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*Albert Mahaut est l'un des trois enfants d'Auguste Mahaut, ''l'apôtre des canaux'' <small>(1)</small>. Il est né aveugle à Saint-Léger-des-Vignes le 13 février 1867, où son père était alors l'agent de plusieurs sociétés de navigation.<br> En 1877, il est placé à l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris. Comme Gabriel Monnot, Albert Mahaut trouve dans la musique un moyen d'expression qui lui permet de surmonter son infirmité. Elève de César Franck (dont il a rédigé une petite biographie), il est professeur à l'Institut qui l’a accueilli ; deux de ses élèves deviennent des organistes et compositeurs de renommée internationale : Jean Langlois et Adolphe Mahieux. Il est nommé organiste à l'église Saint-Pierre de Montrouge en 1892, puis à l'église Saint-Vincent-de-Paul, où il succède au compositeur Léon Boëllmann. Les spécialistes de l'orgue s'enthousiasment pour le talent d'Albert Mahaut. Son concurrent Louis Vierne écrit : « ''Sujet tout à fait remarquable, d'une intelligence aiguë, cultivé, avec des dons exceptionnels de virtuose et une grande facilité d'improvisation'' ». Appréciation similaire de G. de Boisjoin: « ''Son jeu délié et sympathique séduit de suite et frappe par son élégance et sa correction'' » <small>(2)</small>.<br> Albert Mahaut s'engage dans la promotion de l'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles. Ses récitals financent des œuvres de cette association. En 1909, Albert Mahaut quitte l'orgue de Saint-Vincent-de-Paul pour se consacrer entièrement aux jeunes aveugles. Le général Balfourier, président de l'Association, le place à la tête du patronage des travailleurs ; il effectue de longs voyages à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Algérie et la Tunisie, afin d'aider à l'insertion des aveugles dans la vie professionnelle. A Rennes, il rencontre Mlle de Geyer, avec qui il écrit en 1925 un petit livre sur l'Association Valentin-Haüy; il préconise de créer des écoles spéciales avec internats et des groupes régionaux d'aide aux aveugles. <small>(3)</small> La musique revêt, bien sûr, une grande importance dans la pédagogie des ''typhlophiles'' (néologisme signifiant ''amis des aveugles''). Albert Mahaut devient vice-président de l'Association.<br> L'œuvre maîtresse d'Albert Mahaut est un recueil de préceptes et de réflexions intitulé ''Le Chrétien, homme d'action'', publié en 1923 <small>(4)</small>. Le livre commence par une phrase de la Genèse : « ''Qu'as-tu fait de ton frère ?'' » (paroles de Dieu à Caïn après l'assassinat d'Abel). Albert Mahaut s'adresse à des jeunes gens de vingt ans, au coeur rempli de « ''mille désirs et mille espoirs'' ». Il leur propose une action humanitaire, solidaire, purifiée par la foi, réglée, pacifiée, au service d'un idéal religieux. Ce livre s'inscrit dans le courant du catholicisme social qui se développe dans les années vingt : en France, le Sillon de Marc Sangnier, la Fédération Nationale Catholique présidée par le général de Castelnau, en Belgique l'Action Catholique et surtout la Jeunesse Ouvrière Chrétienne de l'abbé Cardjin, qui essaimera par la suite dans toute l'Europe et dans tous les milieux sociaux. Albert Mahaut donne des auditions à Nevers en 1932 ; il meurt en mars 1943 <small>(5)</small>.<br> Son frère Francisque Mahaut, directeur d'école dans la région parisienne, est l'auteur d’un recueil de poèmes, ''Neiges d'antan'' <small>(6)</small>.
*Albert Mahaut est l'un des trois enfants d'Auguste Mahaut, ''l'apôtre des canaux'' <small>(1)</small>. Il est né aveugle à Saint-Léger-des-Vignes le 13 février 1867, où son père était alors l'agent de plusieurs sociétés de navigation.<br> En 1877, il est placé à l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris. Comme Gabriel Monnot, Albert Mahaut trouve dans la musique un moyen d'expression qui lui permet de surmonter son infirmité. Elève de César Franck (dont il a rédigé une petite biographie), il est professeur à l'Institut qui l’a accueilli ; deux de ses élèves deviennent des organistes et compositeurs de renommée internationale : Jean Langlois et Adolphe Mahieux. Il est nommé organiste à l'église Saint-Pierre de Montrouge en 1892, puis à l'église Saint-Vincent-de-Paul, où il succède au compositeur Léon Boëllmann. Les spécialistes de l'orgue s'enthousiasment pour le talent d'Albert Mahaut. Son concurrent Louis Vierne écrit : « ''Sujet tout à fait remarquable, d'une intelligence aiguë, cultivé, avec des dons exceptionnels de virtuose et une grande facilité d'improvisation'' ». Appréciation similaire de G. de Boisjoin: « ''Son jeu délié et sympathique séduit de suite et frappe par son élégance et sa correction'' » <small>(2)</small>.<br> Albert Mahaut s'engage dans la promotion de l'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles. Ses récitals financent des œuvres de cette association. En 1909, Albert Mahaut quitte l'orgue de Saint-Vincent-de-Paul pour se consacrer entièrement aux jeunes aveugles. Le général Balfourier, président de l'Association, le place à la tête du patronage des travailleurs ; il effectue de longs voyages à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Algérie et la Tunisie, afin d'aider à l'insertion des aveugles dans la vie professionnelle. A Rennes, il rencontre Mlle de Geyer, avec qui il écrit en 1925 un petit livre sur l'Association Valentin-Haüy; il préconise de créer des écoles spéciales avec internats et des groupes régionaux d'aide aux aveugles. <small>(3)</small> La musique revêt, bien sûr, une grande importance dans la pédagogie des ''typhlophiles'' (néologisme signifiant ''amis des aveugles''). Albert Mahaut devient vice-président de l'Association.