Pont de Saint Privé

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  • Jusqu'au XIXe siècle, le cours principal de la Loire passait entre l'île de Decize et le faubourg Saint-Privé. C'est à la suite de l'aménagement des canaux et du barrage que ce bras du fleuve s'est ensablé, devenant la Vieille-Loire.
  • À Decize, ville en Loire assise, les ponts ont toujours constitué des problèmes pour les habitants et les édiles. Rejoindre l'île sur des ponts de bois ou par bateaux a longtemps été le lot des voyageurs et des riverains. On sait peu de choses des ponts médiévaux qui, bien souvent, ont été disloqués par les crues de la Loire, puis réparés tant bien que mal. De la fin du XVIe siècle à 1765, Decize a dû encore se contenter de rafistolages : on posait des passerelles en planches entre des arches en pierre ruinées depuis plusieurs décennies, on consolidait avec des pieux. Des travaux plus importants ont été effectués de 1757 à 1765.
  • Le pont rétabli en 1765 était encore, pour sa majeure partie, un pont en bois, si instable que les échevins décident vers 1770 d’en construire un autre ; cette fois ce sera un pont de pierre ; l’architecte Robert Legrand est chargé du projet ; il laisse intact le vieux pont pendant la durée des travaux ; il bâtira son œuvre légèrement en amont de l’autre.
  • 7 octobre 1775 : la première pierre est posée par M. Jean de Pont, seigneur de Mandroux, Intendant à Moulins, en présence de son épouse, du maire Guillaume Godard de La Motte, des échevins Antoine Esmalle et François Blondat-Libaut, du procureur Claude Robinot et du sieur Desvaux. Une inscription latine gravée sur cette pierre commémore l’événement.
  • Des dépenses importantes sont engagées à l’occasion de cette cérémonie (Séance du conseil municipal du 20 septembre 1775, A.D.N.,cote AC 095). Le maire reçoit 460 livres et 7 sols pour acheter deux robes de maire, et la somme de 1425 livres et 4 sols ; l’Intendant reçoit une gratification de 792 livres, les officiers municipaux et le secrétaire Decray ont droit à des cadeaux et des étrennes.
  • Ce pont mesure 113 toises ou 589 pieds (environ 210 mètres), il compte onze arches; c’est le pont que nous pouvons emprunter encore à notre époque. Le pont est terminé en 1777.
  • Pour accéder au pont, de nouvelles levées sont construites sur les deux rives. Cela nécessite l’expropriation des riverains et la destruction de plusieurs maisons et jardins. La municipalité négocie avec leurs propriétaires avant de fixer un prix d’indemnisation.
  • Du côté de Saint-Privé, François Beaumont cède sa maison, qui est démolie dès le mois de janvier 1776. Le jardin du sieur Perrin, de l’autre côté, est inclus dans la nouvelle levée. Quai d’aval, du côté de la ville, les maisons Rigny, Perrin, Mounier et Balmain sont détruites en mars 1781 : à leur place on trace le chemin qui contourne Decize (l’actuel quai de Loire) et on élargit la place du pont (l’actuelle place Saint-Just). Les expropriations sont raisonnables : la maison de Louis Yzabeau Mounier est payée 4500 livres (à quoi s’ajoutent 450 livres de matériaux adjugés à Descombes, l’entrepreneur des travaux du roi). Les dernières maisons sont démolies en septembre 1783.
  • Les culées du pont permettent d'établir de part et d'autre des quais, des digues et de nouvelles voies (actuellement ce sont l'avenue du Quatorze Juillet et le quai Henri-Roblin à Saint-Privé, le quai de Loire et l'avenue Victor Hugo au centre-ville).
  • En 1894, le pont est élargi. Les trottoirs sont repoussés vers l'extérieur sur des corbeaux fixés en surplomb, les murets de pierre sont remplacés par des parapets métalliques.
  • Dans la nuit du 17 au 18 juin 1940, la première arche du côté de la ville, minée en prévision de l'invasion allemande, est détruite par explosion. Cela n'empêche pas l'armée ennemie d'investir la ville dès le lendemain et l'arche est reconstruite quelques mois plus tard.
  • Le pont de Saint-Privé, le plus vieux pont de Decize, avec ses onze arches, dont neuf n'enjambent que la plaine des Verdiaux, est fragile. Le passage quotidien de plusieurs milliers de véhicules, dont de nombreux camions et autobus, avec d'inévitables embouteillages aux heures de pointe, rendent sa consolidation nécessaire.

Vue générale
onze arches...
...dont neuf n'enjambent que la plaine des Verdiaux
Marques de tailleurs de pierre





Source : VOLUT Pierre, Decize en Loire assise, 1992, pp. 175-176 et CD-ROM Histoire de Decize, 2013, DLA 111.
Texte et images proposés par Pierre Volut et mis en page par Michel Mirault le 15 novembre 2016