Sallonyer de Tamnay Jules Joseph Gaspard

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A LA CONQUETE DE L'OUTRE-MER

Le général Jules Sallonyer de Tamnay, commandant de la place d'Alger de décembre 1835 à septembre 1838.


Les attaches nivernaises de Jules Sallonyer de Tamnay(1).

Jules Joseph Gaspard Sallonyer de Tamnay est né à Paris. Il a été baptisé à l'église Sainte Marie-Madeleine de la Ville-l'Evêque le 18 novembre 1786(2). Ses parents appartenaient à deux familles de la noblesse nivernaise. Depuis déjà deux siècles, on trouvait des Sallonyer (ou Sallonier) aux principaux offices administratifs et judiciaires de la province. Ils possédaient diverses seigneuries entre Moulins-Engilbert, Decize, Nevers et Corbigny.
Le père, Jean Joseph Pierre Sallonyer, comte de Tamnay, seigneur d'Avrilly, Faye et autres lieux, a été mousquetaire dans la première compagnie servant à la garde du Roi ; il avait le titre de grand bailli d'épée du Nivernais ès bailliage royal et prévôté de Saint-Pierre-le-Moûtier.
Jean Joseph Pierre Sallonyer de Tamnay a épousé le 13 juillet 1781 dame Charlotte Jeanne Thérèse Prévost de Germancy ; c'est la fille de Gaspard Antoine comte Prévost de la Croix, ancien officier des armées du Roi, et de dame Agathe de Vaux. Le château et les terres de Germancy, près de Decize, qui ont appartenu depuis le Moyen-Âge à la famille de Vaux (ou Devaulx), deviendront possessions de Jules Sallonyer, de même que les terres d'Avrilly et Faye, entre Devay et Champvert.
Des autres enfants de Jean Joseph Pierre Sallonyer et de son épouse, un seul garçon parviendra à l'âge adulte : Auguste Joseph Charles, né en 1787.

Une promotion rapide auprès du maréchal Macdonald(3).

Jules Sallonyer de Tamnay entre en 1803, à l'âge de 16 ans, à l’École Militaire de Fontainebleau. Il en sort sous-lieutenant le 9 janvier 1805, et il est affecté au 23e régiment de dragons. À la fin de l'année 1805, son régiment est incorporé à l'Armée d'Italie, puis à l'Armée de Naples, l'année suivante.
Le 23 août 1809, Jules Sallonyer de Tamnay est promu lieutenant. Il est attaché au duc de Tarente (le maréchal Macdonald), qu'il servira jusqu'en 1815 comme aide de camp. Le jeune officier participe avec son chef aux campagnes d'Autriche (Wagram), de Catalogne (1810-1811), de Russie (1812), de France (1814). Il monte en grade : capitaine en octobre 1811, il est capitaine-adjoint à l'État-Major de la Grande-Armée en mars 1812, chef d'escadron en avril 1813.
Lors de la première dislocation de la Grande Armée, en février 1815, il est maintenu en activité. Il continue sa carrière sous le nouveau régime, auquel plusieurs maréchaux d'Empire se sont ralliés rapidement. En 1817, il est lieutenant-colonel. Sa présence dans les États-Majors lui est à la fois un avantage et un handicap pour son avancement, comme en témoigne ce rapport : « Cet officier a très bien servi à l'armée, mais on ne peut guère compter, comme activité, quelques mois de services annuels à l'État-Major de la Garde. Du reste ce n'est pas faute de désir et de volonté, mais ce n'est pas une École propre à commander lorsque l'on voit si rarement les troupes ».
Jules Sallonyer de Tamnay sait se servir de ses anciennes relations. Il est fait commandeur de la Légion d'Honneur en 1824, puis colonel le 14 janvier 1830. C'est alors que se prépare l'expédition contre le bey d'Alger...

La conquête de l'Algérie.

