Guerres de religion - Chapitre II

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La paix boiteuse et malassise (1564-1571)

Le "tour de France" du roi Charles IX (1564-1566)

Louis de Gonzague et Henriette de Clèves
Le roi Charles IX, âgé de 13 ans, entame un long voyage dans son royaume, organisé par la reine-mère, Catherine de Médicis, régente jusqu'à la majorité de son fils. Cette visite royale commença par la Champagne, le Barrois et la Bourgogne. Le roi traversa La Charité le 15 avril 1564, avant de se rendre à Auxerre. Il alla dîner à Narcy et coucher à Donzy (1).

La Cour visita ensuite les provinces du midi, aussi très affectées par les luttes des partis, sous prétexte de religion. A Roussillon (Vaucluse), le 9 août 1564, le roi signa l'édit qui établissait définitivement que l'année civile en France commencerait le 1er janvier, au lieu du jour de Pâques. Pendant ce temps, le 4 mars 1565, un jeune courtisan italien, officier dans les armées du roi, Ludovic de Gonzague (°1539-†1595), épousait à Moulins l'héritière du duché de Nevers, Henriette de Clèves (°1542-†1601). Le nouveau duc de Nevers par courtoisie, allait être un soutien fidèle des Valois durant toutes les guerres de religion.
Le retour du roi par la Gascogne et les Charentes, conduisit le jeune Charles et sa mère à Moulins, puis à Cosne le 20 janvier 1566 (2). Durant toute cette période, l'édit d'Amboise fut en général respecté, même dans les villes à majorité protestante, le culte étant fait en dehors des villes ou chez des particuliers. Dans la Nièvre, de nombreuses paroisses protestantes étaient très actives, tout au long de la Loire, bien sûr, mais aussi dans bien des villes de l'intérieur comme Entrains, Donzy, Corbigny, Moulins-Engilbert, etc.

Le duc de Nivernais reprend La Charité (1565)

La Charité était toujours sous l'autorité du capitaine protestant Dubois de Mérille qui disposait d'une petite garnison de 67 soldats. D'après la paix d'Amboise, la place de la Charité devait être remise par les protestants au roi au bout de deux ans, c'est-à-dire en mars 1565. Comme il n'en fut rien, Charles IX demanda au nouveau duc de Nivernais, Louis de Gonzague, de reprendre la ville par la force si besoin.
S'étant donc présenté à la porte de la Marche avec sa compagnie d'ordonnance pour en prendre possession au nom de Sa Majesté, le gouverneur [Dubois de Mérille] ne voulut pas les laisser entrer. Le duc se retira de quelques cents mètres en arrière et fit mander le lieutenant de la justice Le Mesnyer (ou Lemanier) qui, après avoir exprimé tout d'abord au duc les regrets des catholiques de ne pouvoir lui livrer la ville, lui procura cependant le moyen de s'y introduire par ruse.
En effet, à peine rentré, Le Mesnyer sous prétexte de communiquer aux habitants les ordres du roi, les fait assembler et autorise en même temps quelques hommes du duc à entrer dans la ville, soi-disant pour y acheter des provisions. Il leur avait été bien recommandé de ne se présenter qu'isolément pour ne pas donner l'éveil, et de revenir de même, chargés de vivres, près de la porte de La Marche où le duc se trouvait prêt à tout événement. lorsqu'ils se trouvèrent en nombre suffisant, cinquante environ, ils firent mine de sortir, jetèrent là leurs provisions et s'emparèrent de la porte cependant que l'assemblée continuait de discuter l'ordre de Sa Majesté.
Le duc fit entrer une partie de ses troupes qui se répandirent par la ville dont ils prirent possession. Les huguenots surpris, quittèrent précipitamment la réunion pour essayer de résister; les catholiques restés seuls mirent cet instant à profit pour s'emparer du château. Le duc fit lors son entrée avec le restant de ses troupes, et dans la bagarre qui suivit, 22 huguenots furent tués. Les autres s'empressèrent de faire leur soumission, mais elle ne put empêcher le pillage de leurs maisons.
C'est donc ainsi, par surprise, que la ville retomba sous l'obéissance du roi.(3)
Pour remercier le duc, le roi ordonna l'érection en principauté, sous le nom de Mantoue, des baronnies de Senonches et de Brezolles (Eure-et-Loir), en faveur de Ludovic de Gonzague, prince de Mantoue, duc de Nivernais (4).
Le 17 avril 1566, Charles IX, en se rendant de La Charité au château de Pesselières, près Sougères, s'arrêta à Entrains pour son repas. Il apprit alors qu'aucun culte catholique n'avait eu lieu dans la ville depuis près de 3 ans. Il y fit revenir les prêtres et rétablir le culte dans l'église Saint-Sulpice (5).
A Nevers, l'évêque Gilles Spifame de Brou (-†1578) continuait de lutter contre la diffusion du protestantisme : cette année là, il fit saisir et brûler trois tonnes de livres hérétiques qui avaient été imprimés à Genève pour les réformés du Nivernais (6).
L'année suivante, il fut établi à La Charité-sur-Loire, une juridiction consulaire avec élection d'un juge marchand et de deux consuls (7). Toute cette période donnait raison à Catherine de Médicis, qui avait montré le roi son fils au peuple de France et tenté d'établir la paix dans le royaume.

