Les processions, les obligations

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Avant les édits de 1776 et de 1783, les confréries ne restent pas toujours cachées au fond des églises. Certains jours elles paraissent en public. Elles ont même l'obligation de participer à certaines cérémonies, dont leurs étendards sont les plus beaux ornements. Elles prennent part aux processions ordinaires de la Fête-Dieu, des Apôtres, de St-Verain, de St-Sébastien et de St-Roch, aux processions extraordinaires en temps de mission et surtout de mauvaises récoltes, aux obsèques des évêques ou des échevins, aux services funèbres célébrés en l'honneur des rois défunts ou des membres de la famille royale.

La procession de la Fête-Dieu est le grand événement religieux de la ville. Autrefois, plus encore qu'aujourd'hui, les populations des campagnes voisines se rassemblent à Nevers à cette occasion. Les officiers de police organisent la fête et publient quelques jours auparavant une ordonnance générale, qui sert de programme. Les confréries sont convoquées sous peine d'amende, quelquefois même par billets imprimés. Le défilé commence à 8 heures, mais elles doivent se ranger dès 7 heures ou même 6 heures du matin. Les bâtonniers arrivent avec leurs bannières, les confrères avec leurs cierges. Le cortège se forme aux abords du palais épiscopal et de la cathédrale, non pas sur la place de l'évêché trop exiguë, mais sur la place ducale ou le long de la rue de la Parcheminerie. Les questions de préséance sont irritantes, même parmi les gens du peuple. Les confréries se rangent par ordre d'ancienneté. Le procureur du roi et le procureur ducal, présents avec leur liste, surveillent les préparatifs. Les boutiques, les cafés doivent être fermés et les marchés suspendus.

Toute contravention expose à des poursuites. Tantôt certains bâtonniers ne se trouvent pas à l'heure dite ou à l'endroit indiqué. Tantôt certaines confréries se disputent la préséance et provoquent du scandale. Souvent les fidèles ne marchent pas avec toute la piété requise ou quittent la procession pour aller au cabaret. Les juges ne manquent pas d'infliger des amendes aux confrères qui ne répondent pas aux convocations. Il faut avoir des excuses valables et prévenir trois jours d'avance. L'affaire devient grave quand il y a non négligence mais provocation.

D'ailleurs tous les habitants, quels qu'ils soient, ont en la circonstance des devoirs à remplir. Ils suivent le cortège. Dans toutes les rues, où passe la procession, locataires et propriétaires balaient le pavé, décorent les maisons. Les façades doivent être « nettes et tendues ». Les auberges retirent leurs « bouchons ou brandons », c'est-à-dire leurs enseignes. Il est interdit de circuler avec des chevaux ou des voitures, de danser sur les places. Le procureur du roi et le procureur ducal inspectent les rues, infligent des amendes aux habitants, qui ne décorent pas leurs maisons ou ne ferment pas leurs boutiques.

De même, les habitants sont astreints à d'autres obligations religieuses, comme le chômage du dimanche et des jours fériés. En principe, les boutiques doivent être fermées et les travaux arrêtés. Mais ces règlements contrarient fort le commerce et l'industrie, car sous l'ancien régime, les jours « non ouvriers » sont beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui. Artisans et marchands obéissent de mauvais gré. Souvent l'esprit de lucre, ou tout simplement les nécessités de l'existence, passent avant la dévotion. D'ailleurs au 18e siècle, les statuts des confréries et des corporations, ainsi que les ordonnances de police, n'ont plus sur ces questions la rigueur que l'on pourrait imaginer. Ils ne sont guère intransigeants que sur la question du carême, à l'égard de certains artisans comme les bouchers. La corporation est en vacances pendant cette période. Il ne reste plus qu'une boucherie, la boucherie de carême à l'usage des malades. De même, il est défendu aux cabarets, hôteliers et autres marchands de donner à manger dans leurs maisons aucunes chairs, sauf à ceux qui ont permission de l'église. Mais en dehors du carême, les règlements sont confus et contradictoires. Ils font des concessions à l'opinion publique, surtout dans les métiers indispensables à l'alimentation.

D'après les statuts de 1708 (art. 27), les bouchers ne sont tenus de fermer sous peine de 20 liards d'amende qu'à l'occasion des « quatre festes annuelles, jour de Feste-Dieu et de l'Assomption de la Vierge, jour de l'An et Feste des Roys ». Une ordonnance de police du 11 juin 1721 semble plus rigoureuse. Elle constate d'abord partout le mépris des lois de l'église et des magistrats. Mais après ce préambule qui ferait croire à des mesures de rigueur, elle se contente d'interdire à tous les marchands, épiciers, boulangers, bouchers, cabaretiers, traiteurs, maîtres de jeux de paume, billard et autres jeux, de rien débiter ni de recevoir aucun client, sauf les étrangers de passage, pendant les heures des services divins, c'est-à-dire de 8 heures du matin à 11 heures et de 1 heure à 4 heures, sous peine de 10 liards d'amende à la première contravention. De même, les charrois ne sont interdits que les jours de fêtes dans la ville et dans la banlieue. Cependant ce texte de caractère plutôt libéral, paraît encore excessif. Il est peu respecté. Les voituriers par terre et par eau partent en voyage, chargent et déchargent leurs convois les dimanches et jours de fêtes. Les meuniers continuent à conduire leurs fournées. Les bouchers débitent la viande même aux heures des services divins. Le procureur du roi et le procureur ducal doivent parcourir les rues et veiller en personne à l'application des règlements.

Le 10 mai 1781, une autre ordonnance de police présente encore des caractères différents.

Sous l'ancien régime, les pratiques extérieurs ne suffisent pas. Il faut encore faire œuvre de chrétien, fréquenter l'église et les sacrements. Les certificats de bonne vie et meurs ne sont guère que des certificats de catholicité. Dans une petite ville comme Nevers, partagée en une dizaine de paroisses, il est difficile d'échapper à la surveillance des prêtres. Ceux-ci connaissent leurs fidèles aussi bien qu'aujourd'hui les curés de campagne. Le clergé fait des remontrances aux chrétiens peu assidus, et si cela ne suffit pas, les dénonce aux bras séculier.


Le bâton de la Vierge, à Aunay-en-Bazois

Sur la commune d'Aunay-en-Bazois, les registres BMS recensent (au minimum) 4 actes signalant la remise du bâton de la Vierge, qui avait lieu traditionnellement le 15 août.


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Le 15 août 1735, ce sont Charles Mouchoux et Antoine Naudin qui "mettent ce bâton en dernier" à quatre livres de cire


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Le 15 août 1749, le bâton de Notre Dame a été mis à vingt quatre livres de cire par Messire Jean Charles Demesgrigny, chevalier seigneur Comte d'Aunay, Lieutenant général des Armées de sa Majesté, au nom de Messire Loüis Le Pelletier, fils de Messire Loüis Le Pelletier de Rosambo, président "a mourtier ?" au parlement de Paris, et de Dame Madame Marie Claire Edmée de Mesgrigny ses père et mère


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Le 15 août 1752, le bâton de la Vierge a été mis à vingt trois livres de cire par Barthelemy Merlin (pour la petite histoire, celui-ci est mon ancêtre direct, et était le charretier du Comte d'Aunay)