Breton Gabriel correspondances d'octobre 1916 à décembre 1916

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Guerre 1914-1918 57.jpg

Préparatifs de chasse.

Le 11 octobre 1916.

Ma chère Maman,
Je vous envoie par un petit poilu de ma section auquel vous paierez à boire, je vous envoie un paquet de mon linge d'été et de chemises et caleçons qui ont besoin de sérieuses réparations.
Tout mon groupe va partir en permission et je n'ai pas grand chose à faire maintenant ; j'aurai ma permission du 19 au 21 comme j'ai écrit à Guite, ou du 22 au 26 si par hasard Guite ne pouvait obtenir mes battues plus tôt. Mais je préférerais partir comme je vous ai dit du 18 au 22.
Inutile de m'envoyer mon pantalon que j'emporterai en revenant.
Rien de neuf à part cela, il fait beau et je vais profiter de ces quelques jours pour tâcher de prendre quelques poissons dans la Saône.
Nous ne savons rien encore au sujet du Bourgneuf ; mais nous ne tarderons pas quand même à aller y prendre nos quartiers d'hiver.
Je vous embrasse bien fort toutes deux.
G. Breton.

Mercurey, [lettre sans date].

Bourgneuf Val-d’Or
Ma chère Maman,
Je vous envoie ce petit mot par Berland et je vous demande si vous pouvez me renvoyer par lui un gros poulet ou deux petits pour notre popote. Je ne pense pas prendre de permission parce que c'est vraiment trop tôt, mais je me débrouillerai pour l'autre dimanche.
Je vais bien, mais m'embête un peu, je n'ai pas bon caractère et me suis déjà fâché avec quelques camarades, mais ça n'a pas d'importance. Je ne sais ce que l'on va faire de moi, je suis toujours avec les jeunes, mais ici on n'a aucune position établie et on ne sait pas du tout ce que l'on fait de vous.
Enfin, ma pauvre maman, ne vous faites pas trop de bile pour moi, je me débrouillerai bien toujours partout où je serai.
Je vous embrasse bien bien fort.
Gabriel.
Répondez-moi pour le vin.

Le lundi, [lettre sans date, octobre 1916, vérification avec le calendrier 1916].

Ma chère sœur,
Je reçois ta lettre et je me dépêche d'y répondre.
Je t'envoie une demande de permis de chasse comme tu m'as dit de le faire ; maintenant je te dirai que mes récupérés partent et que j'aurai quatre jours du 16 au 19 inclus ou 22. Le 19 est un jeudi et le 22 dimanche ; par conséquent c'est entre ces quatre jours qu'il faut faire nos demandes. Maintenant il faudra demander en permanence le lapin pour les jeudi et dimanche, car j'aurai quelques dimanches au Bourgneuf et aussi nous aurons bien 4 jours pour le premier de l'an.
Maintenant tu demanderas pour ma période de quatre jours du 19 au 22 quatre jours de destruction de lapins et deux jours ou trois jours s'ils peuvent pour le faisan et le lièvre, ces trois jours seraient le jeudi 19, les samedi et dimanche 21 et 22. Je pense que tout sera bien et que nous aurons ces permissions.
Pour les noms si l'on en demande pour les battues, tu donneras comme je te l'ai dit MM. Roblin et Loiseau, les gardes Guillaume et Turin et le capitaine Barreaut permissionnaire du front et M. Thévenet propriétaire à Chalon qui nous amènera sans doute en auto.
J'ai reçu la lettre et les 100 F de maman hier.
Il fait beau et nous travaillons ferme en attendant le départ de nos récupérés qui s'en vont pour 15 jours. Je t'embrasse bien fort, soigne bien mon chien pour cette chasse.
G. Breton.

Réunion des officiers. Chalon-sur-Saône ; [Lettre postée le 14 octobre 1916].

