Breton Gabriel correspondances de janvier 1918 à mars 1918

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Guerre 1914-1918 57.jpg

Le dimanche, [lettre postée le 6 janvier 1918].

Ma chère maman,
Deux petits mots bien vite dans ce froid où nous sommes pour te dire que nous allons déménager et voici ma nouvelle adresse : G. Breton, lieut., 9e Btn du 134e Rég. d'Inf., Secteur 124.
Nous allons près du pays de Germaine [Neufchâteau, Vosges] où je tâcherai d'aller sûrement. Je vous donnerai demain des détails sur mon déménagement.
Je vous embrasse toutes deux bien bien fort.
Envoyez des œufs pour la poste si vous pouvez.
G. Breton.

Le lundi, sans date, mais après le 15 janvier selon le contexte.

Ma chère Maman,
Je viens de recevoir ta lettre du 14. Ma pauvre vieille maman, je comprends bien que tu aurais bien voulu me voir avec mon galon neuf ; mais je t'assure que réellement je n'y comptais pas et qu'il a fallu un concours de circonstances tout à fait favorable pour me le faire avoir, un petit service rendu il y a un an à un commandant a fait plus que le sénateur. J'en aurai sans doute eu encore pour un mois ou deux et comme cela c'est venu juste pour mes étrennes. Je suis rentré vendredi dans la soirée près de T... avec Barreau ; notre 7e Btn compte un nouveau commandant, c'est un noble qui vient de la cavalerie !!! Heureusement que je n'ai pas beaucoup d'ordres à recevoir de lui. Du reste il nous ignore, alors moi ça me va, je fais tout tranquillement ce que je dois faire et ça fait le compte.
Maintenant j'ai été dîner chez la tata, tout neuf, j'avais été faire une visite le mercredi soir et il y avait des dames ! Alors la tata s'est mise à pleurer à chaudes larmes et elle a raconté que son Nanat(1) allait mourir, qu'il était jeune ; alors il y avait une dame qui avait eu son fils tué à la guerre et moi qui étais là ; tu penses comme cela a bien fait au tableau. Jean n'a pas trop fait le malin, il sait bien que sa situation est on ne peut plus fausse, alors il ne m'a rien dit. Tout le monde est ravi de l'affaire Caillaux(2) ; je pense que Clémenceau va tenir dur et ferme le morceau et tout le monde est heureux de cela parce que ça commence par être embêtant.
Maintenant je vais faire demander à la gare de T... pour mon colis et je vais bien voir quand il va arriver. Ici nous avons beaucoup de neige ; tout est blanc depuis deux jours ; enfin c'est l'Est et naturellement il fait plus froid qu'à Decize. Je félicite Guillaume du chevreuil, mais c'est inutile qu'on cherche à en tuer parce que Guillaume fait ses coups en dessous ; enfin la bête est morte, c'est toujours ça.
Ma Maman, ton grand lieutenant t'embrasse bien bien fort ; l'embêtant c'est qu'il faudra d'autres photos !!!
Je pense que les dents de Guite vont mieux aller, pauvre vieille !
Le lieutenant vous embrasse bien toutes les deux.
G. Breton.

Lettre sans date, le mardi.

Ma chère maman,
Nous partons donc samedi pour notre nouvelle destination et je pense que nous serons entièrement installés la semaine prochaine. Il faut que nous nous dépêchions d'instruire les petits 18. J'ai la chance, comme officier grenadier, jouissant de la considération générale, de rester avec eux ; sans cela je ne serais pas long à valser. Je n'insiste pas sur le représentant de la noblesse qui nous commande, c'est parfait et je n'avais jamais encore vu cela, il sait uniquement nous dire que des choses désagréables, des menaces de punition et autres amabilités semblables. Du reste il nous considère moins que rien et déclare publiquement que ce sont les officiers qui lui donnent le plus de soucis et que sans doute sans eux tout marcherait bien mieux. Je demande dans ce cas pourquoi il ne s'en va pas tout de suite avec une troupe de jeunes appliquer cette théorie, mais il ne va pas essayer cela sur le terrain d'attaque.
À part cela, nous avons un bon moral quand même et dans tout ce que je fais je pense surtout que chacun défende son petit Beaunay et sa vie d'après-guerre ; c'est pourquoi l'on travaille, les injures, inquisition, dédain ou menaces des représentants du Roy pour l'officier de la plèbe ne nous font pas grand chose.
Maintenant, le froid n'empêche pas tes poules de pondre. Je voudrais bien avoir quelques œufs frais ; alors tu peux en envoyer à mon nouveau secteur dont je t'ai envoyé le n° sur un petit mot. Que fabriquez-vous de bon à Decize ? Il doit faire un temps affreux et le jardin doit être tout blanc maintenant. Guite travaille-t-elle les x et les y, ax2+bx+c = 0 ?
Je vous embrasse toutes deux bien bien fort en attendant des jours meilleurs.
G. Breton.

Lettre sans date, le vendredi soir.

