Des Parisiens chez nous et des Nivernais à Paris, ou ailleurs

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  • Au début du XXe siècle, la Nièvre connaît un double mouvement migratoire. Sa population diminue, beaucoup de jeunes gens montent à Paris, ou partent à l'étranger, dans les colonies, pour trouver du travail ; un mouvement inverse existe déjà depuis longtemps : l'assistance publique de la Seine place des enfants dans des fermes de la Nièvre.
    Le canton de Decize est particulièrement sujet à ces mouvements migratoires. Sur les registres matricules des conscrits des classes 1910 à 1918, on relève, sur environ 1400 fiches que nous avons dépouillées, 91 petits Parisiens et 106 jeunes gens nés dans le canton mais domiciliés à Paris (plus rarement à l'étranger) lors de leur incorporation.

  • Les petits Parisiens sont nés à Paris pour la plupart, quelques-uns dans d'autres communes de la Seine. Ils ont été inscrits à l'état-civil nés de père inconnu ou père non dénommé (abréviation p.n.d.). Pour une toute petite minorité, la mère n'est pas non plus dénommée, ce sont des enfants abandonnés. Placés très jeunes dans le canton de Decize, ils sont domiciliés dans des fermes où ils sont domestiques agricoles, parfois ouvriers agricoles, chargés de tâches subalternes mais indispensables comme le gardiennage des bestiaux, l'entretien des étables, l'aide au labourage et aux moissons. Cinq d'entre eux sont classés agriculteurs ou cultivateurs, mais cela ne signifie pas qu'ils sont fermiers à leur compte.
    Dans les fermes de Druy-Parigny, Champvert, Saint-Germain-Chassenay et autres communes rurales, les petits Parisiens sont nombreux ; il en va de même pour les petites Parisiennes chargées elles aussi du gardiennage des bêtes, des lessives, des nombreuses tâches domestiques, mais elles ne sont, bien sûr, pas répertoriées dans les registres militaires. On peut supposer que les domestiques agricoles, garçons et filles, n'ont pas la vie très facile ; dans les faits divers diffusés par la presse, ils sont fréquemment cités, tant victimes que délinquants.
    Quelques garçons de l'assistance ont réussi à accéder à des métiers mieux considérés : Émile Lega est cocher à Decize, Jules Alain chauffeur à Verneuil. Certains ont pu se former à des métiers artisanaux : Marcel Demesse est charron à Decize, Georges Cavin ébéniste à Saint-Germain, Jules Lefèvre mécanicien auto à Decize, Fernand Quoy ajusteur à Decize ; à La Machine, Henri Maillard est tailleur de pierres et André Tourret mineur.

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  • Parallèlement, on trouve un grand nombre de jeunes gens employés à Paris ; il est possible de les classer en quatre catégories :
- les domestiques, valets de chambre, concierges, employés de maisons bourgeoises (par exemple Gabriel Buffenoir, Gabriel Bonnotte, Jean-Baptiste Loiseau, Guillaume Jault...) ;
- les garçons de restaurant ou d'hôtel, garçons de salle, garçons épiciers, coiffeurs, cuisiniers, bouchers (Jean Bézard, Pierre Baillet, Julien Bonnot, Marcel Dormont, Charles Jandot, Claude Jardet, Paul Deroche, Auguste Meunier...) ;
- les employés de commerce (Charles Marquaire, Claude Pannetier, Alfred Raboisson, Dominique Turlin, Paul Chaussin...), mécaniciens et électriciens (Dominique Franc, Georges Gaujour), employés des tramways de la Seine (Jean-Baptiste Besse, Gabriel Colas, Charles Colas, Louis Cuissinat, Antoine Maupoix...), employés des postes (Gabriel Lépront, Raymond Pelletier, Antonin Bouchon), ouvriers du chemin de fer (Charles Dumas) ;
- les étudiants : Gabriel Breton étudiant en droit, Louis Ragouneau en médecine, Paul Voisin et Maurice Vaillaud à l'école militaire de Saint-Cyr, Eugène Gauthron à l'école de commerce, Robert Lecoeur élève architecte... Tous ne sont pas à Paris, les étudiants des Arts et Métiers Jules Bertin et Maurice Nondé vont à Cluny, Marcel Colas à Lille, André Gautheron à Nancy, Jean Maurice Riat est étudiant ingénieur à Bourges, Léon Carré à l'école supérieure des Mines à Alais. Les élèves-maîtres Pierre Daguet, Lazare Bordeaux, Jean-Marie Guyot, Charles Sallé... sont scolarisés dans les écoles normales du département (Varzy) ou des départements limitrophes.

  • La commune de La Machine a une importante colonie à Paris qui se réunit régulièrement dans une association, La Machinoise, dont le siège est 1 rue Chapon.

  • Quelques cas particuliers : Jean-Louis Bourgoing, né à La Machine, est modeleur en aéroplanes à Levallois-Perret ; Jean Chamard est déclaré navigateur à Marseille (sans doute marin sur un bâtiment de commerce) ; Antoine Lany, de Decize, est jockey et deviendra ensuite chauffeur d'autobus.

  • Plusieurs jeunes gens sont partis à l'étranger : Jules Chaussard, de La Machine, est garçon d'hôtel à Londres, Gloucester Street ; Antoine Tissier est valet de chambre à Londres, Charles Sauvaget, de Devay, est menuisier carrossier à Londres. Abel Giraud est employé de banque à Milan. Louis Roy réside à Buckner, Illinois, et Edmond Mathieu, de Saint-Léger, est valet de chambre à Philadelphie, Pennsylvanie.

  • Enfin, voici trois sans domicile fixe, des marchands forains recensés à Decize : Eli Lagahe, Louis Espire et Georges Rossi(1).

(1) Cf. Fichier des soldats de la Grande Guerre, annexe aux Bleuets Decizois, C.D. 1915.

Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/ mis en page par Martine NOËL le 27 septembre 2017