La surprise de Meaux (1567)

A l'assemblée de Vallery, près Sens, chez le prince de Condé, fut préparée dans le secret une attaque soudaine et combinée de 50 places catholiques pour la nuit du 28 au 29 septembre 1567. Cette surprise générale dite "la Folie de Meaux" car le roi Charles IX manqua d'y être enlevé, réussit souvent notamment à Auxerre. Ce fut le début de la deuxième guerre de religion (1567).
Brûlant d'impatience, dès le 27 septembre, la communauté calviniste giennoise ouvrit ses portes à la compagnie de la Bordinière, nom de guerre d'un capitaine huguenot des environs d'Orléans (8).
Ayant pris Entrains et marchant vers La Charité, les milices protestantes détruisirent de fond en comble les abbayes du Nivernais : les abbayes des Roches et de Saint-Laurent près de Cosne, le prieuré de Saint-Nicolas de Réveillon, voisin d'Entrains, l'abbaye de Coche sur la terre de Vielmanay, le prieuré Saint-Hilaire de Commagny, etc. C'est au cours de ces campagnes que furent incendiées les églises de Moulins-Engilbert, Vandenesse, Saint-Honoré, etc. Les armées protestantes étaient descendues en Bourgogne, puis remontant pour assiéger Paris elles ont pris Blois et Chartres. Elles seront finalement vaincues à Saint-Denis le 10 novembre 1567. Le connétable Anne de Montmorency fut mortellement blessé dans cette bataille. Le prince de Condé et l'amiral de Coligny se retirèrent alors en Lorraine avec leurs armées. A partir de ce moment, ils firent alliance avec les princes allemands pour avoir des renforts.
Le roi Charles IX confia au jeune duc d'Anjou, son frère, la charge de lieutenant général du royaume. Celui-ci pouvait compter sur les troupes des ducs d'Aumale et de Nevers pour contenir les armées des protestants.
Le duc de Nevers, Louis de Gonzague, avait quelque raison d'en vouloir aux calvinistes : les protestants d'Entrains, forts de leurs succès et de leur nombre grandissant, poussèrent l'audace jusqu'à insulter le duc de Nevers, leur seigneur. Ce prince, passant auprès de Donzy accompagné d'environ 50 cavaliers, la garnison d'Entrains l'attaqua, il fut blessé au genou par un coup d'arquebuse, et il en resta incommodé jusqu'à la fin de ses jours. Il repoussa cependant cette attaque avec succès et, quand la paix fut conclue, il punit les habitants d'Entrains de leur attentat, en faisant raser les tours et les fortifications de leur ville, à qui il ne donna plus que le titre de bourg. Néanmoins, ayant su que les catholiques n'avaient pris aucune part à cette trahison, il leur permit par la suite de relever leurs murailles. Ce n'est probablement qu'au moment de la révocation de l'édit de Nantes, que les protestants disparurent d'Entrains, et en laissèrent les habitants tranquilles.(1)
Pendant ce temps, la communauté de la Charité fit un emprunt de 5000 livres pour financer également le relèvement de ses murailles. (3) Heureusement, le manque de moyens financiers, de part et d’autre, conduisit à la signature d'une trêve, pour remettre en place les clauses de l'édit d'Amboise.

