Le camp de Sougy : Différence entre versions

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*Les autorités du camp ne négligent pas la santé des soldats, même si leur principal souci est celle des chevaux. 20 hommes ont été hospitalisés dans les premiers mois de 1919, c'est sans doute la grippe espagnole, un est décédé. Moins de 2 % ont été soignés pour des maladies vénériennes ; une campagne de prophylaxie impose à tous les militaires deux visites par mois. La discipline est assez efficace ; le camp ne compte pour cette période qu'un seul déserteur (où est-il parti ?) et sept absents irréguliers (A.W.O.L. = absent without leave).
 
*Les autorités du camp ne négligent pas la santé des soldats, même si leur principal souci est celle des chevaux. 20 hommes ont été hospitalisés dans les premiers mois de 1919, c'est sans doute la grippe espagnole, un est décédé. Moins de 2 % ont été soignés pour des maladies vénériennes ; une campagne de prophylaxie impose à tous les militaires deux visites par mois. La discipline est assez efficace ; le camp ne compte pour cette période qu'un seul déserteur (où est-il parti ?) et sept absents irréguliers (A.W.O.L. = absent without leave).
 
*Le camp de Sougy est alors commandé par le lieutenant-colonel Charles B. Amory, qui donne l'ordre d'évacuation le 5 juin 1919. 6000 chevaux et 3300 mulets ont été vendus aux enchères à des éleveurs ou agriculteurs français. Les bâtiments sont alors démontés, les stocks de matériel et fourrage vendus ou ré-embarqués, et les terrains rendus à leurs propriétaires.
 
*Le camp de Sougy est alors commandé par le lieutenant-colonel Charles B. Amory, qui donne l'ordre d'évacuation le 5 juin 1919. 6000 chevaux et 3300 mulets ont été vendus aux enchères à des éleveurs ou agriculteurs français. Les bâtiments sont alors démontés, les stocks de matériel et fourrage vendus ou ré-embarqués, et les terrains rendus à leurs propriétaires.
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===Les Américains et les enfants de Sougy.===
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*Le 25 décembre [1918] dernier, le camp américain de Sougy était en fête. Nos amis célébraient le "Christmas" et avaient eu la délicate pensée de faire partager leur joie aux enfants de [[Sougy sur Loire|<u>Sougy</u>]] et de [[Druy Parigny|<u>Druy-Parigny</u>]].<br> Sous l'impulsion du chapelain David P. Moran, le produit d'une collecte faite parmi les officiers et les soldats avait été consacré à l'achat de vêtements et de jouets, et les enfants avaient été invités à la fête de l'Arbre de Noël.<br> Celui-ci, un des plus beaux sapins du camp, était superbement pavoisé de drapeaux aux couleurs alliées et de guirlandes multicolores.<br> Les enfants étaient accourus très nombreux, et formaient avec les parents et les soldats américains une assistance gaie et nombreuse.<br> Ce furent d'abord, exécutés par les élèves de l'école de [[Sougy sur Loire|<u>Sougy</u>]], plusieurs chœurs très applaudis. Puis une charmante fillette, costumée en Alsacienne, offrit au P. Moran, au nom de tous et en signe de remerciement, une énorme touffe de gui enrubannée aux couleurs américaines et françaises. Mais le meilleur pour les enfants fut celui où les "Sammies" firent la distribution des "présents". Chacun en eut sa part et chacun fut content.<br> Qu'il nous soit permis, en terminant, d'adresser à nos généreux amis, nos plus sincères remerciements pour la joie qu'ils ont su procurer à nos enfants.<br>
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Texte communiqué par Pierre Volut
 
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Version actuelle datée du 21 décembre 2019 à 14:41

Le camp de la cavalerie américaine, "The finest campsite in France".

