Maquis Roland

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I. Maquis Roland - Maquis de Donzy

"Un petit village berrichon, Marseilles-les-Aubigny, à deux pas de la Nièvre, a vu naître, en 1924, celui qui fut l'un des premiers maquisards de France, sinon le premier : Roland Champenier dont la vie brève a été bien remplie au service de la France. Intelligent, simple et modeste, ses qualités d'organisateur lui valurent le mérite d'être le chef des F. T. P. du Cher, puis de la Nièvre. D'une nature généreuse et non partisane, il sut s'assurer la confiance et le dévouement de tous ceux qui n'aspiraient qu'à la lutte libératrice. Les F. T. P. comptèrent ainsi dans leurs rangs le Marquis Denys de Champeaux (Colonel, dit « Commandant Biard »).
Étudiant à Vierzon et désireux d'entrer à l'école Bréguet, Roland Champenier suspendit ses études pour se consacrer tout entier à la résistance. En 1940, il avait déjà aidé de nombreux prisonniers à s'évader du camp de Fourchambault en leur faisant traverser la Loire en barque, puis passer les barbelés de la ligne de démarcation.
A partir de 1941, il commença le rassemblement des F. T. P. de son département et enrôla, dans ses groupes, les réfractaires au service du travail obligatoire, fondant, en novembre 1942, le maquis de La Guerche-sur-l’Aubois. Le 16 mai 1943, accompagné de René Melnich et Max Thenon, il libéra, en gare de Nérondes, l'un de ses camarades emmené à Bourges. La police et les Allemands recherchèrent alors Roland qui dut se camoufler a Saint-Léger-le-Petit.

Du Cher, il vint dans la Nièvre ; ses chefs l'ayant choisi pour y faire aussi œuvre utile. Son esprit alerte, sa vigueur sportive le servirent excellemment.
Roland Champenier

Pendant toute cette année 1943, les équipes F. T. P., de La Charité (Commandant Genet), Sauvigny-les-Bois (Petit) et Imphy (Telly), s'attaquèrent aux trains de permissionnaires. En quelques mois, deux de ces équipes provoquèrent dix-huit déraillements. La ligne de Paris fut souvent coupée dans le secteur Pouilly-La Charité (à Tracy-Sancerre, Mesves-Bulcy, etc..) ; celle de Chagny, à Imphy et Béard; enfin celle de Moulins, à Gimouille.
Afin de gêner la marche des usines utiles à l'ennemi (Société de Constructions Aéronautiques du Centre, à Fourchambault), plusieurs pylônes électriques furent sabotés dans la région.
Le 5 novembre, Roland délivra six F. T. P. arrêtés en octobre par le Service de Répression des Menées Anti-Nationales. En traitement à l'hôpital général de Nevers après un long martyre à l'école Normale, — martyre odieux, car avec écœurement et tristesse, il faut reconnaître que ses auteurs furent des Français qui se firent les complices des Allemands —, ces F. T. P. : Henri Bussières, Commandant Genet, Georges Leblond, Marchand, Marie et Raveau, ayant pu faire parvenir à leurs amis des renseignements sur l'endroit précis où ils se trouvaient, recouvrirent une liberté qu'ils n'osaient plus guère espérer. Avec sa mitraillette, Roland s'avança à la tête du petit groupe qu'il avait préparé avec Wasyck et Véreaux. Quelques minutes suffirent pour réaliser un enlèvement aventureux et hardi dont la réussite fut proclamée par la B. B. C. et Radio-Moscou.
Ce succès se renouvela le 4 mars 1944. Cette fois, ce fut Roger Beauger qui fut tiré de l'hôpital. Coiffeur parisien venu dans la capitale nivernaise en 1941, il avait mis à profit son séjour, comme employé aux usines Thomson-Houston, pour saboter les fusées d'obus dans une proportion de 40 %, puis s'était joint au Commandant Genet et à Roland. Le 13 octobre 1943, tombé entre les mains des policiers du S. R. M. A. N. qui connaissaient son activité, Roger Beauger fut épouvantablement torturé. On ne lui épargna pas les coups de nerf de bœuf et de poing dans le ventre « pour le remettre de sa maladie de foie ». Malgré d’horribles menaces proférées contre sa femme et ses enfants, il ne parla point, sauvant ainsi bien des patriotes de la rafle et du poteau d'exécution.
Au début de l'été 1944, deux principaux maquis F. T. P. — ceux de la Forêt de Donzy et de Balleray (Ariaux) — furent accrochés par la Wehrmacht. Sans contredit, la bataille de Donzy fut la plus sanglante pour l'ennemi puisqu'elle lui coûta cent soixante-quatorze morts.
Le Maquis de Donzy était le siège du P. C. des F. T. P. de la Nièvre (1). Replié de quelques kilomètres, depuis le 27 juin, à la suite d'un engagement avec une voiture d'officiers de la Gestapo, il s'étendait près du village de Couthion et était fort de près de deux cents hommes. Peu de chose comparativement aux trois mille Allemands qui l'assaillirent le 1er juillet. Durant les trois premières heures de la mise en place de ses forces, l'ennemi ne devina pas que les lieux qu'il cernait avaient été récemment évacués. Il se rendit seulement compte de son erreur lorsque deux de ses soldats, en motocyclette, essuyèrent le feu de l'un des postes de garde F. T.P.
Couthion fut alors rapidement occupé par une demi-douzaine de tanks précédant l'infanterie. En conséquence, le Commandant décida de décrocher et de percer vers Bondieuse. Une reconnaissance, pas assez poussée en profondeur, fit croire que ce village n'était pas contrôlé par les Boches, tandis que ceux-ci s'y trouvaient bel et bien.
Cette méprise causa la mort de plusieurs partisans, dont le père du Commandant, « Capiche ». Roland apprit la terrible nouvelle avec stoïcisme et, raffermissant son courage, tua un Allemand grimpé dans un arbre.
La lutte se poursuivit jusqu'au soir, plus âpre en direction de Cessy-les Bois, pour donner un coup de bélier dans les lignes adverses et tout culbuter. La majorité des F. T. P. qui avaient douze morts et cinq blessés, se retira ensuite vers Prémery, tandis qu'une partie se dirigeait sur Entrains.
Le Commandant Roland, qui devait être tué plus tard à Belfort, après avoir refusé les galons de Lieutenant-Colonel, fut, avec ses camarades, partisan de mainte autre victoire, mais celle-ci demeurera la plus glorieuse. Treize personnes de Donzy et de Sainte-Colombes furent, hélas, torturées et fusillées en représailles. Ce sont : pour Donzy : Louis Couard, 36 ans, père de huit enfants ; Paul Lemaire, 29 ans ; Pierre Lemaître, 26 ans ; Lucien Maillard, 24 ans et Jacques Michot, 17 ans, assassinés dans la Forêt d'Avains, commune de Châteauneuf-Val-de-Bargis ; Marcel Louis, 21 ans, et Georges Morère, 26 ans ; pour Sainte-Colombe: Eugène Bardin, 44 ans et sa femme, 41 ans, décédée à l'hôpital de Cosne — leur ferme de la Galonnerie fut brûlée comme le hameau de Couthion ; Maurice Coillac, 22 ans ; Marcel et René Poursin, 36 et 26 ans, et Eugène Lebègue, 39 ans, rattrapés dans leur fuite.