Dans la famille Sallonyer de Tamnay, ce n'est pas le colonel Jules qui participe aux premiers combats et aux premières conquêtes. C'est son frère Auguste, lui aussi capitaine d’État-Major, qui débarque sur la terre d'Afrique. Son séjour sera bref : il est rapatrié à Marseille, parmi les innombrables victimes des fièvres, ou du choléra. Il meurt à Marseille, le 17 décembre 1830.
Le colonel Jules Sallonyer de Tamnay écrit à plusieurs reprises au ministère, pour obtenir copie de l'acte de décès de son « malheureux frère qui a été tué par le climat d'Afrique ». Il prétextera la violence de ce climat, contraire à sa propre santé et à sa faible constitution, pour esquiver une mutation en Algérie. Il est en disponibilité, « pour affaires de famille ».
Pourtant, pendant l'automne 1835, le ministère le nomme à un poste administratif de premier plan : commandant de la place d'Alger. « Il était au fond du Morvan lorsque l'avis de cette destination lui est parvenu ; il n'est pas en retard, s'étant mis directement en route [...] » Arrivé à Alger le 5 décembre, il entre en fonctions le surlendemain, à la place du lieutenant-colonel de Canteloube(4).
Il y a alors en Algérie 30000 soldats français, pour la plupart cantonnés à Alger, à Oran et dans les localités qui ont été conquises le long de la côte. Le supérieur hiérarchique du colonel Sallonyer de Tamnay est le maréchal Clauzel, nommé gouverneur général le 10 août 1835. La colonisation de la Mitidja et des alentours d'Oran commence dans les pires difficultés : les rares volontaires venus de France et d'Espagne sont décimés par le choléra, par la malaria, et par les rezzous de tribus hostiles.
Clauzel lance d'audacieuses expéditions pour châtier les Arabes rebelles : il prend et pille Mascara, la ville de l'Émir Abd-el-Kader, puis Tlemcen ; mais il n'arrive pas à contrôler Médéa, ni les monts de l'Atlas Blidéen. Un renfort appréciable lui est envoyé, commandé par l'homme qui se bâtira une légende en Algérie, le général Bugeaud. Pendant que ce dernier sillonne l'Oranie et traque Abd-el-Kader, Clauzel gagne Bône par la mer, et avec une petite colonne de 7000 hommes, il entreprend une marche sur Constantine. Une marche épuisante, sous une pluie glacée, suivie par des combats incertains : Clauzel ordonne la retraite. L'expédition tourne au désastre : 800 tués et 1200 blessés, qui vont presque tous mourir.
Constantine, perchée sur son rocher et entourée de gorges, doit être prise. Une seconde colonne est envoyée en avril 1837, sous la direction des généraux Damrémont, Perrégaux et Lamoricière. Le colonel Sallonyer de Tamnay, qui devait certainement se morfondre dans les palais d'Alger-la-Blanche, « désire être employé plus activement » ; il accompagne le second corps expéditionnaire à Constantine, et il assiste à la prise de la ville(5).
En-dehors de ce bref séjour à Constantine, Jules Sallonyer de Tamnay est occupé par la gestion des casernes, les passages de troupes, les affectations d'officiers, la vie mondaine, et parfois les sanctions disciplinaires. En octobre 1837, il punit le capitaine Soulat, commandant du dépôt des isolés des bataillons d'Afrique. Pourquoi ? Le dossier ne précise pas pour quel manquement à la discipline. Le général Négrier, commandant en chef de la région d'Alger, exige que la sanction soit levée ; Sallonyer refuse. Négrier lui ordonne huit jours de suspension de commandement et d'arrêts de rigueur. Le colonel Sallonyer ne peut que s'incliner, mais il envoie à ses nombreux protecteurs du ministère une série de lettres, où il proteste contre cet abus de pouvoir.
« Le climat d'Afrique lui étant par trop contraire », le colonel Sallonyer de Tamnay obtient le 19 septembre 1838 un congé de trois mois, qu'il fait prolonger jusqu'au 1er juillet 1839. Le ministre de l'Armée ne peut rien lui refuser : le maréchal Macdonald, duc de Tarente, s'occupe de son ancien aide de camp. Suit une nouvelle promotion : général de brigade, et une mise en disponibilité.

Derniers commandements.

En 1840, le général Sallonyer de Tamnay reprend du service ; il est commandant militaire du Département de Saône-et-Loire, en résidence à Mâcon. Il demande une mutation dans la Nièvre : « Les nombreuses relations de famille que j'ai dans le Nivernais qui est mon pays pourront m'aider, je l'espère, à servir encore plus efficacement le gouvernement du Roi ». Cependant il obtient une mutation pour la Haute-Loire, puis il est nommé dans le Puy-de-Dôme.
Sa dernière promotion vient le 7 avril 1847. Le Duc de Feltre(6) est intervenu pour le faire nommer lieutenant général : « Je sais que tu comptes de bons et vieux services et le désir de les voir récompensés, non moins que mon affection pour un ancien camarade, me porteront à mettre ton nom en avant ». Le 14 décembre 1848, le nouveau gouvernement républicain, arguant de son âge avancé et de ses 45 ans de service, le met en retraite, avec une pension annuelle de 4000 francs.
Jules Sallonyer de Tamnay s'ennuie. Dès le 4 décembre 1852 et la proclamation de l'Empire, il sollicite un nouveau commandement. Il obtient une affectation temporaire à la deuxième section de l’État-Major Général, en janvier 1853.
Il meurt à Paris en 1861.

Lettre du Maréchal Macdonald en faveur de Jules Sallonyer(7) :

Le 13 avril 1838, par Bonny (Loiret).
Monsieur le Ministre,
Je vous fais mes excuses de vous harceler si souvent en faveur de mon ancien aide de camp Tamnay colonel d’État-Major, commandant de la place d'Alger depuis plus de deux ans, l'un des plus ancien de son grade dans ce corps, qui nous a été présenté à l'avancement par le Maréchal Valée(8) qui a réuni tous les titres sinon à la justice du droit du moins à la faveur du gouvernement, qu'il soit assez zélé dans un poste difficile et sous un climat dévorant. Je réclame donc de nouveau vos bontés pour lui faire obtenir le grade de maréchal de camp.
Recevez, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma très haute considération.
Macdonald.
A monsieur le Mar. Bernard, lieutenant général, Ministre de la Guerre.

( ) A.D. Nièvre, fichier Flamare.
(2) La Ville-l'Évêque : actuel quartier de la Madeleine ; en 1786, l'actuelle église n'était pas terminée.
(3) Service Historique de l’Armée de Terre, château de Vincennes, dossier du général de Tamnay.
(4) Le lieutenant-colonel de Canteloube commande ensuite le 13e R. I., un régiment que nous retrouverons à Nevers et à Decize un demi-siècle plus tard.
(5) Il a fallu des assauts très meurtriers, menés par les zouaves de Lamoricière, pour prendre les remparts (la Place de la Brèche commémorera longtemps ce fait d’armes). Les généraux Damrémont, Perrégaux et Combes figurent parmi les 500 morts français.
(6) Le maréchal Henri Jacques Guillaume Clarke, duc de Feltre (1766-1837).
(7) Le maréchal Macdonald est le cousin par alliance de Jules Sallonyer de Tamnay ; en 1825, il a épousé en secondes noces Ernestine de Bourgoing, fille de Jean-François de Bourgoing et de Marie Benoîte Joséphine Prévost de La Croix.
(8) Le maréchal Valée commande l'armée d'Afrique en 1838. Le ministre de la guerre est le maréchal Simon Bernard (1779-1839).


Mai 2013. Ce texte nous a été communiqué par Pierre VOLUT. http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/