Vue générale du camp
  • L'armée américaine a choisi plusieurs sites dans la Nièvre pour installer des dépôts, des unités de réparation d'engins motorisés (Sougy, Nevers), des hôpitaux militaires (Mesves, Mars-sur-Allier) et aussi un important dépôt de remonte de cavalerie, doté d'un hôpital vétérinaire. C'est sur la commune de Sougy-sur-Loire que ce camp est établi, entre la route nationale Nevers-Decize et la voie ferrée, à proximité du hameau de Teinte. 104 hectares de terres appartenant au général Gautheron et au comte de Gaillon sont cédés aux Américains près du hameau de Teinte.
  • Le 2 août 1918 les deux premiers escadrons du 3e Régiment de Cavalerie Américaine arrivent, commandées par le capitaine R.R. Allen. D'autres escadrons suivent en septembre et octobre, accompagnés par une compagnie de génie et d'unités de vétérinaires.
  • Baraquements en bois, mess, cantine, salle de douches, laverie, station électrique, réservoirs, système de filtrage et de purification de l'eau, écuries, manège, hôpital vétérinaire, tout est prêt fin 1918 - au moment où la guerre s'arrête - pour accueillir et soigner 5000 chevaux.
  • Deux documents mis en ligne sur Internet retracent la brève histoire de ce camp. Les descendants du sergent Leonard Patrick Murphy ont résumé sa généalogie et son séjour en France ; un rapport rédigé par le major Daniel C. Martin fait le point sur la situation du camp en avril 1919. Les deux documents sont illustrés de photos et de plans.

Leonard Patrick Murphy

Leonard Patrick Murphy
à cheval
  • Leonard Patrick Murphy est originaire du comté de Polk, dans l'état de Wisconsin. Ses ancêtres sont arrivés dans la région pendant les années 1860, après avoir immigré d'Irlande en 1847.
  • Le 26 juillet 1918, Leonard Patrick Murphy rejoint l'armée américaine à Fort Snelling, dans le Minnesota. Il est ensuite incorporé à une unité de formation vétérinaire, la Medical Officer's Training School (M.O.T.S.) à Fort Riley, Kansas. Le 17 septembre, après cette période de formation, il est muté dans une unité vétérinaire au Camp Lee, basé à Petersburg, Virginie. Puis, le 27 octobre, c'est le Camp Mills, à Mineola, une localité dans la banlieue est de New-York, sur Long Island.
  • En novembre, Leonard Patrick Murphy participe à l'embarquement de chevaux sur des cargos qui stationnent au port de Hoboken.
  • Le 27 novembre 1918, c'est son tour de monter à bord du cargo Tjisondari, un navire construit aux Pays-Bas en 1915 et affecté depuis trois mois à des transports de matériel vers l'Europe. Le 9 décembre, le Tjisondari arrive à Quiberon ; 800 chevaux sont débarqués, plusieurs se sont blessés au cours du transport ou sont malades, les équipes vétérinaires sont déjà à l'œuvre.
  • Par chemin de fer, les chevaux et le personnel qui les accompagne arrivent à Nevers puis à Sougy. 15 détachements ont permis de convoyer 11000 chevaux et mulets ; certains repartent immédiatement vers les zones de front – la guerre est terminée depuis le 11 novembre, mais il faut encore effectuer de nombreux transports d'artillerie, de matériels divers, voire des exhumations de soldats, et les convois hippotractés sont indispensables dans les secteurs bouleversés par les bombardements ou dans les Vosges.
  • Leonard Patrick Murphy découvre le camp de Sougy, tel que le major Martin va en rendre compte dans son rapport d'avril 1919.
  • Une quarantaine de baraquements en bois ont été montés à la fin de l'été. Ils sont alimentés en électricité ; une centrale fonctionne avec un générateur à essence. L'eau nécessaire pour les hommes et les chevaux est pompée dans la Loire ; elle est stockée dans un grand réservoir bétonné qui contient environ 9000 litres ; cette eau est filtrée et purifiée par addition d'hypochlorite de calcium. Les chevaux sont lavés matin et soir, ce qui nécessite quotidiennement 4000 litres ; ils sont nettoyés, brossés, on leur désinfecte les pattes dans un pédiluve. Régulièrement, ils sont conduits au manège, ou lâchés dans les prés environnants. Le fourrage est apporté par chemin de fer ; il provient en partie d'Amérique, en partie de réquisitions chez les agriculteurs français. Quatre forges et ateliers de ferrage, des ateliers de sellerie, des ateliers divers et l'hôpital complètent ce dépôt de remonte n°23, que le major Martin trouve le plus beau de France...
Caricature dessinée par un soldat
Le pédiluve
Tableau de statistiques
  • Pour l'hébergement des 300 militaires, les baraquements sont également en bois, avec parfois des sols bétonnés, un système d'aération ingénieux avec des fenêtres basculantes. La nourriture est préparée par des cuisiniers expérimentés qui reçoivent l'essentiel de l'approvisionnement du dépôt de Nevers. Une cantine est organisée par le Y.M.C.A.(Young Men's Christian Association : cette association caritative protestante interconfessionnelle, fondée en 1844 a pour buts d'aider les jeunes gens sur les trois plans spirituel, intellectuel et physique (signification de leur emblème en triangle isocèle) , de leur offrir des loisirs, d'organiser des camps de vacances et des compétitions sportives) qui organise également un certain nombre de loisirs : deux séances hebdomadaires de théâtre, ou concert, ou encore cinéma, des compétitions d'athlétisme, de football (américain), de basket-ball, des rencontres avec les équipes des autres camps américains de la Nièvre. Le Y.M.C.A. propose des journaux variés, une bibliothèque et la présence régulière de deux aumôniers.
  • Les autorités du camp ne négligent pas la santé des soldats, même si leur principal souci est celle des chevaux. 20 hommes ont été hospitalisés dans les premiers mois de 1919, c'est sans doute la grippe espagnole, un est décédé. Moins de 2 % ont été soignés pour des maladies vénériennes ; une campagne de prophylaxie impose à tous les militaires deux visites par mois. La discipline est assez efficace ; le camp ne compte pour cette période qu'un seul déserteur (où est-il parti ?) et sept absents irréguliers (A.W.O.L. = absent without leave).
  • Le camp de Sougy est alors commandé par le lieutenant-colonel Charles B. Amory, qui donne l'ordre d'évacuation le 5 juin 1919. 6000 chevaux et 3300 mulets ont été vendus aux enchères à des éleveurs ou agriculteurs français. Les bâtiments sont alors démontés, les stocks de matériel et fourrage vendus ou ré-embarqués, et les terrains rendus à leurs propriétaires.

