Poésie durant cette difficile période

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Treizième régiment d'infanterie.jpg
Le 13e de Ligne, poème de René Baudiot, de Fourchambault.

Il va, portant au front un numéro fatal,

Et ses deux chiffres d'or ont l'éclat d'une épée.
Il va, ton régiment, beau comme une épopée ;
Il va, le pompon droit, le geste triomphal.

Quarante de ses dieux aux poumons de métal,
Clairons en l'air, là-bas, jettent leur mélopée,
Et le ciel bleu palpite, et l'âme retrempée
De la France tressaille à leur souffle vital.

Leur marche que tu suis, éclatante, est suivie
D'une auréole simple où resplendit ravie
La face du drapeau qu'ici nous saluerons ;

Les voici ! Les voici ! Tous les tambours sonores
Qui vont, mêlant leur hymne à l'hymne des clairons.

Salut à ton drapeau ! - Ton drapeau tu l'honores.

(Paris-Centre, mercredi 3 novembre 1914).
Le bleu d'horizon.

A propos de la nouvelle capote de nos soldats :

Adieu garance ! Il faut se faire une raison,
Et qu'à moins s'exposer le héros se résigne.
Mais de vous habiller l'horizon en est digne,
Vous qui de l'Avenir êtes la garnison !

Défendre l'Avenir en habit d'horizon,
Ô le bel uniforme et la belle consigne !
C'est un signe, ce bleu : vous vaincrez, par ce signe,
Leur gris de casemate et leur brun de prison !

Je crois, puisqu'ils n'ont pris que des couleurs de terre,
Qu'il est bon, qu'il est juste et qu'il est salutaire
Qu'on s'habitue à nous confondre avec l'azur ;

Et pour le monde il sied, puisque Berlin et Vienne
Ne peuvent pesamment mettre en marche qu'un mur,

Que notre armée à nous soit l'Horizon qui vienne !

Edmond Rostand, Le Figaro,
poème repris dans la Semaine Religieuse du Diocèse de Nevers.
La Lettre, poème de Maurice Levaillant,
parue le 28 février 1915 dans La Tribune :

Elle n'est trop souvent qu'une carte postale
Où la pluie a brouillé les traces du crayon ;
Une étoile de boue y mit un noir rayon ;
L'écriture est fantasque, et la marge inégale.

« Rassurez-vous... Toujours présent au bataillon...
Je vais bien... Tout va bien... Je suis joyeux et sale :
Et dors comme un lapin dans le creux d'un sillon... »

On déchiffre en tremblant, l'œil brumeux, le cœur ivre,
Cette page échappée au plus glorieux livre
A travers l'ouragan de la flamme et du fer ;

On la baise ; on lui rit ; on penche son oreille
Vers les échos puissants qu'elle apporte, pareille

A la conque où survit la fureur de la mer.

Dans un registre très différent, Viens Papa,
une parodie de Viens poupoule

(Paris-Centre, 4 février 1915) :

Un sam'di soir après l'turbin

Guillaume dit au kronprin :
« Faudra qu'nous allions l'un d'ces jours
À Paris faire un tour.
Nous brûl'rons tout sur not' passage
Nous f'rons un grand carnage.
On rigol'ra, ion se tordra,
Enfin... Tu verras ça. »
Amusé, enchanté,
L'Kronprintz s'mit à chanter.
« Viens, papa-a, viens papa-a, viens !
Partons, partons, viv'ment,
Ne perdons pas not-temps... AH !
Viens papa […]
Y a assez longtemps
Qu'j'attends ce doux moment. »


Textes communiqués par Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par --Mnoel 10 novembre 2014 à 17:19 (CET)