Fiançailles et mariages en pays nivernois : Différence entre versions

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(Cérémonie traditionnelle des fiançailles en Morvan)
 
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===Cérémonie traditionnelle des fiançailles en Morvan===
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=====Ce qu'il en reste en 1964=====
 
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Version actuelle datée du 18 mai 2020 à 19:01

Dans les registres paroissiaux, nombreux sont les actes de mariage qui se réfèrent au concile de Trente.

La coutume est de publier les bans des futurs mariages aux prônes des messes paroissiales par 3 dimanches ou fêtes consécutifs Aux alentours des années 1680, rares sont les paroisses qui inscrivent ces publications dans les actes de mariage. Pourtant à Saint Amand en Puisaye, le curé, Edme Coffre de son nom, nous gratifie d’une grande précision, nous informant de ce fait des coutumes du lieu.

Après avoir inscrit les noms âges et qualité des futurs époux et de leurs parents, il nous donne la date de leurs fiançailles et des publications de leur promesses de mariage. Les fiançailles peuvent avoir lieu plusieurs semaines voire plusieurs mois avant le mariage, les publications précédent le mariage d’une quinzaine ou vingtaine de jours. Ainsi François et Pasquette se sont fiancés le 26 novembre 1685, leur mariage a été célébré le 8 janvier 1686, leur promesse de mariage a été publiée les 23 et 30 décembre 1685 ainsi que le 6 janvier 1686

Par comparaison, dans les années 1700, dans le département de L’Yonne, en particulier à Chevannes, les actes de mariages commencent par : « Après les fiançailles et les publications…… »

En 1735 toujours à Chevannes (Yonne) le : « 16 février 1735……..après avoir publié les bans par 3 dimanches ou fêtes consécutifs…………après les avoir fiancés le quatorze………… »

Nous observons alors que les fiançailles ne précèdent plus les publications. Ce sont les publications qui ouvrent la voie et les fiançailles précèdent le mariage de quelques jours (deux dans cet exemple).

  • Article de Marion Tudury – janvier 2019
  • Sources : Registres paroissiaux consultables aux Archives Départementales



Cérémonie traditionnelle des fiançailles en Morvan

Ce qu'il en reste en 1964

Nous avons en Morvan, des témoignages de premières importance sur les cérémonies ancestrales des fiançailles et du mariage. Le plus ancien document et le plus complet est celui de M. A. Duvivier, narration recueillie par notre ami regretté Gautron du Coudray. Il nous donne une description complète des cérémonies des fiançailles et du mariage en Morvan, telles qu'elles existaient encore vers le milieu du XIXème siècle.

A peine sorti du hasard et des épreuves de la conscription, le Morvandiau se cherche une compagne, et son choix fait, il charge son père, un de ses parents ou une personne âgée de sa connaissance, de boulayer pour lui, de demander pour lui la jeune fille en mariage. Puis la proposition agréée, il se rend, endimanché et accompagné de son boulayeur, chez le père de celle qui l'aime.
Ils ont grand soin de remarquer ce qui se passe autour d'eux, à leur arrivée. Si on trace des croix dans les cendres avec des pincettes, c'est de mauvais augure : on ne servira que à déjeuner que du caillé et des crapiaux, du fromage et des oeufs délayés avec de la farine ; à leur départ, on dressera en l'air les tisons du feu, ce qui signifie de ne point revenir. Mais, si au contraire, leur démarche est accueillie avec empressement, le succès de leur démarche est est assurée ; on se met en cuisine, on sert l'omelette au lard, la tranche de de jambon, le fromage à la crème et le vin des jours de fête : puis, quelques paroles échangées, on passe à table. Le futur beau-père fait placer à dessein les deux jeunes gens l'un près de l'autre.
Cet accueil bienveillant et cordial du chef de famille, ces apprêts extraordinaires du repas, ces regards de la jeune fille, tout cela est de bon augure, tout cela remue profondément l'âme du jeune homme ; mais rien ne lui dit encore qu'il est aimé. Pour le savoir, il remplit son verre à pleins bords ; il boit, puis il le passe à la jeune fille à moitié bu. Si la jeune fille consent à boire le reste du verre, si elle le met à sec, il est heureux, il est aimé.
Avant de se quitter, on convient de tout : on remet au dimanche suivant l'écrit des bans et l'achat des habits de noce. Une trentaine d'années plus tard (1865), MM. Collin et Charleuf nous donnent les détails suivants :
Un mariage demande des préliminaires assez compliquées. Il faut tout d'abord le peut homme qui entame les négociations et aplanisse les voies : le prétendant et son mentor s'abouchent ensuite avec le père de la prétendue. Cette première rencontre a lieu un dimanche, toujours au cabaret. La politesse commande d'offrir du vin, tant qu'on en pourra boire ; d'aventure, si la jeune fille est présente, on demandera elle du vin sucré. Vient l'entrevue officielle ; nul n'est éconduit d'emblée ; telle fille honnête compte autant de prétendants que feu dame Pénélope ; qui pourrait dire combien de duels au bâton résultent de ces compétitions amoureuses !
A la fin de la première visite, il est point capital à observer : le feu s'éteint rarement dans nos chaumières morvandelles ; quand un galant parle de se retirer, la mère de famille s'avance vers l'âtre ; si les tisons sont rapprochés, ravivés, le jeune homme n'a point déplu s'ils sont écartés, plantés à droite et à gauche du foyer, il reste au soupirant peu de chances de succès ; néanmoins la maison ne lui est est point fermée ; permis à lui de revenir autant qu'il le voudra.
Ces assiduités durent des mois, quelquefois des années ; la jeune fille pendant ce temps a su encourager celui que son coeur désire et lui apprendre qu'elle n'en aura jamais d'autre ; d'ordinaire, cette promesse est fidèlement gardée. La conscription vient-elle enlever l'ami du coeur, sa promise l'attendra sans désespérer personne.

En 1883, le Docteur Bogros Edmond, dans son ouvrage A travers le Morvan, nous redonne le témoignage qui suit :
M. Guizot (histoire de France racontée à mes petits enfants) fait au Morvan l'honneur d'avoir conservé l'usage celtique qui voulait qu'une jeune fille à marier ne parut qu'à la fin des banquets, tenant à la main une coupe pleine, et que celui à qui elle la présentait devint l'époux de son choix. Cette coutume n'existe plus aujourd'hui, que nous sachions, en aucun point du Morvan (1883). Cependant les négociations ont abouti, et le repas des accordailles a lieu. Tous les proches parents y sont conviés et le croque-avoine y occupe dignement une place honorable, juste récompense de ses bons offices. Ce repas ne se distingue guère que par la qualité prodigieuse de vin sucré qui absorbe la partie féminine de la réunion, notamment la future, qui mesure volontiers l'ardeur dont elle est l'objet au degré d'édulcoration de sa boisson. Au dessert, on donne des noix et des noisettes ; ce qui pourrait bien être une tradition plutôt qu'une économie. ( les noix étaient chez les Romains, l'emblème du mariage, en raison de la double enveloppe qui renferme son fruit). Enfin l'heure du berger va sonner, les bans sont publiés, les habits achetés, c'est demain qu'on se marie, les voisins aidant, on a fait pour la noce d'énormes préparatifs.

  • Source : Le Morvan Coeur de la France, Tome II, Joseph Bruley
  • Mabalivet (discussion) 5 mars 2019 à 16:53 (CET)