Decizois et Sud-Nivernais dans les guerres de Napoléon : Différence entre versions

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Guerres napoléoniennes01.jpg

Affectations et convois.

  • Les affectations se font en deux temps : regroupement à Nevers avec mention des régiments à rejoindre ; puis départs échelonnés de convois vers les garnisons. A chaque regroupement, il manque quelques individus, que la gendarmerie est chargée de retrouver et d'expédier par des convois exceptionnels ; la destination des retardataires est le plus souvent un dépôt disciplinaire (Strasbourg, Belle-Ile, Ile d'Aix). Les besoins des régiments sont très variables. Depuis la Révolution, et les lois de l'Amalgame(1), il s'est opéré un brassage systématique des soldats, et le renouvellement des troupes est décidé par l'autorité centrale.

  • En 1812, les 857 Nivernais enrôlés sont répartis ainsi :
13e Régiment d’Infanterie(2)
107
7e R.I.
223
16e R.I.
2
23e R.I.
300
5e Bataillon du Train
6
Garde Impériale(3)
34
64e Cohorte(4)
176
Dépôts (réfractaires et retardataires)
6
Gendarmerie (dans la Nièvre)
3
  • (Parmi ces soldats, douze hommes ont remplacé des déserteurs ou des réfractaires).

  • Suivons quelques uns de ces convois qui sillonnent la France à la recherche de garnisons. Le 25 novembre 1812, un lieutenant, un sergent et deux caporaux rassemblent à Nevers les 74 conscrits qu'ils doivent conduire au 7e Régiment d'Infanterie Légère, caserné à Huningue, en Alsace. Parmi les recrues se trouvent Léonard Jeannin, de Decize, Claude Chambet et Jean Berthelmot, de Saint-Léger, et Pierre Desponges, de La Machine. En route, un homme est déposé dans un hôpital. Le trajet s'effectue à pied, par étapes d'environ trente kilomètres. C'est un premier entraînement pour des soldats qui vont traverser l'Europe à marches forcées. Ils sont rendus à destination le 13 décembre. A l'arrivée, le chirurgien-major du régiment trouve neuf conscrits inaptes au service ; le Machinois Desponges fait partie de ce groupe ; ils seront transférés à un hôpital militaire, ou affectés à des tâches moins pénibles (garde de bâtiments publics, de magasins à vivres, etc...) Le sergent Lequeux escorte un second convoi pour Huningue : 25 hommes partent de Nevers le 10 décembre 1812 ; ils arrivent à leur caserne le 28 du même mois. Pour leur nourriture pendant les 19 étapes, les recrues reçoivent 55 centimes et une ration de pain par jour ; l'hébergement se fait, comme sous l'Ancien Régime, par billets de logement chez l'habitant(5).
  • Le 8 janvier 1813, un convoi de 144 hommes part rejoindre la 64e Cohorte de la Garde Nationale à Bourges. Joseph Vénuat, écrivain public à Decize, réussit à se faire dispenser : un nommé Luzy, inscrit à la Compagnie de Réserve, le remplace, et Vénuat paie au caporal d'Estimanville, responsable des effectifs, 1,65 franc et trois rations de pain. Quant à Michel Semé, marinier de Saint-Léger, il se rend isolément à Bourges ; ses déplacements sur le fleuve - à moins que ce ne soit sa mauvaise volonté - l'ont empêché de faire partie du convoi. Comme les autorités se méfient de ce genre de conscrit, le caporal Lagaillarde est chargé de l'accompagner jusqu'à Bourges.

Les déserteurs.

