Thollé Guillaume : Différence entre versions

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Les biographes de Guillaume Thollé, l’abbé Dasse, Gabriel Vannereau, Louise Renard, s’accordent pour insister sur sa générosité, sa bonté, son honnêteté, son attachement à son village, [[Vandenesse]]. Mais ce qui nous apparaît comme le plus digne de respect, c’est sa fidélité à son idéal. Foncièrement attaché à la foi chrétienne, il avait mis tous ses espoirs dans la Révolution qui, mettant fin à des siècles d’abus, d’oppression, allait pouvoir concilier catholicisme et progrès social.
 
Les biographes de Guillaume Thollé, l’abbé Dasse, Gabriel Vannereau, Louise Renard, s’accordent pour insister sur sa générosité, sa bonté, son honnêteté, son attachement à son village, [[Vandenesse]]. Mais ce qui nous apparaît comme le plus digne de respect, c’est sa fidélité à son idéal. Foncièrement attaché à la foi chrétienne, il avait mis tous ses espoirs dans la Révolution qui, mettant fin à des siècles d’abus, d’oppression, allait pouvoir concilier catholicisme et progrès social.
Son courage est sans faille et il  est resté lucide quant aux « intégristes » des deux bords. Dans ses lettres du 26 octobre 1796 et du 18 novembre 1800 il écrit :«'''Le fanatisme philosophique, qui perd chaque jour de ses partisans est moins redoutable que le zèle amer des réfractaires. Le mal qu’ils font est incalculable…Un prêtre insoumis dans la commune de [[Montigny en Morvan]] divisa le cimetière en deux parties disant : cette portion est pour les catholique et cette autre pour les chiens.'''» Cela ne l’empêchera pas d’être harcelé, rejeté par les catholiques conservateurs comme par les révolutionnaires les plus zélés,  bien qu’il ne cédât ni aux uns ni aux autres.
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Son courage est sans faille et il  est resté lucide quant aux « intégristes » des deux bords. Dans ses lettres du 26 octobre 1796 et du 18 novembre 1800 il écrit :«''Le fanatisme philosophique, qui perd chaque jour de ses partisans est moins redoutable que le zèle amer des réfractaires. Le mal qu’ils font est incalculable…Un prêtre insoumis dans la commune de [[Montigny en Morvan]] divisa le cimetière en deux parties disant : cette portion est pour les catholique et cette autre pour les chiens.''» Cela ne l’empêchera pas d’être harcelé, rejeté par les catholiques conservateurs comme par les révolutionnaires les plus zélés,  bien qu’il ne cédât ni aux uns ni aux autres.
 
Et pourtant, l’idéal de l’évêque constitutionnel paraissait si dangereux, qu’il demeura l’objet de haine au-delà de la mort du « bon curé de [[Vandenesse]]» : il est enterré au pied du petit autel de son église et en 1860, Monsieur de Périgord se voit octroyer le bâtiment, en remerciement de la générosité dont il avait fait preuve pour la construction de la nouvelle église. L’évêque aura-t-il l’honneur d’y être transféré ? Le curé d’alors se récria que jamais il ne laisserait transporter « ce schismatique » dans son église !
 
Et pourtant, l’idéal de l’évêque constitutionnel paraissait si dangereux, qu’il demeura l’objet de haine au-delà de la mort du « bon curé de [[Vandenesse]]» : il est enterré au pied du petit autel de son église et en 1860, Monsieur de Périgord se voit octroyer le bâtiment, en remerciement de la générosité dont il avait fait preuve pour la construction de la nouvelle église. L’évêque aura-t-il l’honneur d’y être transféré ? Le curé d’alors se récria que jamais il ne laisserait transporter « ce schismatique » dans son église !
  

Version du 21 janvier 2017 à 09:45

Une famille de tanneurs et de médecins

Guillaume est issu d’une vieille famille moulinoise. Les hommes sont tanneurs, corroyeurs, du côté paternel, médecins, apothicaires du côté maternel. Son père, Claude Thollé, s’est marié le 15 novembre 1734 à Anne Isambert, fille du chirurgien François Isambert et d’Anne Dorlet. Guillaume, porte le prénom de son grand-père et de son arrière grand-père. Les tanneurs sont installés rue Rollin depuis le grand-père, marié à Claudine Menault en 1704. (1)

Garat, Pont Rollin et tannerie Thollé. Dessin J.Bernard

La «maison, avec jardin et tannerie» a été achetée en 1714 à l’huissier Paul Enfer. C’était donc déjà une tannerie. Facile à localiser, elle donne « du midi à la rue Rollin », c’est le numéro 10 de cette rue, et « du septentrion à la rivière de Garat ». On y voit encore, dans les années 2000 les cuves de la tannerie qui affleurent au niveau du sol, dans le bâtiment au bord de la rivière. (2) Le successeur de Claude Thollé sera son fils Louis-Antoine, marié à Françoise Jadioux.