Ma chère Maman, ma chère Guite,
Je suis sur mon départ ; nous partons cette nuit à 3 heures, nous passons par le pays de Germaine et nous nous dirigeons sur les Vosges, pas loin de la région de Mirecourt. Il fait, je n'ai pas besoin de vous le dire, un temps affreux ; il neige, il neige et ça gèle et dégèle, les routes sont impraticables et nous allons sûrement beaucoup peiner demain pour faire 10 km pour embarquer et une étape de 20 km après le débarquement.
Ma pauvre maman, ce n'est pas rigolo, je t'assure que cet hiver est bien pénible et je crois que les pauvres bougres aux tranchées ne l'ont pas belle en ce moment ; nous, nous sommes relativement bien. Je t'assure cependant que c'est pénible pour tous et je suis assez éreinté en ce moment. Et il faut travailler, travailler en ce moment ; déjà mes petits partent et il faudra se dépêcher de tout apprendre, de tout faire avant le 1er mars et nous allons dans un pays plus froid.
Toutes mes chaussures sont éreintées ; mais je n'ai pas touché aux belles bottes ; il est inutile d'en faire faire, je vais en acheter par là, parce qu'elles seraient éreintées en trois fois et j'aime mieux abîmer les vieilles.
Ma pauvre Maman, j'ai reçu ta lettre où tu me parles de Marie Defoulenay ; je sais bien que ce n'est pas gai, mais il ne faut quand même pas se laisser abattre parce que ce serait la fin de tout [si] l'armée venait à nous manquer. Envoie-moi des œufs, c'est ce qui me ferait le plus plaisir.
Je vous embrasse bien bien fort. Écrivez moi un peu car les correspondances arrivent vraiment mal.
Gabriel Breton, secteur 124.

Le mardi, lettre sans date.

Ma chère Maman,
J'ai bien reçu aujourd'hui les deux colis et ta lettre. Ma pauvre maman, depuis trois jours je ne sais pas bien ce que je fais et je t'assure qu'il y a des moments où je me laisserais aller à ne plus ni lire ni écrire, mais à continuer jusqu'à ce que je n'en puisse plus la vie de bestiaux que nous menons.
Nous sommes partis dans la nuit de vendredi à samedi pour nous embarquer à dix km d'où nous étions. Nous avons donc pris le train à 8 heures le matin, et nous avons attendu jusqu'à 4 heures à geler de froid que la locomotive veuille bien aussi s'atteler. Nous sommes enfin partis puis nous sommes arrivés à la nuit noire dans le pays où nous avions encore au moins 20 km à faire pour arriver. Nous avons fait cette route à pied sous une avalanche de neige. Je ne sais pas comment nous avons pu emmener notre monde. Heureusement qu'il y avait une gourde et 15 F d'eau de vie au dedans. J'ai bien sauvé ainsi trois ou quatre pauvres types qui seraient morts sur la route plutôt que d'avancer encore.
Nous sommes arrivés dans un pays perdu, un Neuville lorrain à peu près(3), loin de toutes communications. Il y a dans ce pays des gens qui sans doute pensaient la guerre finie, car ils n'avaient plus vu de soldats depuis un an ; un bienfait c'est que tout est moins cher : œufs on en trouve un peu à 6 sous, beurre 3 F à 3,20 F la livre et le reste ainsi. Ils n'avaient affaire qu'à des revendeurs qui faisaient le beau bénéfice en revendant à Nancy ou Neufchâteau ou Épinal les produits ramassés ainsi.
Je croyais t'avoir écrit que nous avions mangé les faisans et qu'ils étaient épatants ; j'ai peut-être voulu te l'écrire et suis tellement abruti que j'ai oublié, ma pauvre maman. C'est dur quand même et malgré tout quelquefois on doute de quelque chose de sensé dans notre pays ; enfin ça ne fait rien.
Je vous embrasse bien fort quand même et vous donnerai des détails sur tout notre déménagement.
G. Breton.

Le mercredi 23 [janvier 1918].

Ma chère Maman,
Rien de neuf dans notre trou pas cher ; nous sommes tellement dans le désert que l'on [n'] a même plus la force de penser. Il commence à faire meilleur et doux et tout fond en eau, c'est le grand dégel. J'ai reçu six œufs, un seul est un peu cassé.
On nous a envoyé 600 vieux territoriaux des classes 98 que l'on va sans doute mélanger avec nos petits 18.
Le commandant s'est radouci, il me couvre de louanges. Timeo danaos(4). Et ça ne m'émeut pas. Je fais comme j'ai toujours fait, le reste ira comme ça voudra.
Ici les paysans ne sont pas malheureux et même la vie n'est pas si chère qu'on pourrait le croire, le beurre à 3,20 F et les œufs 7 sous et ils vont baisser. Donc inutile d'en envoyer. On ne trouve par exemple pas de vin, mais de l'eau de vie de mirabelle en quantité.
J'ai fait le projet d'aller à Neufchâteau mais le dimanche je suis éreinté ; alors je remets au dimanche d'après ; il y a 8 km pour aller à la gare, alors je trouve cela trop loin pour moi.
Marguerite travaille-t-elle toujours bien et comment vont les équations ?
Je vous embrasse bien bien fort toutes deux.
G. Breton.


