Histoires courtes et anecdotes sur Decize

De Wiki58

- Le drapeau rouge à Decize, l’émeute du 28 mai 1790.

  • « Ce jourd’huy 28 may 1790, dès les six heures du matin, les cinquante hommes du détachement de Royal-Piémont, commandés par M. le vicomte de Verthemont, et Messieurs de la milice nationale de cette ville, commandés par M. François Victor Burgat de Saint-Hilaire, se sont placés et distribués par détachements, tant sur le pont de Loire et sur celui de Crotte qu’en différentes places de ladite ville, pour y tenir l’ordre de la tranquillité, et éviter qu’aucun ne s’attroupât, ne commît aucuns excès, voies de fait ou insurrections, et que chacun se comportât en bon citoyen.
  • La maréchaussée, au nombre de quatre hommes, commandés par le sieur Sallé, brigadier, étant aussi sur les ponts et places.
  • Environ les huit heures, il s’est présenté du côté du faubourg Saint-Privé et à l’entrée du pont qui communique à la ville, une foule d’hommes de différentes paroisses, notamment de celle de Saint-Léger, qui, comme citoyens, venaient à l’assemblée primaire(1), et dont la majeure partie était armée de bâtons.
  • Prévenus par M. le Commandant de la garde nationale et le brigadier de la maréchaussée d’avoir à déposer dans une maison bourgeoise dudit faubourg leurs bâtons, plusieurs d’entre eux y paraissaient décidés, mais d’autres obstinés les en détournèrent, ce qui excita une rumeur qui les porta à exiger que la troupe se retirât et rompît la haie qu’elle avait formée. Il leur fut présenté que la garde nationale et la troupe n’avaient été placées que pour tenir le bon ordre et éviter qu’il n’arrivât entre eux aucunes disputes et voies de faits, et que si on les engageait à quitter le bâton, c’est qu’ils ne pouvaient paraître dans l’assemblée avec des bâtons.
  • Ces gens ont persisté avec imprécations et menaces, les méchants d’entre eux se sont portés même à dire qu’il fallait s’armer pour forcer la garde citoyenne et défaire l’ordre de ladite cavalerie.
  • Les attroupements s’augmentant de plus en plus, ainsi que leurs résistances et violences, les citoyens de la ville se craignant exposés, il fut demandé que l’on présentât à la foule animée le drapeau rouge(2)
  • Ce drapeau rouge fut apporté et présenté au milieu du pont, dans l’espérance de leur en imprimer et de les contenir.
  • En effet, un nombre des principaux citoyens de ladite ville leur ayant fait des représentations et les ayant engagés à la paix, ils ont quitté alors leurs bâtons et les pierres qu’ils avaient amassées et sont entrés paisiblement dans la ville, où le calme a régné jusqu’à une heure après-midi.
  • Sur les onze heures, tous ces particuliers se sont réunis et formèrent un nombre considérable, hommes, femmes et enfants ; ils se portèrent au marché au blé, et au mépris d’une publication faite authentiquement et au son de la caisse, au nom des sieurs Mathieu, fermier d’Anlezy, et Piquet, fermier de Villecourt, qui, menacés depuis plusieurs jours de la vie et du feu, avaient fait annoncer leur blé, sçavoir : le seigle, à raison de 24 sols le boisseau, poids de 20 livres(3), et le froment, à raison de 34 sols, ont exigé que ledit blé fût livré à 20 et 30 sols.
  • Leurs cris et menaces ont déterminé un des blatiers à ouvrir le marché à ces derniers prix, et il fut alors vendu plus de 2000 boisseaux de l’une et l’autre espèce, tandis qu’aux marchés précédents, même les plus forts, la vente n’avait jamais dépassé les 450 boisseaux.
  • Sur les deux heures après-midi, la même foule s’est transportée à l’hôtel de ville, est entrée dans les salles et corridors, a garni la rue en demandant qu’il fût fait taxe du pain proportionnellement au prix du blé, sçavoir : le pain bis à raison de six liards la livre, et le pain blanc, à raisons de deux sols(4).
  • Il leur a été représenté par nous, officiers municipaux, qu’ils n’auraient point dû investir l’hôtel commun et s’attrouper dans le salles d’icelui ; que si le blé avait été mis à 20 et 30 sols, ce n’était que par les violences et menaces qu’ils avaient faites aux marchands ; et que sur une insurrection de cette espèce, il n’était point possible de faire la taxe qu’ils exigeaient, parce qu’elle occasionnerait la ruine des boulangers pourvus de grains au prix de 40 et 42 sols le boisseau.
  • Ces gens se sont animés de plus en plus et ont fait menaces très vives auxquelles il a fallu céder, n’ayant pas au moment la force suffisante, l’habitant se trouvant confondu dans la foule ; et que si on eût exercé la voie de rigueur pour repousser cette insurrection, on aurait pu perdre un nombre de bons citoyens sans châtier les méchants qui ont fait proclamer, au nom de la municipalité, le pain bis à un sol six deniers, et le pain blanc à deux sols, en contraignant le préconiseur(5) à faire cette publication et en forçant deux officiers municipaux d’en donner l’ordre.
  • Ensuite un peloton de cette foule s’est transporté chez le sieur Gessier, marchand de vin et porte-drapeau de la milice nationale, a investi sa maison et a voulu l’avoir pour lui couper la tête, sous prétexte qu’il avait porté le drapeau rouge.
  • Mais de bons citoyens ont écarté ce projet et les ont décidés à se retirer.
  • Ce peloton s’est à l’instant réuni à d’autres groupes, et ensemble sont venus de nouveau à l’hôtel de ville, où ils ont demandé à nous, officiers municipaux, de taxer le vin rouge à raison de 30 livres la pièce(6) et le vin blanc à 20 livres, et que les cabanes des marchands fussent à l’instant rasées et démolies.
