Les constructions militaires

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Retour sur l'habitat nivernais

Retour sur les conditions économiques 1660-1790


Ces remparts percés de 7 portes (Portes de Loire, du Croux, Porte-Neuve, Portes des Ardilliers ou de Paris, de la Barre, de Nièvre, du Pont-Cizeau), flanqués de 15 tours et de quelques bastions comme les Ravelins de la Porte du Croux et du Pont Cizeau, ajoutent un élément d'architecture militaire au pittoresque de la ville.
Il est vrai que cet appareil militaire, qui date de la fin du 12e siècle, n'a plus d'autre utilité sous le règne de Louis XIV que de constituer une barrière d'octroi.

Au 17e siècle, les Nivernais accaparent les murs et les fossés avec ou sans autorisation et les adaptent à tous les besoins du commerce et de l'industrie. Les fossés se transforment en jardins, où les artisans récoltent leurs légumes. Des cordiers y tordent le chanvre. Des marchands de bois y aménagent leurs chantiers. Des bouchers font paître leur bétail dans les espace qui restent libres. Les habitants finissent même par se loger dans tous les « espaces vuides » des remparts et des tours. D'ordinaire ils consentent à payer de minimes redevances et promettent de tenir en bon état les locaux qu'ils occupent.

En 1677, un mégissier, Simon Chambon, « chargé d'enfants et dans la nécessité » ne pouvant plus arriver à payer son loyer, demande à s'installer dans le corps de garde de Nièvre, ce qui lui est accordé moyennant un cens annuel de 5 sols. - En 1663, Nicolas Jouanin, savetier, s'établit « dans un petit renfoncement » qui est au-dessous du corps de garde de la porte de la Barre « pour y travailler de jour de son mestier de savetier ». Il paiera 3 sols en entrant, et versera ensuite à la Noël de chaque année 18 deniers de cens et rente suivant la coutume du Nivernais. A cette époque, plusieurs savetiers installent leurs échoppes dans des conditions analogues. - On peut encore citer en 1675, un marchand, Etienne Cougnet, qui prend à bail la tour de la Boullerie moyennant 5 sols de rente.

Pendant les guerres de la Ligue d'Augsbourg, Louis XIV, à court d'argent, encourage ces procédés. En 1693, il ordonne la vente et aliénation de tout ce qui sert à la clôture et à la fortification des villes de l'intérieur. En 1696, il consacre moyennant finances les accaparements antérieurs. Un état, énumérant tous ceux qui occupent quelque portion des remparts, fossés et tours de la ville de Nevers, ne compte pas moins de 58 articles, où la plupart des métiers nivernais se trouvent représentés. A la veille de la Révolution, une partie des remparts est ainsi englobée dans les propriétés privées et plus ou moins remaniée par les particuliers et les communautés religieuses. Par exemple, en 1767, les Carmélites sont autorisées à faire entrer dans leur cloître toute la partie du fossé et du mur qui touche à leur jardin.

Tout le reste est en ruine ou même à totalement disparu. Les pouvoirs publics à Nevers se désintéressent des fortifications et, sauf dans certaines circonstances exceptionnelles, ne se soucient pas de réparer les brèches.

Par exemple en 1721-1722, avec la peste de Marseille, les murailles sont remises en état, afin de mieux assurer la clôture et la protection de la ville. Ils jettent à bas les ruines au lieu de les relever. Ils se débarrassent d'abord des ponts-levis, des flèches et bascules, qui tombent de vétusté sur la tête des passants (En 1697, suppression de tous ces objets devant les portes de Loire, de la Barre, de Nièvre et des Ardilliers), puis ils s'attaquent aux portes et aux corps de garde, dont les voûtes ébranlées par le charroi menacent de s'effondrer ou dont les dimensions exigües ne sont plus en rapport avec les exigence du commerce.
La porte de Loire était si basse que les grosses voitures qui faisaient le charroi et la poste de Paris à Lyon passaient difficilement. La porte de la Barre gênait Pierre Babaud de la Chaussade qui ne pouvait plus y faire passes ses ancres.
Les portes de la Loire, des Ardilliers et du Pont-Cizeau furent démolies vers 1734, celles de Nièvre et de la Barre vers 1770.

A la fin du 18e siècle, deux portes seulement restent debout et se perpétueront jusqu'à nous, la porte de Paris, reconstituée dans un style banal, et la porte du Croux, dernier vestige d'une architecture qui savait allier à la puissance militaire l'élégance artistique. Quelques tours et des portions de mur ont également disparu, si bien qu'on ne sait déjà plus quel est l'emplacement de la tour Crénelée et de la tour de Luzarches, ou même si elles ont réellement existé. A mesure que la population augmente, elle doit faire éclater sa ceinture de pierre.

Sur les plans dessinés en 1790, de vastes trouées s'ouvrent dans les remparts, au nord entre le Parc et la Porte de Paris, à l'est au voisinage de la porte de la Barre, au sud le long des quais de Loire et de Nièvre.
Des quartiers nouveaux prolongent la ville au dehors. Les faubourgs de Paris et de la Chaussée, du Carrefour et de Ste-Vallière sont à peu près constitués.
La région des Pâtureaux, à proximité de Mouesse et du Ravelin, se couvre de maisons.

Ces changement s'opèrent surtout dans la seconde moitié du siècle, car un plan de 1759 est à peu près semblable à ceux de Bellefores et de Tassin.