<br> L'œuvre maîtresse d'Albert Mahaut est un recueil de préceptes et de réflexions intitulé ''Le Chrétien, homme d'action'', publié en 1923 <small>(4)</small>. Le livre commence par une phrase de la Genèse : « ''Qu'as-tu fait de ton frère ?'' » (paroles de Dieu à Caïn après l'assassinat d'Abel). Albert Mahaut s'adresse à des jeunes gens de vingt ans, au coeur rempli de « ''mille désirs et mille espoirs'' ». Il leur propose une action humanitaire, solidaire, purifiée par la foi, réglée, pacifiée, au service d'un idéal religieux. Ce livre s'inscrit dans le courant du catholicisme social qui se développe dans les années vingt : en France, le Sillon de Marc Sangnier, la Fédération Nationale Catholique présidée par le général de Castelnau, en Belgique l'Action Catholique et surtout la Jeunesse Ouvrière Chrétienne de l'abbé Cardjin, qui essaimera par la suite dans toute l'Europe et dans tous les milieux sociaux. Albert Mahaut donne des auditions à Nevers en 1932 ; il meurt en mars 1943 <small>(5)</small>.<br> Son frère Francisque Mahaut, directeur d'école dans la région parisienne, est l'auteur d’un recueil de poèmes, ''Neiges d'antan'' <small>(6)</small>.
<Small>(1) Pierre Volut, ''Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque'', p. 153.<br> (2) Site Internet sur les organistes du début du XXe siècle.<br> (3) Albert Mahaut et Mlle de Geyer, ''L'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles'', Caen, Imprimerie caennaise, 1925. Valentin Haüy (1745-1822), interprète du roi, a créé la typographie en relief et fondé l'Institut Royal des Enfants Aveugles en 1786. L'Association qui porte son nom a été fondée en 1889 par Maurice de la Sizeranne.<br> (4) Albert Mahaut, ''Le Chrétien, homme d’action'', Paris, Perrin, 1923.<br> (5) Nécrologie parue dans le journal ''Paris-Centre'', mercredi 24 mars 1943 ; article de Georges Kraemer, Le ''Journal du Centre'', 12 mars 1952.<br> (6) Francisque Mahaut, ''Neiges d’antan'', Vierzon, 1897-1900.</small><br> '''Pierre VOLUT''', ''Un Siècle à Decize et aux Environs'', 1925, DVD-ROM, 2012.
<Small>(1) Pierre Volut, ''Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque'', p. 153.<br> (2) Site Internet sur les organistes du début du XXe siècle.<br> (3) Albert Mahaut et Mlle de Geyer, ''L'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles'', Caen, Imprimerie caennaise, 1925. Valentin Haüy (1745-1822), interprète du roi, a créé la typographie en relief et fondé l'Institut Royal des Enfants Aveugles en 1786. L'Association qui porte son nom a été fondée en 1889 par Maurice de la Sizeranne.<br> (4) Albert Mahaut, ''Le Chrétien, homme d’action'', Paris, Perrin, 1923.<br> (5) Nécrologie parue dans le journal ''Paris-Centre'', mercredi 24 mars 1943 ; article de Georges Kraemer, Le ''Journal du Centre'', 12 mars 1952.<br> (6) Francisque Mahaut, ''Neiges d’antan'', Vierzon, 1897-1900.</small><br> '''Pierre VOLUT''', ''Un Siècle à Decize et aux Environs'', 1925, DVD-ROM, 2012.
===- L’Abbé de Radonvilliers===
*6 novembre 1710 : Baptême à Decize de Claude François, fils de noble Denis Louis Lysarde de Radonvilliers, Major au Régiment de Sebbeville-Infanterie, et de dame Gabrielle Simonin.
*1716 : Claude de Radonvilliers quitte Decize ; il fait ses études à Paris, au Collège Louis-le-Grand et au noviciat des Jésuites (quartier du Marais).<br> Il est professeur dans les collèges des Jésuites à Rouen, Rennes, Orléans puis Bourges.
*1740 : Retour au Collège Louis-le-Grand où l’abbé de Radonvilliers enseigne le latin. Il rédige une pièce de théâtre, ''Les Talens Inutiles''.
*1744 : Début du séjour à Bourges. L’abbé de Radonvilliers quitte l’ordre des Jésuites. Il est remarqué par l’archevêque, Mgr de La Rochefoucauld, qui le nomme vicaire général. Il est également chancelier de l’Université de Bourges.
*1745-1748 : Mgr de La Rochefoucauld est ambassadeur de France à Rome. L’abbé de Radonvilliers l’accompagne et lui sert de secrétaire.
*1758 : Mgr de Coëtlosquet, évêque de Limoges, est nommé précepteur du jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV. L’abbé de Radonvilliers enseigne le latin et les langues au prince et à ses trois frères, Berry, Provence et Artois.
*1763 : L’abbé de Radonvilliers est élu à l’Académie Française.
*1768 : Première édition de ''La Manière d’apprendre les langues''.
*Avril 1770 : L’abbé de Radonvilliers reçoit le titre d’Aumônier Ordinaire du Roi.
*Mars 1779 : Radonvilliers prononce un discours de réponse au nouvel académicien Jean-François Ducis, qui vient d’obtenir le siège laissé vacant à la mort de Voltaire.<br> L’abbé de Radonvilliers siège au Conseil du Roi en tant que représentant du clergé. Il a reçu plusieurs bénéfices d’abbayes (Neauphle, Saint-Loup de Troyes, Saint-Orens d’Auch…)
*18 avril 1789 : Claude François Lizarde de Radonvilliers meurt à son domicile de la rue Louis-le-Grand. Il est inhumé dans l’église Saint-Roch.<br><br>
'''Ses Œuvres Complètes''' sont publiées en trois tomes en 1807 par François Noël, son successeur à l’Académie Française. On y trouve :<br>
::La Manière d’apprendre les Langues ;<br>
::Des Opuscules pour la première éducation des Princes ;<br>
::Plusieurs discours académiques ;<br>
::Des traductions de Virgile, de Cornelius Nepos, d’Addison…<br>
::Des poèmes.
'''Bibliographie''' :
::<small>Jean HANOTEAU, ''Notes sur l’abbé de Radonvilliers'', Bulletin de la Société Nivernaise, tome XXIX, 1936.<br> Pierre VOLUT, ''L’Abbé de Radonvilliers, grammairien, éducateur et académicien, 1710-1789'', mémoire de D.E.A. présenté en juin 1994 à l’Université de Bourgogne.<br> Pierre VOLUT, ''Un Educateur nivernais à Versailles : l’Abbé de Radonvilliers, sous-précepteur des Enfants de France de 1758 à 1774'', communication présenté au colloque sur l’Histoire de l’Enseignement, Nevers, 2 et 3 octobre 1999.<br>Pierre VOLUT, ''Les Opuscules pour la première éducation des princes, de l’abbé de Radonvilliers'', Mémoires de la Société Académique du Nivernais, 2004.</small>
 