  • Les mariniers ne sont pas les seuls à fuir les convois. En janvier et février 1807, l'hôpital militaire de Bourges reçoit plusieurs Decizois que les gendarmes ont retrouvés dans les bois. Auparavant, ils ont déserté, ils se sont cachés, ils ont été dénoncés puis repris et, sans doute, sévèrement battus. Noël Joly, « conscrit réfractaire », décède à Bourges. François Rouvet, destiné au 66e R.I., meurt à Livourne, après treize jours d'hospitalisation. Denis Gueneau, conscrit des fusiliers-marins, s'évade du dépôt de Port-Louis ; repris, il est interné à l'hospice des maisons d'arrêt et de justice de Nantes, où il meurt le 23 mars 1809. Étienne Tessier, marin de la levée de l'an 12, déclaré déserteur pour n'avoir pas rejoint Brest, meurt à La Flèche le 10 mars 1807. Paul Moutet, originaire de La Machine, ne rejoint pas son corps ; ce déserteur est repris par les gendarmes et il meurt à l'hôpital de Nemours.
  • Jacques Augendre fait partie de la classe 1806 ; affecté au 66e de Ligne, il a faussé compagnie au convoi qui se rendait à La Rochelle. Avec lui, un compatriote, Louis Thévenin. Ils ont été repris et meurent à Bourges. Le déserteur Thévenin a été dénoncé par Comaille, de Saint-Léger : ce dernier change de conduite trois ans plus tard, lorsque c'est son tour de partir ; il fait partie du convoi qui quitte Nevers le 6 novembre 1809 pour le 58e de Ligne ; après une longue fugue, il est arrêté le 6 juin 1810 ; il bénéficie d'une amnistie conditionnelle et on l'incorpore dans une Compagnie de Réserve.
  • La classe 1806 est particulièrement indisciplinée : on compte huit autres déserteurs parmi les conscrits du canton de Decize (Jean Breton, Buguet, Croizet, Verrat, Renault, Busson, Jeunet et Ponceau). Ils fuient pour échapper au 23e de Ligne, qui est alors en campagne entre Aoste et Venise, ou au 66e, qui est basé à La Rochelle.
  • Dans la mémoire collective, le déserteur n'est pas forcément perçu comme un délinquant ; on a plutôt pitié de lui, comme en témoigne cette chanson nivernaise recueillie par Achille Millien :

« C'est l'amour et la boisson

M'ont fait faire une folie :

J'ai quitté ma garnison,

Pour l'amour(e) d'une fille(6). »

Morts pour la France, morts pour l'Empire.

  • Malgré les exemptions, les remplacements, les désertions, bon nombre de Decizois sont partis dans les armées de la République, puis dans celles de l'Empire, pour traverser l'Europe. Nous pouvons estimer leur nombre entre 200 et 300 (le double si l'on tient compte du canton de Decize). Il est impossible de retracer leurs campagnes, à moins de refaire en détails l'historique d'une trentaine de régiments auxquels ils ont appartenu. Parmi eux, plus d'un a été frappé par la mort loin des rives de la Loire, loin de sa famille. Certains ont purement et simplement disparu, il ne subsiste aucune trace de leur décès, on n'a pu retrouver ni leur cadavre ni leur plaque d'identité.
  • En revanche, les registres d'État-Civil de Decize et les listes de décès au combat contiennent, entre 1801 et 1815, dix-neuf déclarations de décès de jeunes Decizois et onze qui concernent des habitants des communes voisines. Certaines déclarations sont des lettres provenant d'hôpitaux situés en France (Mézières, Metz, Marseille, Lille, Grenoble, Paris-Val-de-Grâce) ou dans un pays occupé (Brieg-en-Silésie, Parme, Alexandrie, Malines, Livourne, Turin, Medina del Campo, Talavera). D'autres déclarations sont des transcriptions de registres militaires, parfois transmises longtemps après le décès : Michel Coquelin, mort le 11 juin 1805, n'est enregistré que le 11 août 1811 ; le décès de Jean Bresson, survenu le 21 Frimaire an X (13 décembre 1801), est enregistré à Decize le 28 février 1808 ; l'officier d'État-Civil de La Machine n'enregistre qu'au milieu de l'année 1811 le décès de Jean Degneaud, mort de fièvre à Crémone (Italie) le 25 octobre 1806 ; le certificat de Jean Boulat, datant du 2 Frimaire an XIII (24 novembre 1804), est établi et expédié à Decize le 1er février 1812. On imagine aisément l'inquiétude des parents et amis, attendant huit ans des nouvelles de plus en plus improbables...(7)

De quoi sont-ils morts ?

