Verrerie Sainte Catherine de Fours

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Origine de Fours

  • On rencontrait jadis un peu partout dans le Nivernais, des fours aux verres et des forges ; les verreries abondaient dans les cantons actuels de Fours, Luzy et Moulins-Engilbert, précisément là où il y avait d'immenses bois.
  • La verrerie de Fours est fort ancienne ; en 1261, des vieux titres citent la maison et le bois de Fours (villa et boscum de Furnis). Les maisons construites dans les bois devinrent paroisse et la cure de domibus in longa sylva, qui dépendait de l'archiprêtré de Moulins-Engilbert, fut désignée en français sous le nom de Maisons-en-longue-sylve ou Maisons-en-longue-salle.
  • Les Fours formèrent peu à peu un village qui prit une telle importance que les registres paroissiaux indiquent un curé de Fours dès 1597 ; en janvier 1751, après le décès du curé Hugues Dessertaine, Charles Dominique Moireau prend possession de la cure et l'on parle alors de Maisons en longue salle, vulgairement Fours. Depuis lors, le nom de Fours prévaut.

La Verrerie de la Grande Catherine

  • Au début du XVIIe siècle et peut-être même avant, la famille d'Hennezel dirige les verreries de la Nocle, Pruneveaux et Bois Gizay (commune de Savigny-Poil-Fol). En 1670, Isaac d'Hennezel demeure à la verrerie d'Avril-les Loups (Diennes-Aubigny) et David d'Hennezel réside à la Grande Catherine ; c'est le nom que portait alors la verrerie de Fours.
  • L'existence de celle-ci est un moment compromise en 1733 par suite des manœuvres déloyales d'une verrerie de la région qui sans doute redoutait sa concurrence et voulait lui enlever ses plus habiles ouvriers. Malgré les ordonnances royales et les règlements corporatifs, un certain nombre de verriers quittent l'usine.
  • En avril 1779, la verrerie de la Grande Catherine appartient à M. Nicolas-Hyacinthe Multz, ancien officier de cavalerie, domicilié à Sandanges, diocèse de Trèves. Il a alors pour premier commis François-Martin Scalabrino. NH Multz meurt le 13/08/1779.