Le samedi, lettre sans date.

Bolo-Pacha
Ma chère maman,
J'ai bien reçu hier par le chemin de fer le colis que tu m'avais annoncé ; j'avais aussi reçu le poulet que j'ai mangé avec bien de l'appétit parce que nous avons une popote de galeux. Ce soir, ma semaine finie, je viens de goûter avec la moitié du foie gras et de la confiture, deux bonnes tasses de thé là-dessus ; je pense que je tiendrai. J'ai reçu ta lettre pour le meunier ; ça m'est égal qu'il fasse mettre s'il le veut l'électricité et le chauffage central, mais les réparations nous en reparlerons à ma permission. Je laisse le statu quo jusqu'après la guerre ; à cette époque nous en reparlerons. Maintenant, s'il voulait faire un bail de 3000 F pour 12 ans fermes, ce serait autre chose et nous pourrions peut-être parler réparations. Je réfléchirai encore là-dessus, mais enfin c'est mon opinion du reste depuis longtemps et je n'en reviens pas.
Jarre va sans doute profiter des foires du printemps pour solder ce qu'il doit, donc, s'il oubliait, il faudrait lui faire savoir. Je compte aller en permission dans un mois, c'est-à-dire vers le 15 mars si tout se passe normalement.
Ici les avis sont partagés pour l'offensive ; on croit qu'elle n'aura peut-être pas lieu ; d'autres prétendent que les Boches voudraient bien en finir, mais qu'ils tentent avant d'abattre leur jeu, cela se conçoit.
Nous avons 15 au-dessous, mais il fait beau, c'est le climat de l'Est. Du reste le pays est tellement sauvage que les loups se promènent dans les champs. Je ne sais si je vous l'ai écrit, j'en ai vu un cette semaine à 150 mètres de moi et j'ai bien couru pour avoir un fusil, mais il s'est sauvé. Ça me rappelle le loup quo de mon enfance(5).
J'ai envoyé à Guite des photos pour qu'elle me les développe ; je lui écrirai demain dimanche, ça vous fera deux lettres.
Rien de neuf à part cela. Nous attendons les journaux de Paris pour voir Bolo, mais je suis certain qu'il sera fusillé(6).
Je vous embrasse bien fort toutes deux.
G. Breton.

Le dimanche, lettre sans date.

Ma chère Marguerite.
J'ai fait quelques photos que j'ai fait partir avant-hier ; il y en a de Pagny(7), il y a des grenades, de la neige, aussi la jeune fille d'où je suis. Je ne sais comme ça donnera ; envoie-moi les mieux et, si la jeune fille est bien, quelques exemplaires. Dans ce pays je deviens enragé, surtout que l'on travaille soir et matin comme des nègres et je voudrais bien être ailleurs ; enfin il ne faut pas que je me plaigne trop, mais ce n'est pas gai quand même ; ce qui énerve le plus c'est je crois aussi surtout l'attente d'événements qui ne vont pas se produire ou ne se produiront pas, sûrement les Boches ont une envie terrible d'attaquer, mais le coup de Verdun est là, alors nous ressemblons aux deux joueurs de cartes qui n'osent pas commencer à jouer.
J'ai bien reçu mes photos l'autre jour, j'avais cru t'en accuser réception, mais pour ce qui n'est pas grenades, attaques ou coups de main ma tête déménage absolument parfois.
Je t'ai écrit que j'avais vu un loup, maintenant c'est toute une affaire parce que l'on va faire une battue pour les tuer jeudi ; ils sont énormes et la louve ramasse les moutons comme le renard les poules ; j'ai vu le loup à peu près à 100 m et en plein champ ; j'aurais pu le tuer avec un fusil de guerre mais, quand les soldats que j'appelais sont venus avec un fusil, il se sauvait déjà et je n'ai pas pu l'attraper.
Je ne suis pas très loin de Neufchâteau mais c'est le diable pour y aller et les Américains y sont et tiennent tout ; c'est très amusant, on ne peut voyager à cause d'eux(8).
Je ne vais pas trop mal mais j'ai maigri et mon pantalon ne tient plus tout seul, il faut mes bretelles. Heureusement que j'ai mes boîtes pour quatre heures.
Ma pauvre sœur, c'est bien long, mais il faut tenir ; voilà que l'on va fusiller les traîtres, mais le mal est fait ; en tous cas ça donne du moral quand même. Les gens sont-ils remis de leur peur ? Comment va la demoiselle Cliquet ?
Je vous embrasse bien fort.
G. Breton.

Le dimanche [février 1918].