  • Parmi tous les décès mentionnés dans les registres d'état-civil, un seul soldat est mort des suites immédiates d'un coup de feu, qu'il a reçu sur le champ de bataille de Wagram, le 6 juillet 1809, à 10 heures du matin ; c'est Joseph Chénier, sergent-major au 16e Régiment d'Infanterie de Ligne. Ce jeune homme appartenait à une famille de boulangers de Saint-Aré. Il a très certainement participé, dans les premiers mois de 1809, aux combats victorieux de la Division Molitor entre le Rhin et Vienne (Neumark, Aspern, Essling). Les irrégularités de l'État-Civil en font le premier Decizois héros des campagnes napoléoniennes.
  • Germain Ricourt, natif de Champvert, sergent-major à la première Compagnie du troisième bataillon du 121e R.I., décoré de la Légion d'Honneur, a été blessé le 27 janvier 1812 à Reùs, en Catalogne. Son acte de décès a été rédigé à Valence le 2 juillet suivant. Germain Ricourt était un vétéran de 40 ans.
  • Pour six autres soldats, la cause précise du décès n'apparaît pas sur le registre ; s'il est relativement facile de connaître leurs régiments et où ils se trouvaient en garnison à cette époque, aucun document n'explique de quoi ces jeunes gens sont morts. Retenons simplement que Damien Bas s'est éteint à l'hôpital militaire de Parme, n° 6 via alla Riparazione, le 2 septembre 1808, qu'il a été assisté dans son agonie par les infirmiers Jean Seinger et Ange Gaïbazzi, qui ont signé, et qu'il était caporal au 3e R.I., 5e Bataillon. Le Machinois Gabriel Poupon, soldat au 58e de Ligne, est mort à l'hôpital de Medina del Campo, où il était entré deux jours plus tôt.
  • Hugues Guiffe, 20 ans, hussard en garnison à Malines, est mort aussi à l'hôpital ; son régiment avait été regroupé à Lille, après avoir participé à la bataille d'Iéna. Jean Ménard, 20 ans également, fusilier au 38e R.I., est décédé à Kaiserslautern, alors dans le département du Mont-Tonnerre(8), le 14 mai 1813. Quant à Jacques Brisson, 19 ans, il a appartenu à un régiment d'élite, le 4e Régiment de Voltigeurs de la Garde Impériale, qui a effectué la retraite de Russie ; Brisson est mort à Paris le 27 décembre 1812, au terme de ce long et douloureux voyage ; son jeune âge permet de penser qu'il n'a appartenu à la Grande Armée que quelques mois, lorsqu'il a fallu envoyer des recrues pour combler les vides, après la bataille de la Moskova.
  • Guillaume Vermeille, 20 ans, né à Desaze [sic], voltigeur au 37e R.I., rend le dernier soupir à Landau (Palatinat), sans que le motif de son décès soit mentionné. « Le 8 du mois courant » 1810, autre imprécision. Deux soldats morts par balles, cinq autres qui ont certainement connu de rudes combats, il reste vingt-trois morts de maladies diverses, ou d'imprudences. La fièvre, le typhus et le choléra ont tué plus de soldats de Napoléon que le canon, le fusil et le sabre. Sans trop de précision, les médecins militaires et les infirmiers ont indiqué la fièvre comme cause du décès de sept Decizois. Michel Coquelin a été emporté par une fièvre putride le 30 Prairial an 13 (20 juin 1805) à Mézières, après neuf jours d'hospitalisation. Marien Boulat, tirailleur au 2e Régiment de la Garde, est mort de fièvre et diarrhée chronique le 21 avril 1814.
  • En Silésie, c'est le choléra morbus qui tue Antoine Fourneau ; son régiment, le 100e de Ligne, vient de participer à deux grandes victoires, Iéna et Friedland. Un peu plus au Nord, dans le port de Dantzig, un autre Decizois est mort de fièvre, après avoir connu un itinéraire aux marges de la Grande Armée. Ce n'était pas un soldat, mais un de ces nombreux ouvriers spécialisés qui accompagnaient les troupes et effectuaient les travaux nécessaires à la guerre. Pierre Bondot appartenait au premier Bataillon de la première Batterie d'ouvriers militaires, opérant habituellement dans le port de Brest. Dix-neuf compagnies de cent hommes chacune étaient spécialisées dans l'installation de l'artillerie de siège ou de défense. La ville de Dantzig, puissamment fortifiée, était encore occupée par les Français après la Retraite de Russie ; un jeu complexe de menaces et d'alliances rompues allait aboutir à un nouveau partage de la Pologne entre les Russes, les Autrichiens et les Prussiens. Napoléon s'apprêtait à contre-attaquer sur l'Elbe ; c'est dans ce contexte que des ouvriers renforçaient les batteries du port de Dantzig, avant d'être rapatriés par bateau à leur port d'attache. Pierre Bondot est resté sur les bords de la Baltique.
  • Continuons notre tour d'Europe avec Gaspard Bourgeois, de La Machine, qui a succombé à la fièvre à l'hôpital d'Alexandrie (Italie), le 13 février 1810 ; Claude Morin, d'Avril-sur-Loire, fusilier au 23e R.I., 26 ans, matricule 7056, est emporté par une fièvre maligne, le 2 juillet 1809, à l'hôpital civil de Genève ; Antoine Tivat, grenadier de la Garde, originaire de Saint-Léger, meurt de diarrhée le 5 février 1812 à l'hôpital du Prado de Valladolid, après avoir été hospitalisé le 6 septembre 1811.
  • La mort frappe aussi les imprudents. Jean Poilot se noie au passage d'une rivière près de Talavera, le 29 août 1809. Jean Diolot, natif de Saint-Léger-des-Vignes, meurt d'un coup de sabre reçu par accident au cours d'un entraînement.
  • L'épopée napoléonienne semble peuplée de héros, partis la cocarde au chapeau pour conquérir l'Europe en chantant : « On va leur percer le flanc, ran tan plan tirelire... » ou en criant « Vive le p'tit caporal ! » à tous les vents. La légende est tenace, alimentée par les récits des vétérans et toute une littérature du XIXe siècle. L'envers de la médaille, c'est la maladie qui décime les régiments, c'est le déracinement de jeunes paysans, abandonnés dans des pays hostiles. Le Machinois Antoine Guillaume, prisonnier de guerre au passage de la Bérésina, achève sa vie dans un camp près de Borissov (18 décembre 1812). En parallèle, l'Autrichien Mathieu Binère, âgé d'environ 30 ans, prisonnier de guerre lui aussi, vient mourir à l'hôpital de Decize(9) ; le Polonais Joseph, en résidence forcée à Diennes-Aubigny, est trouvé mort au coin d'un bois en juin 1809 et le juge Donjean demande au maire de La Machine de le faire enterrer dans son cimetière.
Passage de la Berezina