La paix de Longjumeau (1568)

Le conflit ayant repris entre les protestants et les catholiques en septembre 1567, les deux partis durent se résoudre une nouvelle fois à entamer des négociations.
Le 23 mars 1568, Odet de Coligny (°1517-†1571), cardinal de Châtillon et frère de l'amiral, et le duc François de Montmorency (°1530-†1579), le fils aîné du connétable, furent chargés de signer l'accord. Les conditions de l’édit d'Amboise y furent renouvelées : culte autorisé dans une seule ville par bailliage, interdiction du culte à Paris, et dans les villes closes. Les armées seront licenciées, celle des protestants partant en premier. Très bientôt, les conditions de cette trêve qui mettait fin à la deuxième guerre de religion, furent reconnues intenables. La paix de Longjumeau permettait surtout aux belligérants de réorganiser leurs armées.

La fuite des chefs huguenots

Quelques mois après la signature de la paix, la guerre reprit. Dès le 29 juillet 1568, le roi Charles IX, à la tête des factions catholiques extrémistes, souhaitait capturer par surprise les chefs protestants : le prince Louis de Condé, dans son château de Noyers-sur-Serein, et l’amiral Gaspard de Coligny, au château de Tanlay, dans l'Yonne également. Le comte Gaspard de Tavannes, gouverneur de Bourgogne, qui commandait 14 compagnies d'hommes de pied, avait reçu de la reine-mère l'ordre d'arrêter les chefs protestants. Mais cet ordre n'étant pas venu du roi, Tavannes préféra avertir le prince de Condé de ce qui se tramait contre lui.
Le prince et l'amiral, dans leurs châteaux de Bourgogne ne disposaient que de quelques compagnies. Le 24 juillet, 200 arquebusiers de Châtillon-sur-Loing les rejoignirent. Malgré ces renforts, ils prirent le parti de gagner La Rochelle, où le gros des forces protestantes étaient groupées. Le 22 août, Condé et Coligny quittent Noyers avec leurs familles et leurs gardes. Ils sont poursuivis par Tavannes qui occupe aussitôt le château déserté. Un capitaine protestant, Gasconnet, leur prépara le chemin en occupant Bonny-sur-Loire, espérant pouvoir leur faire passer le fleuve. Mais Sciarra Martinengo, capitaine vénitien au service du roi, qui occupait Gien, interdisait le passage.
Alors, les protestants de Bonny, accompagnés du capitaine Dubois de Mérille avec 200 cavaliers et hommes d'armes, ont conduit le prince et l'amiral à Pouilly-sur-Loire, où le seigneur de Guerchy (Garchy ?), François de Marafin, leur avait indiqué un gué où le passage serait possible en période de basses eaux. Gasconnet formait l'arrière-garde du convoi. Le groupe des fugitifs traversa de justesse le fleuve dont les eaux commençaient à monter et s'enfuirent vers le Berry. Ils arrivèrent à La Rochelle le 18 septembre.
Dubois et Gasconnet se sont repliés, tout en s'assurant que les catholiques ne puissent passer le fleuve. En allant jusqu'à Baubigny [hameau de Bonny, près du village des Loups] pour contrôler le gué de la Loire, ils sont surpris par Martinengo qui les poursuivit jusques dans Bonny où ils s'enfermèrent dans le château, aussitôt assiégé. Au début de septembre 1568, vint la capitulation de Bonny. On échangea les prisonniers, soldats, prêtres et pasteurs. Mais Bonny, ruinée, ne s'en relèvera pas (8).
La sécurité publique n'était plus assurée : ce même mois de juillet 1568, Jean de Bongars et Pierre de Chollet, gentilshommes servant dans les compagnies du duc, furent attaqués par un certain François de Vèze dans les rues de Nevers. Ils se défendirent et tuèrent l'assaillant mais aussi une passante, Adrienne Clausse, qui n'y était pour rien. Le bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier instruisit l'affaire, mais en fin de compte le roi leur accorda des lettres de rémission (9).
Cette mésentente persistante des factions dans une ambiance de guerre, conduisit à l'édit de Saint-Maur que le roi donna le 23 septembre de la même année. On revenait à l'interdiction totale du culte protestant et à la suppression de toute liberté de culte. Les réformés étaient bannis de tous les emplois publics. Une troisième guerre de religion s'annonçait.