Ma chère Maman,
Voici quelques jours que je n'ai guère eu le courage de vous écrire parce que nous avons un travail abominable et puis que ce pays me flanque le cafard. Maintenant j'ai bien reçu sans exception tous vos colis, y compris le poulet que j'ai mangé avant-hier et qui était très bon, la pharmacie au complet et ce matin deux boîtes de lapin soudées ; je ne sais pas par exemple si c'est chaud ou froid, donc tu me diras dans la prochaine lettre ce que c'est pour que je ne fasse pas de gaffes.
Lu la visite des gothas sur Paris, c'était à prévoir, mais enfin les Boches en seront pour leurs frais et je pense que ça va uniquement exciter les gens contre eux, ce qui sera la meilleure réclame pour les batailles du printemps(9).
Je te dirai aussi que par ici l'on évacue ferme tous les villages où nous avons travaillé cet été et où il y avait des habitants ; toutes les villes importantes, Lu... et N... [Lunéville et Nancy] vont être évacuées en partie, toutes les bouches inutiles partent et on ne gardera que les gens nécessaires. Il faut donc nous attendre à une grande offensive car les Boches et nous autres allons jouer la dernière et plus formidable partie ; je pense que les Boches et les Autrichiens vont nous attaquer avec de grosses masses, mais que s'ils enfoncent un peu ça leur coûtera tant et tant qu'ils seront arrêtés ; mais nous y laisserons aussi bien des plumes ; nous formons nous autres une grosse réserve des hommes vieux et trop jeunes pour boucher les trous.
Maintenant je pense que tu pourrais peut-être trouver parmi tous ces évacués des gens qui iraient travailler chez toi, ça serait bien plus intéressant que de laisser tout en friches ; pense donc ce que tu pourrais faire dans cet ordre d'idées ; par ici je ne connais personne pour que l'on ne touche pas encore à cet ancien front, mais en avant il y a une foule de cultivateurs sans travail, ce serait donc à examiner.
Ma pauvre maman, il faut s'attendre à des heures terribles. La paix est peut-être proche, mais il faudra du sang et du sang pour y arriver. Les canons les plus énormes circulent sur toutes les routes, les Américains pas très loin de nous travaillent tant qu'ils peuvent. Ne croyez pas à une paix sans bataille, il nous faut absolument livrer de derniers combats qui seront aussi meurtriers que ceux de 14.
Maintenant je ne m'en fais pas. J'aurai toujours la veine. Je vous embrasse bien bien fort. J'aurai sans doute ma permission vers le 15 mars.
G. Breton.

Le mercredi.

Ma chère Maman,
J'ai bien reçu, comme je vous ai dit hier, les photos et ta lettre où tu me racontes ce que tu as en vue de faire pour Pouzy. Le mieux un bail 3,6,9 avec 2500, 2800.
Si tu es obligée de faire pour 9 ans, exige plus gros car il ne faut pas quand même être obligé d'encaisser encore 9 ans, peut-être des mauvais fermiers et dans ce cas il faut au moins une petite compensation. Merci à Guite pour les photos. Je sais bien que la lumière n'est pas très bonne, c'est l'hiver ; je vous dirai qu'elle m'en fasse quelques unes de la jeune fille, et deux ou trois ; collez un carton s'il y en a encore, je lui envoie le modèle préféré. On m'a brodé dans la maison un superbe mouchoir sur un tissu de sac de fusées éclairantes, c'est épatant de finesse. Je suis très bien chez ces gens qui sont d'assez gros propriétaires cultivateurs, mais je ne m'assure [?] pas trop ici parce que l'on travaille pas trop, ça devient rasant.
Nos frères russes nous lâchent, ça prolonge la guerre d'un an au moins(10) ; du reste nous allons nous organiser définitivement dans la guerre et l'hiver prochain nous aurons des permissions de deux ou trois mois, ça c'est curieux.
Nous attendons l'offensive, ça va être une très grosse affaire, mais les Boches ne passeront sûrement pas et nous, nous reprendrons la danse l'année prochaine avec les Américains et les Japonais, c'est ma grande idée. En tous cas, armez-vous de courage, de patience et de sang-froid ; on n'a encore rien vu, c'est plus que certain.
Je vais assez bien. Je vous embrasse bien fort toutes deux, le bonjour à tous.
G. Breton
J'aurai ma permission à la fin du mois si elles ne sont pas supprimées !

Le dimanche, lettre postée le 25 février.

Ma chère Maman,
Rien de neuf dans notre petit domaine ; nous sommes tous dans l'énervement des heures qui précèdent les grandes crises. Temps de printemps aujourd'hui avec dégel, temps de cafard aussi. Je tâcherai d'aller à Neufchâteau la semaine prochaine, mais il n'y a rien de certain dans ce que je puis faire. J'ai assez de conserves pour le moment. Envoie-moi 200 F. je pense que j'aurai ma permission vers le 15 mars. Mais rien de certain naturellement à ce sujet. Je vais bien. Guite a-t-elle fait mes photos ?
Je vous embrasse bien fort toutes les deux.
G. Breton.
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Le jeudi, lettre postée le 1er mars 1918.

