Magny Cours Archéologie

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Magny-Cours, le technopôle manque de place

90% des surfaces du Technopôle de Magny-Cours sont utilisées en 2010.L’extension de la zone d’activité de ce technopôle, qui compte dix-neuf entreprises et emploie près de 400 salariés, était donc prévue dans le cadre du contrat territorial du Pays de Nevers Sud-Nivernais. Cette opération vise à étendre la surface de 10 ha, comprenant des implantations d'entreprises et l'aire de service autoroutière.

La surprise

Elle arrive très vite car dès les premiers travaux sur la zone, on met à jour des vestiges gallo-romains avec des traces de plusieurs bâtiments (édifices publiques, thermes, temples et théâtre) sur une surface d’environ 3 hectares. L’extension du technopôle est donc ajournée le temps de réaliser ses fouilles préventives.

Site photographié à l’aide d’un ballon à l’hélium

Description du site

  • Les thermes: un édifice de 130 m2 organisé selon un circuit classique pour les baigneurs avec vestiaire, salles froide, tiède puis chauffée (frigidarium, tepidarium, caldarium). Un système d’hypocauste (chauffage par le sol) permettait d’assurer une bonne température de ces pièces. L’eau était probablement acheminée via une canalisation en bois provenant d’une source située à 260 m au nord-est.
  • Le sanctuaire: vers les thermes, un puits d'1,50 m de diamètre a été retrouvé. Son parement en pierres était effondré mais huit éléments (en chêne) du cuvelage se trouvaient encore en place (sur 70-80 cm de haut), et dans un état de conservation exceptionnel.
  • Le théâtre: Avec la caractéristique d’un premier édifice (équipé d’une scène semi-circulaire) réaménagé avec scène rectangulaire. Trois “vomitoirs” (vomitoria: couloir d’accès aux gradins) identifiés et deux fondations (de part et d’autre de l’hémicycle) pouvant être des escaliers d’accès aux gradins supérieurs. D'un diamètre de 53 mètres, on peu estimer sa capacité à 3800 personnes. Un mur de façade qui pouvait servir de mur de scène a été mis à jour.

De par sa dimension et sa forme on pourrait le comparer au théâtre d'Argentomagus (Saint Marcel), vers Argenton-sur-Creuse dans le département de l'Indre.

  • Une vingtaine de bâtiments, d’époques différentes. Un à double exèdre (couloir parfois équipé de sièges) de type basilical (peut-être un lieu de rassemblement public).

Très arasés, leur interprétation reste à l’heure actuelle très difficile : auberges, boutiques, bâtiments agricoles… Leurs fonctions étaient probablement multiples. La fouille a permis de montrer que tous ces édifices n’étaient pas contemporains mais qu’une chronologie assez fine pouvait être mise en place.

  • Une voie périphérique, large de 8 m, ceinturait le site et le desservait au sud et à l’ouest. Son tracé a été plusieurs fois remanié. Des traces d’ornièrage témoignent du passage fréquent de chariots. Des venelles (étroites ruelles) piétonnes desservaient les différents secteurs à l’intérieur du site.
  • Le temple: fanum est le nom latin utilisé pour un temple de plan carré. Il est composé d’une cella ou chambre de la divinité (carré central), entourée d’une galerie périphérique (carré extérieur). Les pèlerins ne circulaient que dans cette dernière et pouvaient déposer leurs offrandes à l’entrée de la cella. Ici, seules les fondations de ce bâtiment sont conservées. Le temple est entouré de deux grandes esplanades, vides de toute construction. Devant ce temple, a été découvert une fontaine d’agrément avec des systèmes d'évacuation.

Le constat du SAPDA

Les archéologues du Service d'Archéologie Préventive du Département de l'Allier, sous la direction de G. Rocque, interviennent depuis le mois de février 2013 en amont des travaux d’aménagement du technopôle de Magny-Cours. Située à 20km au sud de Nevers et immédiatement au nord du circuit automobile de Nevers – Magny-Cours, cette opération archéologique effectuée sur prescription de l’Etat (DRAC Bourgogne) s’attache à la fouille et à l’étude de ce site monumental.

