De Bonnay Charles François

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(1750-1825) : Marquis, militaire, diplomate, auteur satirique et homme politique

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Avant la Révolution

(Le Marquis de Bonnay et La Famille de Bonnay, dossier conservé dans le Fonds Nivernais, B.M.N., ms 128/47 et NM 1237/12)

  • La maison de Bonnay est originaire des confins du Bourbonnais et du Berry. En 1111, un certain Jean de Bonnay est nommé sur une charte. Les armes de la famille sont d’azur au chef d’or, au lion couronné de gueules hochant sur le tout, avec supports de deux griffons. La devise des Bonnay est « Oncques ne dévie ».
  • Fils aîné du comte Marc Antoine de Bonnay, seigneur de Presle, Laumoy, La Grange, Cossaye, etc…, chevalier de Saint-Louis et capitaine au Régiment de Quercy, et de Françoise Gabrielle de Marcellanges, Charles François de Bonnay est né le 22 juin 1750. Il a trois sœurs :
- Louise de Bonnay, née en août 1752, religieuse au couvent Sainte-Marie de Moulins ; elle va mourir en 1804 ;
- Françoise Hélène, comtesse de Bonnay, née en 1757, chanoinesse, morte en 1816 ;
- Charlotte Marguerite de Bonnay, née en octobre 1763, élevée et morte à Saint-Cyr.
  • À l’âge de 15 ans, il devient page au service de Louis XV. En mars 1768, il est sous-lieutenant au Régiment des Dragons du Roi ; en février 1774 il est exempt des Gardes du Corps du Roi avec grade de capitaine de cavalerie ; en 1779, il est nommé mestre de camp de cavalerie.
  • Charles François de Bonnay épouse le 20 novembre 1769 Marie-Louise Razoir de Croix, fille de Nicolas Joseph Arnould Razoir de Croix, seigneur de Forêts, Villers-au-Bois, Remaucourt, etc…, prévôt des magistrats de Valenciennes, et de Marie Catherine Françoise de La Chaussée de Boisville. Le couple a trois enfants :
- Marc Antoine Tiburce de Bonnay, né le 19 avril 1771, décédé dans son adolescence au Collège de Juilly ;
- Joseph Amédée, né le 3 septembre 1773, admis chevalier de Malte dans sa minorité ; il épousera le 27 avril 1801 Jeanne Marie de Gaudry ;
- Hélène Camille, née le 4 mai 1784 ; elle épousera le 7 mai 1803 Pierre Claude Dorat de Chatellus.

Député à l’Assemblée Nationale… émigré... ministre de la Restauration

  • Lors des élections pour les États-Généraux, le marquis de Bonnay est élu député suppléant de la noblesse du Nivernais. Dès le mois d’août 1789, il remplace le comte de Damas d’Anlezy, démissionnaire.
  • Charles François de Bonnay siège à l’Assemblée Constituante jusqu’en juin 1791. À plusieurs reprises, il est élu par ses collègues pour présider les séances. Il est rapporteur du comité de l’agriculture et du commerce et il présente un important projet d’unification des poids et mesures. Le 5 juillet 1790, il préside la séance qui étudie un projet de constitution de l'ordre judiciaire. Les procès-verbaux des séances de l’assemblée témoignent de son intérêt pour la refonte des institutions politiques et économiques (B.M.N., 3 N 3416, 3417 et 3418).
  • Il démissionne pour marquer sa désapprobation de la politique nationale, après la fuite et le retour du roi. L’année suivante, il émigre ; il est à Coblence ; il effectue plusieurs missions dans l’armée des princes. Mais l’armée des princes connaît échec sur échec. En janvier 1793, Bonnay accompagne le maréchal de Castries à Vérone. Il est remarqué par le comte de Provence (futur Louis XVIII) qui en fait son secrétaire. Bonnay le suit en exil à Varsovie puis à Mittau. En 1807, il est envoyé à Vienne, en mission diplomatique, au moment où le gouvernement autrichien hésite entre la neutralité et l’alliance européenne contre Napoléon.
  • Le marquis de Bonnay ne rentre en France qu’en 1814, avec Louis XVIII et les troupes alliées. Il est nommé ministre plénipotentiaire à Copenhague. L'année suivante il devient Pair de France, puis lieutenant-général. Ambassadeur à Berlin en 1816, ministre d'état et membre du conseil privé du roi en 1820, gouverneur du château de Fontainebleau : sa carrière politique atteint alors son summum. Il décède à Paris le 25 mars 1825.

L'auteur satirique

  • En 1784 et 1785 paraissent en français deux œuvres du romancier anglais Lawrence Sterne : Le Voyage Sentimental et La Vie et les Opinions de Tristram Shandy. Le traducteur est Joseph Pierre Frénais (ou Fresnay). Le marquis de Bonnay a collaboré à ce travail de traduction ou d’adaptation. Tristram Shandy a obtenu un immense succès. Très rapidement, d’autres traducteurs en ont donné des versions plus fidèles. Il est impossible de connaître le rôle précis du marquis de Bonnay auprès de Frénais.
  • Le marquis de Bonnay, ancien Garde du Corps du Roi, prend la défense de ses collègues après les journées d'octobre 1789, où ils ont été harcelés à Versailles, « insultés, exposés aux coups de pierres et même de fusils ». Il rédige La Défense des Gardes du Corps, discours improvisé de M. de Bonnay en réponse à M. de Charroux (Texte repris dans le Supplément à l’Ami du Roi, B.N.F., cote 8-LE 29-1965).
  • Assez rapidement, le marquis se sent en désaccord avec la politique menée par les leaders de l’Assemblée Constituante. C’est par l’humour qu’il réagit. Un petit livre paraît à la fin de l’année 1789 : La Prise des Annonciades, par le Marquis Charles François de Bonnay, Poëme héroï-comique en quatre chants composé à l’occasion des recherches ordonnées dans le couvent des Annonciades pour s’assurer que le chancelier Barentin n’était pas caché chez sa sœur abbesse du couvent.
  • En juillet 1796 sort à Hambourg une deuxième édition, augmentée de notes, et deux poèmes satiriques : L’Épître sur la Révolution et le Prospectus d’un Journal en Vaudevilles. La lecture de ces trois poèmes, outre leur aspect humoristique, donne un éclairage intéressant sur l’évolution contre-révolutionnaire de certains élus de la noblesse. Le Prophète Jonas est un pamphlet beaucoup plus sérieux ; distribué à Bruxelles et à Londres en juillet 1793, ce petit livre (42 pages) exhorte les contre-révolutionnaires à se méfier des espions jacobins et de leur propagande.



  • Texte proposé par Pierre Volut : Le marquis de Bonnay, député et pamphlétaire contre-révolutionnaire, Mémoires de la Société Académique du Nivernais, tome LXXX, 2011, pp. 30-48.
    mis en page par Michel Mirault le 10 février 2017.
  • Bibliographie :
Archives départementales de la Nièvre : 1 Q 1073, 1074, 1075, 1076; 1 E 85, 85 Bis et 86 ; fichier Flamare.
Médiathèque de Nevers : NM 1237/12 (Maison de Bonnay), ms 128/47 (biographie manuscrite), 3 N 487 (La Prise des Annonciades), 3 N 3416, 3417 et 3418 (Rapports à l’Assemblée Nationale).
Bibliothèque Nationale : Supplément à l’Ami du Roi, 8-LE 29-1965, La Prise des Annonciades, L'Épitre sur la Révolution, Prospectus d'un Journal en Vaudevilles, Le Prophète Jonas, LB 41-766.