===- Le Général Hanoteau (1814-1897)===
===- Le Général Hanoteau (1814-1897)===
*Louis Jean Adolphe Charles Constance Hanoteau est né à Decize le 12 juin 1814. Son père Charles Constance Hanoteau, originaire de Seine-et-Oise, était inspecteur de la navigation ; sa mère Jeanne Marie Raboué était la fille d’un commerçant de Decize.<br> Adolphe Hanoteau est scolarisé au Collège Royal de Moulins puis à l’Ecole Mayer, à Paris. Il est admis à Polytechnique, puis à l’Ecole d’Application du Génie de Metz.<br> Le 1er octobre 1834, le lieutenant Hanoteau commence une carrière militaire qui le mène en garnison à Montpellier, Arras, Cambrai.<br> Le 20 décembre 1845, le capitaine Hanoteau s’embarque à Toulon pour un premier séjour en Algérie. Le Service des Affaires Arabes d’Alger le charge d’une enquête statistique sur la Mitidja, puis d’un projet de développement de l’enseignement des indigènes. Il apprend l’arabe et le kabyle.<br> Le 28 octobre 1850, le capitaine Hanoteau épouse Marie-Louise Gandoulf, originaire de Moulins.<br> Il repart en Algérie en mai 1853. Il est nommé responsable du Bureau Arabe de Médéa. Il voyage dans les oasis, étudie la Confrérie du Mzab (Ghardaïa) et imagine un projet de chemin de fer transsaharien. Il rédige un dictionnaire et une grammaire des langues berbères.<br> En janvier 1858, le capitaine Hanoteau est nommé commandant supérieur du Cercle de Draâ-el-Mizan, en plein coeur de la Kabylie ; deux ans plus tard, il commande le Cercle de Fort-Napoléon (actuelle ville de L’Arbaa Nait Irathen) et il monte en grade. Le 31 octobre 1870, il est général et commande la subdivision de Dellys, une ville côtière.<br> C’est alors que la Kabylie se révolte. Le général Hanoteau rentre en France, reçoit diverses affectations à Guéret, à Auch.<br> Il retrouve l’Algérie en octobre 1874 : Orléansville, puis Miliana. En mai 1876, il est appelé à l’Etat-Major Général. Le 18 octobre 1878, il est admis à la retraite et fixe sa résidence à Decize, au château de Prudhomme.<br> Le 16 avril 1897, le général Hanoteau décède ; il a 82 ans.<br> Le 15 février 1902, le Gouverneur Général de l’Algérie décide de donner le nom du Général Hanoteau à un village de colonisation situé entre Orléansville et Ténès, au lieu-dit Timezeratine. Depuis 1962 et l’indépendance, ce village se nomme Zeboudja. La ville de Decize a donné son nom (et celui son frère Hector) à la place où il est né. Une rue de Nevers porte également son nom.
*Louis Jean Adolphe Charles Constance Hanoteau est né à Decize le 12 juin 1814. Son père Charles Constance Hanoteau, originaire de Seine-et-Oise, était inspecteur de la navigation ; sa mère Jeanne Marie Raboué était la fille d’un commerçant de Decize.<br> Adolphe Hanoteau est scolarisé au Collège Royal de Moulins puis à l’Ecole Mayer, à Paris. Il est admis à Polytechnique, puis à l’Ecole d’Application du Génie de Metz.<br> Le 1er octobre 1834, le lieutenant Hanoteau commence une carrière militaire qui le mène en garnison à Montpellier, Arras, Cambrai.<br> Le 20 décembre 1845, le capitaine Hanoteau s’embarque à Toulon pour un premier séjour en Algérie. Le Service des Affaires Arabes d’Alger le charge d’une enquête statistique sur la Mitidja, puis d’un projet de développement de l’enseignement des indigènes. Il apprend l’arabe et le kabyle.<br> Le 28 octobre 1850, le capitaine Hanoteau épouse Marie-Louise Gandoulf, originaire de Moulins.<br> Il repart en Algérie en mai 1853. Il est nommé responsable du Bureau Arabe de Médéa. Il voyage dans les oasis, étudie la Confrérie du Mzab (Ghardaïa) et imagine un projet de chemin de fer transsaharien. Il rédige un dictionnaire et une grammaire des langues berbères.<br> En janvier 1858, le capitaine Hanoteau est nommé commandant supérieur du Cercle de Draâ-el-Mizan, en plein coeur de la Kabylie ; deux ans plus tard, il commande le Cercle de Fort-Napoléon (actuelle ville de L’Arbaa Nait Irathen) et il monte en grade. Le 31 octobre 1870, il est général et commande la subdivision de Dellys, une ville côtière.<br> C’est alors que la Kabylie se révolte. Le général Hanoteau rentre en France, reçoit diverses affectations à Guéret, à Auch.<br> Il retrouve l’Algérie en octobre 1874 : Orléansville, puis Miliana. En mai 1876, il est appelé à l’Etat-Major Général. Le 18 octobre 1878, il est admis à la retraite et fixe sa résidence à Decize, au château de Prudhomme.<br> Le 16 avril 1897, le général Hanoteau décède ; il a 82 ans.<br> Le 15 février 1902, le Gouverneur Général de l’Algérie décide de donner le nom du Général Hanoteau à un village de colonisation situé entre Orléansville et Ténès, au lieu-dit Timezeratine. Depuis 1962 et l’indépendance, ce village se nomme Zeboudja. La ville de Decize a donné son nom (et celui son frère Hector) à la place où il est né. Une rue de Nevers porte également son nom.