  • Nous, officiers municipaux, leur avons dit ne pouvoir faire cette taxe ni ordonner cette démolition, que ce serait ruiner les marchands qui avaient acheté leur vin plus de 60 livres la pièce et avaient fait à gros frais l’établissement de leurs magasins.
  • Cette réponse ayant excité les méchants, pour les tranquilliser et les rappeler à la paix, il a été par nous consenti qu’il serait publié que les marchands déposeraient leur vin dans la huitaine ailleurs que dans leurs magasins ; mais cette décision ne leur ayant point paru suffisante, plusieurs d’entre eux se sont détachés pour aller chercher les marchands de vin, les réunir et leur faire passer un acte par lequel ils se soumettraient à donner leur vin rouge à 30 livres la pièce et le vin blanc à 20 livres.
  • A cet effet, ils ont requis Me Edmond Decray, notaire, à rédiger ledit acte, qu’ils ont fait publier et lire par le préconiseur dans les lieux accoutumés ; de suite se sont transportés aux magasins desdits marchands de vin, ont forcé d’ouvrir les portes d’iceux et de leur donner du vin comme convention entre eux énoncée en leur acte. Les marchands, craignant la fureur de ces gens, ont ouvert leurs magasins, où ils ont choisi, bu et débité, depuis les quatre heures jusqu’à neuf heures du soir, deux ou trois pièces de vin(7), en annonçant qu’ils laissaient le surplus pour le lendemain, que cela leur donnera du courage et de l’esprit pour faire autre chose, et enfin se sont retirés après ces différentes vexations.
  • La municipalité, dans toutes ces démarches, a cru qu’il était plus intéressant d’user de prudence que d’employer la force, d’autant qu’il y avait confusion de bons et mauvais citoyens, et a porté son attention à faire découvrir les auteurs principaux de ce soulèvement.
  • Dont et du tout, nous, officiers municipaux, avons fait et rédigé le présent procès-verbal.
    A Decize, en l’hôtel commun, les jour et an que dessus, en présence de M. François Victor Burgat de Saint-Hilaire, commandant de la garde nationale ; MM. Clément, Douette, Grenot du Pavillon, Raboué et Donjan, officiers de ladite garde, et Sallé, brigadier, commandant la maréchaussée, et notre secrétaire. »
  • Ce jour-là, Decize connaît une véritable émotion populaire. Il y avait déjà eu une alerte le 18 avril 1790 ; le chargement d’un bateau de blé, appartenant au sieur Pascauld, marchand de Nevers, avait été pillé sur le port. La ville avait dû payer une indemnité de 2848 livres au commerçant mécontent. Les insurrections de la faim éclatent un peu partout en ce printemps 1790 : les journaliers, manoeuvres et petits artisans espèrent beaucoup de la Révolution ; les abandons des privilèges et la déclaration des droits de l’homme ne leur suffisent pas ; leur principale préoccupation, c’est le pain. La fin du printemps, c’est le moment crucial de la soudure : il faut vivre sur les dernières réserves de l’année précédente avant la nouvelle récolte. C’est alors que les prix s’envolent. Il est inévitable que la fureur populaire se tourne contre les accapareurs : marchands de blé, paysans riches, meuniers et boulangers, accusés de stocker le grain pour faire monter les prix. Les mécontents interviennent dans les villes à l’occasion des marchés où l’on fixe les prix du grain.
  • Qui sont ces mécontents ? L’auteur du procès-verbal n’en cite aucun, il les appelle la foule ou les méchants. Il n’y a, semble-t-il, aucun meneur connu ; les deux clans rivaux qui dirigent la ville depuis deux ans sont également menacés et font bloc ensemble contre la populace des faubourgs et des villages avoisinants ; et, vieux réflexe chauvin, on montre du doigt les frères ennemis de Saint-Léger… Cette foule est-elle si impressionnante ? Il faut la ramener aux dimensions d’une petite ville de 2500 habitants ; elle est pourtant assez forte pour en imposer à cinquante cavaliers bien entraînés, à cinq gendarmes et à une centaine de gardes nationaux ; on doit trouver 200 à 300 manifestants, mélangés aux familles venues régulièrement au marché, aux femmes et aux enfants ; parmi la foule, il y a les inévitables badauds, dont quelques bons bourgeois de Decize ; c’est pourquoi toute action militaire se terminerait par un bain de sang.
  • Les responsables du maintien de l’ordre ne prennent pas de risques et adoptent la seule solution convenable : temporiser, calmer les excités et satisfaire quelques revendications sans céder sur tout. En de semblables occasions, des officiers municipaux imprudents ont déjà entraîné plusieurs massacres (en avril et mai 1790 à Nîmes, à Montauban, sans oublier la Bastille l’année précédente).
  • Mais cette manifestation prend, sur la fin, un tour beaucoup plus violent : les méchants veulent décapiter un homme ; ils passent de la revendication assez légitime du pain moins cher à des exigences d’ivrognes et leur invasion de la ville se termine en beuveries. La populace repart moins glorieuse ; les officiers municipaux et leurs concitoyens l’ont échappé belle.
  • Cette folle journée est significative. Jusqu’à présent, la Révolution n’opposait à Decize que les intérêts personnels de quelques familles bourgeoises. Une autre force, bien plus brutale et imprévisible, montre qu’elle a aussi une existence politique. Les élites les plus progressistes n’hésiteront pas s’appuyer sur le petit peuple, à l’utiliser au besoin, contre leurs adversaires. La Révolution risque de devenir plus sanglante…
  • Le 16 février 1792, le marchand de blé Philippe Legros obtient le remboursement « sur les deniers communaux de Decize » de 1100 boisseaux de froment qu’il a dû « livrer au peuple sur ordre des officiers municipaux le 29 mai 1790. »