Ma chère sœur,
Je viens de recevoir ta lettre et je pense que tout ira bien pour cette chasse et pour ma permission. Dès que tu auras reçu confirmation de la préfecture, préviens-moi par télégramme ainsi conçu :
Permis pour...... (ici les noms du capitaine et du propriétaire de Chalon que je dois emmener) et la date par ex. 19.22 l et 20. 21 f ou seulement 19.22 l. si on [n'] accorde pas les battues que j'ai demandées pour le faisan et le lièvre ; enfin fais-moi comprendre le plus clairement possible par un télégramme et confirme par une lettre, même mardi pour la lettre. J'aurai le temps de la recevoir avant de partir. Aussi un télégramme ainsi conçu :
Permis seulement Barreaut 19.22 l 20.21 f me fera comprendre que seul le capitaine Barreaut peut venir avec moi ou :
Permis tous pour tout me fera comprendre que je pourrai emmener qui je voudrai, du capitaine ou des gens de Decize les 19 et 22 pour le lapin et les 20 et 21 pour le lièvre et faisan.
Ou seulement :
Permis tous lapins voudra dire que je ne compter sur les battues de lièvre et de faisan, mais que je peux emmener qui je voudrai des gens demandés au lapin. Il n'y a pas besoin d'en mettre long pour que je comprenne. Un télégramme encore :
Permis tous (lapins, faisans) me fera comprendre que c'est exactement comme j'ai demandé et que nous pouvons chasser le lapin jeudi 19 avec qui je voudrai et le lièvre le 20 et le 21. Confirme en tous cas par lettre.
J'arriverai en tous cas mercredi soir pour repartir le dimanche soir. Préviens sans que j'ai besoin d'écrire M. Loiseau que je compte sur leur ami Guillaume dans le cas où les battues seront organisées et que je le préviendrai après tout.
Je t'embrasse bien fort. Je ne fais rien et je m'embête assez ; tous mes jeunes sont en permission.
G. Breton.

Chalon-sur-Saône, vendredi soir 10 novembre 1916.
En-tête : Aux Vendanges de Bourgogne, hôtel-restaurant. L. Rosaz, propriétaire, téléphone 190.

Aux vendanges de Bourgogne
Ma chère Maman,
J'ai bien reçu ta lettre, les 100 F et la capote, tout est arrivé à temps. Maintenant je pense que nous allons partir au Bourgneuf la semaine prochaine, je tâcherai d'aller vous voir le 18 à Decize avant de quitter complètement Chalon. Maintenant j'ai été proposé pour aller faire un stage aux armées pour les nouvelles méthodes de combat, à la suite duquel je reviendrai à Dijon ou à Bourges faire des élèves ; tout ceci peut donc durer un certain temps comme vous voyez. Enfin je ne suis sûr de rien pour le moment et cela m'embête un peu car je voudrais bien pouvoir être fixé d'une manière ou de l'autre, soit pour me loger, soit pour déménager de Chalon, soit pour me préparer à aller passer une quinzaine aux armées.
Nous avons eu un temps affreux à Chalon avec très forte crue et inondation. En a-t-il été de même à Decize et les lapins de Mussy n'ont-ils pas eu trop à souffrir ? Je voudrais bien aller les voir si j'ai un jour de beau un de ces dimanches, mais en ce moment je ne suis pas même certain du lendemain.
Enfin j'espère que tout ceci s'éclairera dans le courant de la semaine prochaine et ce ne sera pas trop tôt parce que ça va [ill.] assez.
Ma capote va bien et j'en suis content. Le colonel est-il installé ? Je suis content qu'il ne soit plus à la maison ; tout le monde a dû en être épaté. Mais je savais bien qu'en somme je ne vous envoyais pas un trop mauvais type et je pense qu'aussi vous pourrez avoir pour les domaines tous les hommes que vous voudrez.
Je vous embrasse très fort.
G. Breton.
Les bons fermiers pensent-ils au 11 novembre(1) ?



Gabriel Breton en grande tenue, en permission à Decize

Gabriel Breton a obtenu enfin sa permission à Decize du 15 au 25 décembre.
De retour au Bourgneuf, il s'apprête à remonter au front avec les recrues
.

Le Bourgneuf, le vendredi, lettre postée le 27 décembre 1916.

