Moulins Engilbert monument aux morts

De Wiki58

O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mais qui fut sans nuage et juin poignardé
Je n’oublierai jamais les lilas et les roses
Ni ceux que le printemps dans ses plis a gardés
Louis Aragon (Le Crève-cœur)

Après la victoire de 1918, la quasi-totalité des communes de France ont érigé un monument à la mémoire des soldats morts au cours de la première guerre mondiale.

Séance du 17 novembre 1918

Au cours de ce Conseil municipal présidé par monsieur Antonin Regnaut, l’assemblée « ouvre (entre autres décisions) sur l’exercice courant un crédit de 500 Francs pour fêtes publiques qui pouvaient être la conséquence de la victoire de nos troupes sur celles des empires centraux. » Au cours de ce même conseil le maire rappelle que la Boulangerie Coopérative de la ville(1), présidée par monsieur Berger « a décidé de consacrer dès le 9 août 1914 la somme de 1000 Francs aux blessés de guerre soignés à l’hospice de Moulins Engilbert. Le solde des 350 Francs utilisés sera réparti selon les indications du maire, en accord avec monsieur Berger, « pour les œuvres de guerre. » Il ouvre sur l’exercice courant un crédit de 20 Francs pour l’œuvre du « Nid du soldat » de Nevers. Le conseil, à l’unanimité, renouvelle ses remerciements à la Société coopérative pour son don généreux. »

Séance du 15 décembre 1918

Allusion est faite à l’usage des dons de la Boulangerie populaire. Il est rappelé que le 5 août 1917, le Conseil a décidé « en principe, d’ériger au cimetière un monument commémoratif destiné à rendre hommage aux enfants de la commune morts pour la France, en précisant que pour élever ce monument, il convenait d’attendre la fin des hostilités. « Maintenant que nos troupes, victorieuses, ont battu l’envahisseur et que nos braves soldats vont rentrer dans leurs foyers, le moment est venu de rendre à nos morts, l’hommage qui leur est dû en y comprenant les soldats morts pour la France au cours de la guerre de 1870-1871. »

Une commission de quatre conseillers, dirigée par le maire et quelques notables est chargée de l’édification du futur monument au cimetière, sans autre forme de justification.(2)

Année 1919

Le 25 janvier 1919 le Conseil appelle à la souscription dans la presse locale : « Ce monument est destiné à perpétuer la mémoire des enfants de Moulins morts pour la Patrie. C’est un devoir sacré pour la commune de ne pas attendre plus longtemps pour répondre à l’appel : les grosses bourses ainsi que le plus minces s’ouvriront. Aucun monument n’a jamais été élevé à aucun des personnages Moulins Engilbert qui se sont distingués à des titres divers…Devant le monument érigé en commémoration des morts de la cité, tout le monde ne pourra que pieusement s’incliner » »

Le Conseil semble ignorer qu’en 1910 un nommé L. Dumoulin, dans un projet d’urbanisme global concernant le bourg, propose dans son chapitre 59 l’érection d’un : « Monument des enfants du Morvan (Quand même !) »

« Un monument patriotique  obtenu à l’aide d’une souscription pourrait être édifié sur une place de Moulins. Il ornerait une fontaine remplaçant la pompe qui est vers l’église. Ce monument pourrait n’être qu’une simple pyramide à laquelle serait adossé un petit soldat défendant son drapeau. Les patriotes morvandiaux s’empresseraient d’y souscrire. » Dumoulin fait référence  aux soldats de la guerre de 1870-71.

Le même Dumoulin proposait, dans son chapitre 21, d’élever un monument public à la mémoire de « notre concitoyen, Jules MIOT. »(3) (NDLR)

Le 2 mars, la souscription a produit la somme de 5.884 Francs et la municipalité vote une subvention de 4 000 Francs. Le Conseil indique dans cette réunion, que la commission chargée de la souscription s’est réunie une première fois le 25 janvier 1919 pour fixer les conditions dans lesquelles devaient être faites les souscriptions à domicile, s’adjoindre un trésorier, monsieur Bezille et décider que le montant des souscriptions serait versé à la Banque Bezille et Payot de Moulins Engilbert.(4)

Le 2 mars 1919 le Conseil vote également une subvention de 100 Francs au profit du Comité qui s’est constitué sous la présidence de monsieur Alfred Massé ancien ministre pour l’érection à Nevers d’un monument aux enfants de la Nièvre morts pour la France.

Le 2 novembre 1919 le nom des morts de la Grande Guerre est inscrit sur une plaque dans l’église de la commune.

Inauguration

L’inauguration eut lieu le 21 novembre 1920. Préporché et Isenay avaient inauguré le leur respectivement le 15 août et le 12 septembre 1920. Ce monument a la particularité de porter le décor d’une croix latine blanche qui lui donne un caractère funéraire et un écusson aux armes de la ville.

Le Conseil décide : – qu’une concession à perpétuité sera concédée gratuitement pour la sépulture des soldats morts pour la France, originaires de la commune dont les corps seront ramenés pour être inhumés dans le cimetière communal, étant observé :

  • que la concession ainsi accordée sera réservée à la sépulture de militaires concessionnaires à l’exclusion de la famille.
  • que dans la mesure du possible, ces concessions seront groupées
  • que la concession ne sera pas accordée aux familles des militaires possédant déjà une concession perpétuelle ni à celles jouissant d’une situation notoirement aisée.


(1) Rappelons que « la coop » se trouvait place Lafayette
(2) Quant à l’emplacement du monument, «  le Journal du Morvan » engage la polémique et écrit : « la municipalité ferait mieux de l’ériger sur une place publique où il pourrait être vu de tout le monde de passage. » (3) Jules Miot est décédé en 1883 (4) Il faut rappeler que la banque Bezille et Payot était contrainte de fermer ses portes en 1937, accusée de verser des intérêts importants, alimentés par le dépôt de nouveaux actionnaires, jusqu’au jour où tout s’effondre…


Sources :

  • Serge Bernard, "Autour du monument aux morts de Moulins Engilbert"
  • Archives municipales de Moulins Engilbert
  • Article journal « Paris-Centre »
  • Manuscrit de L. Dumoulin : Projet de la future ville et copie d’une lettre au maire monsieur le docteur Martin (décédé en 1907). (Travail de J. Bernard déposé à la bibliothèque municipale


Patrick Raynal 14 janvier 2016