    (1) L’assemblée primaire se tient dans l’église des Minimes ; il s’agit de réunir les électeurs et d’élire les représentants qui siégeront au district et au directoire du département de la Nièvre. Le 19 juillet 1790, Decize élira quatre administrateurs départementaux : le fermier Claude Mathieu  ; Jean Piron, curé et maire de Fours ; Joubert, maire de Saint-Hilaire ; Guillaume Decray, avocat et ancien juge royal.
    (2) Le drapeau rouge évoque, depuis le XIXe siècle la révolte, l’insurrection ; aux siècles précédents, il signifiait le dernier avertissement lancé par les autorités, avant de réprimer une révolte.
    (3) Le boisseau est une mesure d’environ douze litres de grains ; cela correspond en poids à un peu plus de dix kilos.
    (4) Le liard vaut trois deniers ou un quart de sol. La livre de pain vaudrait alors un sol et demi, alors qu’elle valait trois sols au début de l’été 1789. C’est le maire qui fixe autoritairement le prix (taxe) du pain.
    (5) Le préconiseur est un crieur public ; il est employé par la municipalité pour faire les annonces légales.
    (6) La pièce de vin est un tonneau contenant 480 pintes, soit environ  450 litres ; si la pièce est vendue 30 livres, la pinte revient à 12 sols et le verre de vin à un sol et demi.
    (7) Entre 900 et 1200 litres de vin !

Pierre Volut, Decize, le Rocher et la Révolution, ch. III.
et http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/


- Le lieutenant criminel au banc des accusés (1718).