Durant l’époque antique, il était localisé en bordure occidentale du territoire éduen, aux confins de la cité des Bituriges Cubes. Cette situation privilégiée, au contact de deux grandes puissantes Cités de la Gaule romaine, procure un intérêt particulier. Ces dernières années, plusieurs diagnostics et fouilles ont été réalisées et permettent aujourd’hui d’esquisser un paysage densément occupé à l’époque antique.

La zone de fouille a livré des vestiges sur une surface d’environ 3 hectares. Des édifices publics monumentaux (thermes, temple et théâtre) côtoient des bâtiments dont la fonction reste à déterminer (auberges, lieux artisanaux, boutiques ou même bâtiments agricoles ?). La datation et la chronologie de ces structures restent à préciser, mais semblent s’étendre entre le milieu du Ier et le IIIe s après J.-C.

Un caractère hors du commun

Ainsi ce site apparaît comme un site exceptionnel par ses dimensions et la monumentalisation des bâtiments. Ces caractéristiques permettent aux archéologues de mesurer la portée d’un tel sanctuaire, qui devait indéniablement constituer un lieu de pèlerinage de première importance. Il est également le témoin de la présence d’une aristocratie locale puissante, capable d’investir d’importantes sommes d’argent pour offrir aux populations de tels lieux de recueillement et de divertissement. Si d’autres exemples sont connus sur le territoire national, le site de Magny-Cours offre l’opportunité d’appréhender un ensemble architectural unique dans son intégralité.

A peine découvert, déjà pillé

Le chantier d'archéologie préventive, aux abords du circuit de Formule 1 de Magny-Cours, a été la proie de pilleurs fin mars 2013. Pour les archéologues en charge des fouilles, des détecteurs de métaux ont été utilisés. En effet, on a relevé une trentaine de trous très ciblés et rebouchés à la va-vite. Preuve que les pilleurs ne cherchaient pas au hasard et retournant tout sur leur passage.

En déterrant des vestiges, ces voleurs ont détruit ce qui semble être un mur d'un édifice thermal.

Les archéologues espèrent retrouver encore des vestiges métalliques. Mais avec ce pillage, des informations précieuses se sont envolées. Elles auraient permis de mieux comprendre ce site gallo-romain qualifié de majeur par les chercheurs de l'Institut National des Recherches Archéologiques Préventive.

Les découvertes mobilières

  • Statue: une représentation totémique de tête humaine (en chêne, avec cheveux, yeux, nez) perchée à l’extrémité d’un poteau. Deux hypothèses : soit il s’agissait d’un atelier de taille, et cet objet a été abandonné sur place car présentant des défauts ; soit c’était lieu sacré. Cette tête est étudiée au labo du CNRS de Besançon, en lien avec Gwenaëlle Jaouen, dendrologue au service archéologique du CG de l’Allier.
  • Monnaies: en divers endroits du site, plusieurs monnaies trouvées : des potins gaulois, mais en majorité des pièces des 1er, 2e et 3e siècles ap-JC, avec quelques pièces du 4e. Ces monnaies ont été soit perdues, soit déposées en offrande.
  • Fibules: les fouilles ont livré de nombreuses fibules entières ou en fragments.
Fibule (broche) à décor émaillé découverte sur le site
  • Bois: 500 fragments de bois dans la zone tourbeuse : planches (bois travaillé) ; tronc, écorce (non travaillés). Hypothèse: une forêt exploitée, ou un atelier de taille.
  • Ex-voto: au nombre de cinq, en bois, représentant des jambes humaines.Ces objets pourraient étayer l'hypothèse d'un sanctuaire guérisseur, avec un culte organisé autour d'une eau aux propriétés curatives.