Une bataille sur la Loire

Le prince de Condé dans sa fuite, laissa au passage une garnison pour défendre Sancerre, ville forte bien défendue par les huguenots. Les catholiques ont cherché tout l'hiver 1568-1569 à investir cette place mais sans succès. Grâce au fort de Saint-Thibault, au pied de la colline de Sancerre, les sancerrois contrôlaient la navigation sur le fleuve.
Menacés d'une ruine complète, les marchands de La Charité qui recevaient et expédiaient la plus grande partie de leurs marchandises par eau, s'avisèrent d'un stratagème ingénieux pour les en déloger. A cet effet ils construisirent de longs bateaux percés aux endroits nécessaires pour leur dessein, et recouverts de planches, remplirent le fond de soldats et le tillac de marchandises pour mieux les cacher. En même temps ils firent placer de la cavalerie en embuscade dans le voisinage de Sancerre. En passant devant le port de Saint-Thibaut, la garnison de ce lieu, composée de sancerrois, ordonne aux conducteurs des bateaux de les amener au port, et déjà se disposaient à percevoir les droits, quand tout à coup les soldats cachés dans ces bateaux, et la cavalerie embusquée dans les environs, se réunissent, enveloppent les sancerrois et les foudroient à coups d'arquebuse. (10) Ils essayèrent bien de se reformer un peu plus loin, mais les cavaliers se démasquèrent à leur tour en même temps que les arquebusiers sortaient des bateaux pour les poursuivre, cinquante des leurs restèrent sur le terrain; le reste put s'échapper à la faveur des vignes qui arrêtèrent la poursuite des cavaliers, et regagner Sancerre.

Wolfgang de Bavière reprend La Charité (troisième occupation)