  • Pierre Alixand est lieutenant criminel du bailliage. A ce titre, c’est lui qui sanctionne les délinquants et les criminels ; avec lui, dura lex sed lex. Mais il arrive aussi que le juge se retrouve au banc des accusés…
    Marie-Anne Jolivet est l’une de ses servantes. Le 22 juin 1718, elle accouche d’un enfant naturel ; à qui essaie-t-elle d’attribuer la paternité de son bébé ? A son maître qu’elle accuse de « débauche et séduction ». Pierre Alixand se défend : la plainte déposée par la servante est « fausse est calomnieuse » et contre son honneur de juge. « Cette malheureuse prostituée » est animée par « l’impulsion de gens qui ont entretenu avec elle son mauvais commerce et en haine de ce qu’ayant esté chassée de la maison du suppliant à cause de la mauvaise conduite qu’elle a ensuite continuée à Nevers… »
    Alixand nie toute responsabilité ; il met en demeure la jeune femme de prouver qu’il a pu la séduire ; par contre, il cite des témoignages de la débauche publique de Marie-Anne Jolivet. Les juges condamnent cette dernière à cinq livres d’amende pour avoir calomnié leur collègue.
    On peut toutefois s’étonner que Pierre Alixand n’ait pas mieux choisi ses domestiques : après cette Marie-Anne Jolivet, il va embaucher Louis Guitton, qu’il fera condamner à la pendaison pour un vol commis dans sa maison.

    Henri de Flamare, Inventaire sommaire des Archives Départementales antérieures à 1790, Tome I Archives civiles, série B, B1 à B360 ; Tome II, série B, B361 à B637, édition G. Vallière, Nevers, 1891.
    Archives du Présidial de Saint-Pierre-le-Moûtier, procédures criminelles, A.D.N., cotes B40 à B183, maréchaussée du Nivernais, de Decize, de Saint-Pierre.
    Pierre Volut, Decize en Loire assise, ch. XV.
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- Le Père, la fille et l'amant (L'Echo de la Nièvre, 9 février 1846).

  • La femme Moreau, de Saint-Léger-des-Vignes, a un amant, le sieur Bertillot. La liaison est presque de notoriété publique et dure depuis trois ou quatre ans. Seul le mari trompé n'en sait rien...
    Quand Moreau apprend enfin la conduite de sa femme, il lui fait une scène violente, puis il se résigne...
    Moreau et son beau-père, Michel Semé, ont d'autres soucis ; ils font de mauvaises affaires ; ils ont des dettes. C'est alors qu'ils songent à faire chanter l'amant.
    Louise Moreau donne rendez-vous à Bertillot le 30 octobre 1845 à huit heures du soir dans son magasin. Alors que les deux amants sont galamment occupés, Michel Semé et Moreau apparaissent subitement, armés d'une hache et d'une pelle de fer. Sous cette double menace, Bertillot est obligé de signer huit billets de mille francs chacun à l'ordre de Semé.
    Bertillot est libéré. Il porte plainte auprès du juge de paix de Decize, puis à Nevers.
    Le 8 novembre 1845, il fait passer dans l' Echo de la Nièvre une annonce rédigée en ces termes : Le Sr Bertillot Aîné, négociant et entrepreneur de transports par eau à La Charbonnière près Decize avise ses fournisseurs que seuls sont valables les billets signés par lui.
    Les enquêteurs ont peu d'indices : Semé s'est bien gardé d'aller faire réaliser ses billets. Il les a cachés et nie farouchement, les époux Moreau le soutiennent. C'est Bertillot qui est maintenant accusé de chantage.
    Mais Semé et ses complices ont négligé un tout petit détail. Dans un calepin appartenant à Michel Semé, les gendarmes trouvent plusieurs feuilles déchirées, et ils lisent sur l'une d'elles : "illot aîné". Bertillot reconnaît son écriture. Michel Semé ne peut plus prétendre qu'il ne faisait pas d'affaires avec Bertillot et il avoue qu'il avait fait écrire à sa victime : J'ai fait huit billets à Moreau. Signé Bertillot Aîné.
    Michel Semé est condamné à deux ans de prison. Les époux Moreau sont acquittés. Et Bertillot devra oublier les charmes de sa maîtresse.

    Pierre Volut, Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 78.
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- L'esprit frappeur de La Machine.