Ma chère Maman,
Nous sommes dans le marasme, la pluie, la boue, l'instruction idiote pour rattraper le temps qui ne se rattrape pas, et aussi l'attente, l'attente de cette offensive qui amènerait peut-être une solution. Rien de nouveau ici ; je suis abruti par la succession des jours éreintants ; heureusement que je suis chez de braves gens qui me considèrent comme leur fils et où je suis un peu chez moi ; sans cela je deviendrais fou avec les grenades, les obus, le commandant et tout le reste. Ma permission, je pense l'avoir le 15, à moins que ce soit le premier août. Rien de certain encore. Je n'ai besoin de rien. Je vous embrasse bien fort ; nous aurons de tristes jours quand même.
G. Breton.

Le vendredi [8 mars 1918].

Ma chère Maman,
Reçu hier ta lettre où tu me racontes la mort de Champeau, c'est triste et en effet la famille a raison de croire à l'accident(11). Je crois tout de même qu'il vaut mieux prendre une balle en plein front que de cette manière, c'est plus convenable et plus propre ; quant à m'apitoyer sur quelqu'un maintenant, c'est fini et les De Burine, Petit et autres peuvent crever sur la paille, je m'en f... Je fais la guerre, la belle et la grande, de la faute précisément à toute cette génération de crétins et de pleutres d'avant nous. Je trouve que l'addition des sottises est forte, mais nous payons royalement, c'est dommage que ce soit nous, voilà tout, et non les responsables.
La vie ici est infernale ; du reste c'est partout. J'ai instruit exactement 300 grenadiers en trois mois, je m'étonne seulement de ne pas être à l'hôpital avec des éclats de grenades ; enfin le plus gros est fait, tout le monde est prêt, archi-prêt, et nous attendons l'arme au pied l'heure de la grande offensive.
Je compte avoir une permission pour Pâques ou avant, sûrement pas plus tard ; du reste ça fera 4 mois. Qu'en ferai-je, j'ai encore le temps de réfléchir. Quand Guite a-t-elle l'intention de s'installer à Paris pour piocher son bac à fond ? Je suis content de voir que tu as un fermier, mais je n'ai jamais été inquiet, la terre est là, elle reste et elle vaut toutes les valeurs du monde, tôt ou tard on trouvera plus de fermiers qu'il ne faudra.
Je pense que les crétins d'ouvriers et les bons socios se tiennent tranquilles ; si nos frères de l'usine ne comprennent pas, nous avons encore des mitrailleuses et des grenades pour leur faire comprendre où est le devoir, personne ici ne veut finir comme les moujiks.
Je vais assez bien, je suis maigre à souhait, sec et dur comme une barre de fer et plein de la bonne idée d'en finir avec les cochons d'en face coûte que coûte ; on n'a pas mal fait de prisonniers dans le secteur en face de nous ; je les ai vus, ils crèvent de faim, sont minables, mais ont une arrogance plus forte que jamais. Quelle race !!
Le bonjour à tous. Je vous embrasse bien fort toutes deux.
G. Breton.
Guite, mes photos!

Le dimanche.

Ma chère Maman,
J'ai bien reçu le petit paquet avec le chocolat, aussi comme tu m'as dit j'ai envoyé hier soir une lettre aux vieilles demoiselles. Je pense partir en permission le 20, 25 si les circonstances naturellement le permettent ; je ne sais guère ce que je ferai encore, je passerai peut-être par Dijon, Chagny, pour venir, mais je vais étudier les itinéraires car il me faut un temps terrible pour regagner les grandes lignes, soit Épinal, soit Bar-le-Duc. En ce moment tout le chemin de fer est encombré comme l'an passé. On se méfie énormément de nos côtés, mais je pense que les Boches ne vont pas se presser d'attaquer, c'est une carte trop difficile à abattre. Depuis plusieurs jours il fait un peu plus beau, on sent le printemps, mais je pense que l'on aimerait encore bien mieux l'hiver parce que l'on s'attend à tant de choses que tout le monde est un peu énervé.
Je pense qu'à l'arrière ça doit être pire et que tous les gens doivent trépider. J'ai vu tous les nouveaux impôts que l'on nous promet, ça devient épatant ; bientôt l'on ne pourra plus rien acheter du tout, certainement que ça n'ira pas très bien.
J'ai reçu toutes les photos ; j'ai repris les petites jeunes filles avec de la lumière ; je pense que cette fois ça ira mieux.
Je n'ai plus guère de nouvelles du sénateur et de sa famille, mais je n'en veux à aucun prix pour Pâques, ils me dégoûtent tant.
Avez-vous des nouvelles des Defoulenay et des progrès de Robert en aviation ?
Je vous dirai aussi que l'on a jugé bon pour tout ce que j'ai fait l'hiver de me préparer pour mon troisième galon. Je n'ai naturellement aucune chance, mais ça m'aidera pour une autre fois.
Je vous embrasse bien bien fort toutes deux.
G. Breton.

