Panné Albert

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Des racines à Préporché, naissance à Moulins-Engilbert

Gilbert-Eugène-Albert Panné, est fils de Jean-Eugène-Simon Panné et de Madeleine Blanzat. Il voit le jour le 31 mai 1861 au domaine de Champcourt à Moulins Engilbert, où demeurent ses parents (son père a 31 ans, sa mère 20 ans) et son grand-père Simon, 62 ans. C’est ce dernier qui a acheté le domaine. Son trisaïeul, Simon Panné, fut le dernier chef de la grande communauté de laboureurs siégeant dans la commune de Préporché, aux Garriaux. Dernier représentant d’une fonction que ses aïeux se transmettaient depuis les années 1539, Simon avait été tout naturellement le premier maire de Préporché.

Albert a une sœur, Berthe, sa cadette d’une année qui se marie à Philippe Thomas, l’inventeur des mines de phosphates de Tunisie. Son oncle, Jean-Jules Panné, marié à Catherine Blanzat, notaire à Moulins Engilbert, sans enfants, prendra en charges les études de médecine d’Albert

L’hôpital de Nevers avant l’arrivée d’Albert Panné

Avant les découvertes de Pasteur, les opérations pratiquées aboutissent la plupart du temps au décès du patient, décès du à une infection. A Nevers, les opérations ont lieu dans la salle commune d’un hôpital ouvert en 1673 et recueillant les indigents comme les malades souvent couchés à plusieurs dans un même lit. On transporte donc d’un point à un autre, le matériel nécessaire à l’opération. Les contagieux (malades atteints de diphtérie, typhus, variole, choléra…) sont parqués dans les combles de l’hôpital et cela jusqu’en 1900. La mise en place de bains dans un local spécifique de l’hôpital ne se fera qu’en 19011 !

Les découvertes de Pasteur autour des années 1870 concernant l’asepsie et l’antisepsie vont amener les hôpitaux à transformer leurs bâtiments. Désormais, des règles strictes exigent une hygiène parfaite : nettoyage des mains, stérilisation des pansements, utilisation d’eau bouillie et donc des locaux adaptés à ces nouvelles règles qui vont diminuer le nombre des infections post-opératoires. A Paris la transformation des hôpitaux se fera rapidement mais en province il fallut attendre encore quelques années que les possibilités financières et le dynamisme des équipes locales le permettent. Nevers, eut la chance de réunir ces deux conditions. C’est en 1889 qu’Albert Panné, ancien interne des hôpitaux de Paris, était nommé chirurgien à l’hôpital. Il vient de passer sa thèse : « De la trachéotomie dans le croup avec chloroforme et procédé lent »

Création du pavillon de chirurgie

Dessin-plan du pavillon de chirurgie de Nevers extrait de : « Le pavillon d’opérations de l’hôpital de Nevers » Albert Panné ADN NIV 5545

La commission administrative du 11-07-1890 vote la création d’une salle spécialement réservée aux opérations et charge Albert Panné d’en faire le plan après qu’il se fût inspiré des salles nouvellement créées à Paris. En collaboration avec l’architecte Billard, Albert Panné va faire édifier un pavillon qui comprendrait, outre la salle d’opération, quelques chambres réservées aux malades qui venaient d’être opérés. Il fallait tout repenser en matière d’architecture pour répondre au but essentiel : une asepsie rigoureuse :

  • écoulement des eaux, pentes, clapets soulevés et refermés automatiquement afin d’assurer une hygiène maximum,
  • revêtement des murs, sols, luminosité des lieux,
  • matériaux : ainsi, toutes les pièces sont en métal inoxydable : fer et cuivre nickelé, marbre, verre. Tout doit pouvoir être lavé fréquemment et à grande eau. Les angles réputés pour être des nids à poussière, sont supprimés et remplacés par des surfaces courbes.
  • s’il nous paraît évident, aujourd’hui, de boire à n’importe quel robinet une eau potable, il n’en est pas de même en cette fin du 19ème siècle (et bien après d’ailleurs !). L’eau devait donc être filtrée dans un « filtre Chamberland », recueillie dans des barillets de verre, puis bouillie. *le linge destiné aux opérations est conservé dans une vitrine, tandis qu’un autoclave Chamberland sert à l’asepsie des compresses, fils, drains…
  • jusqu’ici, l’hôpital n’avait pas de salle de bain. On pourra désormais baigner le malade avant l’opération dans une baignoire émaillée. Un fourneau alimenté au gaz, assurera la fourniture de l’eau chaude. Non moins urgente, était la création de « water-closets ».
  • un large vestibule servira de promenoir aux malades convalescents qui pourront rester dans le pavillon de chirurgie, trois chambres leur étant réservées.
  • dans chaque chambre, un lit est réservé à l’infirmier chargé de veiller l’opéré pendant les premiers jours. Mais un projet mettra en place la création de logements pour les infirmiers, reliés aux chambres des malades par une sonnerie électrique