  • En novembre 1973, à La Machine, commence un étrange phénomène qui va durer près d'un mois. Un adolescent entend des bruits réguliers qui proviennent d'une cloison de sa chambre.
    La famille ne peut expliquer ces bruits, mais en parle et les voisins viennent vérifier. Très vite court la rumeur qu'un esprit frappeur se manifeste et qu'il pourrait donner des indications intéressantes... Des curieux arrivent, quelques scientifiques comme le professeur Ligon, de l'Université de Toulouse, mais aussi bon nombre de charlatans.
    L'esprit est interrogé. On lui demande les arrivées au tiercé, et certains profitent de ses conseils pour gagner réellement leurs paris. L'esprit rythme des marches militaires. Il répond à des questions très précises...
    L'adjudant Bernard Guilbert, qui commande la brigade de gendarmerie de La Machine, est mobilisé sur cette affaire : « Forcément, on a mené une enquête sérieuse. On a fait des planques. On a placé des gendarmes partout, à l'étage, derrière la cloison, au sous-sol, dans le jardin. Rien. Il n'y avait rien. » Le gendarme admet, près de vingt ans après les faits, qu' « il n'y avait pas de trucage, de supercherie ». Lui-même témoigne qu'il a pu dialoguer avec cet esprit frappeur.
    L'affaire de La Machine est répercutée par la presse. Des émissions de radio et de télévision sont consacrées à cet esprit frappeur. Des enregistrements sonores circulent. Le cinéma en fera un film avec l'acteur Jean-Pierre Kalfon dans le rôle de l'adjudant. La chaîne TF1 présente l'affaire de La Machine dans sa série « Les 30 histoires les plus extraordinaires ».
    Que s'est-il réellement passé ? Certains témoins pensent que l'adolescent était doué d'extraordinaires dons de voyance, de force d'esprit. Il a suffi de l'éloigner et les manifestations sonores se sont immédiatement interrompues.
    Autre hypothèse : les nombreuses galeries de mine qui courent sous le sol de la ville peuvent servir de caisse de résonance ; de petits chocs donnés par hasard ou sciemment par un complice, en-dehors de la maison, auraient produit ce phénomène...

    Le Petit Mineur.
    "En France, le Petit Mineur est un gnome aux airs lutins qui fait des niches aux ouvriers, les taquine et les tourmente. Qu'un outil se casse ou se perde, qu'une lampe s'éteigne, qu'un vêtement se déchire, qu'une pierre se détache et vienne leur prouver combien le chapeau de cuir leur est utile, tout cela sera fait par l'espiègle Petit Mineur. (Les Français peints par eux-mêmes, p. 346)
    "La croyance à ce lutin, qui n'est pas foncièrement méchant, est encore vivante dans le centre de la France, d'après la communication suivante que je dois à M. Achille Millien : Il y a un lutin des mines qu'on appelle le Vieux Garçon ou le Petit Mineur. Quand les ouvriers ont quitté les puits, c'est à lui de s'y occuper. Des galeries voisines, on entend le bruit des wagons qui roulent, on les voit même rouler. Il parle, il pousse un cri particulier : Tatata, Tatata !… Quelquefois il fait un tel tapage qu'on peut croire que tout est brisé dans la mine. Et lorsqu'on y descend, on ne s'aperçoit d'aucun désordre".
    (Conté par Paul Thevenet, ouvrier mineur à La Machine (Nièvre) où il est né en 1820.)
    (Texte de Paul Sébillot - Revue des traditions populaires – 1887)
    Lien vers un ancien village minier http://envor2004.free.fr


    D'autres bizarreries se manifesteront un peu plus tard dans la cité minière : un incendie souterrain qui va se propager pendant plusieurs mois sous le stade des Buttes. Cette fois, l'explication rationnelle sera rapidement fournie : cet incendie, allumé d'abord en surface dans un tas de déchets de bois s'est étendu à une couche de déchets miniers...

    Pierre Volut, Un Siècle à Decize et aux Environs, 1973 D, DVD-ROM, 2012.
    Le Journal du Centre, jeudi 10 mars 2011, Vingt-huit ans après, le mystère demeure autour de l'esprit frappeur.
    Plusieurs sites Internet ont repris cet article.

- L'influence nocive des feuilletons.

  • Tentative de parricide dans le faubourg Saint-Privé à Decize. Le jeune Sabourin, 17 ans, tailleur d'habits, a tenté de tuer à coups de cognée son père, marchand d'eau de Javel, qui dormait dans son lit. Au premier coup, M. Sabourin père, ayant eu la tête fendue, eut la force de sauter à terre juste à temps pour éviter une nouvelle attaque. D'un brusque mouvement, il fit dévier la cognée, qui alla frapper son agresseur. Le docteur Régnier, aussitôt appelé, prodigua ses soins aux deux blessés, qui perdaient leur sang en abondance. Le jeune Sabourin, qui a déjà maintes escapades à son actif, paraît ne pas jouir de toutes ses facultés. C'est un lecteur passionné de feuilletons à grand effet ; il a la tête bourrée de crimes, d'attaques nocturnes, etc... Il a voulu mettre en action une des scènes d'un roman qui l'a beaucoup impressionné. Il a été conduit en prison à Nevers.
    Le journal La Tribune, qui déplore l’influence des feuilletons, en publie régulièrement un depuis le mois de mars : Le Bureau de placement, écrit par Camille Bias, qui précède La Fiancée d’avril, par Guy Chantepleure, et Plus Riche, par Mary Floran. Les faits divers rapportés dans les journaux sont autrement plus excitants : ainsi, le 14 janvier, plusieurs colonnes sont consacrées aux "deux femmes coupées en morceaux à Lyon" par le tueur Richetto.

