Vigneron Etienne correspondances d'avril 1915 à juin 1915

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Guerre 1914-1918 57.jpg
Secteur très calme.
Le 19 avril 1915.
Mes chers parents,
J’ai reçu aujourd’hui votre lettre et vos deux cartes, il y avait 8 jours qu’il n’en était pas arrivé.
Comme vous voyez, on se balade un peu et ce que vous verrez sur cette carte, je le vois de mes yeux.
Ici l’on est bien, on trouve à manger facilement et comme matériel de toute sorte on prend ce qu’il nous faut.
J’ai encore 20 F ; j’en ai pour un moment, mais il serait peut-être utile de m’envoyer un peu quand même.
Pour le moment je suis à l’abri pour travailler, quoique étant bien près des Boches, mais il faut nuit ou jour de la lumière.
Ce qui est rigolo, c’est que les Boches ne tirent pas, ils sont facilement une demi-journée sans envoyer une balle.
Les fantassins qui sont ici sont du 238e de Saint-Étienne et du 298e de Roanne, mais je n‘en connais pas.
Votre fils qui vous embrasse. Etienne.
Le 2 Mai 1915.
Chers parents,
J’ai reçu votre lettre avec beaucoup de plaisir. Tous les jours on attend avec impatience l’arrivée du courrier.
Ça ne m’étonne pas qu’Alexandre trouve ça énervant, il faut avoir en effet beaucoup de patience ; on ne peut guère qualifier ça de guerre ; dans le jour pas un coup de fusil, on va au travail aussi tranquillement que des ouvriers vont à leur chantier. Les Boches n’envoient même plus d’obus, il se passe des jours sans entendre un coup de canon, mais quand on veut prendre un petit poste la nuit, ce n’est pas possible pour dormir.
Mais malgré cette tranquillité il ne fait pas bon de …
La croix indique la distillerie qui est démolie et où j’ai été travailler.
Le 5 Mai 1915.
Mes chers parents,
Comme à présent j’ai bien le temps, je vous fais réponse de suite.
Vous avez sans doute été étonnés, en ouvrant ma lettre, d’y trouver de la graine d’oignons, mais c’est une idée comme une autre et, si un jour je reviens, ce sera un plaisir pour moi de les voir.
Un veinard, c’est sûrement Marius Ortu, car quoique l’on soit bien ici, on est sûrement encore mieux en arrière.
Si vous ne comprenez pas ce qu’il a voulu vous dire, moi je le comprends bien, ou du moins j’y crois. Il va sans doute entrer au service des autos-camions qui servent à transporter principalement les compagnies comme la mienne. Il y a déjà deux fois que je monte là-dedans, mais j’en garderai toujours souvenir, les conducteurs sont méconnaissables tant ils ont de poussière sur le visage.
J’ai reçu mon colis : du chocolat, du jambon, une andouille (plus que bonne), une pile, des cigares, + saucisson. Je vous remercie beaucoup de tout ça qui me fait bien plaisir.
Ne vous tourmentez pas trop pour moi, le temps passe vite.
Je termine là pour aujourd’hui et vous embrasse de tout mon cœur.
Étienne.
Mercredi 12 Mai 1915.
Chers parents,
Comme je vois, la température est bonne partout cette année, s’il fait bon à Decize, ici il fait un temps vraiment extraordinaire.
Je n’ai encore rien reçu d’Alexandre, je ne sais pas ce qu’il fait.
J’ai reçu par exemple une lettre de M. L. [Marie Louise] Châtillon, ce qui m’a bien fait plaisir. Je lui ai donné votre adresse, elle veut sans doute vous envoyer un mot. J’ai bien reçu tous les mandats que vous m’avez envoyés, j’ai aussi reçu vos brins de muguet, ici je n’en ai pas encore vu.
Là-dessus je vais à la soupe, il est 5 heures. A propos, pendant que j’écris, j’entends les Boches qui bombardent un de nos aéros (mais !)
Santé toujours bonne. Etienne.
C.P. : Le 28 Mai 1915. Campagne de 1914-1915.
Sur le front-intérieur d’une tranchée, abri.
Voilà la frontière. Il est dangereux de lever la tête au-dessus de la terre.
Le 28 Mai 1915.
Mes chers parents,
Je vous envoie ces quelques mots pour vous demander une chose qui va vous paraître drôle sans doute.
Eh bien, je voudrais que vous m’envoyiez mon petit carrelet, car où je suis, j’ai repéré dans un petit ruisseau d’assez jolis poissons ; comme je sais que j’ai un carrelet au bateau, sûrement j’en attraperai quelques uns. Il est peut-être perdu, mais s’il n’a pas été dérangé, je sais bien où je l’ai laissé. S’il y est toujours, expédiez-le moi donc tout de suite par la poste, je l’aurai vite.
Je vais très bien, et je pense bien à vous qui devez en prendre de sacrées fritures.
Votre fils qui vous embrasse bien fort. Etienne.

Textes de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par --Mnoel 18 avril 2015 à 08:54 (CEST)