couraud fait sa déposition. Le docteur Cornet qui examina Nistar dépose ensuite. C’est alors le tour du docteur Le Guillan, médecin chef de l’asile neuropsychiatrique de La Charité sur Loire, pour lui, Nistar est un simulateur, cela ne fait aucun doute. Cependant, un certain déséquilibre psychique atténue légèrement sa responsabilité.
On entend alors le gendarme Cantat de Château Chinon qui fit l’enquête et auquel un juré, M. Gaulon, pose cette question : « La femme Couraud avait- elle encore ses dents ? « En effet, Nistar a été blessé au cours de sa lutte avec sa victime et on a pensé qu’il avait pu être mordu par la femme Couraud.
Ce sera le témoin suivant, Mme Cottet, une voisine de la morte qui répondra à la question, d’après ses souvenirs, la victime avait encore une dent devant.
Après avoir entendu M. Bonnet, un voisin de la femme Couraud et M. Fernand Noël, le cafetier chez lequel se rendit Nistar et après le meurtre, la femme de Nistar qui a 41 ans mais en parait plus de 70, fait sa déposition.
L’audience est alors suspendue un quart d’heure.

La réquisition
Il est 15h30 lorsque M. Martin qui occupe le siège de Procureur de la République prend la parole. Il prononce un réquisitoire sobre. Après avoir brossé la biographie de Nistar « biographie, dit-il, qui tient dans un casier judiciaire » M. Martin recherche pour quelles raisons Nistar a tué et, par élimination, il conclut que le criminel a agi pour voler. Ce sont les travaux forcés à perpétuité que demande M. l’Avocat Général.

La plaidoirie
C’est à Maître Delorme qu’incombe la lourde tache de défendre Nistar. Le jeune avocat prononce une plaidoirie solide, faisait ressortir que Nistar est un demi-fou que l’on ne peut considérer comme complètement responsable de ses actes. « C’est une sursimulation qui exagère ses tares » et il donne lecture de passages de lettres écrites par Nistar au Juge d’Instruction.
Enfin, Maître Delorme demande aux jurés d’accorder les circonstances atténuantes et conclut en faisant appel à la clémence du Juge.

Le verdict
Le Jury se retire dans la salle des délibérations. Trente minutes plus tard, il rentre et rend son verdict.
La réponse est oui pour la première question : « Nistar est coupable d’avoir volontairement donné la mort à la veuve Couraud » et, non, pour les deux autres questions : « Nistar est-il coupable d’avoir soustrait frauduleusement dans les mêmes circonstances de temps et de lieu la somme de 20 francs au préjudice de la veuve Couraud qui en était propriétaire ? » et, « l’homicide volontaire a-t-il eu pour objet de préparer et de faciliter le délit de vol ? ».
En outre, les circonstances atténuantes sont accordées.
Après une courte délibération, Nistar est condamné à 15 ans de travaux forcés. Nistar sera relégué à l’expiration de sa peine.

  • Source : Archives départementales de la Nièvre. L’Avenir du Morvan, page 523
  • Transcripteur : Marie Anne Balivet - janvier 2019

1948 - Le gang Lacquit

Le gang Lacquit passe aux assises de la Nièvre en mai 1948.