    La Tribune, 17 juillet 1900.
    Pierre Volut, Un Siècle à Decize et aux Environs, 1900 A, DVD-ROM, 2012.

- Maître Sallonyer a une conduite indigne.

  • Le grand seigneur au-dessus de la morale est une réalité sous l’Ancien Régime. Le Dom Juan de Molière, celui de Mozart, Giacomo Casanova, le marquis de Sade ont eu des émules jusque chez les petits nobliaux du Nivernais. En 1692, Antoine Sallonyer est seigneur de Faye ; il est issu d’une famille illustre qui a donné plusieurs échevins à Decize et plusieurs officiers judiciaires. Il se permet de rendre sa justice lui-même et ce d’une étrange façon.
    Charlotte Rossignol, femme du marchand Philippe Rousseau, vit séparée de son mari. Elle doit de l’argent à maître Sallonyer. Celui-ci décide alors de se rembourser en nature. La débitrice est appétissante, elle est seule au logis. Dans la nuit du 11 au 12 mars, Antoine Sallonyer, assisté de trois compères, Jean Langlois, Henry et Chambon, entre en force chez Charlotte Rossignol. Les envahisseurs commencent par « dilapider des vivres », autrement dit, ils vident quelques bouteilles et dévorent jambons et pâtés. Le ventre plein, Antoine Sallonyer passe à une autre distraction : il dit à la dame Rossignol « dans des termes vilains qu’il vouloit coucher avec elle et faisoit des postures plus séantes à des laquais qu’à un homme de condition. »
    Devant le refus de Charlotte Rossignol, Sallonyer et ses amis « passèrent le reste dudict jour et toute la nuict venant à boire, chanter et faire mille insolencesAprès avoir bien beu, se couchèrent dans les licts de la maison… luy comme le maistre coucha dans le lict de ladicte Rossignol… dans lequel il a faict les dernières ordures. »

    Pierre Volut, Decize en Loire assise, ch. XV.
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- Marien Paulard et ses deux épouses (1846).

  • « Marien Paulard est un jeune homme de vingt-quatre ans, au teint rose, à la figure réjouie, qui paraît prendre avec beaucoup de philosophie sa position d'accusé. Il y a deux ans, c'est-à-dire alors qu'il en avait vingt-deux, il rechercha une fille de Sougy, qui en comptait plus de trente, qui avait de plus un enfant et un amant, et qui ne demanda pas mieux que de le prendre pour mari. L'enfant mourut, l'amant resta, et le mariage s'accomplit. On ne sait pas ce que dura la lune de miel ; mais cinq mois à peine s'étaient écoulés depuis le jour où un oui fatal les avait joints d'un lien indissoluble, que tous deux s'en déliaient amiablement, partageaient leur mobilier et s'en allaient vivre chacun de son côté, la femme dans les environs de Decize, le mari à Sermoise.
    Deux années s'écoulèrent dans un mutuel célibat
     » (L'Echo de la Nièvre ; compte-rendu de l'audience de la Cour d'Assises du 17 août 1846)
    Marien Paulard s'éprend alors d'une veuve de 34 ans, « que la nature n'a favorisée ni des dons de la fortune, ni des agréments du visage, qui possède pour tous biens deux enfants en bas-âge ». Les deux amoureux se marient en avril 1846. En mai, les autorités judiciaires apprennent l'existence d'une première Madame Paulard ; or le Code Napoléon et l'Eglise catholique proscrivent la polygamie. Le bigame Paulard reconnaît sa faute.
    Le procès se déroule en présence des deux épouses de Marien Paulard, que le journaliste de L'Echo de la Nièvre trouve « laides toutes les deux et toutes deux vieilles, elles ne justifient guère l'ardeur matrimoniale de l'accusé' » Un accusé qui est condamné à deux ans d'emprisonnement.

    Pierre Volut, Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 79.
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- Un crime au moulin de La Fougère, à Champvert.

