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=Avant-propos.=
 
  
==6. Les progrès de la religion nouvelle==
 
Les premiers prédicateurs qui apportèrent les doctrines de la religion réformée dans le diocèse d'Auxerre venaient du val de Loire. Depuis 1530, l'évêque de ce diocèse était François de Dinteville, deuxième du nom, successeur de son oncle du même nom. Cet évêque ne fut pas souvent présent à Auxerre; des évêques ''in partibus'', comme Filbert de Beaujeu, évêque de Bethléem, suppléaient à la liturgie de la cathédrale et aux visites pastorales.<br/>
 
François II de Dinteville fut d'abord ambassadeur du roi François Ier à Rome en 1531-1532. Il fut ensuite président des États de Bourgogne. Plus tard, il fut compromis dans une tentative d'empoisonnement du Dauphin, puis reconnu innocent, mais il dut partir en exil en Italie de 1539 à 1542. Il menait grand train de vie et faisait des dons généreux aux paroisses dans son diocèse et ailleurs. C'est pour lui que fut réalisé en 1535, le ''Tryptique de Sainte Eugénie'' de Varzy par un peintre (Bartholomeus Pons ?) dit le Maître de Dinteville parce qu'il était au service de ce prélat, et dont le portrait figure sur le panneau central du tableau de Varzy (11). [[Fichier:4-Triptyque de Varzy.jpg|400px|thumb|right|Tryptique conservé dans l'église de Varzy (Nièvre)]] <br/>
 
Vers 1535, un religieux bénédictin, docteur en théologie, du nom de Jean Michel était déjà venu prêcher la doctrine nouvelle à Sancerre. Parti à Genève pour y rejoindre Calvin, il revint clandestinement à Bourges où il fut arrêté et exécuté en 1539. Un autre religieux docteur en théologie, Jean Chaponneau, augustin de l'abbaye de Saint-Ambroix à Bourges, qui avait été chargé de mettre en scène le mystère dit Actes des Apôtres dans les arènes de la ville en 1536, quitta son abbaye pour rejoindre la Suisse et devenir pasteur à Neuchâtel (12).<br/>
 
En 1543, François de Dinteville accompagné de l'évêque d'Ebron et de l'archidiacre de la Puisaye, fit un voyage à Cosne, qui semble être la première ville de son diocèse où la population commença d'être gagnée par les idées de la réforme. Étant à nouveau à Gien en 1547, il découvrit que plusieurs habitants des paroisses environnantes, Briare, Bonny, Neuvy, Cosne, et jusqu'à Pouilly et La Charité, se dispensaient de leur devoir pascal et ne recevaient plus les sacrements à l'église. L'évêque demanda alors aux curés de les exhorter à une bonne pratique religieuse et de tenir des registres nominatifs de fréquentation des sacrements. Les curés devaient chaque année apporter ces registres au synode diocésain. L'archidiacre de Puisaye, Charles Grillet, vint à Cosne pour soutenir la chrétienté locale. Le pasteur protestant Chaponneau, qui était revenu prêcher à Gien, fut chassé (13).<br/>
 
En 1545, un prêtre de Gien, Etienne Bertin, adhérant aux idées nouvelles et qui refusait le célibat des prêtres, épousa à Cosne une jeune religieuse de Donzy, Charlotte Pinon, avant de s'enfuir avec elle dans le Berry. L'évêque François de Dinteville, fit instruire cette affaire par l'archidiacre de Puisaye, Charles Grillet, puis il fit arrêter le coupable et six ans plus tard, celui-ci fut condamné à Auxerre, réduit à l'état laïc, puis exécuté (14). Le curé de la paroisse Saint-Regnobert d'Auxerre en fit mention dans son registre.<br/>
 
Les prédicateurs huguenots se répandirent jusqu'aux limites du diocèse d'Auxerre et réussirent à convertir une majeure partie de la population de La Charité avant 1550. Il en était de même dans le diocèse de Bourges où les habitants de la ville de Sancerre furent aussi nombreux à adhérer à la foi nouvelle. Dans les autres diocèses du royaume d'autres populations furent violemment persécutées comme les vaudois de Mérindol (Vaucluse) qui s'étaient liés au protestantisme de Calvin.<br/>
 
Le 3 mai 1552, un synode diocésain à Auxerre publiait des statuts qui préconisaient l'éloignement des faux docteurs qui cherchaient à pervertir la foi catholique. En même temps l'évêque François de Dinteville imposait aux monastères de revenir à la règle dont ils s'étaient éloignés. Ce fut le cas de l'abbaye des Roches à Myennes et de celle de Saint-Laurent à Cosne.
 