Le petit Guillaume va à l’école moulinoise dirigée par Jean Montillot qui avait l’exclusivité de l’enseignement pour la ville et ses faubourgs. Il ira ensuite au grand séminaire de Nevers, ses parents s’engageant, comme le voulait l’usage, à subvenir à ses besoins matériels au moyen d’une confortable rente viagère.

Il est ordonné prêtre en 1760 et nommé vicaire à Vandenesse, puis à Saint Etienne de Nevers de 1763 à 1764, année où on le retrouve professeur au collège de La Flèche dans la Sarthe. Il y restera trois ans et, revenu dans la Nièvre il enseigne au collège de Nevers jusqu’en 1772. Il interrompt l’année scolaire en décembre pour aller à Vandenesse, remplacer le curé Rebreget, malade.

Guillaume Thollé, vicaire à Vandenesse

Il a alors 38 ans et s’installe volontiers dans le petit village voisin de sa ville natale. Ses paroissiens l’apprécient, les paroisses voisines sont desservies par des gens qu’il aime : son cousin Isambert est à Moulins Engilbert, son filleul Guillaume Piron (3) à Fours et un troisième Moulinois dessert Montaron.

Guillaume sera heureux, dans ce cocon douillet où il aime partager la joie de ses paroissiens en les faisant danser au son de son violon, mais il partage aussi leurs difficultés en les aidant financièrement quand cela était nécessaire. Les témoignages rapportés par l’abbé Dasse, biographe de Guillaume Thollé (4), le disent bon, généreux, gai, cultivé. Une lettre datée de 1795, écrite par le fourrier Guérin à l’abbé Grégoire (5), évoque «le vénérable évêque Tollet…son admirable douceur, sa charité sans bornes, ses éclatantes vertus (qui) lui avaient attiré l’estime universelle». Par contre, l’abbé Vannereau lui prête le goût du pouvoir et des honneurs ce qui expliquerait, selon lui, son attitude pendant la Révolution. Mais ces griefs reflètent l’attitude officielle de la hiérarchie catholique nivernaise qui n’a jamais pardonné aux prêtres qui ont, en accord avec leur conscience, prêté serment à la Constitution civile du Clergé. N’a-t-on pas vu, à Nevers, en 1989, exposée par l’Association « Regards sur la Cathédrale » une chronologie des évêques du diocèse, sur laquelle on pouvait constater l’absence de guillaume Thollé ! (6)

Guillaume Thollé prête serment et devient « évêque constitutionnle de la Nièvre »

En 1789, le vicaire de Vandenesse est élu maire de son village et délégué pour élire les grands électeurs du district de Moulins Engilbert, parmi lesquels on le retrouvera. Puis il est élu membre du Conseil général de la Nièvre dont il sera le président en 1791, année où il prête serment à la Constitution civile du Clergé. En février, le voilà élu évêque constitutionnel de la Nièvre. Son intronisation a lieu à Notre Dame de Paris le 27 mars 1791. Pour cette cérémonie, le Directoire du département de la Nièvre lui avait offert la crosse du XIIIème siècle, conservée à la cathédrale de Nevers. La mitre lui avait été donnée par « les dames de Nevers ».(7) Quelques jours plus tard, le 3 avril, Nevers lui fait les honneurs de la cérémonie d’intronisation à la cathédrale. Mais Guillaume Thollé n’oublie pas son village natal auquel il est très attaché et, le 7 juin de la même année, il vient à Moulins Engilbert pour y célébrer une messe pontificale à l’église Saint-Jean-Baptiste.

Ce n’est ni par opportunisme ni par goût des honneurs que Guillaume Thollé a épousé les réformes de la Révolution. Il y voit sincèrement une avancée bénéfique pour le peuple et le clergé. Louise Renard, qui a écrit en 2005 une remarquable histoire sur l’évêque, rapporte ses propos : «'Nous étions esclaves, nous sommes libres ; nous gémissions sous le despotisme d’une classe d’hommes qui se croyaient d’une nature supérieure, les lois étaient muettes pour nous défendre contre la faveur et le crédit ; dans notre nouvelle Constitution , nous sommes tous égaux sous l’empire de la Loi, comme aux yeux de Dieu…Toutes les classes avaient des droits excepté celle du peuple. Il a fallu, pour les lui rendre, les arracher avec force à ceux qui avaient tout envahi… L’Assemblée Nationale a trouvé le moyen de réformer le Clergé et de soutenir la religion.» Il va se faire bien des ennemis. C’était en 1791 et pendant deux années, prêtres assermentés et prêtres réfractaires vont se livrer combat. « La ville est en état d’effervescence » (8). Une loi d’août 1792 exige que les prêtres qui n’avaient pas prêté serment et ceux qui s’étaient rétractés sortent du département sous peine de déportation en Guyane française.

Mais en mars 1793 le Conventionnel Collot d’Herbois est envoyé dans la Nièvre avec Laplanche. Ils sont partisans de la terreur qui, seule, pensent-ils peut empêcher le retour de la Monarchie. En septembre de la même année ils se rendront célèbres à Lyon, écrasant l’insurrection fédéraliste en faisant fusiller « 5 à 6.000 personnes » (9). Dans la Nièvre, Collot d’Herbois va faire promulguer des lois bannissant toute liberté, encourageant les dénonciations. Il est même question d’ «exterminer quiconque proposerait directement ou indirectement de rétablir la royauté'». En juillet c’est Fouché qui vient lever des troupes pour lutter contre l’insurrection vendéenne. C’est l’époque de la fonte des cloches, de la démolition des clochers. On décrète que les prêtres ne porteront plus la soutane et devront se marier. «Il (Fouché) avait retiré à l’Eglise son caractère sacré et avait privé les fidèles de la plus réconfortante de leurs croyances  (l’immortalité de l’âme). Le double rôle de Thollé au service de l’Eglise et de l’Etat était devenu intenable» (10) et il démissionne alors de son poste de président du département.

Son ancien vicaire épiscopal Laplanche le fait arrêter le 5 mars 1794 et incarcérer. Mais après 40 jours, le Comité de Salut public reconnaît que sur les 150 personnes arrêtées, 98 sont irréprochables. Thollé fait partie des personnes remises en liberté provisoire.

En 1795 le clergé réfractaire reprend vigueur et les prêtres qui n’ont pas prêté serment poussent Thollé à se rétracter, le harcèlent, au point que, fatigué, il abandonne ses fonctions d’évêque tout en précisant publiquement qu’il se considère encore comme évêque et qu’il ne se rétracte pas du serment qu’il a fait. Cependant il doit fuir Nevers. Il se réfugie d’abord dans sa famille à Moulins Engilbert puis retourne à Vandenesse.

Retour à Vandenesse

Certes, il est las de toutes ces luttes, découragé par les extrémistes des deux camps, mais quelque peu réconforté à l’idée de se retrouver parmi des gens qui l’estiment. Il reprend sa charge spirituelle et la tenue des registres paroissiaux. On peut compter sur lui pour faire la classe aux enfants lorsqu’ils n’ont pas d’instituteur ou même pour donner les premiers soins à un malade. Mais en 1800 les tracas reprennent : l’évêque de Bourges le somme de reprendre ses fonctions épiscopales. Thollé finit par accepter. Le Concordat qui «représente l’ultime triomphe des insermentés qui continuent de pousser les prêtres jureurs à se rétracter»(11), connaissant l’attachement de Guillaume Thollé pour son village, lui offre la cure de Vandenesse à condition qu’il renie son serment et demande l’absolution. Est-il besoin de préciser qu’il ne cède pas à ce chantage et, la mort dans l’âme («Je dois quitter cette petite église et devenir un arbre stérile pour le troupeau de Jésus-Christ'» écrit-il le 29 novembre 1802), il se retire dans la maison de son filleul Guillaume Cantonné, à Vandenesse certes, mais où il vit dans le dénuement le plus total, jusqu’à sa mort survenue le 8 août 1865. Il avait 70 ans.