Disparu dans la Bérésina.

  • Le registre des décès de Decize pour l'année 1828 comprend un additif : la copie d'un jugement prononcé par le tribunal de première instance du troisième arrondissement de la Nièvre. À la demande de Jeanne Julien, épouse de René Choignier, parti de Decize avec la Grande Armée et disparu depuis 1812, le tribunal déclare ce dernier décédé en Russie en novembre 1812 et Jeanne Julien veuve.
  • En l'absence de preuve décisive (registre mortuaire du 7e Régiment d'Infanterie Légère, certificat provenant d'un hôpital ou d'un camp de prisonniers), il a été nécessaire de retrouver des témoignages d'autres militaires. « Au passage de la Bérésina, ses compatriotes se demandaient entre eux ce qu'étaient devenus leurs camarades et plusieurs assurent avoir vu Choignier tomber dans la Bérésina et s'y noyer(10). »
  • Le passage de la Bérésina est l'un des épisodes les plus dramatiques de la Retraite de Russie. Harcelés par les troupes de Koutousoff et de Wittgenstein, plusieurs milliers de soldats français ont été bloqués le long de cette rivière à moitié gelée ; il faut traverser pour rejoindre d'autres corps alliés ; malgré le dévouement des pontonniers du général Eblé, les Français franchissent la rivière dans une confusion effroyable ; ils se jettent à l'eau pour passer plus vite ; des civils (cantinières, commerçants et femmes russes chargées d'enfants) se mêlent aux colonnes ; plusieurs ponts provisoires s'effondrent ; les Cosaques tourbillonnent autour des fuyards(11).

Licenciements, réformes et demi-soldes.

  • En 1814, puis après l'intermède de l'île d'Elbe, au printemps de 1815, Napoléon s'apprête à livrer ses ultimes combats contre l'Europe coalisée. Il lui faut encore et toujours des conscrits. L'armée lève de nouveaux contingents. Mais l'enthousiasme semble définitivement éteint : des réclamations innombrables s'élèvent. 502 soutiens de famille sont exemptés dans le département. Decize, Champvert, Saint-Léger et La Machine retiennent huit conscrits (Antoine Gueneau, Léger Forêt, Louis Porchery, Louis Potevin, Pierre-Edmond Desautières, Guillaume Cottard, Jean Regnier et Pierre Chambet). Fils uniques, « indispensables à leurs parents », «  aînés de deux orphelins » ils restent à l'abri des batailles.
  • L'armée se libère même de soldats peu motivés ou indésirables : Jean Charlot, engagé depuis le 14 novembre 1813 au 13e Léger, obtient un congé absolu à cause de sa petite taille (4 pieds et 10 pouces, environ 1,40 m). François Billon, artilleur à pied depuis le 15 août 1811, a tellement marché derrière ses trains de canons qu'il souffre d' « un ulcère ancien à la jambe droite qui le met hors d'état de faire son service. » Après un contrôle par un médecin militaire, il est réformé en 1814.
  • Au lendemain de Waterloo, les débris de la Grande Armée sont licenciés. Les puissances européennes ne souhaitent plus avoir en face d'elles qu'une armée française réduite à la plus simple expression. Louis XVIII a tout intérêt à se débarrasser des anciens grognards qui sont autant de partisans de l'usurpateur. Le 3 août 1815, deux cents Nivernais sont réformés. Ils mesurent tous moins d'un mètre soixante. Charles Chevrier, de Decize, Antoine Bertrand, de Fleury-sur-Loire, et Louis Tissier, de Sougy, font partie de ce contingent. Ironie de l'administration militaire, ou volonté de rabaisser le petit caporal, on renvoie d'abord les moins grands...
  • Un mois et demi plus tard, le 19 septembre, les soldats mariés reçoivent leur congé. On relève les noms de Jacques Ninlias (3e Cuirassier), de Paul Mordon et François Carré (13e Léger), de Jean-Claude Henry (44e de Ligne), de Blaise Compagnon, de Champvert (artilleur au 2e Escadron du Train).
  • Enfin arrive la réforme pour ancienneté de service. Elle concerne 863 Nivernais. Il serait fastidieux d'énumérer les Decizois. Il suffit d'en mentionner quelques uns pour constater que leurs états de service dépassent de très loin ce qu'un appelé du XXe siècle a pu endurer (même les classes qui ont fait 14-18). Jacques Chardon, âgé de 33 ans en 1815, a passé douze ans au 23e de Ligne ; dans le même régiment et avec la même ancienneté se trouvent François Guichard et Henry Renaud. Que de combats entre Marseille, Toulon (1804), la Vénétie, la Dalmatie, Genève et Grenoble ! Nos trois Decizois chantaient-ils déjà :