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'''Toponymes et surnoms'''.
'''Toponymes et surnoms'''.
*En ce qui concerne les loups, ils continueront de faire des incursions dans le Nivernais jusqu’au milieu du siècle suivant. Plusieurs toponymes du Sud Nivernais évoquent les loups : le Gué du Loup à Decize, la Queue du Loup entre Brain et Devay, le hameau d’Avril-les-Loups près d’Aubigny-le-Chétif, le Domaine des Loups dans les bois d’Anlezy, Grateloup à Lucenay-les-Aix, Panloup à Lamenay… et plusieurs patronymes sont dérivés de cet affrontement séculaire entre l’homme et le loup : Tuloup, Corneloup, Baloup, Bouteloup…<br><br> Pierre Volut, ''Decize, le Rocher et la Révolution'', pp. 195-196.<br>En savoir plus sur Histoires de Decize http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/  
*En ce qui concerne les loups, ils continueront de faire des incursions dans le Nivernais jusqu’au milieu du siècle suivant. Plusieurs toponymes du Sud Nivernais évoquent les loups : le Gué du Loup à Decize, la Queue du Loup entre Brain et Devay, le hameau d’Avril-les-Loups près d’Aubigny-le-Chétif, le Domaine des Loups dans les bois d’Anlezy, Grateloup à Lucenay-les-Aix, Panloup à Lamenay… et plusieurs patronymes sont dérivés de cet affrontement séculaire entre l’homme et le loup : Tuloup, Corneloup, Baloup, Bouteloup…<br><br> Pierre Volut, ''Decize, le Rocher et la Révolution'', pp. 195-196.<br>En savoir plus sur Histoires de Decize http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/  
===- L’Abbé de Radonvilliers===
*6 novembre 1710 : Baptême à Decize de Claude François, fils de noble Denis Louis Lysarde de Radonvilliers, Major au Régiment de Sebbeville-Infanterie, et de dame Gabrielle Simonin.
*1716 : Claude de Radonvilliers quitte Decize ; il fait ses études à Paris, au Collège Louis-le-Grand et au noviciat des Jésuites (quartier du Marais).<br> Il est professeur dans les collèges des Jésuites à Rouen, Rennes, Orléans puis Bourges.
*1740 : Retour au Collège Louis-le-Grand où l’abbé de Radonvilliers enseigne le latin. Il rédige une pièce de théâtre, ''Les Talens Inutiles''.
*1744 : Début du séjour à Bourges. L’abbé de Radonvilliers quitte l’ordre des Jésuites. Il est remarqué par l’archevêque, Mgr de La Rochefoucauld, qui le nomme vicaire général. Il est également chancelier de l’Université de Bourges.
*1745-1748 : Mgr de La Rochefoucauld est ambassadeur de France à Rome. L’abbé de Radonvilliers l’accompagne et lui sert de secrétaire.
*1758 : Mgr de Coëtlosquet, évêque de Limoges, est nommé précepteur du jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV. L’abbé de Radonvilliers enseigne le latin et les langues au prince et à ses trois frères, Berry, Provence et Artois.
*1763 : L’abbé de Radonvilliers est élu à l’Académie Française.
*1768 : Première édition de ''La Manière d’apprendre les langues''.
*Avril 1770 : L’abbé de Radonvilliers reçoit le titre d’Aumônier Ordinaire du Roi.
*Mars 1779 : Radonvilliers prononce un discours de réponse au nouvel académicien Jean-François Ducis, qui vient d’obtenir le siège laissé vacant à la mort de Voltaire.<br> L’abbé de Radonvilliers siège au Conseil du Roi en tant que représentant du clergé. Il a reçu plusieurs bénéfices d’abbayes (Neauphle, Saint-Loup de Troyes, Saint-Orens d’Auch…)
*18 avril 1789 : Claude François Lizarde de Radonvilliers meurt à son domicile de la rue Louis-le-Grand. Il est inhumé dans l’église Saint-Roch.<br><br>
'''Ses Œuvres Complètes''' sont publiées en trois tomes en 1807 par François Noël, son successeur à l’Académie Française. On y trouve :<br>
:La Manière d’apprendre les Langues ;<br>
:Des Opuscules pour la première éducation des Princes ;<br>
:Plusieurs discours académiques ;<br>
:Des traductions de Virgile, de Cornelius Nepos, d’Addison…<br>
:Des poèmes.
'''Bibliographie''' :
:<small>Jean HANOTEAU, ''Notes sur l’abbé de Radonvilliers'', Bulletin de la Société Nivernaise, tome XXIX, 1936.<br>
:Pierre VOLUT, ''L’Abbé de Radonvilliers, grammairien, éducateur et académicien, 1710-1789'', mémoire de D.E.A. présenté en juin 1994 à l’Université de Bourgogne. <br>
:Pierre VOLUT, ''Un Educateur nivernais à Versailles : l’Abbé de Radonvilliers, sous-précepteur des Enfants de France de 1758 à 1774'', communication présenté au colloque sur l’Histoire de l’Enseignement, Nevers, 2 et 3 octobre 1999.<br>
:Pierre VOLUT, ''Les Opuscules pour la première éducation des princes, de l’abbé de Radonvilliers'', Mémoires de la Société Académique du Nivernais, 2004.</small>
 