Les Américains et les enfants de Sougy.

  • Le 25 décembre [1918] dernier, le camp américain de Sougy était en fête. Nos amis célébraient le "Christmas" et avaient eu la délicate pensée de faire partager leur joie aux enfants de Sougy et de Druy-Parigny.
    Sous l'impulsion du chapelain David P. Moran, le produit d'une collecte faite parmi les officiers et les soldats avait été consacré à l'achat de vêtements et de jouets, et les enfants avaient été invités à la fête de l'Arbre de Noël.
    Celui-ci, un des plus beaux sapins du camp, était superbement pavoisé de drapeaux aux couleurs alliées et de guirlandes multicolores.
    Les enfants étaient accourus très nombreux, et formaient avec les parents et les soldats américains une assistance gaie et nombreuse.
    Ce furent d'abord, exécutés par les élèves de l'école de Sougy, plusieurs chœurs très applaudis. Puis une charmante fillette, costumée en Alsacienne, offrit au P. Moran, au nom de tous et en signe de remerciement, une énorme touffe de gui enrubannée aux couleurs américaines et françaises. Mais le meilleur pour les enfants fut celui où les "Sammies" firent la distribution des "présents". Chacun en eut sa part et chacun fut content.
    Qu'il nous soit permis, en terminant, d'adresser à nos généreux amis, nos plus sincères remerciements pour la joie qu'ils ont su procurer à nos enfants.
Un Assistant.
Paris-Centre, Mercredi 1er janvier 1919.

Texte communiqué par Pierre Volut


Sources :
- U.S. VETERINARY HOSPITAL NO 18, APRIL 1919 CAMP REPORT ...freepages.genealogy.rootsweb.ancestry.com/.../Veterinary%20Hos
- The Army Veterinary Service During the Great War, WW1 - Freepages freepages.genealogy.rootsweb.ancestry.com/~gregkrenzelok/.../vet.

  • Greg Krenzelok gregkrenzelok@msn.com
  • U S Veterinary Hospital N° 18 1919 Camp report
  • U S Army Veterinary Corps Historical Preservation Group
  • Leonard Patrick Murphy in WW1
  • Nevers France in WW1

- Pierre Volut, Le Canton de Decize pendant la Première Guerre mondiale, 2001, pp. 52-57 ; et Un Siècle à Decize, DVD-ROM, 1918 C

Texte et images proposés par Pierre Volut et mis en page par Michel Mirault le 5 décembre 2016