« C'est l'vingt-troisième qui passe.

Saluez son drapeau !

Et que d'vant lui tout s'efface ! »

C'est le nôtre, c'est le plus beau(12)  ? »

  • Pour les anciens officiers, le licenciement est un drame. Ils n'ont rien appris d'autre que le métier des armes ; la société de la Restauration n'a pas besoin d'eux ; ils sont frappés d'un discrédit à cause de leurs prétendus sentiments bonapartistes. Et pour ces hommes qui sont encore relativement jeunes, la retraite anticipée signifie la demi-solde. Si les officiers supérieurs arrivent à se replacer dans la société, les subalternes connaîtront une situation très précaire. Il leur reste comme expédients l'hospice, les petits métiers ou des emplois intermittents d'instituteurs, de gardes forestiers, de policiers municipaux. À Decize, Jean Baumier et Louis Journet seront nommés gardes-champêtres(13).

(1) Entre janvier 1791 et janvier 1794, les régiments sont plusieurs fois réorganisés : de jeunes recrues sont mélangées en nombre égal avec les vétérans et on abandonne les régiments régionaux.
(2) Le 13e R.I., ancien Royal-Bourbonnais, viendra s’installer à Nevers en 1876 et un bataillon sera affecté la caserne Charbonnier de Decize.
(3) Troupe d'élite, chargée de la protection rapprochée de l'Empereur.
(4) Les cohortes rassemblent les gardes nationaux.
(5) Les Decizois avaient eu à se plaindre, à maintes reprises, du logement de troupes à l'étape. Cf. Decize en Loire assise, chapitre XI, p. 196-198.
(6) Chanson Le Déserteur par amour, recueillie par Achille Millien, Chants et chansons du Nivernais, Paris, Leroux, 1906, 2 volumes.
(7) La récente réédition et l'adaptation cinématographique du Colonel Chabert de Balzac soulèvent à nouveau ce problème des soldats disparus à l'autre extrémité de l'Europe et - parfois - revenus chez eux après des années d'absence.
(8) Le Mont-Tonnerre était l’un des départements créés dans le Palatinat et la Rhénanie annexés à l’Empire Français. Il s’étendait entre la Moselle et le Rhin.
(9) Registres d'État-civil de Decize : décès de Mathieu Binère le 7 juin 1814, des suites d'une péripneumonie. Pendant la Révolution, d'autres prisonniers autrichiens ont été internés à Decize ; l'un est mort à l'hôpital (Konrad Mitter, le 18 septembre 1794) ; un autre s'est marié avec une jeune fille de la ville (François Nagy, novembre 1799).
(10) Registres d’État-civil de Decize, 1828.
(11) Cf. Adolphe Thiers, Histoire de l'Empire, tome 3, p. 229-243.
(12) Air du 23e R.I., cf. Histoire du Régiment-Royal, S.H.A.T., Vincennes.
(13) Louis Journet est le fils de Didier Journet et de Marie Grégoire. Son père a été successivement cavalier de la maréchaussée puis agent de la police municipale de Decize.


Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/