  • Le 8 mars 1947, après le vol de deux lapins, la bande a été interpellée à Nevers, au carrefour de la Croix-Joyeuse, par le sergent-chef Fournier. Celui-ci a été descendu froidement. Élie Lacquit, 43 ans, né à Decize, est condamné aux travaux forcés à perpétuité ; Lucien Lacquit, 35 ans, pupille de l’Assistance Publique, à deux ans de prison ; quant à Marcel Lacquit, 25 ans, le cerveau du gang, qui présente de nombreux antécédents judiciaires, il a obtenu l’acquittement à la suite d’un procès très embrouillé.
    La Cour d’Assises de l’Allier entreprend un second procès contre le gang Lacquit, coupable de pillages à Moulins.
(Le Journal du Centre, 21 mai 1948)
  • Élie Lacquit est né à Decize le 16 février 1904, dans une famille de chiffonniers qui a souvent changé de domiciles entre la Nièvre, le Cher et l'Allier.
    Un site de généalogie qui répertorie Élie Lacquit et sa famille permet de se reporter au journal La Dépêche du Berry et à plusieurs affaires judiciaires qui ont été jugées par la Cour d'Appel de Bourges.
    "Une querelle de famille. Le 16 juin dernier [1925], les nommés Machenin Joséphine, 30 ans, ménagère aux Chaumes, commune de La Guerche, Machenin Adrien, 24 ans, journalier, Cherrier Zélie femme Lacquit, 44 ans, ménagère, Lacquit François, 24 ans et Lacquit Élie, 21 ans, journaliers, tous demeurant à La Guerche, comparaissaient devant le Tribunal Correctionnel de Saint-Amand-Montrond pour coups et blessures réciproques.
    C'est une véritable querelle de famille qui avait eu lieu le 6 juin. Les deux femmes s'étant crêpé le chignon, Machenin pour défendre sa parente était intervenu. Ce que voyant, les frères Lacquit étaient intervenus au secours de leur mère et étaient tombés sur Machenin et un nommé Desfossés, témoin.
    Le Tribunal Correctionnel avait condamné Mmes Machenin et Lacquit à 50 francs d'amende chacune, Machenin Adrien à 100 francs d'amende, Lacquit François à huit jours de prison avec sursis et 100 francs d'amende et Élie Lacquit à 15 jours de prison et 100 francs d'amende. Pour Machenin Adrien et les frères Lacquit, qui avaient fait appel, le jugement de Saint-Amand est purement et simplement confirmé."
(La Dépêche du Berry, 31 octobre 1925)
  • "Trop turbulent. Cinq condamnations précédentes, presque toutes acquises pour le même motif, n'ont pas assagi le nommé Lacquit Élie, 23 ans, maçon à Saint-Ouen (Nièvre), qui est encore poursuivi pour outrage et rebellion à la police et ivresse.
    Étant ivre à Vauzelles, où il travaillait comme manœuvre, Lacquit fut interpellé par deux agents auxquels il répondit : "Les conseils de la police, on s'en f..., nous aussi on sera le directeur !" Comme on voulait l'appréhender, Lacquit frappa le brigadier de police et l'injuria. Le 25 novembre [1927], le Tribunal de Nevers lui infligeait six mois de prison. Devant la Cour d'Appel, le manœuvre nie les faits et exhibe des certificats qui le représentent comme soutien de famille de son père qui a trois enfants en bas âge. La Cour, néanmoins, confirme la peine."
(La Dépêche du Berry, 7 janvier 1928)
  • "Une bonne prise. La famille Lacquit, comprenant le père prénommé Charles, 59 ans, chiffonnier domicilié à Germigny-sur-Loire (Nièvre), la mère née Cherrier Zélie, 58 ans, également chiffonnière au même lieu, et le fils Élie, 27 ans, sans profession déterminée, tous les trois repris de justice, a été rencontrée par les gendarmes, le dimanche 23 courant, sur le territoire de la commune de Sancoins. Elle voyageait alors avec une camionnette qui fut tout d'abord saisie pour le motif que les pièces de circulation dont elle était détentrice étaient absolument irrégulières. Pendant le laps de temps indispensable à la force publique pour remplir les formalités urgentes en la circonstance, la bâche du véhicule fut enlevée et dissimulée, sans pouvoir être retrouvée sur le moment. C'est en recherchant cette bâche que les gendarmes découvrirent un âne que la famille Lacquit avait volé et attaché dans un boqueteau près du lieudit Le Razé. Cette bande d'indésirables fut mise aussitôt en état d'arrestation."