Le jeudi, lettre postée le 24 mars 1918.

Ma chère Maman,
Rien de nouveau et rien, je pense, qui puisse même me retarder ma permission maintenant ; je pense donc bien être à Decize le lundi de Pâques, au plus tard le mardi matin. Nous commençons à être un peu moins embêtés, ce n'est pas trop tôt car nous en avons assez à la fin. Je tâcherai de passer dire bonjour aux Piettre. Je vais assez bien en ce moment et suis heureux de penser que je vais voir autre chose que les grenades et la boue.
Bons baisers. G. Breton.

Carte en franchise, vendredi matin.

Une petite carte pour vous dire que je vais bien, nous sommes en ligne, pas trop malheureux. Mais je n'ai pas encore de vos nouvelles. Je vous embrasse.
Gabriel. Secteur 194 – 128e, 5e Cie.


Mercredi.

Ma chère Maman,
Deux mots au milieu de la semaine pour vous dire que je ne suis ni mort, ni malade, ni blessé. Reçu un mot de Germaine qui voudrait que j'aille un jour [lui rendre visite] ; ça c'est difficile, enfin je tâcherai. Rien de neuf, sauf que le canon gronde très très fort depuis quelques jours côté N... et Lu... [Nancy et Lunéville]. Tout le monde est satisfait de la justice de Clémenceau et nous pensons que les fossés de Vincennes verront de beaux défilés(12).
Je vous embrasse.
G. Breton.

Jeudi.

Ma chère Maman,
Un mot à la hâte, je quitte le 134 et je passe au 128 qui est en secteur par là.
Je suis de passage à Épinal d'où je vous envoie ce mot de la poste.
Je ne sais pas encore le N° de mon secteur postal, ni rien sur ma nouvelle affectation.
Je voyage encore toute la journée de demain.
Je vous enverrai un mot dès que je serai arrivé.
Ne vous en faites pas. On les aura.
Je vous embrasse bien bien fort.
G. Breton.

Le 28 mars 1918.

Ma chère Maman,
J'ai donc bien reçu ta lettre et aussi les bonbons et la petite bouteille de Bénédictine. Nous sommes toute la journée sous le mauvais temps à enrouler des fils et à démolir une voie de chemin de fer anglaise, petit pays entre Somme et Oise et Seine Inférieure. Nous n'y resterons pas bien longtemps et nous allons sans doute nous rapprocher de la mer. Déjà nous commençons à manger de bons poissons comme l'an passé.
Je ne sais pas bien ce qui se passe pour la Pologne, sans doute ça ne va pas tout seul, surtout pour les transports, ça me plairait assez, mais je me fais une raison et si je n'y puis aller tant pis ; tout cela sera de la faute de mon oncle, car un seul mot de lui aurait fait plus que mes citations. J'ai toujours beaucoup et beaucoup de travail parce que notre pauvre régiment est assez malade, un tas de bons s'en vont et seuls restent les mauvais, ce qui n'est pas très gai ; il nous vient également un tas de types de toutes catégories qui reviennent des régiments dissous et ils ne valent rien.
Nous sommes assez indifférents à tout en ce moment ; du reste rien n'est brillant et tous nos bons alliés se moquent de nous ; donc il vaut mieux ne rien savoir, le pauvre Clémenceau depuis sa balle paraît assez éteint.
Avez-vous des nouvelles du cher oncle et est-il venu à Tinte comme il le voulait ?
Guite m'a envoyé une lettre me disant que beaucoup de fermiers étaient venus voir le Bois du Jault, il y aura sûrement un retour à la terre, il ne faut pas se presser, je pense que cela seulement a des chances de relever un peu notre pauvre pays.
Lu les Paris-Centre et vu la mort de Louise Dejean, de quoi est-elle morte ? Je vais, grâce au ciel, très bien, c'est énorme, cette vie me vaut mieux que tout.
Je vous embrasse toutes deux bien fort. Reçu une carte de la vieille Marie. Remerciez-la pour moi.
Gabriel Breton.
Très mauvais temps ici.

Le vendredi, [29 mars].

