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*L'hiver 17-18 est moins rigoureux que celui qui l'a précédé, cependant il fait froid avec de la neige et de la gelée. La veille de l'an, nous embarquons en chemin de fer à Maron, prévenus une heure avant, comme toujours. Le voyage est glacial dans ces wagons à bestiaux et c'est frigorifiés que nous débarquons dans la région de Verdun. Après deux pauses d'environ 10 kilomètres (de quoi nous chauffer les pieds), c'est le cantonnement dans les granges. Nous travaillons quelques jours à l'aménagement d'un terrain d'aviation, armés de pelles, de pioches ; la boue glacée gicle à chaque coup et, tant bien que mal, le travail avance.<br> Mes souliers prennent l'eau comme des éponges et il fait si froid dans cette grange. Un matin, il m'est impossible de chausser mes brodequins ; mes pieds sont enflés, je ne les sens plus ! Je me fais porter malade et le major, à la vue de mes pieds, prend une épingle et l'enfonce dans mes orteils jusqu'au moment où, la sensibilité atteinte, je retire mon pied.<br> La fiche d'évacuation orne ma veste pour la troisième fois : j'avais les pieds gelés.<br> Pendant que je me dirige vers l'ambulance XVII avec d'autres camarades, le 9<small><sup>e</sup></small> Zouaves monte en ligne et prend les tranchées à Verdun, cote 304.<br> Après un mois de soins et quinze jours de convalescence, je retourne au dépôt divisionnaire qui suit à l'arrière tous les mouvements de la division. | *L'hiver 17-18 est moins rigoureux que celui qui l'a précédé, cependant il fait froid avec de la neige et de la gelée. La veille de l'an, nous embarquons en chemin de fer à Maron, prévenus une heure avant, comme toujours. Le voyage est glacial dans ces wagons à bestiaux et c'est frigorifiés que nous débarquons dans la région de Verdun. Après deux pauses d'environ 10 kilomètres (de quoi nous chauffer les pieds), c'est le cantonnement dans les granges. Nous travaillons quelques jours à l'aménagement d'un terrain d'aviation, armés de pelles, de pioches ; la boue glacée gicle à chaque coup et, tant bien que mal, le travail avance.<br> Mes souliers prennent l'eau comme des éponges et il fait si froid dans cette grange. Un matin, il m'est impossible de chausser mes brodequins ; mes pieds sont enflés, je ne les sens plus ! Je me fais porter malade et le major, à la vue de mes pieds, prend une épingle et l'enfonce dans mes orteils jusqu'au moment où, la sensibilité atteinte, je retire mon pied.<br> La fiche d'évacuation orne ma veste pour la troisième fois : j'avais les pieds gelés.<br> Pendant que je me dirige vers l'ambulance XVII avec d'autres camarades, le 9<small><sup>e</sup></small> Zouaves monte en ligne et prend les tranchées à Verdun, cote 304.<br> Après un mois de soins et quinze jours de convalescence, je retourne au dépôt divisionnaire qui suit à l'arrière tous les mouvements de la division. | ||
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Version du 20 janvier 2018 à 11:02
- L'hiver 17-18 est moins rigoureux que celui qui l'a précédé, cependant il fait froid avec de la neige et de la gelée. La veille de l'an, nous embarquons en chemin de fer à Maron, prévenus une heure avant, comme toujours. Le voyage est glacial dans ces wagons à bestiaux et c'est frigorifiés que nous débarquons dans la région de Verdun. Après deux pauses d'environ 10 kilomètres (de quoi nous chauffer les pieds), c'est le cantonnement dans les granges. Nous travaillons quelques jours à l'aménagement d'un terrain d'aviation, armés de pelles, de pioches ; la boue glacée gicle à chaque coup et, tant bien que mal, le travail avance.
Mes souliers prennent l'eau comme des éponges et il fait si froid dans cette grange. Un matin, il m'est impossible de chausser mes brodequins ; mes pieds sont enflés, je ne les sens plus ! Je me fais porter malade et le major, à la vue de mes pieds, prend une épingle et l'enfonce dans mes orteils jusqu'au moment où, la sensibilité atteinte, je retire mon pied.
La fiche d'évacuation orne ma veste pour la troisième fois : j'avais les pieds gelés.
Pendant que je me dirige vers l'ambulance XVII avec d'autres camarades, le 9e Zouaves monte en ligne et prend les tranchées à Verdun, cote 304.
Après un mois de soins et quinze jours de convalescence, je retourne au dépôt divisionnaire qui suit à l'arrière tous les mouvements de la division.
Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par Martine NOËL le 19 janvier 2018