La Verrerie de Sainte Catherine

  • M. le comte de Vogué, marquis de La Nocle et baron de Ternant devient propriétaire et change la Grande Catherine en Sainte Catherine. La cérémonie de l'inauguration de la nouvelle usine est relatée dans le registre paroissial tenu par le curé Piron :
« le samedi 4 décembre (1779), j'ai béni la halle et le premier four de la verrerie Ste Catherine établie en cette paroisse, tous les ouvriers présents à cette cérémonie, M. Bellet représentant M. le marquis de Vogué a mis le feu au four du verre de gobleterie. Après quoi nous avons chanté le Laudate. Mrs les directeurs associés, directeurs en second et commis ont signé l'acte que nous transmettons à l'avenir. »
Halle de verrerie
  • De Vogué fait des projets grandioses pour sa verrerie ; il construit de nouveaux magasins, agrandit les halles, établit de nouveaux ateliers, édifie des logements pour les ouvriers, les commis ; ses dépenses d'installation et d'appropriation s'élèvent à 1.200.000 livres.
  • Cependant, il est mal secondé dans l'administration comme dans la fabrication. Pendant une dizaine d'années, l'usine végète et peu à peu le découragement s'empare de tous ceux qui sont intéressés au succès de l'entreprise. En 1790, plus aucun des quatre fours ne fonctionne.
  • Délégué à l'Assemblée Constituante, de Vogué, pendant son absence, laisse la direction à deux commis à gages non intéressés qui laissent tomber l'usine dans un discrédit total.
  • En 1790, de Vogué vient même habiter à Fours, mais rien n'y fait.
  • Il fait alors appel à Melchior Schmid, propriétaire de la verrerie du Boucard et fermier de celle d'Aubigny (Cher).
  • Ce dernier fait construire une forge au milieu de la cour de la verrerie, des caves voûtées sous la halle, et différents bâtiments nécessaires à l'exploitation. Pour déposer les matériaux utiles à son commerce, il fait construire un magasin à Port-Tareau sur la Loire (commune de Saint-Hilaire). Il se consacre entièrement à la verrerie de Fours et s'entoure de gens compétents comme O. Schmid, Jean Novillier et Jacques Sainjon ; Joseph Schmidt est coupeur de verre ; les bois environnants fournissent le combustible ; Tareau et Ternant procurent le sable, Montambert la terre réfractaire.
  • Le sérieux et la compétence de Melchior Schmid permettent à Sainte Catherine de prendre un nouvel essor. Un grand nombre de ménages viennent s'installer à Fours pour y occuper les tâches les plus variées : souffleurs, tiseurs, étendeurs, fondeurs, fournatistes, potiers, commis, bûcherons, bouviers, … la verrerie fait alors vivre près d'un millier d'individus.
  • En 1791, le comte de Vogué émigre en Angleterre et la verrerie travaille principalement pour ce pays. L'administration municipale encourage ce commerce avec l'Angleterre :
« Nous les officiers municipaux de Fours, district de Decize, département de la Nièvre, certifions qu'au mois d'octobre dernier (1791), il a été mis un nouveau four en activité à la Verrerie Sainte-Catherine, paroisse de Fours, afin de pourvoir aux fournitures que M. Schmid, directeur de la verrerie, s'est engagé de faire en Angleterre pour M. de Vogué et que depuis un an environ la dite verrerie a pris un accroissement considérable, ce que nous attestons être véritable »
  • Le 20 juillet 1792, un violent orage occasionne des dégâts considérables : une halle neuve est renversée, une autre est fortement ébranlée, deux fours sont mis hors d'usage ; les pertes sont énormes. La verrerie ne peut plus tenir ses engagements mais reprend quand même son activité.
  • De Vogué ne rentre pas en France dans le délai légal (janvier 1793), et en vertu de la loi du 12/02/1792, ses biens dans le canton de La Nocle sont mis sous séquestre le 03/04/1793 ; la verrerie et ses dépendances font alors partie des biens nationaux et Schmid en reste directeur et fermier.
  • Melchior Schmid meurt le 19/12/1793 ; sa veuve et son fils aîné restent à la tête de la manufacture dont la prospérité continue de s'accroître.
  • La veuve Schmidt se remarie le 09/09/1794 avec un certain Claude Louis Colombot, négociant à Paris et c'est désormais ce dernier qui assume la lourde responsabilité de diriger l'exploitation de la manufacture.
  • Mais l'usine, jusqu'ici très prospère, commence dès 1795 à ressentir les effets de la crise économique qui sévit sur l'industrie depuis quelques années. Les magasins de Colombot ne vendent plus rien ; la dépréciation des assignats lui cause un grand préjudice, et bientôt le manque de fonds l'oblige à arrêter le travail et à éteindre ses fours.
  • Colombot qui n'était que fermier acquiert la verrerie pour la somme d'environ 150.000 livres. La vente a lieu le 19/08/1796 à Nevers. Bien que n'arrivant pas à payer l'ensemble en temps voulu, le citoyen Colombot reste propriétaire de la Verrerie dont il s'efforce de maintenir la prospérité rétablie en l'an IV.
  • Après plusieurs péripéties et ennuis financiers, les scellés sont mis sur les meubles de la verrerie en juin 1799.
  • Plus tard, dans les vastes bâtiments de l'usine déserte, un nouveau propriétaire, M. Pouyat, installe une fabrique de porcelaine dont le directeur est M. Lebrun ; le kaolin est extrait à Saint Yriex, acheminé jusqu'à Nevers en chemin de fer et transporté par voitures jusqu'à Fours. Le pays, qui prend alors un rapide développement, promet de devenir un centre considérable ; mais la fermeture inattendue de l'usine en 1865, à la suite d'une vente oblige, les ouvriers et leurs familles à se retirer en grande partie à Limoges.
  • Peu après le changement de propriétaire, un ouvrier, venu de Saint Honoré, loue une partie de la « fabrique » de M. de Pomereu l'acquéreur, pour y établir une poterie qui occupera une cinquantaine d'ouvriers.
  • Mais la tentative du potier n'a pas de lendemain ; deux ans après il meurt et l'établissement qui fut jadis la Verrerie Sainte Catherine est définitivement fermé.

--m mirault 15 avril 2010 à 08:28 (UTC)
Source : un article de Sylvain Commeau, instituteur à Ternant en 1915, paru dans les Mémoires de la Société académique du Nivernais en 1916.