Le succès des Charitois s'arrêta là car Wolfgang de Bavière (°1526-†1569), duc de Deux-Ponts (Zweibrücken), comte du Palatinat, accourait par la Bourgogne avec ses allemands au secours des protestants de France. Ils étaient poursuivis par Claude II de Lorraine (°1526-†1573), duc d'Aumale, à la tête des armées catholiques qui les joignit et les attaqua à Chagny, et les harcela jusqu'à Arnay-le-Duc pour les abandonner ensuite, les laissant avancer jusqu'au cœur du Nivernais. La soldatesque incendia les faubourgs d'Avallon, massacra les habitants d'Asquins dans l'église, mit le feu à l'église de Saint-Père-sous-Vézelay, et prit possession de Vézelay et de Donzy. Des scènes de pillage eurent lieu à Cosne et Pouilly-sur-Loire, mais aussi à Champlemy. Il ne leur restait plus qu'à franchir la Loire, en vue de gagner la Guyenne.
Le 12 mai 1569, La Charité se trouva investie par 6000 lansquenets et 4000 reîtres avec 20 pièces de canon. Le siège commença aussitôt.
Quelques protestants français commandés par le sieur de Mouy de Saint-Phal, furent guidés par le seigneur de Guerchy, François de Marafin, pour passer la Loire au gué de Pouilly et vinrent à La Charité par l'ouest, en prenant le faubourg de Loire. Les allemands massés sur la colline dominant la ville au midi, attaquaient par la porte de La Marche, concentrant leur artillerie sur la tour de Nevers au bord de Loire et tous les remparts au Sud de la ville jusqu'à la porte Saint-Pierre. Après quelques jours de siège, le gouverneur du Châtel-Chigy s'enfuit, soi-disant pour aller demander des secours au duc d'Anjou. Les habitants décidèrent alors de négocier la reddition de la ville. Des charitois protestants ayant vu que la porte du pont était mal gardée, jetèrent des cordes aux soldats de Mouy qui pénétrèrent discrètement et commencèrent le pillage. La capitulation eût lieu le 20 mai [1569]. A peine entrées, les troupes mercenaires à demi sauvages (du duc des Deux-Ponts) se précipitent dans les maisons des catholiques qui leur sont plus spécialement désignées. Ces brutes les pourchassent partout et ceux dont ils peuvent se saisir sont immédiatement pendus, passés au fil de l'épée ou précipités par les fenêtres du haut des maisons. D'autres sont jetés à la Loire par dessus les parapets et ceux qui reviennent sur l'eau, tirés à coups d'arquebuse. Ces barbares […] usèrent de tous les genres de supplices qu'ils purent imaginer : des prêtres et des religieux furent écorchés vifs; d'autres traînés dans un endroit appelé les Petits-Prés entre la porte de Paris et la chapelle de Saint-Lazare (11), furent enterrés jusqu'au cou et on joua aux quilles avec leurs têtes. Puis cette soldatesque, lasse de ce jeu, brisa la tête de ces victimes à coups de pierre ou à coups de crosse. (12)
La rage de ces bourreaux alla encore plus loin. Las de piller et de massacrer les vivants, ils s'en prirent aux morts dont ils profanèrent les tombes et dispersèrent les cendres. Le corps du cardinal Robert de Lénoncourt fut traîné par les rues, puis jeté à la rivière.
Le château qui tenait encore ne se rendit que trois jours après. Les laïques seuls, eurent la vie sauve et la liberté. Les protestants se saisirent de tous les religieux et aussi de plusieurs laïques qu'ils soupçonnaient d'être des prêtres déguisés. Les uns furent passés par les armes, les autres jetés en prison. Dix-huit réussirent à s'évader et parmi eux, le sous-prieur Noël Coquille, […] qui a fait la relation des divers événements (13) dont il avait été témoin. (3)
La Charité pendant trois jours offrit un horrible spectacle. Les maisons lugubres, ensanglantées, les rues jonchées de cadavres. De partout on entendit que cris, lamentations, gémissements et râles des mourants. (12). On a cité 900 victimes. Pour la troisième fois, La Charité restait au pouvoir des protestants.
En partant les huguenots laissèrent François de Marafin et François de Bricquemault (°1502-†1572), baron de Renty, comme gouverneurs avec cinq compagnies de gens de pied, un détachement de cavalerie, trois couleuvrines et quelques mortiers. Le duc de Deux-Ponts lui-même était tombé malade et mourut à Nexon (Haute-Vienne), sans avoir eu le temps de savourer sa victoire. Les autres sont partis vers le Berry. Ils seront vaincus et tués par les troupes du duc d'Anjou, le 5 octobre suivant à Moncontour (Vienne).
Un mois plus tard, le 6 juillet 1569, Louis de Prévost (°1495-†1576), maréchal de Sansac, est arrivé pour assiéger la ville avec tous les catholiques qu'il avait pu réunir des garnisons de Bourges, Orléans, Chartres, Nevers et Gien, avec ce qu'il fallait d'artillerie, en tout 6 à 7000 hommes de pied, 600 cavaliers et 15 canons.
Il attaqua d'abord par la porte de Paris où son artillerie ouvrit une large brèche, mais d'un accès fort difficile. Voyant l'inutilité de ses efforts de ce côté, il disposa son infanterie aux deux extrémités basses de l'enceinte, une partie en face de la porte de Nevers [porte de La Marche], dans ces mêmes vallons où le duc des Deux-Ponts avait masqué ses lansquenets, le reste prit position à l'opposé, en face de la tour de Barby qui faisait l'encoignure. Du côté du pont le faubourg était occupé par François Balzac d'Entragues, gouverneur d'Orléans, qui, avec son artillerie, tirait de biais contre les fortifications.
De Sansac prononça alors son attaque du côté de la porte St-Pierre, couvrant les murailles de projectiles; mais les décombres n'étant pas suffisants pour combler le fossé, il changea sa batterie de place et se mit à battre la tour d'angle de la porte de Nevers dont la courtine fut bientôt réduite en poussière. Quand la brèche fut assez ouverte pour laisser passer les chevaux, il ordonna l'assaut.
Le premier choc fut des plus meurtriers pour les assiégeants qui, forcés de se présenter à découvert et pour ainsi dire à la file, vinrent se faire tuer contre les retranchements. De cent hommes il n'en revint que cinq au camp. L'assaut avait été poussé avec tant de vigueur que pour ramener leurs troupes à le charge et ranimer leur courage, les officiers se mirent à la tête et se précipitèrent à la brèche où ils trouvèrent pour la plupart une mort glorieuse. De Sansac ne fut pas plus heureux de l'autre côté où ses troupes subirent un échec sérieux; il perdit aussi là une trentaine d'officiers. Il venait de donner l'ordre à l'artillerie de concentrer son feu sur une partie des fortifications qu'il voulait raser davantage et élargie la brèche qu'il avait ouverte, quand on vînt lui apprendre à ce moment que des troupes s'avançaient à marches forcées pour secourir la place. Craignant d'être pris entre deux feux et d'avoir sur le dos toute l'armée de l'amiral de Coligny, il se retira précipitamment. (3)
Les pertes des assiégés se limitaient à 100 hommes tandis que Sansac en avait perdu plus de mille. Une explosion au faubourg de Loire avait détruit les magasins de munitions des assiégeants. Le siège avait duré un mois. (1) Sansac se replia alors sur Vézelay qu'il assiégea et bombarda également sans succès jusqu'au 25 février 1570.
Les protestants charitois firent réparer les remparts, des renforts arrivèrent commandés par Louis Blosset, seigneur de Fleury, et le capitaine Dubois de Mérille. En 1570, tous les chefs du parti calviniste s'assemblèrent en synode à Entrains, et deux ans plus tard les réformés de cette ville envoyèrent des députés à celui de Sancerre (5). Après la bataille remportée par les protestants à Arnay-le-Duc (27 juin 1570), l'amiral revint s'établir à La Charité pour bloquer les passages de la Loire aux armées catholiques.