L’interrogatoire de l’assassin présumé :

  • « Du 8 aoust 1718, interrogatoire fait par nous, Pierre Alixand, conseiller du Roy, Lieutenant criminel au bailliage et siège présidial de Saint-Pierre-le-Moûtier, à la requeste du procureur du Roy en ce siège et seule partie, à Jean André, accusé d’assassinat commis en la personne de Jean Collin, auquel nous avons procédé en la chambre criminelle de ce siège, assisté de notre greffier ainsy qu’il en suit, après luy avoir déclaré que nous entendions luy faire son procès présidialité en dernier ressort.
    Interrogé de son nom, surnom, âge, qualité et demeure, après le serment de luy pris au cas requis et accoutumé,
    -a dit avoir nom Jean André, laboureur de la paroisse de Champvert, et serviteur domestique de Nicolas Soulier, meusnier au moulin de Fougère, dite paroisse de Champvert, âgé de 25 ans.
    S’il a connu le nommé Jean Collin,
    -a dit qu’ouy, l’ayant connu chez ledit Soulier où il estoit valet ainsy que luy répondant.
    S’il n’a jamais eu de différend avec ledit Collin,
    -a dit qu’ouy et que ledit Collin l’a battu deux fois pendant qu’ils estoient ensemble chez ledit Soulier.
    S’il n’avoit pas conçu quelque animosité contre luy à cause des mauvais traitemens qu’il en avoit reçu et s’il n’avoit pas pris la résolution de s’en venger,
    -a dit qu’ouy et qu’il avoit esté conseillé de le faire par deux hommes qui luy conseillèrent de tuer ledit Collin et de le jeter dans la rivière.
    Quels sont les deux hommes qui luy donnèrent ce conseil ?
    -a dit que ce fut [sic] les nommés Jean Soulier, fils dudit Nicolas Soulier, et le nommé Pierre, ne sçait son surnom, qui estoit valet avec luy chez ledit Nicolas Soulier.
    Si pour exécuter le mauvais dessein qu’il avoit conçu et les conseils qui luy avoient esté donnés, il n’avoit pas cherché à différentes fois une occasion favorable pour tuer ledit Collin,
    -a dit que non.
    S’il n’avoit pas fait aiguiser son goyard quelques jours auparavant l’assassinat par luy commis en la personne dudit Collin et s’il ne l’avoit pas aiguisé ou fait aiguiser dans le dessein de s’en servir pour commettre cette mauvaise action,
    -a dit que non.
    Si le treizième jour du mois de juin dernier luy accusé sçachant que ledit Collin estoit allé en la ville de Desize, retournant des fournées et sçachant qu’à son retour il ne manqueroit pas de faire mener ses chevaux dans un endroit appelé le pré de la Ganche des grands buissons, ainsy qu’il avoit accoutumé de faire, et que, échaudé par la chaleur qu’il faisoit alors, il se coucheroit infailliblement sur l’herbe et s’endormiroit, luy accusé ne mena pas les bœufs échintrer dans les buissons auprès de ladite Ganche des grands buissons et s’il ne se cacha pas pour y attendre ledit Collin,
    -a dit que c’est la vérité.
    Si ledit Collin estant en effect venu dans ladite Ganche des grands buissons et si, après avoir lâché ses chevaux, s’estant couché au long de la haye à dessein d’y dormir, ayant quitté sa veste et l’ayant mise sous luy, ledit Collin s’estant peu de tems après endormi, luy accusé qui le voioit du lieu où il estoit n’en sortit pas et si, estant allé à luy, le voiant endormi, il ne luy déchargea pas différents coups sur la teste et sur le visage d’un goyard dont il estoit armé,
    -a dit qu’il est vray que voiant ledit Collin endormi il se leva et sortit du lieu où il estoit et qu’estant allé à luy avec son goyard, il luy en déchargea un coup sur la teste, duquel coup ledit Collin ne branla jamais, n’ayant fait que souffler.
    Si, après luy avoir donné ledit coup, il ne dit pas audit Collin en ces termes : “Tiens, bougre ! Voilà ce que je te gardois il y a bien longtemps ! ‘’
    -a dit que c’est la vérité, ayant dit ces mesmes paroles audit Collin.
    Si, après avoir dit lesdites paroles audit Collin, il ne luy déchargea pas encor un autre coup sur la teste de son dit goyard,
    -a dit qu’il ne luy donna qu’un coup, n’ayant pas voulu luy en donner davantage, voyant bien qu’il en avoit assez et qu’il ne branloit plus.
    Si ce n’est pas parce qu’il voioit bien que ledit Collin moureroit [sic] du coup qu’il luy avoit donné qu’il ne le frappa pas davantage,
    -a dit qu’ouy.
    Enquis s’il a reconnu la vérité,
    -a dit l’avoir reconnue.
    Lecture à luy faite du présent interrogatoire,
    -a dit ses responses contenir vérité, y a persisté et déclaré ne savoir signer enquis.
    Signatures : Alixand, lieutenant criminel ; J. Liret, greffier. »

