Nevers rue Saint-Etienne

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RUE SAINT-ETIENNE à NEVERS

  • Appartient à la route nationale n° 77, de Nevers à Sedan.
    Elle n'était primitivement composée que de la seule partie centrale d'aujourd'hui (de la rue du Lycée(1) à la cour Saint-Etienne). On lui annexa plus tard, d'un côté la rue du Foin (de la place Guy-Coquille à la rue du Lycée(1)), de l'autre la rue de la Tannerie (entre la cour précitée et la rue du Charnier). Toutes ces rues sont citées en 1436. Leur croisée avec celle des Francs-Bourgeois (du Lycée) et la rue Creuse s'appela, jusqu'à la Révolution, le Carveron (carrefour).
    La rue du Foin (de la Croix-du-Foing en 1530) tirait son nom du marché aux foins et pailles qui se tenait autour de la Croix du Foin (ordonnance de 1464), située derrière l'église Saint-Pierre (bas de la place Guy-Coquille). La rue de la Tannerie fut ainsi appelée à cause de l'industrie qui s'exerçait autour de la fontaine du Bourg.
    Le quartier traversé par ces rues était le Bourg Saint-Etienne, longtemps domaine du prieuré, indépendant de la ville et des comtes, rentré seulement en 1585 sous l'autorité des ducs.

    N° 7 : ancien hôtel de la famille Tenon.
    N° 22 : Maison du XVe siècle à pans de bois appelée « Maison Bussière », du nom d'une famille de menuisiers qui l'occupa pendant un siècle. On y voit encore l'inscription rue du Foin, gravée en 1776.
    Entre les numéros 15 et 17, impasse particulière, reste de la rue du Chaillou ou Chaillot, jadis parallèle à la rue Creuse et réunissant les rues Saint-Etienne et Fonmorigny. Elle est citée dans le compte de 1404. Elle fut aliénée par la ville en 1598 pour payer des réparations au collège. Au milieu du XVIIIe siècle, il y eut procès entre Eustache de Chéry, seigneur de Grenant et les sieurs Micault et Renault, au sujet de la fermeture faite par eux, dans le but d'en jouir exclusivement, du cul-de-sac de la rue du Chaillou sur lequel s'ouvre une des issues de la maison appartenant audit de Chéry. Dans la cour, derrière le n° 17, se voient quelques débris d'élégantes sculptures du XVe siècle.
    Entre les nos 29 et 31, entrée de la Cour Saint-Etienne où se trouvent l'église de ce nom et l'ancienne maison du prieur (n° 2). Le monastère primitif a été créé, en dehors de l'enceinte gallo-romaine de la ville, par l'Irlandais Saint-Colomban(2) (589 ou 610) pour des religieuses. Ruiné par « des hommes pervers », la vétusté, l'incendie, abandonné enfin, il fut rétabli (1063) par l'évêque Hugues II, de la famille des comtes, de concert avec le comte Guillaume Ier, pour des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Sylvestre. Afin de faire cesser les dissensions de ces moines, l'évêque Mauguin l'attribua aux bénédictins de Cluny (1068). L'église fut rétablie par le comte Guillaume (1097) qui, ainsi endetté, ne put participer à la première croisade. On pense que c'est à ce moment que l'église devint paroissiale, tout en continuant d'appartenir au prieuré. Le tombeau du comte Guillaume a disparu au XVIIIe siècle, comme celui d'un prétendu saint Eulade, premier évêque de Nevers. Cette église est un remarquable type de style roman, on a même dit « le monument le plus parfait que le XIe siècle ait laissé en France ». D'après Viollet-le-Duc, c'est « l'un des types les plus complets des églises à nef voûtée en berceau, contreboutée par des demi-berceaux bandés sur les bas-côtés ». Cet auteur cite plusieurs parties comme des modèles, ou bien des particularités de notre province. L'église avait trois clochers à flèches ; deux carrés au portail (leur partie supérieure a été abattue en 1792, parce qu'elle menaçait ruine), un octogonal au-dessus de la croisée, mutilé également à une époque postérieure. A la façade avaient été accolés : au moyen âge, un narthex gothique, puis un portique grec à colonnes en bois qui n'a disparu que vers 1860. Les colonnes de l'église ont été faites au tour ; des traces de peinture se voyaient encore il y a quelques années sur leurs chapiteaux et sur la façade. Enfouie de plusieurs pieds dans les terres (on n'y pénètre encore qu'en descendant plusieurs marches), l'église n'a été dégagée, et pas complètement, que dans les années 1853-63 où elle a été l'objet d'une grande restauration.
    Elle était entourée au nord par un cimetière (d'où le nom de rue du Charnier), traversé lui-même par la rue de la Petite-Boucherie. On y enterrait les pestiférés au commencement du XVIIe siècle.
    Au sud se trouvent les bâtiments claustraux du prieuré.
    Ceux-ci servaient au moyen âge de lieu d'assemblée aux habitants du quartier de la Barre. Il y avait déjà une horloge au XIVe siècle, avant que la ville elle-même en fût pourvue. Les bâtiments du prieuré, incendiés en 1421, furent refaits au milieu du XVIIe siècle ; ils sont sans caractère, malgré ce qu'en dit Parmentier vers 1775 : « Les cloîtres ont été détruits il y a peu d'années et le monastère a reçu un air d'élégance dont il avait peut-être besoin ».
    Le prieuré a donné pendant quelque temps asile à l'Université d'Orléans, réfugiée en 1318 à la suite de l'interdiction prononcée par le pape Jean XXII contre la ville d'Orléans. Les désordres des écoliers la firent chasser de Nevers.
    En querelle fréquente avec les comtes et les évêques, les Bénédictins se maintinrent dans le prieuré jusqu'à la Révolution ; ils étaient alors au nombre de 5 avec un revenu de 7.200 livres.
    En 1793, l'église, qui comptait 1835 paroissiens, d'abord affectée au clergé constitutionnel, devint salle de spectacle, puis magasin à fourrages ; elle fut rendue au culte en l'an X. Le prieuré abrita l'administration du district, puis la gendarmerie, ensuite, sous Napoléon, la manutention militaire qui passa à la Fonderie à la suppression de celle-ci (1879). Racheté en 1869 par la ville, il reçut plus tard une école de filles. La maison du prieur avait été vendue, en 1796, 12.600 fr. en assignats.

    Le bourg Saint-Etienne s'était formé peu à peu autour du premier monastère. Englobé dans l'enceinte de Pierre de Courtenay, il embrassait le terrain compris entre la rue de la Préfecture et la rue Fonmorigny dans un sens, les rues Creuse et des Francs-Bourgeois à l'ouest, celles du Puits-du-Bourg et du Charnier à l'est. Il dépendait uniquement des moines, qui ne cédèrent au duc leurs droits de justice, sauf l'enceinte de l'abbaye, qu'à la fin du XVIe siècle. Les juifs y furent si nombreux qu'il fallut, en 1293, un arrêt du Parlement de Paris pour les en expulser.
    N° 31 : Une tradition prétend que sur cet emplacement se trouvait l'échoppe du savetier Chaumette, père du procureur de la Commune de Paris ; une autre légende place cette baraque au n° 13 ; une autre encore loge cette famille au n° 12 de la rue de la Barre(3).
    N° 48 : Hôtel Tiersonnier, puis de Marne, enfin de Soultrait.
    On ne connaît plus l'emplacement qu'occupait, en 1790, l'entrepôt de tabac géré par Cernuschi et qui fut pillé lors d'une émeute violente, quoique sans effusion de sang. Elle dura plusieurs jours et obligea à proclamer la loi martiale.

    (1) Actuelle rue des Francs Bourgeois.
    (2) C'est lui qui a dit : « L'autorité procède de la droite raison, nullement la raison de l'autorité », Guizot, Histoire de France, III, 130.
    (3) C'est dans la maison portant le n° 31 que le 22 mars 1924 mourut le graveur Fernand Chalandre.


    Victor GUENEAU dans Mémoires de la Société académique du Nivernais – 1928/T30