Les charitois protestants se saisissent des villes environnantes

La cavalerie de Dubois de Mérille poussa une pointe jusqu'à Corbigny et s'empara d'Entrains et de Pouilly (note L. Lebœuf). Les protestants étaient en grand nombre dans le canton de Pouilly, ainsi qu'à Garchy, car lorsqu'ils furent les maîtres, ils tinrent leurs prêches au château de Vieux-Moulin, qui dépend de la paroisse de Vielmanay.
François de Marafin, seigneur de Garchy, mais d'une très ancienne famille du Donziois, alors gouverneur de La Charité pour les protestants, aidé du capitaine Dubois de Mérille, se mit à la tête de 300 hommes et surprit la ville de Donzy, le 18 septembre de cette même année 1569. Onze prêtres ou curés des environs furent saisis par eux et conduits deux jours après hors de Donzy, dans le pré Chizelle, sur le chemin de l'Épeau, où ils furent mis à mort. Leurs corps restèrent enterrés dans cet endroit jusqu'au 23 avril 1578, jour auquel ils furent exhumés et conduits processionnellement dans l'église du prieuré du Pré, où on les déposa.
Non contents du massacre de ces ecclésiastiques les protestants incendièrent la collégiale de saint Caradheuc, en enlevèrent les livres, papiers, reliquaires, vases sacrés, vêtements, ornements, et tout ce qui pût leur procurer de l'argent. Le reste fut transporté vers les fontaines qui sont au bas du perron de cette église, et brûlé. Ils rasèrent les maisons des prêtres, et se préparaient à démolir l'église quand le capitaine Dubois les arrêta et décida que le prêche se ferait dans cette église. De Donzy, les protestants se répandirent dans les campagnes pillant les églises et les particuliers, rançonnant les gens de la campagne pour fournir des subsistances à la ville et surtout à leurs troupes en garnison à La Charité (1)
Depuis août 1569 jusqu'au mois de janvier suivant, un échevin de Nevers, Guy Coquille (°1523-†1603), écrivit à la duchesse Henriette de Clèves pour obtenir son aide à la suite des ruines et pillages qui se produisaient depuis la prise de La Charité par les protestants, et demandant son intervention pour obtenir une baisse des tailles et l'exemption du logement des gens de guerre (14).
A Suilly-la-Tour, au contraire, de furent les troupes du baron de Réau, gentilhomme catholique, qui firent prisonniers tous les habitants et incendièrent la bourgade (1).

