Breton Gabriel correspondances de janvier 1919

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Guerre 1914-1918 57.jpg
Wickrath

3 janvier 1919 :

Ma chère maman,
Depuis deux jours nous sommes un peu en fête pour le jour de l'an, je vous souhaite donc la bonne année et la bonne santé, mais je crois que ce n'est pas la peine car maintenant c'est vraiment la bonne année.
J'ai eu mes étrennes sous la forme du superbe diplôme pour ma citation que j'ai reçu du général commandant le 7e C.A. Je suis bien content, on m'avait promis mieux mais arrivé en février, tout nouveau à ce régiment, il ne faut pas que je m'en plaigne, si au 56e j'avais été récompensé comme ici, ça serait trop.
Je pense aussi que vous avez eu une petite fête pour cette fin d'année. Marguerite doit toujours être en fête et dans les soirées à droite et à gauche, enfin maintenant on a bien le droit d'être un peu tranquille. Nous avons eu beaucoup de vin du Rhin ; j'avais réussi à faire faire des économies sur la gérance de ma compagnie, aussi chaque homme a-t-il pu lui aussi en boire quelques verres ; nous avons mangé les lièvres et les chevreuils du baron, les oies de ses fermes et le vin des caves ; c'est la guerre. Tous ces gens nous détestent on ne peut plus, mais aussi nous craignent beaucoup.
Ici, sans la chasse, ce serait mortel, mais il y a cette bienheureuse chasse. J'en ai tué de ces lièvres roux que c'en est une bénédiction ; trois hommes me revenaient chargés de musettes dont les oreilles et les pattes dépassent ; il y a plus de lièvres ici que de lapins dans la vallée de la Loire, je crois que j'en aurai bientôt tué une centaine, je ne compte pas les perdrix, les lapins ; quelques faisans et 7 chevreuils. Le pauvre baron en est malade et réclame toute la journée que l'on piétine ses terres. Mais c'est la guerre et pour moi je ne comprends pas le boche ; jamais je ne discute, aussi ont-ils une peur terrible de moi.
Nous avons voulu la guerre franche et joyeuse !! Gott mit uns !!
C'est tout ce que je sais dire, mais ça suffit.
Néanmoins, je ne vous oublie pas, dans quinze jours je serai sûrement à Decize. Vous aurez votre soldat. Le saint Georges, tout le saint frusquin, les bottes et le képi.
Je vous embrasse bien fort pour ce nouvel an. Tous mes souhaits à Hahn.
Gabriel.

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Notes et références

Notes


References