Ma chère Maman,
Me voici donc de nouveau parti en guerre. Je pense que vous avez dû être bien surprises en recevant le petit mot que j'ai fait hier, mais il faut d'abord et surtout ne pas vous effrayer, j'ai passé à travers tant de choses que je ne verrai certainement pas pire maintenant.
Donc, depuis huit jours, nous étions sur le qui-vive et nous ne savions pas trop ce que l'on allait faire de nous. L'offensive commencée, tout le monde se doutait que l'on n'allait pas moisir sur place ; il y a eu de très gros coups de main dans la région [ill.] ce qui fait que nous allons tous renforcer des régiments qui ont souffert dans les derniers coups de main du front de Lorraine. À l'heure actuelle, mon régiment est quelque part en ligne dans la région où nous étions aux travaux l'année dernière ; c'est un secteur un peu agité, mais ça ne ressemble pas au Bois d'Ailly, vous pouvez croire.
J'ai envoyé avant-hier à Guite des photos, qu'elle me les développe et qu'elle m'envoie les meilleures. Maintenant aussi il y a la question de ma permission. Maintenant je ne pense pas pouvoir la prendre avant le 15 mai ; à ce moment, le préférable sera de passer par Decize où je prendrai la maman et nous irons passer huit jours avec l'étudiante à Paris.
Dites aux Petitjean que je n'ai pas pu leur donner des nouvelles. Je pensais voir la famille à Paris mais maintenant il me faut penser à autre chose.
Ma pauvre maman, je pense que ça va nous faire passer naturellement de mauvaises fêtes de Pâques, mais je vous en prie, ne vous en faites pas pour moi surtout, j'aurai toujours la chance, c'est certain, et puis à l'heure de la lutte finale je serais vexé de n'être pas à ma place au milieu de mes grenadiers. Je pense du reste que le gros de l'effort boche est fait et que la casse a été effroyable. Je ne pense pas non plus que ma division y prendra part parce que nous formons le pivot et que l'on aura besoin de gens solides aux endroits sensibles.
Ma chère maman, ma grande sœur, ne brûlez pas trop de cierges surtout, je fais de drôles de fêtes de Pâques mais ça ne fait rien pourvu que l'on arrive à bout des Boches.
Je vous embrasse bien bien bien fort.
G. Breton.
Dès que j'aurai le numéro du secteur, je vous l'enverrai.

Le samedi 30.

Ma chère maman,
Deux mots bien vite pour vous dire que je viens d'arriver dans mon nouveau régiment. Nous prenons les lignes dans un secteur assez calme, donc ne vous en faites pas.
5e Cie 128e Secteur 194.

Lettre du sénateur Petitjean à madame Breton, 30 mars 1918. En-tête du Sénat.

Ma chère sœur,
Eh bien, ça devient gai à Paris. Hier l'obus tue 75 personnes et en plus 90 à l'église St Gervais, près de l'Hôtel de Ville(13).
Depuis ce matin 6 h, tous les ¼ d'heure, obus dans mon quartier, 20 à 25 coups depuis ce matin, un obus est tombé à midi sur la bordure du bassin du jardin du Luxembourg, trou de 3 mètres, terre projetée, dégâts matériels, pas de blessés.
Obus rue de Rennes, rue Falguières, rue de Babylone, Hôtel de Ville. Quai de Gesvres. Rue des Lombards. Quelques morts.
Paris s'émeut et les gens prennent les trains. Depuis 8 jours 800000 départs. Ça va continuer.
Nous ne nous émotionnons pas. Chez moi, sauf Madame Petitjean qui sursaute à chaque coup, on est calme et moi je le suis très, très.
Jean quittera Paris que quand je serai certain que notre contre-attaque sur l'Oise et la Somme aura arrêté le flot des Allemands, elle n'est pas encore commencée.
Au Parlement, on a une confiance absolue que nos troupes et les Anglais arrêteront le mouvement en avant des Boches. Clémenceau donne confiance à tous, car il va et vient à chaque instant au front et il est très renseigné.
3 h, coup de canon, énorme obus a touché près du Sénat Bd St Michel.
Ça continue ! Jusqu'à quand ?
Jean part ce soir à 8 h pour Clermont-Ferrand pour une partie de football ! Avec l'équipe du PUC(14). Tu vois que les jeunes ne s'émotionnent pas.
Étions à Decize, que devenez-vous ?
Recevez-vous des réfugiés de l'Oise et de Compiègne qui partent dans l'Allier et le Centre ?
L'exode des évacués est énorme. Ça va être comme en septembre 1914.
Gardez ces renseignements pour vous seules et le neveu.
Je vous embrasse.
V. Petitjean.

Carte-lettre postée le 31 mars 1918.

Samedi,
Comme nous montons en ligne et que j'ai touché beaucoup d'argent à la fin du mois, qui ne me servirait sans doute pas, je t'envoie mille francs que tu mettras de côté pour ma permission. Je viens d'arriver dans mon régiment, c'est un bon régiment et je suis content de ma compagnie où tout le monde est très chic.
Ne vous en faites pas, le secteur est assez calme.
Je vous embrasse bien, bien fort.
G. Breton.

Le dimanche.