[[Catégorie:Chroniques]]
[[Catégorie:Chroniques]]

Version du 19 juin 2012 à 11:15

- Albert Mahaut, organiste, responsable de l'Institut Valentin-Haüy et écrivain

  • Albert Mahaut est l'un des trois enfants d'Auguste Mahaut, l'apôtre des canaux (1). Il est né aveugle à Saint-Léger-des-Vignes le 13 février 1867, où son père était alors l'agent de plusieurs sociétés de navigation.
    En 1877, il est placé à l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris. Comme Gabriel Monnot, Albert Mahaut trouve dans la musique un moyen d'expression qui lui permet de surmonter son infirmité. Elève de César Franck (dont il a rédigé une petite biographie), il est professeur à l'Institut qui l’a accueilli ; deux de ses élèves deviennent des organistes et compositeurs de renommée internationale : Jean Langlois et Adolphe Mahieux. Il est nommé organiste à l'église Saint-Pierre de Montrouge en 1892, puis à l'église Saint-Vincent-de-Paul, où il succède au compositeur Léon Boëllmann. Les spécialistes de l'orgue s'enthousiasment pour le talent d'Albert Mahaut. Son concurrent Louis Vierne écrit : « Sujet tout à fait remarquable, d'une intelligence aiguë, cultivé, avec des dons exceptionnels de virtuose et une grande facilité d'improvisation ». Appréciation similaire de G. de Boisjoin: « Son jeu délié et sympathique séduit de suite et frappe par son élégance et sa correction » (2).
    Albert Mahaut s'engage dans la promotion de l'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles. Ses récitals financent des œuvres de cette association. En 1909, Albert Mahaut quitte l'orgue de Saint-Vincent-de-Paul pour se consacrer entièrement aux jeunes aveugles. Le général Balfourier, président de l'Association, le place à la tête du patronage des travailleurs ; il effectue de longs voyages à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Algérie et la Tunisie, afin d'aider à l'insertion des aveugles dans la vie professionnelle. A Rennes, il rencontre Mlle de Geyer, avec qui il écrit en 1925 un petit livre sur l'Association Valentin-Haüy; il préconise de créer des écoles spéciales avec internats et des groupes régionaux d'aide aux aveugles. (3) La musique revêt, bien sûr, une grande importance dans la pédagogie des typhlophiles (néologisme signifiant amis des aveugles). Albert Mahaut devient vice-président de l'Association.
    L'œuvre maîtresse d'Albert Mahaut est un recueil de préceptes et de réflexions intitulé Le Chrétien, homme d'action, publié en 1923 (4). Le livre commence par une phrase de la Genèse : « Qu'as-tu fait de ton frère ? » (paroles de Dieu à Caïn après l'assassinat d'Abel). Albert Mahaut s'adresse à des jeunes gens de vingt ans, au coeur rempli de « mille désirs et mille espoirs ». Il leur propose une action humanitaire, solidaire, purifiée par la foi, réglée, pacifiée, au service d'un idéal religieux. Ce livre s'inscrit dans le courant du catholicisme social qui se développe dans les années vingt : en France, le Sillon de Marc Sangnier, la Fédération Nationale Catholique présidée par le général de Castelnau, en Belgique l'Action Catholique et surtout la Jeunesse Ouvrière Chrétienne de l'abbé Cardjin, qui essaimera par la suite dans toute l'Europe et dans tous les milieux sociaux. Albert Mahaut donne des auditions à Nevers en 1932 ; il meurt en mars 1943 (5).
    Son frère Francisque Mahaut, directeur d'école dans la région parisienne, est l'auteur d’un recueil de poèmes, Neiges d'antan (6).

