Le massacre de Druy-Parigny

De Wiki58
La destruction de Druy-Parigny, tableau d'Olga Olbi
  • Le premier septembre 1944, à 18 heures, un accrochage se produit entre des maquisards et une colonne allemande circulant sur la route Nevers-Decize. Une section du maquis Julien, venue à bord de deux camions, et renforcée par un commando de S.A.S. anglais, s'est mise en position d'attaque à Marnay, à l'entrée sud de Druy.
  • Quand les premiers véhicules ennemis apparaissent, les S.A.S. les mitraillent ; puis, comprenant que les Allemands sont trop nombreux, ils retournent au bourg de Druy et se dispersent.
    Mais "ils ont commis l'erreur de ne pas prévenir les habitants de Dardault qu'une attaque se préparait", selon l'abbé Baillais, curé de Druy-Parigny.
  • De terribles représailles s'exercent alors contre les habitants du hameau de Dardault. Les Allemands exécutent Mmes Gabrielle Perrault (88 ans) et Marie-Louise Carré (59 ans). "Claude Perron (45 ans) et son fils Jean (16 ans), surpris en train de dîner, sont abattus à l'intérieur de leur maison par un jeune Allemand qui exécutera ensuite Jean Carré (79 ans) et René Revenu (18 ans) dans la cour d'une des fermes." Les maisons sont ensuite incendiées. "Mme Perron eut juste le temps de sortir les corps de son mari et de son fils de la maison en flammes."
  • Une partie du convoi allemand reprend la route, les autres soldats passent la nuit à Sougy. Le soir du premier septembre, la plupart des habitants de Druy se cachent, s'enfuient.
  • Le lendemain matin, les Allemands pillent le café de Mme Maillault et gardent à vue huit femmes. Vers 7 heures du matin, le comte Hubert de Maigret, son fils aîné et deux hommes vont porter secours aux habitants de Dardault ; ils sont rejoints par l‘abbé Baillais. Ils sont accueillis par une rafale de mitraillette. Le comte de Maigret est blessé grièvement puis achevé sous les yeux de son fils, lui-même tenu en joue pendant de longues minutes.
Dardault : la stèle
  • Cette seconde réaction de représailles est, semble-t-il, provoquée par l'affolement des Allemands. En effet, au même moment, sur la route, une voiture allemande qui protégeait le convoi se trouve isolée, face à face avec une jeep de S.A.S. ; les Anglais tuent les quatre occupants de l'automitrailleuse : le feldwebel Heinz Klee et les grenadiers Hugo Ludwig, Martin Lätsch et Kurt Schmidt.
  • Les Allemands se vengent dans le bourg de Druy. Ils fusillent trois bûcherons espagnols et deux portugais (Francisco Bellon, 43 ans, Pedro Ruys, 33 ans, José Usach, 40 ans, Antonio de Abreu, 47 ans et Alberto de Abreu, 52 ans). Enfin, devant dix otages qui ne savent s’ils seront eux aussi assassinés, ils lancent des grenades incendiaires dans le château de Druy et plusieurs maisons du bourg. En deux jours, 33 maisons de la commune ont été détruites ou brûlées. Plus tard, la commune de Druy-Parigny recevra la Croix de Guerre et des subventions de l'Etat permettront de réparer les maisons dévastées.
  • Pierre Aubert témoigne 56 ans plus tard (2). "Je suis l'un des rescapés. J'avais six ans à l'époque. J'ai été blessé par les Allemands. Enfant de l'Assistance, Pierre était dans une pièce de la maison de sa mère nourricière, Mme Ramonot, quand les Allemands jetèrent une grenade. L'engin n'explosa pas. Mme Ramonot s'évanouit. Elle a été laissée pour morte. Mais Pierre est là près de la table. Un soldat le voit en ouvrant la porte, il ressort, prend son fusil et tire. Le premier coup de feu manque son objectif et fait un grand trou dans le mur. Sans doute une balle explosive. Mais le second atteint Pierre à l'épaule, comme il se réfugiait dans la cheminée. L'enfant est soigné par un médecin allemand, qui conseille aux deux occupants de fuir dans les bois. La maison fut cependant la seule du hameau de Dardault à ne pas brûler."
  • L'artiste peintre Olga Olby a réalisé un tableau qui représente l'incendie par les allemands du hameau de Dardault. (Donation de tableaux effectuée par Olga Olby en faveur de la ville de Decize, tableau 57 A).
  • Une stèle a été placée à Dardault, le long de la route qui mène au bourg de Druy, à l'emplacement où le comte de Maigret a été tué.



Source :Le Journal du Centre, 4 décembre 1944, article de Georges Gonin ; ibidem, 30 août 1994, Druy-Parigny le martyr, témoignage de l’abbé André Ballais, curé de la paroisse de 1939 à 1992 ; documents et témoignages rassemblés par M. Emmanuel de Maigret (Un village… une guerre, Druy-Parigny, Paris, Editions de la Morande, 2004 ; et entretien avec M. Emmanuel de Maigret, 9 mai 2004).
(2) Encart paru dans Le Journal du Centre, 5 septembre 2000 : Un Decizois se souvient. En complément d'un article de Pascal Larcher sur la commémoration des massacres de Druy-Parigny.

Texte Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm