Partage du pouvoir royal et ducal

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Les rois n'essaient pas de contrarier cette politique. Ils auraient pu supprimer les ducs de Nevers, s'ils avaient voulu. Ils ont préféré laisser vivre et même favoriser une autorité qui ne leur inspirait ni crainte ni jalousie. Forts de cette amitié, les ducs maintiennent sans difficulté leur influence en face des représentants de la royauté. D'ailleurs les ducs sont aussi les délégués du roi, et par là-même il n'est pas jusqu'à leurs propres officiers, qui ne considèrent comme des fonctionnaires publics au même titre que les agents royaux, dont ils s'efforcent d'accaparer le pouvoir et de contrecarrer l'action. Avec les deux premiers Mancini, la situation des intendants de Moulins est assez difficile. En 1679, l'intendant de Bouville se plaint à Colbert de l'arrogance des juridictions ducales.

« Je vous assure que, si je se sçavais la considération qu'on doit avoir pour le neuve de feu Mgr le Cardinal, j'aurais pris la liberté de vous faire des plaintes de ses officiers, qui ont prétendu que je de debvais pas me mesler du reste de Nevers et que c'estait à leur maistre à régler seul tout ce qui se passe dans la ville de Nevers » Il s'agit alors d'établir un rôle pour le rachat de certaines redevances bordelières. Sur cet épisode et le suivant. Cf Archives nationales 6.7.405

En 1678, c'est le duc en personne qui s'efforce de discréditer l'intendant M. de Ris et lui écrit des épitres menaçantes. Même quand le duc est dans son tort et que ses commis empiètent sur la prérogative royale, il peut toujours obtenir de l'amitié du roi quelque concession, qu'on ne lui refuse guère. La nomination à tous les offices est un privilège particulièrement précieux dans un temps où les créations d'offices dans la vie économique et administrative deviennent si nombreuses et si abusives. Les Mancini désignent les officiers royaux et municipaux, ce qui est assez commode pour affaiblir les autorités rivales. Il y a bien quelquefois des résistances contre ce privilège ducal, que l'on trouve excessif, mais toujours les Mancini obtiennent des arrêts du Conseil qui leur conservent ce droit.

Surtout l'arrêt du 13 mars 1723, le roi se borne à envoyer des lettres de provisions à ceux qu'à bien voulu désigner « notre très cher et très aimé cousin le duc de Nivernais »

Les institutions ducales restent florissantes en face des institutions royales. Le bailliage de Nevers est même la principale juridiction de la province. Les habitants préfèrent les magistrats de Nevers à ceux de St-Pierre-le-Moutier.


Jusqu'à la Révolution, les ducs et les rois se partagent amicalement les attributions d'ordre économique. Les ducs organisent les marchés de Nevers, et si les foires sont décrétées par lettres patentes du roi, ce sont des brevets d'origine ducale qui les réglementent avec une extrême minutie de détails. (§ sur les foires et marchés - à venir)
La grande industrie, c'est-à-dire l'ensemble des manufactures ou des industries, qui par le nombre plus élevé de leurs ouvriers, la nouveauté ou le caractère artistique de leurs procédés, s'accommodent mal du cadre corporatif, est à Nevers comme partout ailleurs sous le contrôle immédiat de la royauté, qui établit les manufactures, leur octroie des privilèges ou limite leur nombre, suivant qu'elle le juge à propos. Cependant, les ouvriers de ces fabriques, verriers ou faïenciers, reconnaissent l'autorité ducale et jugent prudent de lui faire homologuer les règlement de prévoyance qu'ils élaborent entre eux (§ sur l'état matériel, les pauvres et les œuvres d'assistance – à venir)
La petite industrie, c'est-à-dire les métiers ordinaires et usuels, organisés en corporations ou susceptibles de l'être, a toujours été dans le Nivernais sous la dépendance des ducs. La grande boucherie de Nevers est leur propriété immédiate, car le droit de boucherie est dans les terres féodales un véritable droit de banalité. Les Mancini continuent à donner aux corporations des statuts et nous les verrons à la veille de la Révolution refondre toute l'organisation des métiers de Nevers dans un statut général. Mais le pouvoir royal ne se désintéresse plus de ces questions et les gens de métiers eux-mêmes lui demandent quelquefois d'intervenir. Ici comme d'ailleurs pour tout ce qui concerne la vie économique et les subsistances, il est toujours possible de recourir à certaines juridictions supérieures comme le Conseil de Commerce de Clermont-Ferrand, le Conseil ou Bureau de Commerce de Paris. De même, le Parlement est souvent consulté ou intervient spontanément comme un véritable pouvoir politique. A plus forte raison, peut-on faire appel au roi, au Conseil d'État. Mais le roi est loin, la procédure du Parlement longue et ruineuse ; le Bureau du Commerce ne comprend aucun délégué de la généralité de Moulins. En somme, artisans et marchands de Nevers ne peuvent rien faire sans le consentement des magistrats du bailliage.