La condamnation de l’assassin aux galères :

  • « Veus le procès extraordinairement instruit en la chastellenie de Decize à la requeste du procureur fiscal en ladite chastellenie seule partie demandeur et accusateur, à l’encontre de Jean André, de la paroisse de Champvert, valet domestique de Nicolas Soulier, meunier au moulin de la Fougère, près ladite ville de Desize, accusé d’avoir assassiné Jean Collin, autre valet domestique à coups d’hache autrement goujard, le treizième juin dernier, dans un pasturail appelé le pré de la Ganche des Grands Buissons,
    -le procès-verbal de la levée du corps dudit Collin par ledit juge ledit jour 13e,
    -le rapport en chirurgie de Decray et Godin, chirurgiens, dudit jour 14e juin,
    -le procès-verbal d’écrou dudit André dans les prisons de Desize par Besson et Batailler, sergents royaux, ledit jour 14e juin,
    -l’information du 19e dudit mois,
    -les interrogatoires faits audict accusé, contenant les confessions, dénégations et responses,
    -le jugement dudit juge chastelin de Desize, du délaissement de la connoissance du crime et de l’accusé par devant le sieur Lieutenant Criminel en ce siège sur les conclusions du procureur fiscal le 23e juin, donnés et traduits dans les prisons de ce siège le 2e aoust,
    -l’interrogation à luy faicte par ledit Lieutenant Criminel le 8e aoust,
    -notre jugement présidialité rendu en dernier ressort sur les conclusions du procureur du Roy, ledit jugement du neuf dudit mois par lequel ayant égard qu’il s’agit d’assassinat commis, de dessein prémédité, par ledit Jean André en la personne dudit Jean Collin, le Sieur Lieutenant Criminel de cedit Desize n’avoit esté déclaré compétent que pour continuer le procès dudit accusé, et estre par nous jugé présidialement en dernier ressort à la requeste dudit procureur du Roy et à sa diligence seule partie, iceluy prononcé audit accusé avec délivrance de… lesdits jour et mois de l’interrogatoire faict à l’accusé après ledit jugement de compétence par ledit Sieur Lieutenant Criminel du treizième aoust, le jugement portant que les témoins ouys et informations et autres qui pourroient estre entendus de nouveau seroient assignés pour estre récollés en leurs dépositions et confrontés à l’accusé, le trentième dudit mois d’aoust, tout reçu et examiné en la chambre du conseil.
    Par jugement présidial en dernier ressort, nous avons ledit Jean André déclaré dûment atteint et convaincu d’avoir de dessein prémédité assassiné à coups d’hache autrement gougar [sic] ledit Jean Collin le 13e juin dernier. Pour réparation de quoy nous l’avons condamné à servir le Roy sur ses galères en qualité de forçat à perpétuité, ses biens requis et confisqués, à quoy il appartiendra sur iceux de prendre préalablement l’amende de deux cents livres au profit de Sa Majesté.

    Signatures : de l’Espinasse, Alixand lieutenant criminel, Simonnin, Luzy, Le Nepveu, Alixand de (ill.), Berthelon.
    Délibéré en la chambre du conseil le 9e septembre 1718.
    Et ledit 19e septembre audit an 1718, la sentence cy-dessus avons faict prononcer audit Jean André, pour ce faict tenir entre les deux guichets des prisons de ce siège, en présence du procureur du Roy, en foy de quoy avons signé avec ledit procureur du Roy, et fait signer Gourjon notre secrétaire ».

Une agression contre la veuve de Nicolas Soulier :

  • Cinq ans après la condamnation de Jean André aux galères, les relations entre riverains de l’Aron sont à nouveau très mauvaises. Nicolas Soulier est décédé ; sa veuve, Marguerite Dougny, est violemment prise à partie par le nouveau meunier de la Fougère, Symphorien Monfront. Le 3 février 1723 est un dimanche ; Marguerite Dougny se rend à la messe à Champvert. Comme elle réside sur la rive gauche de l’Aron, elle passe la rivière en barque. Montfront l’insulte et menace de la jeter à l’eau. S’agit-il de venger Collin, ou plutôt de régler un différend professionnel entre meuniers ?

    Procédures Criminelles du bailliage de Saint-Pierre-le-Moûtier, dossiers B 111 et B 116 et Pierre Volut, Decize en Loire assise, chapitre XV, pp 306-308.