Les biographes de Guillaume Thollé, l’abbé Dasse, Gabriel Vannereau, Louise Renard, s’accordent pour insister sur sa générosité, sa bonté, son honnêteté, son attachement à son village, Vandenesse. Mais ce qui nous apparaît comme le plus digne de respect, c’est sa fidélité à son idéal. Foncièrement attaché à la foi chrétienne, il avait mis tous ses espoirs dans la Révolution qui, mettant fin à des siècles d’abus, d’oppression, allait pouvoir concilier catholicisme et progrès social. Son courage est sans faille et il est resté lucide quant aux « intégristes » des deux bords. Dans ses lettres du 26 octobre 1796 et du 18 novembre 1800 il écrit :«Le fanatisme philosophique, qui perd chaque jour de ses partisans est moins redoutable que le zèle amer des réfractaires. Le mal qu’ils font est incalculable…Un prêtre insoumis dans la commune de Montigny en Morvan divisa le cimetière en deux parties disant : cette portion est pour les catholique et cette autre pour les chiens.» Cela ne l’empêchera pas d’être harcelé, rejeté par les catholiques conservateurs comme par les révolutionnaires les plus zélés, bien qu’il ne cédât ni aux uns ni aux autres. Et pourtant, l’idéal de l’évêque constitutionnel paraissait si dangereux, qu’il demeura l’objet de haine au-delà de la mort du « bon curé de Vandenesse» : il est enterré au pied du petit autel de son église et en 1860, Monsieur de Périgord se voit octroyer le bâtiment, en remerciement de la générosité dont il avait fait preuve pour la construction de la nouvelle église. L’évêque aura-t-il l’honneur d’y être transféré ? Le curé d’alors se récria que jamais il ne laisserait transporter « ce schismatique » dans son église !

Louise Renard qui rapporte l’anecdote, ajoute qu’en 1930 le propriétaire de l’ancienne petite église, eut la surprise, en creusant une cave à l’endroit où se trouvait autrefois l’autel, d’y découvrir les restes de Guillaume Thollé. Cela fut, pensez-vous, l’occasion d’une cérémonie visant à rendre à l’évêque oublié les honneurs auxquels il avait droit? Non ! Les institutrices du village vont profiter de l’occasion pour faire « in situ » une leçon…d’anatomie…

Souhaitons que ces quelques lignes contribuent à la réhabilitation de l’homme de conviction que fut le Moulinois Guillaume Thollé.


(1) Gabriel Vannereau « Comme du blé qu’on crible » (2) Cette tannerie passera ensuite à Alexandre Bouroux ami de Jules Miot, et qui fut condamné à la transportation en Algérie pour s’être opposé au coup d’état de Napoléon III. Sa peine sera réduite à la résidence surveillée. Après les Bouroux, la tannerie passera aux Bougrier. (3) Guillaume Piron est l’oncle d’Achille, le promoteur du timbre-poste en France (4) Texte publié par la Société nivernaise des Lettres, sciences et arts et repris par l’abbé Vannereau comme par Louise Renard (5) L’abbé Grégoire est évêque de Blois dans les années 1796. Il sera membre du Conseil des cinq-cents puis du Sénat conservateur. René de Lespinasse dit de lui qu’il était « le grand Pontife de l’église constitutionnelle de France » (Bulletin de la Société Nivernaise, N° 20 ouvrage cité.) (6) Louise Renard « Guillaume Thollet Evêque constitutionnel et Président du Département de la Nièvre » Académie du Morvan page 81 (7) Mitre et crosse ont été données aux frères Gueneau de Luzy par la nièce de Guillaume Thollé (8) Louise Renard page 54 ouvrage cité (9) Selon le général Gourgaud, cité par Wikipédia. Jean-Marie Collot d’Herbois (10) Louise Renard page 68 ouvrage cité. (11) Louise Renard Page 79 ouvrage cité


Sources de l'article de Jacueline Bernard :

  • Gabriel Vannereau : « Comme du blé qu’on crible » Editions du Val de Loire 1966
  • Louise Renard : « Guillaume Tollet Evêque constitutionnel et président du Département de la Nièvre » Académie du Morvan N° 60 2005
  • Bulletin de la Société nivernaise des Lettres, Sciences et Arts N° 20 pages 374-426 : 12 lettres inédites de G. Tollet à m’abbé Grégoire par René de Lespinasse
  • Wikipédia : Collo d’Herbois
  • Des Morvandiaux de l’Ombre à la Lumière J. Bernard Tome 1


Patrick Raynal 20 janvier 2017