Le passage des Gardes Nationaux de Nevers à La Charité-sur-Loire

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  • Au printemps 1796, « la  Petite Vendée du Sancerrois » dont Jean-Guillaume Hyde de Neuville fut activement mêlé, est conduite par Louis-Edmond Antoine Le Picard de Phélippeaux, lieutenant-général dans l’armée de Condé. C’est un mouvement royaliste audacieux, rapidement préparé mais aussi rapidement réprimé par l’intervention des Gardes nationales de la Nièvre et du Berry. Les Vendéens cherchent à étendre leur action au centre de la France, profitent du mécontentement que la levée en masse a causé dans les populations et se jettent dans le Sancerrois. Plusieurs communes sancerroises prennent les armes au nom du roi. Des insurgés royalistes conduits par Phélippeaux s’emparent de Sancerre vidée de ses administrateurs et de ses gardes-nationaux ; ceux-ci ont fui à l’annonce de l’arrivée d’une troupe de royalistes. La ville se rend sans résistance le 13 germinal An IV (2 avril 1796).
  • La prise de Sancerre est une menace pour Nevers qui envoie 1200 gardes nationaux parmi lesquels se trouvent 80 cavaliers, afin de reprendre la ville.
    De leur côté les Républicains s’organisent pour faire face à la révolte. Envoyé par Hoche, le général Canuel annonce des secours, un détachement sous les ordres du fils du Général Michel part d’Orléans et une troupe part de Bourges conduite par le Général Desenfans assisté du général Canuel. Informé de ces arrivées imminentes, Phélippeaux abandonne Sancerre qui est reprise par les forces républicaines le 20 germinal An IV (9 avril 1796). Les bandes royalistes formées de gens du pays se dispersent et les chefs prennent la fuite. Tous sont arrêtés, parviennent à s’évader mais après diverses péripéties se constituent prisonniers. Ils sont jugés et acquittés sauf le Vendéen Phélippeaux qui est condamné à 10 ans de fer. Il réussira à s’échapper grâce à la complicité d’Hyde de Neuville lors de son transfert de la prison de Bourges vers une autre prison.
  • Partis de Nevers le 14 germinal An IV (3 avril 1796) au soir, les gardes arrivent à La Charité-sur-Loire à 1 heure du matin. Ils annoncent leur présence bruyamment et se livrent à diverses manifestations qui ne sont pas du tout du goût des Charitois. Une lettre datée du 17 germinal an IV (6 avril 1796) et adressée au Ministre de la Police générale fait état de comportements déplacés, notamment :
« Ont effrayé leurs logeurs, frappant, sonnant, heurtant à coups de crosse de fusil »,
trois d’entres eux ont voulu « en prononçant les jurements les plus atroces », prendre le cierge pascal et le mettre en morceaux,
d’autres ont parcouru les rues en chantant « les chansons les plus obscènes »,
d’autres encore « arrachoient(1) des mains des paysans, les commestibles(1) qu’ils apportoient(1) au marché de la commune »,
entre autres, un lièvre fut arraché des mains d’un habitant de Jussy-le-Chaudrier, lièvre valant 40 F en numéraire et qui lui a été payé par « un de ces messieurs » 40 F en assignats.
L’auteur de la lettre poursuit :
« au moment du départ un de la troupe connu dans toute la Révolution par son goût décidé pour le sang et le pillage proposait à tous ses camarades de s’emparer du citoyen Maugue, notaire public, ayant charge de 6 enfans(1), homme probe et tranquille, que ce scélérat et compagnie avoit(1) déjà conduit une fois sous le glaive de la guillotine » (Hyde de Neuville l’en arracha en plaidant pour lui à Nevers le 24 brumaire 1793 (14 novembre) « de l’amener sur la place d’arme et de le fusiller. »
Pour sentence, ce « soldat révolutionnaire » ne reçut que quelques reproches de la part de ses chefs.
  • La réponse faite à cette lettre par le Commissaire du Directoire tente de minimiser les faits. Il explique qu’il fit donner au premier détachement de Nevers, parti le 14 au soir ; « un chef froid et sage » à qui il demanda la prudence et de « veiller à ce que sa troupe ne fit et ne dit rien qui put aigrir les esprits n’y(1) rappeler des souvenirs que le grand intérêt de la chose voulait qu’on oublia dans les lieux ou elle allait passer et se rendre et où la situation morale n’était rien moins que républicaine ». Il ajoute qu’il ne put accompagner le premier détachement mais que, passant à La Charité le 17, il vit l’administration municipale et beaucoup d’autres citoyens et que pas un seul « ne porta la moindre plainte contre lui ». Arrivé à Cosne, il s’enquit auprès du commandant de savoir si tout c’était bien passé. Celui-ci lui répondit que sa troupe avait été reçue un peu fraîchement, mais que seul le passage à La Charité avait causé quelques désordres. Le détachement aurait été vu de fort mauvais œil, n’aurait reçu que du pain, aurait été insulté par divers propos auxquels un garde national un peu éméché et piqué au vif aurait vivement répliqué. Quelques-uns de ses camarades se seraient joint à lui et, les injures continuant, ils auraient répondu à des propos fortement prononcés par « ceux de La Charité », sentant le détachement courir les plus grands dangers dans cette terre à peu près ennemie.
  • Le commandant gronda le garde national et fit remarquer qu’il l’aurait puni plus sévèrement s’il ne l’avait pas vu pris de boisson et si les autres gardes-nationaux n’avaient pas été provoqués par des propos outrageants venant d’hommes dont les principes antirépublicains étaient connus (les royalistes sont assez nombreux à La Charité et c’est le pays d’Hyde de Neuville).
  • Le retour des gardes nationaux à Nevers n’en fut pas moins fêté par des festins et de pompeux discours.

(1) L’orthographe a été respectée.

Sources :
Persée,
Nivernais Morvan de Raymond Colas,
Madeleine Saint Ēloy article paru dans la Société Académique.

Martine NOËL (discussion) 15 janvier 2019 à 13:44 (CET)