(La Dépêche du Berry, 27 août 1931)
  • Cambriolages et marché noir. En août 1942, des inspecteurs de Nevers découvraient deux malfaiteurs qui s'étaient spécialisés dans le vol de garages, notamment chez M. Camille Vincent, à Nevers. On découvrit des moteurs électriques, des bougies d'auto, de l'essence et le fruit d'autres vols, cartes, chemises, 64 flacons de parfums, des boîtes de poudre de riz, etc... entreposés chez leur femme et belle-sœur.
    C'est ainsi que Lucien Louis, 30 ans, demeurant 22 rue des Pâtis, Jean Hérault, 41 ans, chauffeur, 4 rue Charles-Roy, à Nevers, furent condamnés le 15 janvier 1943, le premier à quatre ans de prison et 600 francs d'amende, le second à un an de prison et 600 francs d'amende. Les receleurs, c'est-à-dire Marcel Lacquit, 21 ans, Antoinette Lacquit femme Louis, 36 ans, Raymonde Lacquit femme Faure, tous les trois demeurant à Garchizy, furent condamnés respectivement à 13 mois, 6 mois et 6 mois de prison. M. Antonin Brossier, 42 ans, transporteur à Varzy, inculpé d'avoir acheté deux pneus, fut relaxé. Hérault a fait appel et le ministère public a fait appel contre toute la bande.
(La Dépêche du Berry, 13 mars 1943)
  • Condamné aux travaux forcés à perpétuité, Élie Lacquit n'est pas allé à Cayenne, ni en Nouvelle-Calédonie. En effet, depuis le décret du 17 juin 1938, le bagne a été remplacé par une peine de prison :
"ART 1er. La peine des travaux forcés est subie dans une maison de force, avec obligation au travail et assujettissement à une épreuve d'isolement cellulaire de jour et de nuit. La durée de l'épreuve cellulaire est de trois années pour les condamnés aux travaux forcés, à perpétuité pour les condamnés aux travaux forcés à temps, elle est de 2 années si la peine est de 10 ans ou supérieure à 10 ans, et d'une année si la peine est de moins de 10 ans. Cette durée peut être réduite par mesure administrative, soit pour raison de santé, soit pour récompense de la bonne conduite ou du travail du condamné. L'isolement de nuit est toujours appliqué. La libération conditionnelle ne s'applique pas à la peine des travaux forcés."
Élie Lacquit est décédé le 13 mars 1984 à La Tronche (Isère).
Quant à Marcel Lacquit, présenté comme le cerveau de la bande en 1948, est-ce le même individu qui a été répertorié sur une liste de déportés ?
Né le 26 février à Issoire (Puy-de-Dôme), il a été déporté à Buchenwald le 24 janvier 1944 puis à Mauthausen le 25 février 1944. Libéré le 5 mai 1945, il a été rapatrié à Mulhouse le 20 juillet 1945. Son âge correspond à celui qui est signalé dans les affaires judiciaires précédentes. Un seul détail semble l'écarter du délinquant Marcel Lacquit : au moment de son arrestation, il travaille comme imprimeur à la Banque de France. Deux hypothèses : c'est un cousin, parfait homonyme, ou alors ce Marcel Lacquit aurait dérivé vers le banditisme.
Le gang Lacquit n'est pas le seul à défrayer la chronique en 1948, année plus que troublée entre les grèves, la guerre en Palestine, les menaces de Staline sur Berlin, le coup de force communiste de Prague, la guerre civile en Grèce...