Ma chère Maman,
J'ai eu une bien vive surprise dans le train l'autre jour en apprenant que tous les récupérés allaient partir vers le premier janvier ; le train était plein de soldats récupérés du 29, du 56, du 134 et autres qui rentraient ; j'ai fait tout le voyage debout comme bien tu penses et suis arrivé éreinté à Fontaines et me suis rendu en voiture au Bourgneuf où j'ai appris que 125 de nos récupérés partaient avec Benoît qui est le premier à partir ; je suis donc encore ici pour 1 mois ou 48 jours avant de partir.
Je vais bien mieux maintenant et, qui plus est, j'ai un appétit féroce, ce que je regrette, ça me donne toujours faim rien que d'y penser, heureusement que la dinde a été un peu oubliée, à ma cantine j'ai mangé ma faisane qui était du reste très bonne.
Nous avons un travail de chien avec ce sacré départ qui se fait au tour de guerre ; tout est en désarroi car on ne pouvait s'attendre à fournir déjà des renforts, surtout que nos gens ne savent pour ainsi dire rien de rien ; enfin ils se feront toujours bien tuer.
Je vous enverrai peut-être un petit poilu dimanche, je ne crois pas qu'il parte. Figure-toi que j'ai reçu pour mon Noël un très joli sabre avec mes initiales dessus, mais j'ai beau me creuser la cervelle, je ne sais pas qui me le donne. Je vous écrirai pour vous dire ce qu'il me faudra pour mon départ, car je vais bien me préparer pour ne pas être pris au dépourvu au dernier moment, ce qui serait idiot, mais je pense que j'ai tout ce qu'il me faut.
Enfin ne vous tourmentez pas, je ne suis pas encore à l'assaut.
L'on envoie 300000 [hommes] à Salonique, il en passe ! Il en passe ! C'est comme les canards.
Je vous embrasse bien fort. G. Breton.

Le Bourgneuf, dimanche 31 décembre 1916.

Ma chère Maman et aussi ma très chère Sœur,
Je viens d'abord vous souhaiter suivant l'usage la bonne et heureuse année et la bonne santé et tout ce qu'il vous faut, ainsi que la paix le plus vite et le plus rapidement qu'il se pourra pas. Je vais donc passer mes deux jours au Bourgneuf. Bonaut qui part est naturellement parti chez lui et je suis commandant d'armes aujourd'hui ; du reste ma garnison est très réduite vu les permissions. Je ne vais donc pas partir ce coup-ci, c'est pour le prochain, c'est-à-dire sans doute vers la fin du mois, ou début de l'autre, probablement dans la première quinzaine de février. Je crois que l'on craint un effort allemand en Lorraine ; enfin on ne sait rien, mais on éprouve le besoin d'engager tout ce qui est disponible dans l'Est.
Quand je partirai, je crois que j'irai un peu à l'armée pour finir de former tous ces petits qui ne savent pas grand chose ; enfin ils feront ce qu'ils pourront ; avant de partir, nous passons toujours une huitaine à Chalon, vous pourrez venir chercher mes affaires et me dire au revoir quand le moment sera venu, mais inutile de s'affoler d'avance ; j'en ai encore pour quelques semaines sûrement.
Je n'aurai sûrement pas besoin de linge, j'ai tout ce qu'il me faut ; mais j'aurai sûrement besoin de souliers, il faut donc voir Wicker pour une paire de très bonnes chaussures qui feront, celles-ci je l'espère, la fin de la campagne. Je viendrai aussi sûrement un de ces dimanches dès que nous serons tranquilles et qu'on aura expédié ceux-ci, mais nous ne sommes plus que deux officiers et nous avons bien plus de travail. Tous mes camarades qui sont à droite ou à gauche partent à Salonique, où l'on fait partir des milliers d'hommes. Je ne sais pas ce que cela va donner. Nous avons quelques belles journées ici depuis notre retour et je mange comme quatre ; nous avons mangé le lièvre qui était absolument énorme, pauvre bête, et pas abîmé du tout, mais ma bonne femme ne m'a pas fait un civet très très bon, sans doute qu'elle ne sait pas, mais la sauce n'était pas assez épaisse.
Enfin voyez pour les chaussures, c'est tout ce que je vois ; pour les petites bricoles je verrai toujours bien au moment de partir, il n'y en aura toujours pas pour très très longtemps.
Je vous embrasse bien bien fort à l'occasion de cette nouvelle année. Un mari pour Guite. G. Breton.

(1) 11 novembre, Saint Martin, date de renouvellement des baux agricoles et de paiement des loyers.

Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par Martine NOËL