(1) Pierre Volut, Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 153.
(2) Site Internet sur les organistes du début du XXe siècle.
(3) Albert Mahaut et Mlle de Geyer, L'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles, Caen, Imprimerie caennaise, 1925. Valentin Haüy (1745-1822), interprète du roi, a créé la typographie en relief et fondé l'Institut Royal des Enfants Aveugles en 1786. L'Association qui porte son nom a été fondée en 1889 par Maurice de la Sizeranne.
(4) Albert Mahaut, Le Chrétien, homme d’action, Paris, Perrin, 1923.
(5) Nécrologie parue dans le journal Paris-Centre, mercredi 24 mars 1943 ; article de Georges Kraemer, Le Journal du Centre, 12 mars 1952.
(6) Francisque Mahaut, Neiges d’antan, Vierzon, 1897-1900.

Pierre VOLUT, Un Siècle à Decize et aux Environs, 1925, DVD-ROM, 2012.

- L’Abbé de Radonvilliers

  • 6 novembre 1710 : Baptême à Decize de Claude François, fils de noble Denis Louis Lysarde de Radonvilliers, Major au Régiment de Sebbeville-Infanterie, et de dame Gabrielle Simonin.
  • 1716 : Claude de Radonvilliers quitte Decize ; il fait ses études à Paris, au Collège Louis-le-Grand et au noviciat des Jésuites (quartier du Marais).
    Il est professeur dans les collèges des Jésuites à Rouen, Rennes, Orléans puis Bourges.
  • 1740 : Retour au Collège Louis-le-Grand où l’abbé de Radonvilliers enseigne le latin. Il rédige une pièce de théâtre, Les Talens Inutiles.
  • 1744 : Début du séjour à Bourges. L’abbé de Radonvilliers quitte l’ordre des Jésuites. Il est remarqué par l’archevêque, Mgr de La Rochefoucauld, qui le nomme vicaire général. Il est également chancelier de l’Université de Bourges.
  • 1745-1748 : Mgr de La Rochefoucauld est ambassadeur de France à Rome. L’abbé de Radonvilliers l’accompagne et lui sert de secrétaire.
  • 1758 : Mgr de Coëtlosquet, évêque de Limoges, est nommé précepteur du jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV. L’abbé de Radonvilliers enseigne le latin et les langues au prince et à ses trois frères, Berry, Provence et Artois.
  • 1763 : L’abbé de Radonvilliers est élu à l’Académie Française.
  • 1768 : Première édition de La Manière d’apprendre les langues.
  • Avril 1770 : L’abbé de Radonvilliers reçoit le titre d’Aumônier Ordinaire du Roi.
  • Mars 1779 : Radonvilliers prononce un discours de réponse au nouvel académicien Jean-François Ducis, qui vient d’obtenir le siège laissé vacant à la mort de Voltaire.
    L’abbé de Radonvilliers siège au Conseil du Roi en tant que représentant du clergé. Il a reçu plusieurs bénéfices d’abbayes (Neauphle, Saint-Loup de Troyes, Saint-Orens d’Auch…)
  • 18 avril 1789 : Claude François Lizarde de Radonvilliers meurt à son domicile de la rue Louis-le-Grand. Il est inhumé dans l’église Saint-Roch.

Ses Œuvres Complètes sont publiées en trois tomes en 1807 par François Noël, son successeur à l’Académie Française. On y trouve :

La Manière d’apprendre les Langues ;
Des Opuscules pour la première éducation des Princes ;
Plusieurs discours académiques ;
Des traductions de Virgile, de Cornelius Nepos, d’Addison…
Des poèmes.

Bibliographie :

Jean HANOTEAU, Notes sur l’abbé de Radonvilliers, Bulletin de la Société Nivernaise, tome XXIX, 1936.
Pierre VOLUT, L’Abbé de Radonvilliers, grammairien, éducateur et académicien, 1710-1789, mémoire de D.E.A. présenté en juin 1994 à l’Université de Bourgogne.
Pierre VOLUT, Un Educateur nivernais à Versailles : l’Abbé de Radonvilliers, sous-précepteur des Enfants de France de 1758 à 1774, communication présenté au colloque sur l’Histoire de l’Enseignement, Nevers, 2 et 3 octobre 1999.
Pierre VOLUT, Les Opuscules pour la première éducation des princes, de l’abbé de Radonvilliers, Mémoires de la Société Académique du Nivernais, 2004.

 


- Le Général Hanoteau (1814-1897)