Graciés

la mention d'une grâce sans précision supplémentaire indique une commutation en peine de Travaux Forcés à perpétuité.
En cas de commutation supérieure, 20 ans ou 10 ans de Travaux Forcés, l'information est indiquée.

* 30 Décembre 1903. Nevers.

Jean Anary. 20 ans. Manoeuvre. Viole et étrangle, le 24 Juillet 1903 aux Champs-Riaux, entre Saint Sauveur aux Amognes et Méard, Annette Blaise, épouse Guyot, 29 ans, fermière.

*11 Juillet 1914. Nevers.

Philippe - Robert Fabre. 19 ans. Voleur, évadé de Poissy le 10 octobre 1913, arrêté pour voler le 14 Novembre et incarcéré à Cosne sur Loire, d'où il s'évade d'une journée. Simulant la léthargie, assomme d'un coup de barre de fer et égorge d'un coup de couteau le gardien Edmé Bontemps, 73 ans, pour s'évader de l'asile de La Charité sur Loire, le 5 Février 1914, capturé le lendemain.

* 15 Janvier 1920. Nevers.

Pierre Alphone Berger. 24 ans. Déserteur. Etrangle le 6 février 1918 à La Charité sur Loire, M. Renault, vigneron, assomme et tente d'étrangler Mlle Renault, qui perd connaissance.
Claudius Voisin, 25 ans, son complice, déserteur, est condamné à 20 ans de Travaux Forcés.

* 19 février 1925. Nevers.

François Laudet. Cultivateur à Villapourçon viole et étrangle Jeanne Marceau (14 ans ?) le 17 Novembre 1923 sous les yeux de ses enfants et de sa femme qui le dénoncent.

* 22 Février 1933. Nevers.
Anna Veligosek. 19 ans. Serbe. Domestique. Tue de 24 coups de couperet sa patronne Mme Lemoine, rentière, 74 ans à Château Chinon, le 22 Juillet 1932.

* 10 Juillet 1939. Nevers.
Laurent Diot. 22 ans. Manoeuvre. Assomme et étouffe Mme veuve Jeanne Briard, 75 ans à Urzy le 13 Juin 1938 pour la voler de 1 400 francs.
Adrien et Marius Schultz, 18 ans, sont condamnés à 10 ans de prison.

* 10 Août 1943. Nevers.

Auguste Edouard Houdayes. 51 ans. Ouvrier agricole. le 10 Novembre 1941, au hameau de Montgoublin, commune de Saint Benin d'Azy, tranche d'un coup de couteau de cuisine la gorge de sa propriétaire Louise Vageon, veuve Cheminat, 65 ans, qui était aussi sa maîtresse, puis s'acharne sur le corps, avant de le violer, et dérobe 355 francs en pièces d'or.

* 22 Février 1945. Nevers.

Eugène Le Hays. 23 ans. Bûcheron. A [(Mhère]], le 2 Décembre 1943, tue de 3 coups de gourdin Paolo Nicolosi, ouvrier agricole, Italien, avant de voler ses biens, dont un porte-feuilles contenant 8 000 francs, et de jeter le corps dans l'Yonne, où il est repêché le lendemain. Outre le côté crapuleux, le crime était motivé par une haine xénophobe.
Georges Ravassat, bûcheron, 19 ans, qui s'était acharné sur le visage de la victime post-mortem et
Albert Poffa, bûcheron, 33 ans, sont respectivement condamnés aux Travaux Forcés à perpétuité et à 20 ans de Travaux Forcés.

* 24 Mai 1946. Nevers.

Lucienne Gauthier, épouse Domont. 23 ans. sans profession. Sous prétexte d'un contact de ravitaillement, Lucienne et son complice Robert Galleron, 17 ans, se rendent chez Mme Lesueur, rentière, Boulevard du Centenaire à Sens, Yonne. Galleron maintient la vieille dame au sol et Lucienne la frappe de 2 coups de hachoir dans la nuque. La victime, mourante, est poussée dans les escaliers de la cave pour faire croire à un suicide. Gallleron, gêné par ses râles, l'achève à coups de maillet de menuisier. Butin 75 francs et une paire de boucles d'oreilles.
Premier procès devant les Assises de l'Yonne. Galleron est condamné aux Travaux Forcés à perpétuité, 2 autres complices, Richard Bleyer, 37 ans et son épouse, sont respectivement condamnés à 5 et 2 ans de prison.
Eric Dumont, 27 ans. Arrêt cassé. Seuls les époux Domont et Richard Bleyer sont rejugés.
Domont est condamné aux travaux Forcés à perpétuité.
Bleyer est de nouveau condamné à 5 ans de réclusion.

  • Source : La veuve guillotine
  • Transcripteur : Mabalivet (discussion) 11 mai 2020 à 12:42 (CEST)