L'Édit de Saint-Germain

La bataille d'Arnay-le-Duc avait consacré la victoire des armées protestantes. Cet évènement a précipité la signature d'une nouvelle trêve, établie par l'édit de Saint-Germain.
Le 11 août 1570, la paix fut donc conclue à Saint-Germain-en-Laye, entre le roi Charles IX et les chefs des huguenots. Les négociateurs étaient Armand de Gontaut (°1524-†1592), seigneur de Biron, et Henri de Mesmes (°1531-†1596), seigneur de Malassise, pour les catholiques, et Odet de Coligny (°1517-†1571), cardinal de Châtillon, frère de l'amiral, pour les protestants.
Les principales dispositions de l'Édit de Saint-Maur furent annulées. Les réformés ont obtenu quatre places de sûreté : La Rochelle, Cognac, Montauban, et La Charité. Ils recouvraient la liberté de culte dans les faubourgs de deux villes par gouvernement (bailliage et sénéchaussée) et retrouvaient leurs charges et leurs biens. Les catholiques, très déçus, l'appelèrent la paix boiteuse et mal assise, parce que Biron était boiteux et que de Mesmes était seigneur de Malassise. Elle fut avantageuse au protestants, à qui La Charité restait pour 2 ans, comme ville de sureté; mais au bout de ce terme, ils devaient la remettre au roi de France.
Les protestants y établirent pour gouverneur le sieur La Bruyère et pour capitaine le nommé Tariot avec le lieutenant Lafleur et une garnison de 200 hommes. Les religieux et bénédictins revinrent en 1570 habiter le prieuré, au nombre de dix-huit seulement et Philippe de Lénoncourt (°1527-†1592), évêque d'Auxerre et prieur de La Charité, y fit les réparations nécessaires pour le rendre habitable, au moyen de la vente de la forêt de la Bertrange qui produisit près de 300000 francs (1).
Le 21 juin 1571, le nouvel évêque d'Auxerre, Jacques Amyot (°1513-†1593) présidait la réconciliation de la cathédrale, profanée par le huguenots en 1567. Il alla ensuite à Varzy, ville principale de son temporel. La ville de Gien où il restait quelques hérétiques, fut de celles où l'évêque fut plus attentif à n'envoyer que de scavans prédicateurs. Il s'est occupé de diffuser et de faire appliquer les décrets du concile de Trente à propos du mariage et des degrés prohibés. Sur la requête des habitants de Clamecy en 1582, touchant l'office divin du chapitre et de la paroisse, il fit un règlement en 1586 pour la décence du culte de Dieu en l'église de Saint-Martin. (15)
Après deux années de calme sous l'autorité du gouverneur protestant la place de La Charité est revenue au roi Charles IX qui y établit comme gouverneur Charles de la Grange d'Arquian, seigneur de Montigny.
La troisième guerre de religion s'achevait, mais le calme précédait la tempête…

(à suivre)

Notes

(1) Jean-François Née de la Rochelle, Mémoires pour servir à l'Histoire civile, politique et littéraire, à la Géographie et à la Statistique du Département de la Nièvre et des contrées qui en dépendent, 1827, Bourges, Paris, tome I, passim
(2) A. Faivre, Cosne à travers les âges, Cosne, H. Bourra, 1895, pp.24-25
(3) Louis Lebœuf, Histoire de La Charité, Impr. de H. Taureau, La Charité, 1897, passim
(4) Arch. Nat. Trésor des Chartes (registres). Registre de la chancellerie de Charles IX (= JJ//264) Fol. 93 v°, n°178)
(5) J.F. Baudiau, Histoire d'Entrain : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Nevers, G.Vallère, 1879, p.73-86
(6) Arch. Nat. Monuments ecclésiastiques, titre VI, évêché de Nevers = L//737, dossier 8, (1), (1540-1567)
(7) Arch. Nat. Trésor des Chartes (registres). Registre de la chancellerie de Charles IX (1567)) = JJ/265, Fol. 129 v°, n° 276
(8) Paul Gache, Histoire de Bonny-sur-Loire, des origines à la Révolution, 1991, Bonny-sur-Loire, p.96-99
(9) Arch. Nat. Trésor des Chartes (registres). Registre de chancellerie de Charles IX (1568) = JJ//266, juillet 1568, fol. 110 r°, n°213
(10) Abbé Poupard, Histoire de la ville de Sancerre, Paris, 1777, pp. 121-122
(11) près de la gare SNCF
(12) Duvivier, Histoire du Nivernais, cité par L. Lebœuf, op. cit., p.44
(13) À Nevers, il a rédigé des mémoires manuscrits sur ce qui s'est passé à La Charité dans ces temps de désastres, et c'est d'après eux que MM. Gillet, Lebœuf, Bernot de Charant, Viole et autres en ont parlé. (J.F. Née de la Rochelle)
(14) AD58 : fonds Carpentier de Changy = 51 J 3, fonds n°1. voir aussi la Lettre des Archives départementales de la Nièvre, 2003, n°9
(15) abbé Jean Lebeuf, Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, Auxerre, Perriquet, 1743, 2 vol., 886 p. = vol. I, p. 625

Alain Raisonnier 30 janvier 2020