L'avis du Conseil national de la recherche archéologique

CNRA 2012-2016 - Avis n°1 - 27 septembre 2012
Le Conseil national de la recherche archéologique a pris connaissance avec grand intérêt de la découverte d’un vaste ensemble cultuel fondé au Ier-IIe siècle après J.-C. au Pré-de-la-Fontaine à Magny-Cours.
Son ampleur, la complexité des aménagements qui le composent ainsi que l’abondance des dépôts votifs en bois qu’il recèle en font un patrimoine d’une importance exceptionnelle au niveau européen.
Au regard du projet d’aménagement touchant ce site et ses abords, le Conseil insiste pour que tous les moyens permettant d’en garantir une conservation durable soient mis en oeuvre. En particulier, les aménagements, même distants, ne devront en aucun cas perturber l’équilibre du milieu spécifique qui a permis la conservation de ces importants vestiges organiques. Dans cette perspective, l’hypothèse d’un déplacement de l’intégralité du projet d’aménagement ne doit pas être écartée. Enfin, quels que soient les choix à venir, il importe que les parties ayant la charge de ce site s’accordent sur les modalités d’un suivi à moyen et à long terme des conditions de préservation de l’immersion des vestiges afin d’en garantir la bonne conservation.

Et maintenant ?

La communication à ce sujet n'est pas très abondante. Il semble qu'on s'achemine vers un enfouissement du site pour préserver l'existant et que le projet d'extension du technopôle se réalise.

Une réaction

Lorsqu’on aime feuilleter l’histoire de son territoire, lorsqu’on est capable de rester “planté” de longs instants devant un monument, lorsqu’on ne dédaigne pas de chausser les bottes pour aller, sur un terrain détrempé admirer des vestiges antiques fraîchement exhumés par les archéologues... Alors on ne peut que regretter le réenfouissement des temples, thermes, théâtres.., dont les murs sont sortis d’un oubli pluriséculaire au printemps dernier, sur les parcelles dédiées à l’extension du Technopôle de Magny-Cours.
Décrypter des pages de la vie gallo-romaine pour ensuite en gommer toutes traces, a fortiori sur un site jugé d’intérêt majeur par les autorités régionales de l’Archéologie, n’est-ce pas un acte manqué ? Certes, dans un département qui confère le statut de priorité à son développement économique, les "vieilles pierres” - c’est souvent ainsi qu’on en parle - ne pèsent pas lourd.
Mais là... On aurait pu imaginer de conserver le site, d’y construire un musée pour abriter les objets découverts (monnaies, fibules, ex-voto en bois représentant des jambes humaines, coffrage de puits...) et y présenter la restitution numérique en3D des bâtiments. Bref, donner à voir des facettes de la vie de nos prédécesseurs sur cette terre. Car l’histoire et le patrimoine archéologique, dés qu’ils sont mis en valeur et accessibles au public, deviennent de l’économie. En témoignent les plus de 43.000 visiteurs annuels (dont une bonne partie de l’étranger) qui viennent découvrir Bibracte. Là, c’est bien une volonté politique qui en a fait un haut lieu de la civilisation celtique. Alors à Magny-Cours, pourquoi pas une vitrine de la vie gallo-romaine ? Il y avait largement de quoi faire... Mais pas la même volonté politique qu’à Bibracte...
Vraiment dommage!
Jean François Perret, Journal du Centre 30 décembre 2013

Pour aller plus loin

Nicolas Tisserand (Archéologue chercheur, Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, Grand Est Sud) a publié dans la Revue Archéologique de l'Est (t. 62-2013, p. 157-185) un article intitulé "Sanctuaire de source, sanctuaire des eaux ou simple sanctuaire en milieu humide? Découverte d'un complexe cultuel antique à Magny-Cours (Nièvre)"
Actuellement seul le tome 61-2012 est consultable en ligne.

Sources

  • Articles du Journal du Centre
  • Service d’Archéologie Préventive du Département de l’Allier


--Patrick Raynal 2 janvier 2014 à 16:26 (CET)