Ma chère Maman,
Je profite de ma journée de dimanche pour vous donner quelque peu de détails sur ma nouvelle vie et mon installation.
Nous avons fait un voyage assez bon et rapide et nous sommes arrivés 24 h seulement après notre départ à l'endroit que nous devons occuper. Je me suis installé tout à fait hier et aujourd'hui et n'ai pas à me plaindre. J'ai une grande chambre qui donne sur un bois et, si j'entends le canon du front toute la journée, j'entends aussi le roucoulement de gros ramiers bleus qui nichent en assez grande quantité dans les forêts de ces régions. J'ai retrouvé naturellement beaucoup de mes camarades que j'avais connus à Chalon ou même à Joinville et nous sommes une bonne bande ensemble. Tout est bien installé et, somme toute, je n'ai pas lieu de m'en faire. Nous avons tout ce qu'il nous faut ici, mieux même qu'à l'intérieur. Il y a des camions-bazars qui vendent de tout à des prix très modérés ; le vin 1 F ou 1,10 F et le bon vin pas trop cher non plus. Je ne sais pas si je vais rester longtemps ici, mais je pense que je ferai sans doute des stages à droite et à gauche pour me perfectionner dans l'art de détruire les Boches avec tous les engins perfectionnés et variés que l'on invente chaque jour.
Nous entendons le canon et nous assistons de temps en temps à la chasse des avions boches qui font les malins et qui veulent essayer d'être trop curieux.
Que devenez-vous à Decize ? Avez-vous reçu mes photos ? Comment les trouvez-vous ? J'ai fait pour le mieux ; je pense que Guite me développera celle de la chasse et m'enverra quelques exemplaires des meilleures pour que je les retourne à Chalon.
Vous aurez sans doute sous peu mon vélo et ma valise. Dans la valise il y a :
1° deux petites boîtes, probablement dans la petite pochette à savon ; rangez les soigneusement, c'est dangereux, pas très mais assez ;
2° des cartouches à ranger ;
3° des jumelles de rabiot toutes neuves ;
4° mon vieux revolver et équipement, rangez bien tout cela.
Donnez-moi vite de vos nouvelles ; vous devez avoir maintenant mon adresse.
Le bonjour aux amis. Mes amitiés à la vieille Marie, Clémence. Une tape à mon chien Scaff.
Mes bien gros baisers pour l'enfant et pour toi.
G. Breton.

Au verso d'une photo, sans date (drapeau du 134e R.I.) :
Samedi. [ill.] Meurger.

Ceci pour te donner un peu de nouvelles, en attendant mon installation. Nous avons fait quelques étapes dans les régions dévastées, nous sommes dans la Somme, où nous comblons des trous. Je vais bien.
Je vous écrirai demain.
Gabriel.

(1) Son Nanat = l'un des fils Petitjean, rappelé au service actif.
(2) Joseph Caillaux (1863-1944) : homme politique, plusieurs fois ministre, président du Conseil en 1911,  Caillaux a eu beaucoup d'ennemis politiques. Mouillé dans plusieurs affaires en 1917, il est accusé (à tort) de trahison et d'intelligence avec l'ennemi, arrêté le 14 janvier 1918 et traduit devant la Haute Cour de Justice. Il sera réhabilité et reviendra à la politique après 1922.
(3) Allusion à Neuville-lès-Decize.
(4) Proverbe latin : timeo Danaos et dona ferentes = je crains le Grecs, même quand ils font des cadeaux.
(5) Dans le Nivernais et le Morvan, ont été tués au XIXe siècle et au tout début du XXe siècle plusieurs grands loups, dénommés « loups cauds ». Caud signifie sans queue en patois.
(6) Paul Marie Bolo, arrêté en septembre 1917, est jugé en février 1918 et condamné pour intelligence avec l'ennemi ; il sera fusillé le 17 avril 1918.
(7) Pagny-sur-Meuse, entre Toul et Neufchâteau.
(8) Neufchâteau et Epinal sont alors les terminus des voies ferrées dont les Américains disposent pour acheminer leurs troupes depuis Saint-Nazaire, La Rochelle et Bordeaux. Leurs trains sont prioritaires.
(9) Le 31 janvier 1918, Paris a été bombardée par plusieurs avions allemands de type Gotha.
(10) Depuis décembre 1917, Lénine négocie une paix avec l'Allemagne. Elle sera signée le 3 mars à Brest-Litovsk.
(11) Edmond Champeau, directeur de l'Usine des Plâtres Journot, est mort le premier mars 1918. Gabriel Breton suppose qu'il s'est suicidé et il met ensuite en cause les principaux directeurs de la Verrerie de Saint-Léger, les docteurs Achille de Burine et Marcel Petit.
(12) Allusion à des possibles exécutions de traîtres.
(13) Le 23 mars, vers 15 h, un obus est tombé dans l'église Saint-Gervais, où l'on célébrait l'office du Vendredi Saint : 91 morts. Les bombardements de Paris ont repris les 29 et 30 mars, tuant encore une centaine de personnes. Ils étaient tirés depuis Crépy-en-Valois, à 120 km de Paris, par le gros canon nommé par les allemands Wilhelmsrohr (« tube de Guillaume », long de 34 m) et nommé à tort par les Français la Grosse Bertha (en réalité ce nom s'appliquait à un mortier de 420 qui a tiré sur les forteresses et non sur Paris).
(14) Jean Petitjean a été l'un des fondateurs du Paris Université Club. Il en a été le président de 1920 à 1925.


Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par Martine NOËL le 18 janvier 2018