Le coût total du devis se monte à 22.600 francs dont 5% pour les honoraires de l’architecte. Mais, à notre époque où tout se monnaie, y compris des services qu’on pourrait juger inhérents à une fonction, on est surpris de constater que le chirurgien Albert Panné n’a pas fait payer son « projet »…

Bilan de neuf années

Albert Panné fait, en 1899 un bilan portant sur 3254 malades admis en service de chirurgie depuis son ouverture. Si le nombre d’opérations passe de 22 en 1890 à 192 en 1899, il convient de rechercher les causes de décès chez les opérés et les non opérés. Et, de toute évidence, le pourcentage de survie est nettement supérieur chez les « opérés ». Les maladies traitées à cette époque vont des inflammations aux cancers, en passant par les maladies génito-urinaires et les tuberculoses alors si fréquentes. Mais c’est dans le domaine du traitement de la diphtérie que les réussites sont spectaculaires. Jusqu’ici, aucune trachéotomie n’avait été pratiquée à Nevers, c’était donc la mort assurée du malade. Albert Panné, qui pratiqua la première à Nevers et dans son rapport il montre qu’avec l’introduction du sérum Roux et les progrès de l’hygiène, sur 21 trachéotomies pratiquées, 19 ont réussi (Statistique du Service de Chirurgie de 1890 à 1899 - Hôpital de Nevers - Albert Panné, document privé.). Les deux autres patients, arrivés en état d’asphyxie à l’hôpital, n’ont pu bénéficier du sérum.

Albert Panné ne cessa de chercher le moyen d’améliorer le traitement des malades admis à l’hôpital. Ainsi, en 1911, il demande un service de radiologie, mais, faute de financement, la commission ne sera pas en mesure de donner suite à ce projet. Il a été pendant plus de 10 ans président du Syndicat des médecins de la Nièvre.

Photo prise au Pontot à Moulins-Engilbert en 1898 : Albert , sa femme, sa fille Lucienne et sa tante Jules Panné.

Il s’était marié à Louise, fille du peintre nivernais Auguste Matisse dont il eut deux enfants

Albert s’éteignit en 1916, à l’âge de 55 ans et le Journal du Centre du 10 juin, relatait ses obsèques. Etaient présents le maire de Nevers, le président du syndicat des pharmaciens, celui de la commission de l’hospice, celui de l’Association des médecins de la Nièvre, « de nombreux confrères du défunt,  le personnel entier de l’hôpital de Nevers et une délégation des sœurs de la charité chrétienne de Nevers». Les Moulinois « avaient tenu à rendre les derniers devoirs à un homme qui avait fait honneur à sa ville natale » : le maire de Moulins Engilbert, M. Regnault, le docteur Horey, l’ancien maire M. Rabion.


Sources de l'article de Jacqueline Bernard :

  • CAMOSINE N° 77 des Annales des pays nivernais : « Histoire des hôpitaux de Nevers » Gilbert Carbonatto
  • Le pavillon d’opération de l’hôpital de Nevers par le Docteur Albert Panné ex. Interne lauréat des hôpitaux de Paris, chirurgien en chef de l’hôpital. Imprimerie de Mazeron frères 1892 Document aimablement fourni par la famille Panné de même que :
  • Thèse de doctorat en médecine 1888 Albert Panné
  • Statistique du service de chirurgie de 1890 à 1899 Hôpital de Nevers Albert Panné
  • différents bulletins du Syndicat des médecins de la Nièvre années 1907 1908
  • photo transmise par madame Huguette Panné du Pontot
  • Texte de J. Bernard paru dans « Les Morvandiaux de l’Ombre à la Lumière » tome 1 2010


Patrick Raynal 20 janvier 2017