  • Louis Jean Adolphe Charles Constance Hanoteau est né à Decize le 12 juin 1814. Son père Charles Constance Hanoteau, originaire de Seine-et-Oise, était inspecteur de la navigation ; sa mère Jeanne Marie Raboué était la fille d’un commerçant de Decize.
    Adolphe Hanoteau est scolarisé au Collège Royal de Moulins puis à l’Ecole Mayer, à Paris. Il est admis à Polytechnique, puis à l’Ecole d’Application du Génie de Metz.
    Le 1er octobre 1834, le lieutenant Hanoteau commence une carrière militaire qui le mène en garnison à Montpellier, Arras, Cambrai.
    Le 20 décembre 1845, le capitaine Hanoteau s’embarque à Toulon pour un premier séjour en Algérie. Le Service des Affaires Arabes d’Alger le charge d’une enquête statistique sur la Mitidja, puis d’un projet de développement de l’enseignement des indigènes. Il apprend l’arabe et le kabyle.
    Le 28 octobre 1850, le capitaine Hanoteau épouse Marie-Louise Gandoulf, originaire de Moulins.
    Il repart en Algérie en mai 1853. Il est nommé responsable du Bureau Arabe de Médéa. Il voyage dans les oasis, étudie la Confrérie du Mzab (Ghardaïa) et imagine un projet de chemin de fer transsaharien. Il rédige un dictionnaire et une grammaire des langues berbères.
    En janvier 1858, le capitaine Hanoteau est nommé commandant supérieur du Cercle de Draâ-el-Mizan, en plein coeur de la Kabylie ; deux ans plus tard, il commande le Cercle de Fort-Napoléon (actuelle ville de L’Arbaa Nait Irathen) et il monte en grade. Le 31 octobre 1870, il est général et commande la subdivision de Dellys, une ville côtière.
    C’est alors que la Kabylie se révolte. Le général Hanoteau rentre en France, reçoit diverses affectations à Guéret, à Auch.
    Il retrouve l’Algérie en octobre 1874 : Orléansville, puis Miliana. En mai 1876, il est appelé à l’Etat-Major Général. Le 18 octobre 1878, il est admis à la retraite et fixe sa résidence à Decize, au château de Prudhomme.
    Le 16 avril 1897, le général Hanoteau décède ; il a 82 ans.
    Le 15 février 1902, le Gouverneur Général de l’Algérie décide de donner le nom du Général Hanoteau à un village de colonisation situé entre Orléansville et Ténès, au lieu-dit Timezeratine. Depuis 1962 et l’indépendance, ce village se nomme Zeboudja. La ville de Decize a donné son nom (et celui son frère Hector) à la place où il est né. Une rue de Nevers porte également son nom.

Œuvres du général Hanoteau :

Rapport sur un essai de grammaire de la Langue des Kabyles et sur un mémoire relatif à quelques inscriptions en caractères touaregs, lu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 26 juin 1857, 15 pages.
Essai de grammaire kabyle…, Alger, Bastide, 1858.
Essai de grammaire de la langue tamachek…, Paris, Imprimerie impériale, 1860.
Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura, Paris, Imprimerie impériale, 1867.
En collaboration avec A. Letourneux, La Kabylie et les Coutumes kabyles, Paris, Imprimerie Nationale, 1872-1873 ; et Paris, Challamel, 1893, 3 volumes.

Bibliographie :

Dossier du général A. Hanoteau : Service Historique de l’Armée de Terre, Vincennes, cote GB 3859 2e série.
Louis Mathieu POUSSEREAU, La Carrière d’un officier nivernais en Algérie. Le Général A. Hanoteau…, Edition Rieder,1931.
Pierre VOLUT, Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, Decize, 1999.
Pierre VOLUT, Le Général Hanoteau (1814-1897), spécialiste de la civilisation kabyle, Bulletin de la Société Nivernaise, Nevers, 2001.

- Les loups menacent (1790-1798)

L’organisation de la louveterie.

  • A notre époque, les enfants ne connaissent les loups que par les dessins animés et les zoos et quelques reportages sur leur réintroduction controversée dans les parcs naturels.
    Au XVIIIe siècle, les loups constituaient une menace réelle, amplifiée par la peur et les récits d’agressions, d’animaux et de bergers dévorés. Pour lutter contre ce fléau des campagnes, l’Ancien Régime avait créé un corps de gardes-louvetiers chargés d’organiser des battues, des chasses, avec le concours des paysans. La Révolution ne modifie pas la louveterie royale, et les agriculteurs sont encouragés à tuer eux-mêmes les féroces prédateurs ; ils reçoivent la somme de douze livres s’ils présentent une tête de gros loup au conseil de leur commune, et trois livres pour une tête de louveteau.
    De véritables spécialistes de la chasse aux loups se distinguent dans le département, comme le célèbre Tuyot, de Nevers, « preneur de loups et de moineaux ». Le directoire départemental écrit au citoyen Rolant, d’Arthel : " Citoyen, l’humanité t’appelle à grands cris contre une bête féroce qui dévore les enfans et les animaux domestiques. Prends les armes et contribue, par ton zèle et ton talent, à rendre la sécurité à nos campagnes désolées. […] Puissent ton industrie et ton zèle être aussi heureux contre ce fléau de l’humanité que les armes de nos frères des frontières le sont et le seront encore contre les hordes déchaînées par les brigands couronnés. Salut et fraternité. Signé : Gallois. Le 26 Ventôse An IV.'"

Des battues autour de Decize.