(1)M. Millot, d'Alligny-Cosne, participa à son organisation. Responsable régional du Front National il fut chargé du développement des Milices Patriotiques dans les cantons de Cosne, Donzy et SaintAmand-en-Puisaye."


Source :
Extrait tiré du livre 'Ceux de la Résistance – Bourgogne, Nivernais, Morvan' – Editions Chassaing – Nevers – M - CM- XLVII
Chroniques et pages de gloire. 1947. Henri Picard

Avec l'aimable autorisation de Jean Michel Picard, fils d'Henri Picard (1923-2006)
Bolg : http://maquismorvan.blogspirit.com/


II. Stèle du Commandant Roland Champenier à Nolay

« Chef des maquis F. T. P. de la Nièvre, officier de grande valeur, résistant de la première heure, a pris dès 42, l'initiative de créer des maquis dans le Cher, puis dans la Nièvre. A été jusqu'en mai 1944,l'organisateur de toutes les opérations de sabotage et de guérilla dans la région de Nevers, puis à partir de cette époque, a travaillé en étroite collaboration avec les chefs des autres groupements. Animé par une volonté ardente de chasser l'ennemi qui traquait sa famille, a participé à de nombreuses actions, arrachant en particulier des mains de la Gestapo six de ses soldats et infligeant, le 1er juillet 1944, des pertes considérables aux Allemands à la bataille de Donzy, dans laquelle son père, qui combattait dans les rangs de la résistance, trouva une mort héroïque. A pris une part active à la libération de la Ville de Nevers, où il entra le premier à la tête de ses troupes. Toujours à la pointe du combat, magnifique entraîneur d'hommes, est un bel exemple de l'audace et de l'énergie française ».

Monument Roland Champenier à Nolay

"Chef des Francs tireurs et partisans français
Nièvre et Cher
Mort au combat sur le front des Vosges le 14 novembre 1944 à l'âge de 20 ans
Roland avait installé son état-majot sur la commune de Nolay dans l'été 1944 à Courtois et Prunevaux"


Le prix de la liberté

"Un lourd sacrifice consenti par la résistance et les familles de résistants
1055 patriotes emprisonnés
413 déportés dont 234 décédés
72 fusillés
122 otages exécutés dont 4 femmes
53 otages massacrés dont 6 femmes
212 résistants tués aux combats
soit 1927 victimes du nazisme dans la Nièvre.
En plus des blessés, des malades non dénombrés à qui nous devons d'être délivrés de la plus tyrannique, la plus bestiale et cruelle domination."

Sous une carte représentant l'implantation des maquis FTPF, placés sous les ordres de Roland Champenier d'avril 1943 à la libération du département est écrit :
"Les maquis de la Nièvre ont seuls libéré le département ainsi qu'en fait foi une note du général Patton commandant la 3e armée américaine."