A partir de 1556, l'évêché d'Auxerre fut donné à Robert II de Lénoncourt (1510-1561) qui fut aussi prieur de La Charité. Lui non plus ne résidait pas souvent à Auxerre, quelquefois dans son château de Régennes (Yonne) ou au monastère de La Charité, mais le plus souvent à Paris ou même à Rome. Deux ans plus tard étant nommé archevêque d'Arles,  il résignait son siège d'Auxerre à son neveu Philippe de Lénoncourt (1527-1592), qui prit possession le 8 décembre 1560. Lui aussi résigna son évêché en 1563 au cardinal Philibert Babou de la Bourdaisière (1513-1570).<br/>
 
Pendant ce temps, les évêques auxiliaires et les chanoines de la cathédrale d'Auxerre gouvernaient le diocèse au nom de l'évêque. Pour empêcher la diffusion de l'hérésie, ils commencèrent à employer la force: Jean de Saint-Yon, prévôt de la maréchaussée, fit le voyage à Cosne à la fin de l'année 1556 "pour sévir contre les esprits indociles, ou pour y extirper les méchants…" (15).<br/>
 
Cela n'empêchait pas les nouvelles paroisses réformées de s'organiser. François Morel, pasteur suisse de Collonges, fut le premier pasteur envoyé en France par Calvin en 1556 pour prêcher à Gien (16).<br/>
 
A cette époque, le diocèse de Nevers n'avait pas été touché par l'hérésie autant que ceux d'Auxerre et de Bourges. Depuis 1540 l'évêque de Nevers était un prince de la maison de Bourbon qui sera plus tard le prétendant à la succession de Henri III que les ligueurs voulaient couronner sous le nom de Charles X. Il fut successivement évêque de Nevers, jusqu'en 1546, puis évêque de Saintes, cardinal, évêque de Carcassonne et enfin archevêque de Rouen.<br/>
 
Après lui, l'évêché de Nevers fut donné à Jacques Spifame de Brou, qui avait été chancelier de l'Université de Paris puis vicaire général de l'archevêque de Reims. Mais ce prélat se convertit bientôt au calvinisme dont il encourageait la diffusion dans son diocèse. [[Fichier:Institution chrétienne-.jpg|200px|thumb|right|Frontispice de l'Institution chrétienne, par Calvin (Genève)]] En 1559, il partit pour Genève pour rejoindre Calvin, devenir pasteur, se marier et être enfin nommé pasteur à Issoudun en 1561. Accusé de malversations et d'adultère, il sera décapité à Genève en 1566 (17).<br/>
 
Il eut pour successeur à Nevers un de ses neveux, Gilles Spifame de Brou qui fut nommé en 1559. Contrairement à son oncle, celui-là s'opposa fermement aux progrès du calvinisme à Nevers et dans son diocèse jusqu'à sa mort en 1578.<br/>
 
Ces progrès se faisaient de plus en plus évidents : on fondait des paroisses protestantes dans les villes où une part importante de la population s'était convertie à la religion nouvelle.<br/>
 
Le 10 juillet 1559, Henri II allait mourir de la blessure qu'il avait reçue lors d'un malencontreux tournois à Paris. Durant tout son règne, la résistance à l'extension du protestantisme avait été organisée et soutenue par Catherine de Médicis, son épouse et maintenant sa veuve, qui devint régente lors de l'accession au trône de son fils François II qui n'avait que quinze ans.<br/>
 
Le nouveau roi et sa mère donnèrent le gouvernement au duc de Guise, partisan de la répression des huguenots. La conjuration d'Amboise, en mars 1560, lui avait donné raison, malgré la volonté d'apaisement de François II et de Catherine de Médicis. Le duc de Guise devint lieutenant général du royaume.<br/>
 
Mais le 5 décembre 1560, François II mourut à Orléans d'une otite qui l'a emporté en quelques semaines. Son frère Charles IX, âgé de dix ans lui succéda, toujours sous la direction de Catherine de Médicis, une nouvelle fois régente de France. Le prince de Condé se réfugia à Orléans, ville calviniste, pour y organiser la défense des huguenots.<br/>
 
 
Le roi de France est le roi "très chrétien" et son royaume, la France est "la fille aînée de l'Église" catholique. Les Guise, très attachés à leur foi catholique, gouvernent le pays.<br/>
 
Calvin, depuis Genève, avec le soutien des princes allemands, organise la prédication de son ''Institution chrétienne'' dans toute la France, avec plus de succès dans certaines provinces comme le Nivernais ou le Berry. Les huguenots sont soutenus par le prince de Condé et l'amiral de Coligny, ainsi que par la reine d'Angleterre.
 
Le pays se déchirait entre ces deux partis et tout était prêt pour que les armées se lèvent pour les guerres fratricides.
 
 
(à suivre)
 
 
(11) J. Bruyn, Over de betekenis van het werk van Jan van Scorel omstreeks 1530 voor oudere en jongere tijdgenoten. IV- De Pseudo-Félix Chrétien: een Haarlemse schilder (Bartholomeus Pons?) bij de bischop van Auxerre, Oud Holland, 1984-2, pp. 98-110<br/>
 
(12) Guy Devailly, Le Diocèse de Bourges, Paris, Letouzey & Ané, 1973, pp.106-107<br/>
 
(13) abbé Jean Lebeuf, Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, Auxerre, Perriquet, 1743, 2 vol., 886 p. = vol. I, p. 589<br/>
 
(14) A. Faivre, Cosne à travers les âges, Cosne, H. Bourra, 1895, p.22 et 144<br/>
 
(15) Diocèse d'Auxerre, Registres du chapitre, Archives départementales de l'Yonne<br/>
 
(16) Paul Gache, Histoire de Bonny-sur-Loire, des origines à la Révolution, 1991, Bonny-sur-Loire<br/>
 
(17) Comte Servin. "Le procès de Spifame" in La Revue de Paris 18/4 (1911), p. 139-154<br/>
 

Version du 6 février 2020 à 20:59