  • Malgré ces précautions, malgré la poudre et le plomb distribués aux communes, la menace revient chaque année. Les loups commettent des ravages répétés dans les campagnes ; ils s’enhardissent jusqu’à venir tuer des bestiaux dans les cours des fermes. Les communes de Lucenay-les-Aix, de Champvert et de Sougy, parmi d’autres, adressent un important courrier au directoire du département et à la maîtrise de louveterie de Nevers pour demander de l’aide. Pendant le printemps et l’été de 1790, 33 gros loups et 131 louveteaux sont abattus. Quelques chasseurs des environs de Decize reçoivent une prime :
le 7 mars, le garde forestier Jean Vérat, de Champvert, a tué un gros loup ;
le 27 avril, à Fleury, Jean Bertau : un gros loup ;
le 30 avril, à Fleury, le journalier Pierre Champlong : un gros loup ;
le 15 mai, à Fleury, Laurent Bonnet : deux louveteaux ;
le 25 mai, à Champvert, Noël Pitou : un gros loup ;
le 1er juin, à Avril, Claude Fougère : six louveteaux ;
le 1er juin, à Fleury, le voiturier Richard Pascaud : sept louveteaux;
le 14 juin, à Toury-sur-Abron, Antoine Jaudet : quatre louveteaux ;
le 21 juin, à Champvert, le forgeron Claude Durin : un gros loup ;
le 25 juillet, à Sougy, le potier Jean Poupon : un gros loup.

Pendant l’hiver de l’An VI.

  • Les campagnes souffrent surtout de la désorganisation due au marasme économique, aux levées massives de jeunes recrues, à l’insécurité, à la réquisition des armes. Les loups profitent de cette situation pour se faire plus menaçants. En l’an VI, les habitants de Lucenay-les-Aix se plaignent : « Il a été fait dans toutes les communes de ce canton plusieurs chasses et battues pour la destruction des loups et autres animaux voraces. Elles n’ont produit d’autres résultats que la mort d’un renard tué à Cossaye et la blessure mortelle, à ce qu’on a pensé, de deux loups dans les deux battues faites successivement par les habitants de Toury. Ces deux animaux ont fuy et échappé à la poursuite des tireurs. »
    Le 4 Frimaire de l’An VI, le danger s’approche des villages, doublé d’une seconde menace ; les loups transmettraient la rage. Le directoire du district s’inquiète : « Hier, l’administration fut prévenue qu’un loup enragé avait attaqué deux personnes dans la commune de La Machine, qu’il avait diffamée (diffamer signifie, ici dévaster, nuire)». Le citoyen Lelong part lui-même, à la tête d’un « détachement de force armée » ; il a mobilisé la garde nationale, les gendarmes, les habitants de Champvert, de Saint-Privé, de Saint-Léger, de Sougy et de La Machine. « Mais on a rien tué [sic] » Les deux blessés de La Machine sont transportés à l’hôpital de Decize où l’on « désespère de leur guérison ». Lelong fait abattre devant lui deux cochons qui ont été mordus par l’animal enragé ; il ordonne de tuer les chiens qui ont pu être contaminés, de même que « sept pièces de bêtes à cornes », dont les propriétaires seront dédommagés plus tard. Selon le citoyen Lelong, ce loup serait atteint d’hydrophobie (On croit alors que la rage s’accompagne d’une peur panique de l’eau, ou hydrophobie).

Mobilisation des gardes champêtres pour détruire… les taupes.

  • Pendant ce temps-là, le Ministre de l’Intérieur s’en prend à l’inertie des gardes champêtres et il leur suggère de s’attaquer à d’autres animaux nuisibles, quoique moins féroces :
L’établissement des gardes champêtres ayant pour objet la police des champs et la conservation des fruits de la terre, ne trouvez-vous pas, citoyens administrateurs, que la vie oiseuse de la plupart de ces hommes ne remplit que bien stérilement les vues paternelles du législateur, et ne pensez-vous pas comme moi qu’il est d’un extrême intérêt de rendre leur existence plus utile, en leur imposant des obligations que semblent prescrites par la nature-même de leur institution ? Tout intéressé, tout avide même que soit l’homme, il ne fait néanmoins qu’une partie de ce que son intérêt exige : après avoir consacré ses sueurs à labourer et à semer, il abandonne pour ainsi dire son grain aux soins de la nature ; et, par cette incurie, expose le corps social à manquer du premier des aliments.
C’est aux administrateurs à suppléer la vigilance du cultivateur, et l’un des moyens les plus naturels d’y parvenir est celui des gardes champêtres qui, chaque jour, à toute heure, étant censés devoir parcourir les champs, peuvent surveiller attentivement les animaux nuisibles, et les détruire avec facilité, plus ou moins.
La taupe surtout demande une attention particulière, elle est infiniment préjudiciable : sa chasse est peu pénible, puisque sa présence est annoncée par son travail à soulever la terre. Et sans se reporter sur l’intérêt individuel, ny sur des mesures coercitives presque toujours impuissantes, il me semble que les administrations vraiment animées de l’amour du bien public sauront tellement choisir et encourager leurs gardes champêtres, qu’elles parviendront par là à purger leur canton des animaux de cette espèce dont ils pourraient être infestés. […] Signé : Bénézech, certifié conforme Rigodin
” (Copie de la lettre écrite aux administrateurs des départements, en date du 28 Prairial An V.)”

Toponymes et surnoms.

  • En ce qui concerne les loups, ils continueront de faire des incursions dans le Nivernais jusqu’au milieu du siècle suivant. Plusieurs toponymes du Sud Nivernais évoquent les loups : le Gué du Loup à Decize, la Queue du Loup entre Brain et Devay, le hameau d’Avril-les-Loups près d’Aubigny-le-Chétif, le Domaine des Loups dans les bois d’Anlezy, Grateloup à Lucenay-les-Aix, Panloup à Lamenay… et plusieurs patronymes sont dérivés de cet affrontement séculaire entre l’homme et le loup : Tuloup, Corneloup, Baloup, Bouteloup…

    Pierre Volut, Decize, le Rocher et la Révolution, pp. 195-196.
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